SUITE 24
J'étais prévenue et je savais bien que le moindre faux-pas m'attirerait des ennuis. Et j'avoue qu'en ces premières semaines, je tentais d'inverser le cours de mes notes en les matières où je n'avais pas de bons résultats l'année précédente.
La mauvaise note en anglais, agrémentée surtout d'un commentaire acide de la prof, m'avait ramenée sur terre, et plus exactement sur les genoux maternels...
Les jours suivants, j'ai vraiment cherché à travailler, à ne pas risquer une nouvelle déconvenue...
De nouvelles notes sont arrivées et elles étaient plutôt positives, même si je savais que Maman attendait de moi plus qu'une simple moyenne de milieu de peloton. La redoublante, pour elle, se devait de briller.
Un exercice de géométrie mal compris m'avait valu un 7,5 pas brillant, et j'imaginais qu'il ferait tâche sur le premier bulletin mensuel qui devait nous être donné le lundi suivant, une semaine exactement après ma "première" fessée de cette année scolaire.
Conscient qu'il valait mieux ne pas ajouter de mensonge à ce faux-pas, j'en prévins Maman avant le jour fatidique.
Je le surnomme "fatidique", car il est vrai que dans mes souvenirs de l'année précédente, les quatre derniers bulletins mensuels s'étaient soldées de la même façon, par une fessée, hélas bien méritée... Il faut dire aussi qu'à chaque fois, Maman y découvrait des notes dont je ne m'étais pas vantée jusqu'au jour J.
Cela n'empêche que je n'étais pas fière en rentrant à la maison le dernier jour de septembre avec un bulletin qui contenait des notes assez quelconques et aussi la mauvaise note d'anglais et celle de géométrie...
Maman m'attendait les bras croisés avec un regard assez sévère. En lui donnant mon bulletin, je lui dis que je pouvais lui expliquer, mais elle rétorqua : "Je sais lire, ma fille, et tes explications ne changeront rien si les résultats ne sont pas à la hauteur".
Elle grimaça en lisant certaines notes, concéda qu'il y avait un mieux dans d'autres matières, et montra son irritation en relisant l'appréciation de la prof d'anglais qui n'était guère différente de celle donnée la semaine précédente et qui m'avait attiré de gros ennuis...
Heureusement que d'autres commentaires étaient neutres voire positifs. Surtout que la prof de maths, qui avait l'habitude de me compter parmi les bonnes élèves avait noté : "J'espère que ce faux-pas en géométrie n'est que ponctuel. Il ne faudrait pas que Christine perde un de ses atouts. Un travail plus régulier serait nécessaire".
Je me doutais bien que cette petite phrase n'allait pas plaire. Maman la traduisit à sa manière : "Si je comprends bien, tu ne travailles pas assez régulièrement les mathématiques. Cela ne va pas se passer comme ça, je te prie de le croire, Christine... Allez, file dans ta chambre."
Ces mots m'ont presque tiré des larmes et je n'ai pas osé dire quoi que ce soit. Je suis montée dans ma chambre, en étant sûre que j'allais y attendre ma prochaine fessée...
Cela ne faisait pas de doute dans ma tête. C'était juste le moment précis que je ne connaissais pas. Surtout que nous n'étions qu'en début de soirée.
J'entendis un peu plus tard les petites arriver. Maman examina aussi leurs bulletins, félicitant Diane qui commençait très bien l'année. Mais, elle éleva le ton contre Aline, disant que ce n'était pas possible, et associant dans certains reproches le manque de travail de ma soeur au mien. Je comprenais que cela allait aller mal aussi pour Aline.
Mes soeurs prirent leur goûter et Maman les envoya à leur tour dans leur chambre. Nous y mijotâmes les unes et les autres durant près d'une heure avant que Maman ne monte. Je commençais à me dire que mon heure allait sonner...
D'autant que Maman entra dans la chambre des petites et demanda à Diane d'aller prendre sa douche la première, ajoutant "pendant que je m'occupe de ta soeur".
La phrase me fit frissonner. J'allais voir arriver Maman, je pouvais préparer mes fesses...
Effectivement, les pas maternels se dirigèrent vers ma chambre et Maman y entra. Je grimaçai, prête à sangloter et à demander pardon, à implorer l'indulgence...
Maman avait dans les mains mon bulletin, j'imaginais que ma tranquillité fessière allait s'arrêter là...
Mais, au lieu de venir s'asseoir au bord du lit, là où elle m'avait si souvent donné la fessée, Maman me tendit le bulletin en disant : "Bon, je l'ai signé, mais tu as intérêt à ce que le prochain soit meilleur. Sinon, ça bardera ma fille, tu sais. Heureusement que, pour une fois, le bulletin ne comporte pas de mauvaises surprises et de notes que tu aurais cachées. Comme tu as déjà été punie lundi dernier à propos de l'anglais, je veux bien être compréhensive cette fois. Mais dis-toi bien, Christine, que si je ne vois pas d'amélioration manifeste, le prochain bulletin de ce type, ce sera la fessée, et estime-toi heureuse que je ne t'en donne pas déjà une... J'ai assez à faire avec Aline, mais j'espère que tu m'as bien comprise..."
Maman tourna les talons, non sans m'avoir montré sa paume avec un geste qu'il n'y avait pas besoin de sous-titrer... J'étais apeurée de cette menace, mais en même temps je n'en croyais pas mes oreilles. J'échappais à cette fessée que j'attendais comme une évidence depuis plus d'une heure et que j'avais imaginé dès que la prof principale nous avait remis ce fichu bulletin...
Bouleversée, à la fois soulagée et profondément remuée tout de même, j'entendis Maman qui retournait dans la chambre voisine. "Alors, comme ça, Aline, on bavarde en classe au lieu d'écouter l'institutrice. Comme si tu pouvais te permettre de rêvasser, comme si tes résultats te dispensaient d'écouter. Ah, ma fille, je ne vais pas te laisser débuter l'année ainsi. Je vais te rappeler les bons principes, moi...", le sermon maternel à l'encontre de ma soeur me parvenait comme si j'étais dans la pièce.
J'en étais toute retournée. Quand Maman élevait la voix, tout s'entendait dans la pièce d'à côté. Je distinguai donc les protestations vaines de ma soeurette, les bruits d'un début de lutte, ainsi que les commentaires maternels.
"Lâche cette culotte", "arrête de gigoter", puis les "ah, je vais t'apprendre" ainsi que les supplications d'Aline à mesure que la fessée tombait.
J'avais bien remarqué le bruit plus sourd des claques données sur le fond du survêtement et quand Aline s'agrippait à sa culotte. Puis le son plus net, sonore et claquant d'une paume sur une lune toute déculottée...
La fessée ne dura pas longtemps. Elle était énergique, démonstrative, mais pas autant que lorsque Maman "s'occupait" de son ainée.
Mais, déjà, rien que cela me bouleversait. Un peu par compassion envers ma soeur, mais aussi et surtout parce que j'étais témoin de ce que l'on entend derrière une cloison ou par une porte entr'ouverte...
Je ne pouvais m'ôter de l'idée que, dix minutes plus tôt, j'étais là persuadée que j'allais recevoir la fessée. Et que, si je n'avais bénéficié d'une grâce inattendue, ce sont mes soeurs qui auraient entendu tout cela, dans les moindres détails...
La fessée d'Aline me renvoyait à ma position le lundi précédent quand je prenais la première déculottée de l'année.
C'est ainsi qu'Aline et Diane avaient dû tout entendre, tout imaginer, quand j'étais sur les genoux maternels...
Et, comme Maman m'avait bien prévenue, comme cette clémence n'était qu'exception, à la prochaine mauvaise note, au prochain mensonge, je n'aurais qu'à préparer mes fesses, et mes soeurs leurs oreilles...
A SUIVRE



















