lundi 28 novembre 2011

Chronique d'un redoublement : 12. Un retour angoissé en suivant Maman

SUITE 11

Deux jours étaient pourtant passés sans nouvel alerte. Mais, cet après-midi, le ciel venait de me tomber sur la tête... En marchant derrière Maman, je repensais à ce qui venait de se passer, à cette journée qui semblait si belle et qui se terminerait à n'en plus douter dans l'orage tant redouté...

"Allez, les filles, dites au revoir à Tata. Il est temps de rentrer à la maison", avait lancé Maman alors que nous terminions toutes les trois notre goûter dans le parc municipal, où nous venions de passer deux heures avec Tata Jacqueline.
Aline et Diane ne s'étaient pas faites prier, sachant qu'elles pourraient jouer dans notre jardin en rentrant. Je n'avais pas le même enthousiasme et demandai si je pouvais rester avec Tata.
"Pas question, Christine. Tu rentres avec nous. Tu sais bien que nous avons un compte à régler toutes les deux. Allez, dépêche-toi et ne m'énerve pas davantage, cela n'arrangerait pas ton cas, ma fille...", avait répondu Maman d'un ton qui ne souffrait aucune contestation.
Tata Jacqueline m'a serré dans ses bras en me disant au revoir, comme si elle voulait me donner du courage, me réconforter à l'avance. Elle non plus ne doutait pas de ce qui m'était promis...



Oui, c'est vrai, je l'avoue, la veille, j'avais bâclé un devoir que Maman m'avait donné à refaire. Cette série de travaux de l'année à recommencer, alors même que j'allais avoir une année de redoublement avec le même programme, commençait à m'ennuyer.
Le constat par Maman que j'avais fait le strict minimum sans aucun effort notable l'avait mise au bord de l'explosion. Et c'est bien parce que nous devions aller faire des courses et qu'elle avait ensuite un rendez-vous chez le coiffeur, que Maman s'était contentée de hausser le ton. Mais, pour la première fois depuis ces dernières semaines de calme inespéré, la menace avait été énoncée de façon claire et abrupte : "Ca suffit, Christine. Je ne le répéterai pas. A la prochaine remarque, c'est la fessée. A force de la chercher, tu vas la trouver, je te le dis, moi..."
Mais, heureusement, j'avais échappé au pire...
Le lendemain, donc, j'avais conscience qu'il fallait ne pas tenter le diable... Et je tenais donc à ce que tout se passe au mieux, et que même mes soeurs énervent le moins possible Maman, sachant que si on la poussait à bout, je me trouverais sûrement en première position dans la liste des punissables et qu'elle ne l'aurait pas oublié...
J'avais été même serviable à midi, aidant Maman à débarrasser, puis me dépêchant de commencer les devoirs du jour.
Il faut dire que nous devions aller au parc municipal retrouver Tata et y passer l'après-midi, dès que nous aurions fini (et bien fait) nos fameux devoirs.
Diane, dispensée comme toujours, était partie la première avec Tata qui était passée la chercher.
Moi, j'avais assez vite fini un programme du jour plutôt facile, et Maman m'avait autorisée, privilège de grande à rejoindre Tata et Diane, seule à pied, le parc n'étant qu'à quelques rues de la maison. Pendant ce temps, elle devait attendre qu'Aline ait fini les siens et les avoir vérifiés.

Toutefois, ayant pitié de ma soeur, et cherchant surtout à faire qu'il y ait le moins de conflit possible ce jour-là, j'avais donné un coup de main en douce à Aline. Elle avait une série d'opérations multiplications et divisions à faire. C'était très facile pour moi, et afin qu'elle ne perde pas trop de temps à calculer, je lui avais écrit sur un petit bout de papier les dix bons résultats.

J'étais donc confiante, et j'avais dit en retrouvant Tata au parc que Maman et Aline n'allaient pas tarder, ma soeur ayant presque fini quand je suis partie...

Or, près de trois quarts d'heure sont passés avant que mère et fille ne rappliquent, un retard qui ne me semblait pas très normal... J'ai vite su pourquoi !

Maman est arrivée, amenant le panier de goûters, mais Aline, au lieu de caracoler vers nous, faisait grise mine.
Tata le constatant l'interrogea, mais soeurette ne répondit pas. C'est Maman qui s'en chargea : "Oh, Aline vient d'avoir un petit souci... Je lui ai demandé de refaire devant moi quelques opérations qu'elle venait de faire à grande vitesse et sans faute... Mais, cela s'est avéré plus difficile devant sa chère Maman, n'est-ce pas Aline ?"
Ma soeur détourna les yeux et  resta muette, me jetant de petits regards inquiets qui me firent comprendre que j'allais être découverte...
Maman le confirma : "Le plus drôle, Jacqueline, mais en fait cela ne me fait pas rire du tout, c'est qu'Aline s'était faite faire ses opérations par Christine".
Par réflexe habituel, je sursautai en disant : "Mais, non, c'est pas vrai... Ce n'est pas moi..."
Ce à quoi Maman répliqua : "Inutile de mentir en plus, Christine. C'est vraiment une sale manie chez toi. Aline avait encore le bout de papier écrit de ta main avec les résultats. J'ai d'ailleurs failli me faire prendre à cette manoeuvre. Sauf qu'Aline, trop contente de n'avoir pas à se fatiguer avec le calcul a recopié trop vite et juste inversé deux des résultats  d'opération. Tout était bon sauf que deux des chiffres n'étaient pas sur les bonnes lignes..."
Tata Jacqueline n'avait pas pu s'empêcher de sourire en imaginant l'entourloupe, glissant : "Ah les futées, quand même".
Maman poursuivit d'un ton ferme : "Mais, à futée, futée et demie, et je ne me laisserai pas berner ainsi. Aline s'est ramassée une paire de claques magistrale et a dû refaire ses opérations devant moi... Elle a de la chance d'avoir réussi en s'appliquant à trouver neuf des dix résultats, sinon j'allais m'occuper de ses fesses..."
Nous suivions toutes les quatre le discours maternel, Tata et Diane avec un sourire en coin, alors qu'Aline était au bord des larmes, et que moi, je tirais une mine plus qu'inquiète, que les phrases suivantes de Maman firent passer de l'inquiétude à l'angoisse...
"En tout cas, je ne me ferai plus prendre et je ne laisserai plus les filles travailler sur la même table sans que je sois dans la pièce. Et, j'en connais une qui va payer ça...", dit-elle. Je fronçai les sourcils, apeurée. Maman confirma : "Oui, Christine, tu peux faire la grimace. Nous allons régler nos comptes à la maison, et ça va barder, je te le promets..."

 Mieux valait ne pas rétorquer en public, et tournai la tête en mordant mes lèvres pour réprimer un sanglot qui me montait à la gorge.


Tata essaya de plaider ma cause : "Ce n'est pas si grave. Elle voulait juste aider sa soeur."
Maman n'était pas de cet avis : "Quand je lui demande justement de l'aider ou de la faire réciter, Christine rechigne. Là, c'était en douce, ce n'était rien d'autre que de la triche, et je ne peux pas l'admettre..."

Tata concéda que oui, mais demanda si c'était bien nécessaire de me punir sévérement.
Maman ne voulut rien savoir : "Laisse-moi faire à ma manière, s'il te plait. Christine a amplement mérité une bonne fessée. Elle a déjà eu de la chance d'y échapper ces derniers jours. Et celle-là, elle l'a bien cherchée et elle n'y coupera pas, crois moi..."

J'avais compris sans cela, et je pestais intérieurement d'entendre Maman développer le sujet.



 
Allongée sur une couverture, et prenant une pose d'angelot, Diane ne manquait rien de la scène, buvant les paroles de Maman, et me regardant grimacer. Elle devait bicher intérieurement... Nul ne penserait plus à la fessée qu'elle avait reçue récemment. L'actualité se focalisait à nouveau sur la grande soeur...
Un nouvel épisode des malheurs de Christine était en route. Chez les Spaak, c'était comme les titres du 20 h familial, c'était même le programme du soir...

Nous sommes restées jusqu'à 18 h au parc. En partageant vers 4 h et demi le goûter apporté par Maman. L'ambiance était plutôt joyeuse chez mes soeurs, l'appétit moindre en ce qui me concernait...

Et me voici donc en cette fin d'après-midi, suivant Maman sur le chemin de la maison...
Pour une fois, Aline et Diane n'avaient pas rechigné pour se mettre en route. Seule, j'avais tenté de prolonger la sortie, voire de vouloir rester avec Tata. Qui ne tente rien, n'a rien, dit-on, mais, la ficelle était évidemment trop grosse.

Les petites devant, qui rentraient en chantant, sautillantes et gaies, se donnaient la main, sagement et visiblement réunies, comme retrouvées dans une certaine complicité. Comme si elles avaient hâte d'être à la maison.

Quelques pas derrière, Maman marchait d'un pas décidé, sans courir, avec juste une allure déterminée, et des pensées qui devaient lui tourner dans la tête sur ce qu'elle avait à faire, du linge à étendre en passant par le dîner à finir de préparer, aux douches à faire prendre aux filles, et bien sûr aux comptes à régler avec Christine...

Cinq ou six pas derrière Maman, je suivais, sans vouloir me rapprocher, pour éviter qu'elle ne me parle, sans rester trop à la traine pour ne pas provoquer de courroux supplémentaire.

Si encore, Maman avait dit "On en reparlera à la maison" ! Si elle était restée dans le vague, dans le flou, mes pensées auraient bouillonné, cherchant à trouver la parade, l'excuse, l'explication, préparant ma plaidoirie...
Mais, la sentence était tombée sans équivoque aucune : "Christine a amplement mérité une bonne fessée. Elle a déjà eu de la chance d'y échapper ces derniers jours. Et celle-là, elle l'a bien cherchée et elle n'y coupera pas, crois moi..." Les mots de Maman à Tata tout à l'heure, je les avais en tête, je pouvais les réciter par coeur et ils ne me laissaient aucun espoir.

Bien sûr, j'aurais pu minimiser en me disant que je n'aurais jamais imaginé, le soir du bulletin et des deux volées, pouvoir passer près d'un mois ensuite sans la moindre fessée... Que cela aurait pu me consoler de me dire qu'Aline avait été servie plus qu'à son tour, et que même Diane n'y avait échappé...
Mais, cela ne me faisait que comprendre que cette fois, c'était la bonne...
J'en frémissais à l'avance, j'en avais les jambes flageolantes par moment, et des montées d'angoisse, de sanglots réprimés. Je savais que si les soirées sont souvent calmes et tranquilles en périodes de vacances, ce soir ne serait pas un soir comme les autres. J'en étais et j'en serais la vedette involontaire... Allez, Christine, marche, suis Maman... Allez, Christine, rentre à la maison où Maman va te donner la fessée...

A SUIVRE

mardi 22 novembre 2011

Chronique d'un redoublement : 11. Les signes avant-coureurs s'accumulent...

SUITE 10

"Maman, Maman, Christine m'embête." Depuis qu'elle avait reçu la fessée à son tour, Diane m'accusait de tous les maux. Il est vrai que nous avions, Aline et moi, ricané en douce et su lui faire comprendre que nous savions parfaitement ce qui lui était arrivé...
Alors, vexée, notre cadette cherchait à nous provoquer des ennuis...
Maman n'était pas complètement dupe et comprenait la manoeuvre, mais en même temps nous étions tentées de chercher à agacer Diane et ses accusations n'étaient pas toutes exagérées...

"Aline, Christine, ce n'est pas le moment de m'énerver, sinon cela pourrait aller mal pour vous deux aussi", avait d'abord lancé Maman.
Un peu plus tard dans la soirée, de nouvelles plaintes de Diane m'avaient valu une menace directe, malgré mes dénégations énergiques. "Christine, si tu étais dans ta chambre, Diane ne pourrait pas dire que tu l'embêtes. Alors, restes-y et ferme ta porte. Sinon, c'est toi qui va crier, mais pour une bonne raison cette fois".



Le ton maternel était plus que sérieux, et je me suis repliée dans ma chambre, agacée d'être ainsi consignée à cause des caprices de Diane, mais consciente qu'il valait mieux ne pas abuser de la situation...  Je comprenais bien que la chance avait été avec moi depuis le début des vacances et m'avait plus ou moins permis de "passer mon tour" en quelque sorte...
Chaque jour supplémentaire était un peu une victoire. Vacances aidant, les motifs de tension étaient déjà moindres, et puis comme l'attention de Maman se focalisait surtout sur cet objectif de remettre Aline à niveau, j'arrivais en faisant attention à ne pas provoquer l'irréparable. Même si chaque jour amenait son lot de petits indices rappelant que mon sort ne pourrait s'éterniser ainsi...
A bien faire ce qui m'était demandé, à éviter de répondre aux provocations de mes soeurs, à jouer profil bas, je désamorçais nombre de conflits, j'écartais des risques d'orage, mais il n'empêche que cette période était forcément émaillée de petites remarques, de griefs mineurs certes, sauf qu'ils s'accumulaient et que je n'étais pas à l'abri d'une goutte de trop qui ferait déborder le vase... qui justifierait une reprise en mains à la manière maternelle que je connaissais si bien...


"Maman, Maman, Christine lit au lieu de faire ses devoirs", une fois encore Diane avait joué les rapporteuses. Et, j'avais vu Maman débarquer dans ma chambre. Entre temps, j'avais réussi à planquer la bande dessinée que je lisais sous mon matelas et à me recomposer une image de fille studieuse. Au passage, Maman avait certes remis Diane à sa place, en lui disant que ce n'était pas à elle à faire la police dans cette maison.
Mais, Maman n'était pas dupe et se doutait que Diane n'avait pas inventé ce qu'elle avait dit...
Le contrôle de mon travail montra quand même que je savais ma leçon, et l'incident en resta là. Toutefois, Maman me toisant de haut, bras croisés, fut claire : "Ca passe pour cette fois, Christine, mais je t'ai à l'oeil, crois moi. Tu as eu de la chance, ces derniers temps, mais je me méfierais à ta place. Ne cherche pas les ennuis, sinon tu vas les trouver, et plus vite que tu ne crois... Et, alors, gare à tes fesses, ma fille, gare à tes fesses..."

 




L'avertissement avait été sans équivoque et il confirmait mes craintes. La "chance" ne dure pas toujours, et j'avais des frissons en bas du dos en pensant que mon tour pourrait bien arriver...
De retour au salon, un peu plus tard, j'ai croisé le regard de Diane, qui était allongée sur le tapis. Elle avait un sourire moqueur qui en disait long. J'y lisais : "Gare à toi, grande soeur. Gare à tes fesses... On va bientôt t'entendre chanter une drôle de chanson..."
Mieux valait pour moi faire semblant de ne pas voir ses moqueries, d'éviter tout conflit... Mais, quelque chose me disait au fond de moi que Diane avait raison....

A SUIVRE

mardi 15 novembre 2011

Chronique d'un redoublement : 10. L'incroyable accalmie...

SUITE 9

Les jours passant, Diane en prenait à son aise. Dispensée de devoirs de vacances, elle profitait d'une liberté assez large et savait jouer les gentilles devant Maman.
Et, pour l'occuper pendant que nous faisions, Aline et moi, nos devoirs, notre petite soeur allait soit à la bibliothèque, soit chez des copines, soit surtout à la piscine.
Pour que nous puissions nous dépenser aussi, avant les deux semaines que nous irions passer à la mer en août, nous avions toutefois l'autorisation d'aller aussi à la piscine une à deux fois par semaine, quand les devoirs étaient bien faits.
C'était une sortie plus agréable que de passer l'après-midi devant des livres et cahiers, mais c'était aussi l'occasion de retrouver des camarades du collège et des connaissances. Je n'aimais donc guère ces retrouvailles, d'autant que Diane qui venait plus souvent que nous ne se privait pas de confier nos déboires à ses copines ou aux mamans qui lui demandaient pourquoi ses soeurs n'étaient pas là...



Je revois encore les regards insistants des enfants et de leurs accompagnants voyant certains jours les deux punies de la famille Spaak venir se baigner comme si de rien n'était, et se remémorant certainement les confidences de Diane à notre propos...


C'était idiot, mais à chaque regard insistant, je me demandais si mon maillot était bien ajusté, si je ne laissais pas apparaître un bout de mes fesses, et cela même si cela faisait maintenant bien des jours qu'elles n'avaient pas été rougies...
Aline était moins sensible à ces moqueries plus ou moins voyantes, mais elle avait moins honte que moi, le fait d'être plus jeune rendant son statut de punie plus acceptable, voire logique puisque son aînée était assujettie au même régime.
Toutefois, quand je sentais bien que les regards des enfants et des Mamans me scrutaient comme une bête curieuse, comme celle qui allait redoubler sa classe, comme celle qui causait bien des soucis à sa mère, je tentais de changer mes idées noires et je me consolais en remarquant que depuis la douloureuse soirée de l'arrivée du bulletin et du mensonge aggravant, je n'avais plus subi les foudres maternelles...
Aline, hélas, ne pouvait en dire autant. Et la troisième semaine de devoirs fut aussi ponctuée d'une nouvelle déculottée  pour un nouveau relâchement dans l'effort...



Je plaignais ma soeur, mais je constatais aussi que cela la remettait au travail assez efficacement. D'un autre côté, je tendais le dos, car cette série de fessées d'Aline me faisait craindre un mouvement de balancier inverse et à mon encontre donc...
Surtout que chaque fessée d'Aline était évidemment accompagnée de commentaires familiaux et que Maman insistait toujours en disant : "Attention Christine, ne te crois pas à l'abri... La prochaine pourrait être pour toi..."
Je le savais bien hélas, partagée entre une certaine satisfaction de voir que Maman prenait Aline pour cible, et le fait que chaque claque que recevait sa lune me rappelait que j'avais tout à craindre pour la mienne aussi...
Le samedi suivant, alors que nous étions dispensées de devoirs, Maman reçut la visite de la couturière qui ramenait des affaires qu'elle avait arrangées. Elle fit une séance d'essayage dans sa chambre, appelant Diane pour qui la couturière avait remis à sa taille des vêtements venant d'une grande cousine, ainsi que deux jupes que je ne mettais plus.
De nos chambres, nous entendimes Maman hausser le ton, et discuter assez fort avec Diane. Elle faisait apparemment la tête ne voulant pas mettre des habits de récupération.
Ma discussion cessa quand Maman raccompagna la couturière à la porte. Mais elle rappela ensuite Diane, et l'on comprit que soeurette continuait à faire sa mauvaise tête et à refuser d'envisager de porter mes anciennes jupes.




Le ton monta et un bruit sec déclencha des pleurs. Diane venait de se prendre une gifle, et Maman ne s'arrêta pas là, puisque les supplications de notre petite soeur nous firent comprendre que la chouchoute allait pour une fois recevoir son dû.
Sortant de nos chambres à pas de loup, Aline et moi nous nous sommes retrouvées dans le couloir pour mieux guetter la scène. Hélas la porte de la chambre maternelle était fermée, mais les bruits ne trompaient pas nos oreilles averties...
J'ai osé jeté un oeil par le trou de la serrure. La vision était trouble et fugace, car je me suis vite dégagée. J'avais cependant aperçu Diane à genoux, retombant des cuisses maternelles et se frottant une paire de fesses bien dégagée... J'avais le coeur battant. J'ai confié à Aline : "Maman lui a baissé sa culotte".
Ma soeur eut un large sourire et nous repartimes vite fait dans nos chambres faire semblant de rien. Diane apparut penaude quelques minutes plus tard, avec un oeil noir qui semblait rageur. Mais, nous étions plutôt ravies, Aline et moi, que soeurette ait eu son caquet rabattu...
Paradoxe des paradoxes : c'était moi la redoublante qui passait entre les gouttes... Plus de trois semaines étaient passées sans que rougisse ma lune... 
Ce samedi, c'était la bonne élève, la chouchoute qui venait de recevoir la fessée. Mon autre soeur qui avait réussi à passer en classe supérieure, en était déjà à trois depuis le début des vacances... Jamais je n'aurais envisagé pareille accalmie, et je commençais à être fière de moi, et à croire que cela allait durer...

A SUIVRE

jeudi 10 novembre 2011

Chronique d'un redoublement : 9. Croiser les doigts ne suffit pas...

SUITE 8

Aline avait pris sa fessée en criant comme une écorchée vive. Autant j'essayais quand cela m'arrivait de ne pas amplifier mes cris, autant ma soeur jouait la comédie pour tenter d'attendrir la colère maternelle.
Etant une nouvelle fois aux premières loges, la démonstration m'impressionnait quand même, d'autant que les menaces de Maman me rappelaient que je n'étais pas à l'abri d'une pareille déconvenue, moi aussi.
Quand Maman en eut fini avec ma soeur, celle-ci resta dans la pièce, car ordre lui avait été donné de finir ses exercices sous peine d'un retour sur les genoux maternels. Et puis, Aline n'avait pas envie de quitter la pièce tant que Maman n'aurait pas vérifié mes devoirs, histoire de ne pas manquer une possible fessée de son ainée...
Maman regarda mes exercices avec l'oeil sombre, forçant certainement le jeu pour que je ne me sente pas rassurée et comprenne que ses menaces n'étaient pas en l'air...
Heureusement, tout était bon, du moins très correct et elle dût le reconnaître : "Bon, tu as de la chance, Christine. Et j'espère que tu continueras tes efforts, si tu ne veux pas subir le même sort que ta soeur..."
J'avais compris et poussai un gros soupir de soulagement quand Maman quitta la pièce. Elle allait chercher Diane à la piscine et me demanda de veiller à ce que ma soeur travaille durant ce temps.



Aline chignait et reniflait en se remettant à ses opérations de calcul. Autant j'étais en rage quand il arrivait que les petites se moquent de moi lorsque j'étais punie, autant dans ce climat où j'y avais échappé et où ma soeur avait pris pour son grade, j'avais comme de la compassion pour Aline.
Je tentai donc de la consoler et de sécher ses larmes. "Bouhouhou... J'ai mal, c'est pas juste...", se plaignait soeurette. Je la rassurai : "Allez, ne pleure plus. C'est fini. Ca va passer. Tu as reçu une bonne fessée, mais n'exagère pas. Je sais ce que c'est, moi..."
Mes mots l'apaisèrent. Aline savait bien en effet que je connaissais le sujet...
Et, comme j'avais pitié, j'aidai ma soeur à finir ses opérations. Je lui en laissai faire deux toute seule, ne voulant pas que Maman s'aperçoive du stratagème. J'avais eu raison car, en revenant elle vérifia son travail et comme il n'y avait que deux fautes, elle lui épargna une nouvelle fessée, dont j'imagine qu'elle ne l'aurait donnée que si Aline n'avait rien fait du tout durant son absence.



"C'est mieux, Aline. Tu vois que quand tu veux, tu réussis. C'est dommage qu'il ait fallu une fessée pour y parvenir", commenta Maman devant Diane qui s'enquit de ce qui s'était passé...
Maman dit simplement : "Ta soeur n'avait pas bien travaillé, et j'ai dû lui donner la bonne fessée déculottée qu'elle méritait..."
Diane avait les yeux qui pétillaient, mais devait presque regretter de ne pas avoir été dans les parages...


La semaine suivante, je continuai à veiller à bien faire mes devoirs. Il est vrai que c'était ceux de l'année écoulée et qu'il me restait de bonnes bases pour la plupart. Du côté d'Aline, c'était moins évident, car Maman tenait à ce qu'elle rattrape son retard et arrive à la rentrée au niveau souhaité.
La fessée du vendredi précédent avait été un coup de semonce, mais ma soeur n'en était pas devenue surdouée pour autant. Maman lui imposa donc une deuxième séance de travail dans la journée certains jours. J'avais alors droit d'aller jouer au jardin ou même d'aller à la piscine avec Diane.
Le mercredi, en revenant de nous baigner, nous trouvâmes Aline pleurnichant dans le canapé. Et Maman nous confirma ce que nous avions deviné : "Laissez votre soeur tranquille, Aline a encore reçu une bonne fessée pour lui apprendre à mieux travailler..."
Malgré une ou deux questions plus ou moins directes, nous n'en avons pas su davantage, mais la tête de ma soeur ne laissait guère de doute : cette fessée donnée seule à seule par Maman n'avait certainement pas été donnée autrement que déculottée...
Deux fessées pour moi le jour du bulletin, deux déculottées pour Aline pour devoirs de vacances bâclés, Diane ne se sentait plus et jouait les chouchoutes, les petites filles modèles, ce qui m'exaspérait autant qu'Aline.
Ce qu'elle aimait le plus, c'était lorsque Maman recevait des amies et que la conversation en venait aux nouvelles des enfants.



Lorsque c'était le cas, Maman en profitait pour nous donner des devoirs à Aline et moi pour que nous ne les dérangions pas, et Diane, elle, se plaisait à vouloir aider Maman, ou se mettait à lire sagement dans un coin du salon à portée d'oreille des bavardages de ces dames.

Et, bien sûr, Maman ne pouvait que soupirer sur la difficulté d'élever ses filles, expliquant que "Christine a perdu bêtement son année d'avance, en n'étant pas assez sérieuse en classe". Puis que, "en plus de l'ainée qui va redoubler, Aline, elle passe de justesse et va devoir travailler toutes les vacances pour bien démarrer en septembre".
Cela arrivait alors à Diane, "heureusement qu'avec la cadette, j'ai moins de mal, et qu'elle a de bons résultats".
Souvent, l'une de ces dames tentait de rassurer Maman avec des propos fatalistes, du style : "C'est ainsi, il y a de bonnes et de mauvaises années, on n'y peut pas toujours grand chose".
Ce que Maman réfutait avec énergie, en confiant que "les bonnes vieilles méthodes heureusement fonctionnent encore", et que "ce n'est pas toujours drôle, mais qu'il n'y a rien de telle qu'une bonne fessée pour remettre mes filles dans le droit chemin".
Ecoutant nous aussi la conversation, Aline et moi piquions du nez dans nos devoirs, alors que Diane arborait un petit sourire autosatisfait...
Il était hélas bien rare qu'une de ces dames ne relance pas le débat en posant une question ou en allant dans le sens de Maman. Ou en feignant de la plaindre : "Ah, ma pauvre, ce ne doit pas être facile, mais si cela fait de l'effet, c'est l'essentiel".
Maman donnait alors parfois des exemples : "Regardez Aline, l'autre jour, elle me faisait des fautes à chaque multiplication. Je lui ai donné la fessée, et une heure après, elle avait presque tout bon..." Ma soeur avait rougi en écoutant cette confidence, et je m'apercevais que finalement l'aide que j'avais apportée en douce à Aline se trouvait conforter Maman dans ses théories...
"Et avec la grande, cela marche aussi bien ?", devait renchérir une autre dame du quartier, ce à quoi Maman répondit volontiers : "Ah, c'est évidemment moins facile avec Christine. Mon ainée me donne plus de fil à retordre. Elle est du genre à ruser et à tenter d'échapper à ce qu'elle mérite. Tenez, l'autre jour, elle m'avait fait croire qu'elle n'avait pas reçu son bulletin annonçant son redoublement. Ca a même failli marcher, d'ailleurs. Si je ne l'avais pas appris par Mme Aumont, la maman de Marion, Christine s'en tirait sans problème..."
La dame voulut savoir l'issue de l'histoire, et Maman le raconta volontiers : "Eh bien, ma grande qui avait reçu une déculottée magistrale pour son redoublement, n'était pas fière de se retrouver le même soir à nouveau sur mes genoux pour une fessée mémorable donnée devant ses petites soeurs. Et je peux vous dire que cela l'a calmée..."
Assise devant mes devoirs, j'avais les larmes qui perlaient dans mes yeux et je cachais autant que possible mon trouble.
Et comme ses amies la félicitaient, Maman précisa : "Bien sûr, je me dis que si j'avais été encore plus derrière elle durant l'année, nous aurions peut-être pu éviter de perdre une année, mais elle sait à quoi s'en tenir pour l'an prochain. Et d'ailleurs depuis ce fameux soir, Christine s'est bien assagie et fait ses devoirs avec application. Comme quoi, la leçon doit porter ses fruits..."
Autrement dit, là encore, mon attitude était comme une justification de l'efficacité des méthodes maternelles. Elle avait ajouté toutefois : "Mais, je me doute bien que cela ne durera pas des lustres... Au moins, Christine sait-elle que je ne lui passerai rien, et que le moment venu, elle pourra préparer ses fesses..."
Dans mon coin, je croisais les doigts pour conjurer le sort, mais croiser les doigts ne suffit pas toujours...

A SUIVRE 

Chronique d'un redoublement : 8. Des vacances bienvenues quand même...

SUITE 7

La fessée reçue par Aline, à l'avant-veille des vacances, m'avait à la fois donné du baume au coeur et inquiété... Aline déculottée devant moi, cela montrait que je n'étais pas la seule à mériter la foudre maternelle. Cela donnait aussi une autre référence dans les conversations. Ma double volée n'était pas le dernier exemple à citer.
En même temps, cette réaction maternelle qui, à deux jours des vacances, flanquait une fessée à Aline pour une poésie non apprise, cela me montrait la détermination maternelle. Comme elle n'avait pas hésité pour mon mensonge de me corriger à nouveau le même soir qu'une première déculottée mémorable, l'épisode Aline donnait le ton de ce qui nous attendait. Maman était bien décidée à être intraitable, vexée de mon échec d'une part, et fatiguée de voir Aline demeurer toujours à la limite des mauvais résultats.



J'avoue que j'ai mal vécu les dernières 48 heures de cette année scolaire. Le fait d'être encore avec mes camarades, en sachant que j'étais l'une des trois élèves qui ne passerait pas en classe supérieure me rendait grognonne. J'avais beau jouer la blasée, j'assumais difficilement ce coup de massue, surtout que, même si j'avais leur âge, j'allais me retrouver avec les Sixième de cette année, les filles dont on s'était souvent moqué en les snobant du haut de notre statut de "grandes" de Cinquième. Encore heureux que, durant ces deux derniers jours, aucune copine n'ait eu vent, de par des confidences de mères ou de ce que mes frangines auraient pu dire à des soeurs de filles de ma classe, de ce que m'avait valu cette décision de redoublement...



C'est donc soulagée que je quittai le collège le dernier soir, ramenant mes cahiers et livres, ainsi que mes devoirs de l'année, ceux-là même que Maman était décidée à me faire refaire durant ces vacances...
Comme nous ne partions à la mer que deux semaines en août, le mois de juillet allait être mis à profit pour faire des devoirs à un rythme soutenu.
D'un côté, je n'étais pas si fâchée de devoir rester à la maison, n'ayant pas trop envie de fréquenter des copines qui allaient se retrouver dans une classe supérieure. Et puis, il faut bien dire que si Aline avait un programme pénible pour elle, car son retard était manifeste, le fait pour moi d'avoir à réviser les cours de l'année était plus facile. C'est donc ma soeur qui mobilisait les énergies de Maman plus que moi. Dès l'instant où j'avais compris qu'il fallait réviser tranquillement sans se moquer du monde, je savais que Maman serait moins sur mon dos.



La première semaine se passa sans heurt, et si je n'appréciais guère de devoir travailler tous les jours, sauf le dimanche, je faisais montre de bonne volonté, n'ayant pas envie de défier l'autorité maternelle.
C'est le vendredi de la deuxième semaine de vacances qu'eut lieu le premier orage. Connaissant Maman parfaitement, surtout dans ce domaine-là, je sentais bien qu'elle allait vouloir remettre les pendules à l'heure, et les remarques persistantes faites à Aline accusée de ne pas faire assez d'efforts commençaient à s'accumuler...
Nous ayant donné des exercices à faire de 15 à 16 h, Maman qui avait laissé Diane aller à la piscine pendant que nous travaillons, contrôla notre travail à l'heure dite. Je m'étais appliquée, comprenant que la météo était à l'orage, mais Aline, elle, très en froid avec le calcul, n'avait fait que la moitié des opérations, et encore avec quelques grosses fautes...

Il n'en fallait pas plus pour provoquer la foudre maternelle. "J'en ai assez, Aline... Si tu ne veux pas comprendre, je vais employer un moyen plus radical... J'ai été assez patiente ces derniers jours, et je crois qu'une bonne fessée va te faire le plus grand bien...", lança-t-elle en mettant sa menace à exécution sur le champ...
Basculée en travers des genoux de Maman, Aline eut beau piailler avant même d'avoir pris la première claque, elle se retrouva pantalon de jogging et culotte baissés pour une fessée magistrale, claquante et rougissante à souhait.
J'étais cette fois encore en première ligne, et même la seule témoin en l'absence de Diane, et je n'en manquai pas une miette, avec comme toujours cette drôle de sensation qui me faisait à la fois plaindre ma soeur et ressentir une espèce de demi-joie d'être du bon côté de la scène...
Maman tout en achevant et peaufinant cette claquée de la lune de soeurette, me lança un regard noir en forme de défi : "Quant à toi, Christine, j'espère que tu as réussi tes exercices, sinon tu peux aussi préparer tes fesses, ma grande..."
J'avais beau être assez sûre de mon travail, j'assistai à la fin de la fessée d'Aline avec un sentiment moins rassuré... Ces genoux où était étalée ma soeur, cette main de Maman qui claquait de bon coeur une lune rougissante, j'avais conscience que cela pourrait bientôt être mon tour de les retrouver...


A SUIVRE