mercredi 10 novembre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (16)

SUITE 15

19 h 10. Que fait-elle ? Maman n'est pas encore rentrée. En général, elle dépose les petites au cours avec un peu d'avance, vers 18 h 30, afin qu'elles se changent et soient bien à l'heure. Puis elle revient de suite. Elle aurait dû être là à 19 h, voire un peu avant.
Peut-être en a-t-elle profité pour faire une course ? Peut-être a-t-elle changé d'avis ?
Je me suis relevée et je fais les cent pas en pyjama dans ma chambre. Je déteste être dans l'incertitude. J'aime bien savoir tout, les surprises, ce n'est pas mon truc.
Je tourne et retourne, en me disant que Maman le fait peut-être exprès... Et que je suis en train de tomber dans le panneau, d'entrer dans son jeu. Car, c'est comme si j'étais pressée qu'elle revienne... C'est idiot à y bien réfléchir. Je ne vais quand même pas souhaiter recevoir ma fessée au plus vite...


19 h 20. Enfin, j'entends la porte d'entrée. Maman est revenue. Moi qui l'attendais, l'entendre me fait battre mon coeur plus vite...
Je guette son pas qui ne va pas manquer de retentir dans l'escalier.... Je l'imagine déjà...
Mais, non, elle ne monte pas encore. Je devine qu'elle range quelque chose, puis qu'elle met la table, j'entends les bruits familiers...
Je me demande quoi faire. Les minutes passent, les aiguilles tournent...
19 h 30 : j'en suis certaine, elle joue avec mes nerfs... "Christine, tu es prête ?" La voix de Maman retentit depuis le bas de l'escalier. Je ne sais quoi répondre. Pourquoi ne monte-t-elle pas ?
"Christine, tu m'entends ? As-tu fait ce que je t'ai demandé ?" lance-t-elle à nouveau du bas. Je me dois de répondre. Je bredouille : "Euh, oui, Maman, oui. Euh, j'ai rangé mes affaires et je suis en pyjama".
Je m'attends à un "Alors, j'arrive", mais Maman en a décidé autrement.
Elle réplique : "C'est bien ma chérie... Alors, qu'attends-tu pour descendre ? Viens me rejoindre au salon... Tu sais bien qu'il faut qu'on parle..."
La perspective ne me plaît guère, mais je n'ai pas le choix. Le salon, cela me rappelle trop la tannée reçue devant mes soeurs, le jour de l'arnaque au thermomètre...
J'imaginais que Maman viendrait me "parler" dans ma chambre... 

19 h 35, mieux valait ne pas la faire attendre. J'ai quitté ma chambre et suis descendue lentement. J'avais les jambes qui flageolaient et je me tenais aux rampes pour assurer mes pas. Etrange moment que celui-ci où je savais vers quoi j'avançais, que je marchais vers cette fessée qui m'attendait...


Arrivée au rez-de-chaussée, je me suis arrêtée juste avant d'entrer dans le salon. Je n'osais pas, je n'osais plus... 
J'ai avancé la tête pour regarder si Maman était bien là. Elle était plus que là, elle était exactement où je le craignais. Sur le canapé, à la même place que l'autre fois...
Je la voyais de profil, le visage fermé, les lèvres pincés, et sa main droite pianotait sur le coussin du canapé, comme pour se délier les doigts, et montrer son impatience croissante.


 Je ne pouvais plus reculer... Maman avait entendu les marches de l'escalier craquer, elle savait que j'étais descendue. Je devais aller au bout, je me devais de la rejoindre...
Au moment où je pénétrais dans le salon, Maman a tourné la tête. Son demi-sourire montrait que j'avais une drôle de mine, ainsi toute apeurée et avec un air repentant de circonstance...
Elle commenta : "Ah, te voilà quand même. On dirait que tu n'es pas pressée de rejoindre ta Maman qui t'attend, ma chérie... Mais, c'est bien, je vois que tu t'es changée comme je l'avais demandé. Nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses..."  
Cela me bloqua sur le pas de la porte, à quatre pas d'elle, qui ajouta : "Ne reste pas figée comme une statue, viens ici, Christine, allez..."
Je grommelai : "Maman, s'il te plait, tu pourrais me pardonner, j'ai fait des efforts, même la prof le dit. Je veux pas être encore punie..."
Maman haussa le ton : "Christine, ne me fâche pas plus que je ne suis. Les efforts, heureusement que tu en as faits. Mais le résultat est là. Au lieu de la moyenne promise, tu me ramènes un 7 sur 20, et il faudrait que je l'admette. Non, non, non... Je t'ai promis une bonne fessée et tu sais très bien que tu n'y échapperas pas... Allez, viens ici..."
Il restait quatre pas à faire, et je tremblais dans mon petit pyjama, les yeux fixés sur les genoux maternels qui m'attendaient...
Je ne bougeais pas. Je n'arrivais pas à venir de moi-même auprès de Maman. Mais, elle trouva l'argument, se redressant le dos un instant comme si elle allait se relever...
"Bon, Christine, ça suffit... J'ai été assez patiente... Si tu ne veux pas que je te donne ta fessée maintenant, eh bien, nous en reparlerons après le dîner. Devant tes soeurs, ma chérie, puisque tu sembles y tenir..."

A SUIVRE

mardi 9 novembre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (15)

SUITE 14

Je ne rêvais pas. Maman avait bien dit : "Si tu veux que nous réglions cela entre nous, attends-moi en pyjama. Et prépare tes fesses, ma fille, prépare tes fesses !"

Alors qu'elle rejoignait mes soeurs dans l'entrée pour les amener à leur cours de danse, j'avais pris le chemin de ma chambre, grimpant les escaliers avec l'impression d'être dans un rêve, ou plutôt dans un de ces cauchemars qui me hantaient depuis deux semaines.
Mais, j'avançais comme un bon petit soldat obéissant qui monte au front...
J'avançais comme un petit soldat obéissant...
 


Arrivée dans ma chambre, je commençai à me déshabiller, presque mécaniquement, sans trop avoir conscience de ce que je faisais. Je n'avais pas envie de réfléchir. Je quittai ma jupe, enlevai mes grandes chaussettes blanches. 
Maman avait dit : "Mets-toi en pyjama", je le faisais sans discuter.


Un coup d'oeil sur le réveil de ma table de nuit me ramena les pieds sur terre. Il n'était pas encore tout à fait 18 h 30 et j'allais me retrouver en pyjama. Bien sûr, en cette période hivernale, il faisait déjà sombre dehors, mais nous ne dînerions que vers 20 h 15, quand les petites reviendraient de leur cours de danse qui était de 18 h 45 à 20 h.
La situation, d'un seul coup, me paraissait incongrue. Se mettre en pyjama si tôt, cela n'arrivait que si nous dinions tôt, ou si nous étions malades, mais ce soir la raison était ailleurs...

Je me suis arrêtée et l'émotion revenait m'étreindre, me serre la gorge...


La raison, c'était la fessée promise par Maman, et qu'elle me donnerait en revenant.
Sa petite phrase en forme de concession, la perspective d'éviter la déculottée devant mes soeurs, avait fait son effet. Alors que si elle n'avait rien dit, j'aurais attendu son retour en geignant, en me demandant comment éviter la honte publique, sa manière de me présenter une fessée "entre nous" m'avait quasiment transformée en victime consentante...
En m'en rendant compte, je me suis arrêtée de me dévêtir, et l'émotion est revenue m'étreindre, me serrer la gorge... avec des sanglots et quelques larmes perlant dans mes yeux...
"Non, non, non, ce n'est pas possible", me disait ma tête, en prenant conscience que le deal maternel revenait à rapprocher l'exécution redoutée, même si cela enlevait une part de son caractère exemplaire et dramatique pour moi.
Mes soeurs ne seraient peut-être pas dans la maison, mais ce n'était pas dans la soirée que ce que je craignais arriverait. C'était là, bientôt, dans un quart d'heure, une demie-heure au mieux, quand Maman reviendrait que j'allais payer pour ce contrôle catastrophique à l'origine de tant de désagrément pour moi.
Ne pas me mettre en pyjama n'était pas non plus un bon calcul. Mieux valait ne pas désobéir aux ordres maternels. Dans ma situation, la moindre contrariété maternelle supplémentaire n'était pas à conseiller...

Je me suis reprise et j'ai passé mon pyjama...


"Non, je ne veux pas fâcher Maman davantage", me dis-je en sortant de ma torpeur. Je quittai mes vêtements et enfilai la veste de pyjama, puis le pantalon. Je regardai une fraction de seconde ma lune dans la glace. Deux globes jumeaux bien blancs, à peine rose pâle, deux fesses qui étaient tranquilles depuis 13 jours. Un chiffre qui n'allait pas me porter bonheur.
J'en frissonnais de la tête au pied en me disant que ces rondeurs postérieures allaient être incessamment dévoilées, exposées sur les genoux maternels, livrées à une saine colère, pour une fessée hélas ô combien méritée...


Les images me montaient à la tête, je remontai vite fait mon pantalon de pyjama. afin de ne plus sentir l'air frais de la pièce sur mon épiderme qui s'hérssait de peur et de chair de poule.
J'avais envie de pleurer, mais je voulais surtout ne penser à rien. Je me suis allongée sur mon lit, j'ai fermé les yeux, en essayant de rester zen, d'attendre sagement... Mais comment attendre calmement la volée promise, comment ne pas avoir cette idée chaque seconde en tête, comment ne pas se dire que je préparais mes fesses ?

A SUIVRE

lundi 8 novembre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (14)

SUITE 13

Je suis rentrée, tête basse, moitié en pleurs...


Je n'ai pas fait de détour sur le chemin de la maison. J'étais même contente d'être seule, de ne pas être raccompagnée comme souvent par Anne ou une autre copine du quartier. Je me sentais comme dans un tunnel, dans une voie avec une seule issue, la maison où m'attendait Maman.
La spécialiste, la championne du monde du "gagner du temps" que je pouvais être parfois, sentait combien il était inutile de jouer la montre. Maman attendait cette note, la guettait depuis une semaine, mentir le jour où elle était rendue aurait été une folie.
Et puis, ce contrôle, il fallait bien en clore le chapitre. Nous étions lundi soir, cela faisait deux semaines exactement que j'avais commencé à vouloir l'éviter en feignant l'indisposition, avant de réussir, le lendemain matin à faire croire à ma forte fièvre. Du moins le temps d'une matinée, qui s'était achevée en fanfare avec une lune écarlate devant mes soeurs...
Le contrôle reporté, la semaine de privation de sortie, puis à chaque cours d'anglais l'attente d'une note que j'espérais bonne, et le rappel maternel fréquent de ses promesses si je ne tenais pas les miennes.
Maintenant que j'avais eu le temps de me préparer à une désillusion de par les confidences de Mlle Paule, puis que la confirmation m'en était venue le jour dit, celui où Maman savait que les résultats tomberaient, la seule chose à faire était bien de rentrer et d'annoncer la couleur...
Juste devant la porte, j'ai essuyé mes larmes pour tenter de cacher mon désarroi, mais en ouvrant la porte, j'avais la mine déconfite, le regard vers le plancher, et une voix toute timide pour lancer comme d'habitude : "Maman, c'est moi".

"Ce n'est pas possible. Je le savais..."


Elle était dans le salon, près de la bibliothèque, et m'avait répondu d'un usuel : "Je suis là, Christine. Ca va, ma chérie ?"
Mais, arrivée en face d'elle, mon émotion a repris le dessus. Je me suis mise à renifler, à sangloter, en bafouillant : "Bah, euh..."
A voir ma mine, elle avait compris : "Toi, comme je te vois, tu as de mauvaises nouvelles".
Instinctivement, je hochais la tête comme pour dire "Non, non, M'man", mais même ces mots-là ne sortaient pas de ma bouche.
"Allez, ne me mens pas. Tu as enfin eu tes résultats d'anglais, c'est cela, hein ? Alors, tu as eu combien ?" demanda Maman sans me laisser le temps de souffler.
Il fallait que je me soulage, j'ai répondu d'une voix chevrotante : "Bah, euh, sept, Maman... Sept !"
Le visage maternel se figea. Elle resta un instant bouche bée avant de repartir de plus belle : "Ce n'est pas possible, Christine. Je le savais, je le sentais. Et toi qui voulais me faire croire que tu aurais la moyenne. Ca, ma fille, tu vas me le payer... Montre-moi voir donc ta copie !"
Comme soufflée, elle s'était assise sur le canapé, alors que je cherchais mon devoir pour lui montrer.

Je plaidai avec l'énergie du désespoir, pleurant à chaudes larmes.


"Maman, Maman, tu sais, il n'y a que trois élèves qui ont eu la moyenne. Même Anne a en dessous de 10. Et puis, regarde, Mlle Paule a dit que j'avais fait des efforts. Tu n'as qu'à lire, c'est écrit dans l'appréciation". En tendant ma copie à maman, j'avais retrouvé l'énergie pour me défendre, c'était l'énergie du désespoir, celle des causes perdues, mais je lançais mes arguments avec une sincérité poignante, entre deux sanglots d'une crise de larmes qui m'étreignait.
Maman n'était pas convaincue pour autant : "Christine, je me fiche des notes des autres élèves. C'est toi ma fille, toi que j'élève, toi qui m'avais promis d'avoir la moyenne... D'accord, c'est mieux écrit, c'est plus propre, tu as fait plus attention, mais la prof parle aussi de lacunes grossières et dit qu'il est temps que tu te reprennes... Et moi, je sais ce qu'il faut faire pour cela... Et tu n'y échapperas pas, Christine..."
La menace était claire, je savais bien ce que cela voulait dire.
"Maman, non, je t'en prie, pardonne moi. J'ai fait des efforts. J'ai déjà été assez punie l'autre jour pour ça...", essayai-je comme argument supplémentaire. Il fit un flop : "Christine, ce n'est pas toi qui décide ce qui est assez ou pas assez. L'autre jour, comme tu dis, tu as été punie pour avoir essayé d'échapper à ce contrôle. Tu m'as rendue ridicule devant notre médecin de famille et tu as osé jouer la comédie parce que tu ne voulais pas passer ce contrôle. Parce que tu savais que tu aurais une mauvaise note et que tu aurais des problèmes à la maison. Depuis, tu me fais croire que tu auras la moyenne, et tu as même voulu m'amadouer en essayant de placer la barre à 9. Mais, on en est loin, Christine. Ce n'est pas 10, ni 9, ni même 8, c'est un 7 sur 20 pas brillant du tout. Et si tu rentres avec cette tête-là, c'est que tu sais très bien ce que cela veut dire, ma chérie. C'est la fessée, Christine, la fessée, et tu n'y couperas pas !"
J'ai émis comme un petit cri, un "Nooonnn, non, Maman, je serai sage. Nooon, je t'en prie, noooon, pas la fessée...."
Je devais avoir l'air désespérée, même si je venais d'avoir la confirmation de ce dont je ne doutais pas, de ce dont je ne doutais plus...
J'étais là, devant elle, me balançant d'un pied sur l'autre, l'air godiche, apeurée. Je n'osais bouger, ne sachant pas si Maman allait m'empoigner sur le champ, là sur ce canapé, où treize jours plus tôt j'avais été déculottée devant mes soeurs...
Aline et Diane, justement, étaient en train de rentrer. La porte d'entrée venait de claquer. Le scénario catastrophe se faisait jour. Tout allait être réuni pour un remake éclatant...
Mais, l'histoire ne pouvait se répéter à l'identique. Aline, entrant dans le salon, interpella Maman : "Dis M'man, nos affaires de danse sont prêtes ? Tu sais que c'est toi, cette semaine, qui nous amène au cours avec Diane et Elodie. Et que c'est la maman d'Elo qui nous ramènera ?"
Maman n'était pas prise au dépourvu. Elle le savait bien et a envoyé mes soeurs prendre leurs sacs de danse dans leur chambre, avant de s'absenter le temps de les amener à leur cours de danse du lundi soir.
Elle les vit filer vers l'étage et reprit un instant sa conversation avec moi : "Bon, Christine, on reparlera de cela tout à l'heure. Après le dîner..."
Je grimaçai... Après le dîner, c'était la perspective d'une fessée devant mes soeurs. Ou au mieux à portée de leurs oreilles... Et de toutes les moqueries qui s'ensuivraient...
Je me mis à geindre : "Maman, s'il te plait, noooon, pardonne-moi, je ne veux pas la fessée. Pas ce soir, pas après le dîner..."
Elle haussa les épaules, et se mit à sourire, en voyant mes mimiques implorantes... Je ne sais pas si je l'avais convaincue, pas sur le fond en tout cas, puisqu'elle me coupa la parole en confirmant : "Christine, ce qui est dit est dit. Je te l'ai promise, tu auras la fessée et tu l'as bien méritée".
Mais, elle ajouta avec un petit air moqueur : "Allez, file dans ta chambre en attendant. Mais, d'ailleurs, si tu es pressée, on n'aura peut-être pas besoin de te faire languir jusqu'à la fin du dîner. Je vais conduire tes soeurs à leur cours et je reviens m'occuper de toi... Si tu veux que nous réglions cela entre nous, attends-moi en pyjama. Et prépare tes fesses, ma fille, prépare tes fesses !"

A SUIVRE 

vendredi 5 novembre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (13)

SUITE 12

Plutôt calme, comme je le disais, le dimanche s'est pourtant achevé de façon sonore... Aline et Diane, toutes heureuses d'avoir joué l'après-midi au parc, avaient rechigné pour rentrer. Puis à nouveau pour prendre leur douche, puis pour se mettre en pyjama, et quand il fallut monter se coucher, elles voulaient terminer une partie d'un jeu de société qu'elles avaient débuté au salon.
Maman en eut assez, et attrapa mes soeurs, tirant Aline par l'oreille et Diane par le poignet pour les faire monter dans leur chambre.

Mes soeurs furent expédiées au lit les fesses rouges.


Ce que j'entendis distinctement ensuite me confirma que les fillettes allaient devoir s'endormir avec les fesses rouges. L'une après l'autre, leur voix suppliante résonna, et le bruit caractéristique qui accompagnait leurs cris, me faisait imaginer qu'elles passaient sur les genoux maternels et que pour l'efficacité de la chose, leur pantalon de pyjama avait certainement été baissé promptement.
Petites fessées dans la durée, mais vraies fessées quand même. En d'autres circonstances, je me serais franchement réjouie des malheurs de mes diablotines de soeurettes, mais à la veille d'une possible désillusion pour moi, cela ne faisait que me remettre en tête des bruits que je craignais fort...
De mon côté, bien sûr, j'avais filé doux, je m'étais préparée pour la nuit sans mot dire, et j'étais montée dans ma chambre comme une enfant sage, sans qu'on me le demande.
Maman vint constater que tout était en ordre, ce qui lui provoqua un petit sourire en coin. Elle s'assit sur le coin de mon lit pour me dire bonsoir. "Allez, bonne nuit, ma chérie. Repose-toi bien : la semaine va être longue. Et j'espère qu'elle commencera bien. En tout cas, on verra demain soir, si tu as tenu tes promesses... Ou si je dois tenir les miennes, si tu vois ce que je veux dire..."
J'ai cherché un moment le sommeil, troublé par ces paroles dont je connaissais trop le sens. Puis, je me suis endormie, ne faisant qu'un somme jusqu'au lendemain matin...
Au lever, mes soeurs filaient droit et ne la ramenaient pas, suite à l'épisode de la veille. Maman était satisfaite et appréciait que tout monde soit sage ce matin-là.
Elle vérifia mon cartable et visa mon emploi du temps. J'avais une heure d'anglais le matin avant la récréation, puis une autre l'après-midi en dernière heure.
Mlle Paule, à mon soulagement, nous fit faire du labo la première heure. Il y eut juste une question de Corinne sur nos copies avant la fin du cours. La prof confirma : "Vous aurez vos copies cet après-midi. Mais, ne vous faites pas d'illusions. Les résultats ne sont pas bons du tout. Je ne sais même pas s'il y en a plus de trois qui ont la moyenne..."

  J'étais plus qu'inquiète et ne voulais parler à personne

Les commentaires de Mlle Paule me plongèrent dans une angoisse phénoménale. Je me savais plutôt dans la deuxième moitié de la classe voire dans le dernier tiers, et son annonce sonnait le glas de mes espoirs... Je craignais le pire et me demandais comment j'arriverais à faire passer cela à Maman. Le bruit des fesses de mes soeurs me résonnait dans la tête. Et un dicton idiot qui disait : jamais deux sans trois... Quelque chose me susurrait à l'oreille que c'était mon tour...
 J'ai passé la récréation sans dire un mot à personne. Je n'avais pas les résultats encore, mais pour moi la messe était dite...
A midi, rentrant déjeuner, je dus me composer une mine de circonstance, faire semblant d'être insouciante, alors que Maman était déçue que je n'aie pas encore ma note tant attendue...
Quand je repartis, elle me déposa un baiser sur le front : "A ce soir, ma chérie, ne tarde pas en chemin, et n'oublie pas ton cartable au collège... Je t'attends avec impatience..."

Les deux premières heures de l'après-midi, je n'écoutai les profs que de façon distraite. Je ne pensais qu'à Mlle Paule, et à Maman par ricochet...
La récré passa aussi et nous rentrâmes en cours d'anglais. Le tas de copie était en évidence sur le bureau. Au passage, j'avais vu que la copie du haut était celle de Nicole, avec un 12,5. Cela aurait été un bonheur pour moi, mais c'était bien bas en effet pour la première de la classe et chouchoute attitrée de la prof...
Mlle Paule commença par des révisions de grammaire et le corrigé des exercices du week-end. La pendule tournait. Maintenant, mon seul désir était d'être enfin fixée... Quoi qu'il arrive...
Enfin, à quelques minutes de la fin du cours, elle rendit les copies, une à une, avec ses commentaires. Nicole, Christelle et Corinne avaient 12,5 l'une, 11 et 10,5 les deux autres. Tout le monde était en dessous. Anne récolta un 9, comme plusieurs autres camarades. La liste s'allongeait et j'avais un secret espoir d'en faire partie, mais non, hélas...
Il y avait trois 8,5 puis quatre 8, et deux 7,5. Je n'étais toujours pas nommée et mon moral baissait à chaque nom énoncé qui n'était pas le mien...


"Christine, vous vous êtes appliquée pour une fois..."


Enfin, Mlle Paule s'approcha de moi : "Christine, ah Christine, ce n'est pas brillant encore. J'admets quand même que vous vous êtes appliquée. Votre copie est moins torchon que d'habitude. Mais, franchement, que de lacunes et de leçons mal apprises, ou pas apprises du tout, je crois. Voilà, même avec un petit point d'encouragement pour une copie propre, cela ne vous fait que 7 sur 20 !"
 Sept, sept, sept ! j'avais l'impression que la note revenait en écho. J'ai levé les yeux au ciel pour empêcher les larmes qui se formaient de déborder et de couler sur ma joue. Sept, pour moi qui espérais dix, voire un neuf "négociable", c'était la tuile, la grosse tuile.
L'annotation de Mlle Paule, avait beau commencer par : "Un petit mieux appréciable dans la présentation". Elle se poursuivait hélas ainsi : "Christine s'est appliquée, mais les efforts attendus restent insuffisants. Un devoir qui montre encore de grosses lacunes. Il est plus que temps de vraiment se reprendre".
 Je n'avais pas besoin que l'on me fasse un dessin. Même en temps normal, ce genre d'appréciation m'aurait valu une chaude réception à la maison. Avec, cette fois, tout le contexte de ma fausse maladie et les promesses maintes fois redites de Maman, je n'imaginais pas un instant une quelconque clémence maternelle...
La sonnette a retenti, et je n'ai pas trainé en classe. J'étais bouleversée, je voulais ne croiser aucun regard.

J'étais en larmes sur le chemin de la maison...






Je me précipitai vers la sortie. J'avais les larmes qui coulaient et je ne me retenais pas. Une autre fois, j'aurais ralenti le pas, j'aurais cherché une parade, j'aurais imaginé je ne sais quelle excuse pour faire croire à Maman que l'on n'avait pas nos notes, je me serais même demandé s'il n'y avait pas moyen de falsifier la copie.
Mais, Maman savait que les compositions seraient rendues; jamais elle n'aurait cru un nouveau mensonge. Et puis, j'étais désarçonnée par un résultat qui ressemblait à un cauchemar...
J'étais à bout de nerfs, sentant que mes mauvaises prémonitions s'avéraient exactes. Comme si j'avais toujours su que ce contrôle me vaudrait une fessée. Comme si c'était écrit. J'avais tenté d'y échapper et j'avais récolté une déculottée mémorable. J'avais dû m'y soumettre et, voilà le résultat, j'allais en recevoir une autre...
Les paroles de Maman revenaient : "Tu ne tarderas pas en chemin, ma fille. Tu n'oublieras pas ta copie... Je t'attendrai... J'ai hâte de savoir..."
Et, sans le vouloir, ni rien faire contre, j'avançais en effet vers la maison, je me rapprochais de Maman... De ce qui m'attendait... Je n'avais même pas de mots d'excuse qui me venaient, d'arguments pour la convaincre. Je ne doutais pas un instant que je n'échapperais pas à la sanction promise. Je savais, je le sentais, que chacun de mes pas m'amenait vers ce que je méritais. Que je n'avais plus qu'une seule chose à faire, c'était de préparer mes fesses...

A SUIVRE

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (12)

SUITE 11

N'ayant rien trouvé dans mon cartable et voyant, que malgré ses menaces d'appeler la prof, je persistais à dire que les copies n'avaient pas été rendues,Maman finit par me croire.
Je ne savais pas trop sur quel pied danser. Le point positif était que j'étais tranquille jusqu'à lundi soir au moins, et ce n'était pas pour me déplaire.
J'avais du travail à faire et j'ai tenté de me montrer sous mon jour le plus studieux possible. Maman constata que je m'appliquais et cela lui plaisait, consciente qu'elle était que mon comportement montrait bien les effets positifs d'une menace savamment distillée.
Avant le dîner, j'avais eu le temps de jouer un peu mais ce moment d'inoccupation faisait revenir les paroles de Mlle Paule et l'hypothèse bien probable que ma note ne soit pas celle dont je rêvais...
Je tournais en rond dans le salon et Maman voyant mon manège m'interrogea : "Qu'y a-t-il Christine ? Quand je te vois ainsi, je me méfie... Tu as quelque chose à me dire ?"
 Je répondis par la négative, puis me repris et demandai avec une voix peu rassurée : "Euh, dis Maman, si, euh, si en anglais, euh, j'avais juste en dessous de la moyenne, euh, enfin, un 9 par exemple, euh, est-ce que, euh...?"
Maman eut un petit sourire : "Finis ta phrase, Christine. Est-ce que, quoi donc ?"
Je répondis : "Bah, tu comprends, euh, est-ce que, euh, je serai euh, punie, euh quand même..."
Maman leva les yeux au ciel : "Christine, on ne fait pas de marchandage. Je comprends que tu sois inquiète si tu es moins sûre de ton résultat que tu ne le prétendais, mais je ne vais pas changer les règles tous les jours. On verra le moment venu, ma chérie. Le mieux serait que tu aies la moyenne et il n'y aurait pas de discussion. Sinon, je t'ai assez prévenue, Christine, tu n'auras qu'à préparer tes fesses".
Son regard noir me fit comprendre que la discussion était close. Et elle se leva pour aller préparer le dîner.

Son regard noir me fit comprendre que la discussion était close


Elle avait quand même dit "On verra" quand j'évoquais un possible 9 sur 20. Mais elle avait surtout réitéré sa détermination. Et je commençais à avoir vraiment une angoisse comme prémonitoire. Lundi soir, c'était à la fois loin et si près. Je n'arrêtais pas d'y penser.
Au point de mal dormir. Au milieu de la nuit, je me suis réveillée en nage. Je venais de faire un drôle de cauchemar. J'étais dans la classe de Mlle Paule et elle me rendait une copie avec un zéro pointé. Dans mon rêve elle avait un costume de sorcière et ricanait. 
J'étais consternée et je m'apprêtais à ranger mes affaires comme le cours finissait, mais la prof me disait : "Non, Christine, tu restes là. J'ai prévenu ta Maman et elle va arriver. Enlève ta jupe et ta culotte en l'attendant. Tu n'en auras pas besoin quand elle sera là..."
Et je me retrouvais assise les fesses nues sur le banc en bois, au premier rang, n'osant pas me retourner, de peur de voir les regards amusés de mes camarades qui attendaient d'assister à la suite qui promettait d'être claquante et honteuse pour moi...

Je fis un drôle de cauchemar


J'ai eu du mal à me rendormir ensuite, et je me maudissais d'avoir eu une telle idée...
Dimanche, heureusement, fut bien calme. Tata Jacqueline est venue déjeuner et nous avons été nous promener dans un parc l'après-midi, mes soeurs s'en donnant à coeur joie sur les toboggans et balançoires, alors que je restais plus en retrait, n'étant pas trop disposée à jouer, alors que cela m'aurait changé les idées.
Seul événement notable : Anne ma voisine est venue demander si on pouvait dépanner sa mère d'un paquet de farine. Maman en a profité pour se faire confirmer que nous n'avions eu les résultats du contrôle d'anglais. Ce que ma copine fit bien sûr, tout en ajoutant : "Mlle Paule a dit qu'elle nous les rendrait demain", un détail que j'avais omis de préciser à Maman, qui ne me l'avait pas demandé non plus...
Maman vit que la confidence de ma copine me faisait faire grise mine. Elle raccompagna Anne à la porte et, en revenant, me regarda fixement en disant : "Eh bien, voilà une bonne nouvelle. On aura ta note demain, Christine. Nous serons enfin fixées. J'ai hâte de savoir.... Pas toi, ma chérie ?
Anne aurait mieux fait de se taire, mais elle ne savait pas l'enjeu, et n'était pas aussi calculatrice que moi...


A SUIVRE