dimanche 25 août 2019

Chronique d'un redoublement : 148. Un rendez-vous professoral qui entraîne un retour angoissé à la maison

SUITE 147

Je sursautai quand la sonnerie de la fin des cours se fit entendre. Pour une fois, j'aurais bien préféré qu'elle ne retentisse pas de sitôt... Je n'étais nullement pressée de retrouver Maman et Mlle Simon...


Je devais attendre Mlle Simon et Maman dans le couloir
du bâtiment administratif du collège,
un endroit associé à bien des mauvais souvenirs
des années précédentes, et aux conséquences cuisantes...

Cette dernière devait recevoir Maman dans un des deux petits bureaux individuels, proches de la salle des profs, près du secrétariat et du bureau de la principale. C'était là une partie du bâtiment du collège que je n'appréciais guère, associée qu'elle était avec des souvenirs de colle, sans oublier un passage en conseil de discipline, ni le conseil de classe qui avait entériné mon redoublement, un an et demi plus tôt...
Me voyant m'y diriger, les deux moqueuses de ma classe arboraient un sourire en coin, imaginant certainement qu'il y aurait des sujets de moquerie dans les jours à venir...


Les moqueuses m'ayant vue me diriger vers le bâtiment administratif
se mirent à ricaner, espérant avoir bientôt des sujets de moquerie... 

Maman était arrivée au collège avec dix minutes d'avance, selon le vieux principe que l'on ne fait pas attendre les professeurs. Je la retrouvai dans le couloir, près de la salle d'attente, et elle m'accueillit déjà plutôt froidement. Elle avait en effet, entre temps, croisé la principale qu'elle connaissait bien, de par mes exploits des trois premières années de collège. 
Maman me résuma la conversation avec elle, qui aurait dit : "Christine, ça va pour le moment. Elle travaille plutôt pas trop mal. Avec juste encore une tendance à être un peu dissipée". Bref, rien de grave, mais assez pour agacer ma mère, pour qui je devrais être studieuse, attentive et parmi les premières de la classe !  
Je tentai de lui faire dire que "c'est plutôt bien quand même". Mais, elle n'acquiesça pas, répondant au contraire : "J'espère que l'avis de Mlle Simon sera plus positif... Je l'espère pour toi, Christine... Mais, j'ai bien l'impression qu'il était temps que je reprenne les choses en main" !



En estimant qu'il était temps de "reprendre les choses en main...",
Maman ne m'annonçait rien de bon... 
Je savais trop ce que cela voulait dire... 

L'expression me fit frissonner une fois encore. J'imaginais trop ce que cela sous-entendait...
Mlle Simon arriva sur ces entrefaites et Maman la remercia chaleureusement de lui accorder un peu de temps. La jeune prof répondit que c'était normal, et que cela permettait de mieux connaitre les élèves et leurs familles, ce à quoi Maman rétorqua en la féliciitant de ce bon état d'esprit, et en ajoutant un de ses couplets habituels sur la nécessité que parents et profs travaillent de concert, etc., etc.
Et, comme je m'y attendais, je dus rester dans le couloir pendant que Maman et la prof s'isolèrent dans le petit bureau... Je n'aimais pas cette situation d'attente, où il n'y a rien d'autre à faire qu'à imaginer ce qui se dit entre les deux adultes... Et dont le sujet principal est ma petite personne...
Au bout de dix minutes, je commençais à m'impatienter, surtout que la longueur de l'entretien laissait peu de chances à ce que Mlle Simon "oublie" de parler de la fameuse punition des cent lignes... Même si je pouvais théoriquement l'espérer, la petite voix de ma raison me disait dans ma tête qu'il fallait que je m'attende hélas à devoir me justifier pour quelque chose qui réunissait plusieurs des choses dont Maman avait horreur, à savoir du bavardage en cours, une punition, et circonstance aggravante, une cachotterie, et une ribambelle de mensonges par omission ou dénégation...

Sûr que l'année passée, il aurait fallu bien moins que cela pour me retrouver, culotte baissée, sur les genoux maternels, pour une fessée "bien méritée", du moins selon les critères maternels...


Plus l'entrevue de Maman et de la prof durait, et plus j'angoissais...
Je n'avais plus guère d'espoir que mes cachotteries 
ne soient pas venues aux oreilles de Maman... 
Et j'imaginais ce qu'elles me vaudraient...

Le quart d'heure passa, et je vivais chaque minute supplémentaire avec une angoisse croissante. Même si, à tout réfléchir, c'était bien une façon de faire de Maman de vouloir créer des liens avec les enseignants pour que la communication passe au mieux, et pour que les profs ou les instit' soient bien réactifs en cas de problème avec moi ou mes soeurs.
Dans le cas de Mlle Simon, je l'ai appris plus tard, mais Maman avait poussé l'amabilité jusqu'à s'enquérir du fait que la jeune enseignante n'avait pas de difficultés pour s'intégrer dans notre petite ville où elle venait d'être nommée, alors qu'elle était auparavant dans la préfecture et ville universitaire voisine.
Maman lui avait donné des conseils à propos de la vie associative locale, et avait même évoqué de l'inviter à dîner un de ces soirs. Sans en fixer la date quand même. Mais, j'imagine bien la scène, et Maman faisant tout pour être bien vue de ma jeune prof. Il est vrai qu'elle n'avait jamais vraiment réussi, les années précédentes avec ma bête noire de Mlle Paule, la vieille fille revêche qui m'avait valu tant d'ennuis...
Je sursautai quand, au bout de vingt bonnes minutes, la porte s'ouvrit. Mlle Simon arborait comme un petit sourire, en coin. Maman, elle, semblait froncer les sourcils. La jeune prof s'adressa à moi sur un ton presque taquin : "Ah voilà donc notre petite cachotière, celle qui cache ses punitions à sa mère" !



En me traitant de petite cachotière, Mlle Simon avait le sourire.
Mais Maman ne l'avait pas du tout... 
Et de me promettre qu'on allait s'expliquer à la maison... 

Je sursautai, même si la phrase ne faisait que confirmer ce dont j'étais presque sûre que cela allait arriver... Mon coeur se mettant à battre fort, je balbutiai : "Bah, euh, je, euh, enfin... C'est à dire que, euh... je vais vous expliquer..."
Mais, Maman me coupa la parole d'un ton qui, lui, n'était pas à la plaisanterie : "Bon, Christine, je ne suis pas sûre qu'il y ait grand chose à expliquer à ta professeure. Cela nous regarde surtout toi et moi... Mlle Simon a d'autres choses à faire... Prends donc ton cartable et nous allons rentrer à la maison, où une petite discussion nous attend..."
Je baissai la tête et attrapai mon cartable, pendant que Maman prenait congé de l'enseignante : "Merci encore Mademoiselle, et croyez bien que je suis désolée des agissements de Christine, mais je vous assure que je vais faire le nécessaire pour qu'elle n'ait plus envie de recommencer. En tout cas, si elle persiste à faire des siennes, n'hésitez pas à m'en faire part, je saurai agir en conséquence..."
Mlle Simon acquiesça et nous dit au revoir en nous raccompagnant jusqu'à la porte de la conciergerie. Une fois dans la rue, Maman prit le chemin de la maison, en faisant juste un petit détour pour passer à la boulangerie reprendre une baguette, car elle avait proposé à Tata Jacqueline de rester à dîner.
La perspective que ma chère tante soit à la maison, me rassurait un peu, car j'imaginais bien qu'elle allait prendre ma défense. Mais, je ne me faisais guère d'illusion quant à ce qui m'attendait une fois que Tata serait repartie...



Je n'étais pas pressée de rentrer, 
d'autant que Maman avait annoncé la couleur
avant même qu'on ne s'explique, 
en me conseillant de "préparer mes fesses".
J'en tremblais à l'avance... 

Je trainais toutefois un peu la patte, marchant derrière Maman, ce qui contribua à l'agacer : "Christine, peux-tu marcher normalement ? Je comprends que tu ne sois pas pressée de rentrer, mais cela ne changera rien et tu n'échapperas pas à notre petite discussion..."
Je tentai de plaider ma cause : "Mais, Maman, je vais t'expliquer".
Elle répliqua : "Tais-toi donc, et n'aggrave pas ton cas. Se faire punir de cent lignes pour bavardage est inadmissible, Christine. Et, en prime, me le cacher en mentant effrontément est pire encore... Alors, je serais à ta place, je n'énerverais pas davantage ma mère en trainant les pieds. Et, je commencerais à préparer mes fesses..."
Je suppliai : "Oh, non, Maman, noooon ! Tu sais, j'ai aussi bien travaillé. J'ai même eu un 16 sur 20 hier !".
Maman ricana : "Arrête ton cinéma, Christine. Je ne suis pas dupe. Un 16, la veille du rendez-vous avec la prof, ça prouve surtout que tu avais peur de ce qu'elle allait me dire, et ça montre aussi et surtout que tu es bel et bien capable de ramener de vraies bonnes notes, si tu te donnes la peine de travailler... Au lieu de cela, Mademoiselle papote en classe et se contente de notes moyennes... Tu sais, Christine, je ne devrais même pas te féliciter pour un 16, mais te punir à chaque fois que tu n'as pas au moins 14. En tout cas, prépare tes fesses, ma fille, prépare tes fesses..."
Je me mis à sangloter, et Maman rajouta : "Garde donc tes larmes pour plus tard... Tu vas en avoir bien besoin..."


J'eus beau essayer de commencer à plaider ma cause...
Maman ne voulut rien entendre...
Et de me répéter, geste à l'appui, que je devais préparer mes fesses...
Jusqu'à y faire une allusion à peine voilée devant la boulangère...
 

En prenant la baguette à la boulangerie, la patronne remarqua que je faisais grise mine, et demanda : "Votre fille ne semble pas dans son assiette. Aurait-elle encore fait des siennes ?"  Ce à quoi Maman rétorqua : "Vous ne croyez pas si bien dire... Nous allons de ce pas en parler à la maison".
Je rougis et détournai le regard, alors qu'en rendant la monnaie à Maman, la boulangère me glissa : "Ma pauvre demoiselle, courage, c'est juste un mauvais moment à passer". Mais je me serais bien passée de ce propos faussement compatissant. 
Nous finîmes le trajet sans dire un mot, Maman m'ayant laissée passer devant, et je marchai cette fois à allure normale, n'ayant qu'une envie, qui était d'aller me réfugier dans ma chambre dans l'attente de la "discussion" promise par Maman, et dont je devinais bien qu'elle en serait l'issue, qui ressemblerait certainement à un "monologue" d'une main maternelle sur mes fesses épargnées à son goût depuis trop longtemps !


Je ne pouvais raisonnablement plus compter sur une clémence maternelle...
Depuis la rentrée, j'avais échappé maintes fois à une fessée...
Cette fois, mensonge et bavardage, c'était assurément de trop... 

A SUIVRE

lundi 19 août 2019

Chronique d'un redoublement : 147. Un rendez-vous qui en rappelle d'autres très cuisants...

SUITE 146

Quelques jours encore sont passés après la signature de ce premier carnet mensuel. Le temps de ramener deux notes assez moyennes en géographie et en sciences naturelles. Mais rien de mauvais, à ceci près que Maman aurait voulu que je n'ai que de bonnes notes, surtout dans des matières où l'on doit juste apprendre, et où un 11 ou un 12 lui paraissaient bien en dessous de mes capacités.
"Je ne vais pas te punir pour autant, Christine, mais j'ai vraiment l'impression que tu te contentes de faire le minimum, et que tu cherches les ennuis", avait commenté Maman...
Un 10 sur 20, obtenu le lendemain en anglais, fut plus difficile à avaler pour Maman. D'autant que la copie était agrémentée d'un "Peut mieux faire" qui suscita une vive réaction maternelle. "Je ne peux pas te laisser reproduire le schéma des années précédentes, Christine. Je pouvais comprendre que ce n'était pas facile de s'entendre avec Mlle Paule, mais je ne veux pas que ça recommence avec ta nouvelle et jeune prof d'anglais. Donne-moi donc ton carnet de correspondance, je vais lui demander un rendez-vous".


 Maman lisant l'appréciation de la prof d'anglais craignait
que je reproduise les problèmes connus avec Mlle Paule les années passées...
Elle m'annonça qu'elle allait prendre rendez-vous avec la nouvelle...
Cela ne pouvait que m'angoisser après la cachotterie des 100 lignes...

C'était ce que je redoutais, et je tentai de l'en dissuader, en répondant : "Oh, tu sais, ce n'est pas nécessaire. Tout va bien avec la prof. C'est bien mieux qu'avec Mlle Paule. Pour la note d'aujourd'hui, c'est vrai que je n'ai pas assez révisé, mais ça reste la moyenne. Tu verras, promis, la prochaine sera bien meilleure. C'est pas la peine de déranger la prof, tu sais, M'man".
Ma plaidoirie ne fit pas changer d'avis Maman. Pire, elle l'encouragea à persévérer et la rendit même méfiante... "Toi, ma fille, j'ai comme l'impression que tu n'as pas envie du tout que je rencontre ton enseignante... Est-ce que tu ne me cacherais pas quelque chose ? Je te sens bien nerveuse tout d'un coup..."Je tentai de jouer l'innocente, démentant tout problème : "Mais, non, Maman, je ne te cache rien, promis, promis..." Même si, en m'entendant prononcer cette phrase en forme de mensonge, j'avais bien conscience qu'elle risquait de me valoir de sérieux ennuis de la part d'une mère qui n'oublie rien... Cependant, comme de toute façon, si j'avais avoué sur le champ ma cachotterie des 100 lignes à faire, j'aurais certainement eu de suite de gros ennuis, mieux valait, de mon point de vue avoir au moins "gagné du temps"... Des heures, voire des jours jusqu'à la rencontre entre Maman et la prof...




 
Je cherchai à dissuader Maman d'aller voir la prof, promettant
et jurant que je n'avais rien à cacher... 
Même si, de ce fait, je mentais à nouveau
et que j'avais bien conscience
que cela risquait de se retourner contre moi... 

Maman, de toute manière, n'était pas du genre à changer d'avis, et je dû, le lendemain, montrer à la jeune enseignante le petit mot écrit à son intention dans le cahier de correspondance. La prof, Mlle Simon accueillit la demande maternelle avec le sourire, ajoutant : "Les grands esprits se rencontrent. Ce sera avec plaisir que je recevrai votre mère. J'étais d'ailleurs sur le point de lui proposer moi-même que l'on se voit..."
La réflexion ne me rassura pas du tout, et m'inquiéta même de suite... La prof répondit à sa demande, en proposant que Maman vienne vendredi à 17 h au collège, comme elle l'écrivit en dessous du mot maternel. Cela laissait trois jours avant une rencontre qui n'augurait rien de bien...
Le soir-même, je fis mes devoirs avec une attention rarement mise ces derniers temps. J'appris notamment par coeur deux fiches de vocabulaire anglais, me doutant bien que la prof allait m'interroger.
Et, en effet, le lendemain, je fus parmi les trois à passer au tableau. Et j'obtins un 16 sur 20, que je m'empressai d'annoncer dès le retour à la maison, à Maman, qui ne manqua pas de commenter : "Voilà une bonne note qui tombe bien. C'est quand même curieux que tu brilles, dès que je demande rendez-vous à ton enseignante... Comme quoi cela sert de te surveiller de près, si on ne veut pas avoir de mauvaises surprises..."

Je me retins de rajouter quoi que ce soit, ne sachant que trop combien la réflexion de Maman était tout à fait fondée...


 



Maman n'était pas dupe... Le fait de ramener une excellente note 
au lendemain de sa demande de rendez-vous la faisait se méfier,
et se douter que je puisse avoir des choses à me reprocher
que je ne voulais pas qu'elle apprenne... 

D'ailleurs, au fur et à mesure que l'on se rapprochait du rendez-vous, mon inquiétude grandissait... Au point d'avoir des nuits agitées et peuplées de cauchemars... Je revoyais en particulier les rencontres entre Maman et ma bête noire de Mlle Paule, dont chacune, sans exception, m'avait valu un retour agité à la maison, retour ponctué d'une déculottée magistrale...
Cela dit, consciente des risques, je fis très attention à ne pas aggraver mon cas durant ces trois jours, me révélant une élève très studieuse, et fort attentive en cours. Le vendredi matin en question, je récoltai d'ailleurs un 13 en maths, dont je fis part à midi à Maman, insistant : "Tu vois que je travaille bien ?" Mais Maman jugea que "13 dans une de tes matières préférées, c'est plutôt normal".
Et Maman d'aborder ce qui m'angoissait (même si je tentais de jouer la fille sage) : "On verra bien, Christine, si ta prof d'anglais dit aussi que tu es une excellente élève. J'aimerais tant que ce soit vrai..." Puis Maman d'ajouter : "Et ça vaudrait mieux pour toi, Christine... Oh, oui, ça vaudrait mieux..."Je ne me hasardai pas à répondre, mais je surpris un sourire contenu sur le visage de Diane, ce qui m'agaça car je me doutais bien qu'elle avait compris les menaces voilées de Maman à mon encontre...


 



Diane avait bien compris que les propos de Maman n'étaient autres
que des menaces à peine voilées à mon encontre...
Et, comme moi, elle devait se souvenir que chacun des rendez-vous
de Maman avec mon ancienne prof d'anglais m'avait valu
au retour à la maison une déculottée magistrale...
Et je me doutais bien que cela risquait d'être le cas ce soir... 

Au moment de repartir en classe, Maman me rappela que je devais l'attendre au collège à la fin des cours, puisqu'elle avait rendez-vous avec ma prof (comme si je pouvais avoir oublié...). Elle précisa aussi à mes soeurs que c'était Tata Jacqueline qui viendrait les chercher à la sortie de l'école, et les ramènerait à la maison, en attendant que Maman et moi ne rentrions.
Aline et Diane partirent en sautillant, et je me trouvai seule avec Maman, consciente que je ne la reverrais qu'en fin d'après-midi, lors du rendez-vous avec Mlle Simon. Je restai un instant dans l'entrée, hésitante, me demandant s'il ne fallait pas que j'avoue l'histoire des 100 lignes cachées, avant que la prof n'en parle à Maman... Mais, outre la peur de la réaction maternelle, une partie de moi me disait que peut-être, au vu de la bonne note récente, Mlle Simon ne dirait rien...
De toute façon, il était l'heure de filer au collège. Maman me voyant encore là m'interrogea : "Qu'y a-t-il donc, Christine ? Tu as une tête bizarre... Ne me dis pas que tu as été collée ?"

Elle avait senti mon trouble, et il n'était plus temps pour s'expliquer. Je préférai donc nier : "Mais, non, Maman voyons, quelle idée ! Allez, je pars, à tout à l'heure."Je pense que mes dénégations n'ont guère convaincu Maman, qui répondit : "A tout à l'heure, Christine. J'espère que cela va bien se passer... Je l'espère... Je l'espère, pour toi en tout cas..."
J'avais bien conscience que les petites phrases maternelles montraient la détermination d'une mère décidée, si nécessaire, à reprendre bien en main son aînée, épargnée jusque là, mais dont différents faits et gestes laissaient craindre un retour de ses mauvaises habitudes... Une attitude que notre chère Maman n'a jamais pu supporter, et dont elle sait, depuis des années, comment il convient de traiter les fautives...
Et, quand l'ainée a, de plus, bénéficié d'une presque totale impunité depuis la rentrée, l'on comprend aisément que Maman Spaak soit déterminée à appliquer la méthode qui a toujours le mieux fait de l'effet sur la grande de ses filles... C'est-à-dire sur moi...

D'ailleurs, je ne saurais le cacher, j'avais, en me rendant au collège, comme durant les cours de cet après-midi la tête ailleurs, cherchant en vain quels arguments je pourrais employer pour dissuader Maman de sévir à mon encontre... Heureusement qu'il n'y a pas eu d'interrogation surprise, ni de prof me demandant ce qu'il venait de dire, car Christinette était aux abonnés absents, à ne penser qu'à ce rendez-vous de Maman et Mlle Simon... Et surtout à comment il allait finir, à ce moment où généralement l'enseignant fait rentrer l'élève resté dans le couloir pour tirer la conclusion de l'entretien...


 



Je repensais aux différents rendez-vous que Mlle Paule avait donnés à Maman...
Et qui s'étaient poursuivis par un retour à la maison, où une fessée magistrale
m'avait été donnée par une mère en colère...
N'en ayant plus reçu depuis les vacances à la mer,
je tremblais à l'avance, frissonnant du bas du dos que Maman 
ne manquerait pas de déculotter pour flanquer une tannée magistrale...

Des souvenirs que j'avais des rendez-vous avec Mlle Paule, on ne me laissait guère parler, Maman décrétant qu'on allait "pas embêter" davantage la prof, et qu'on allait "s'expliquer" toutes les deux, Maman et moi, à la maison.
Je n'insistais surtout pas, ne sachant que trop ce qui m'attendait, alors que Maman prenait congé de Mlle Paule en lui promettant qu'elle allait "faire le nécessaire" pour que je travaille mieux et sois moins indisciplinée...
Je me doutais hélas que l'issue risquait fort d'être la même après le rendez-vous avec Mlle Simon... J'en frissonnais du bas du dos à l'avance...


A SUIVRE


mercredi 24 juillet 2019

Chronique d'un redoublement : 146. Quand l'accalmie dure et que mes peurs s'estompent

SUITE 145

Babette et Brigitte cherchèrent bien à me faire dire que j'avais été punie pour mes cent lignes. Et, bien sûr, dans leur imagination, ce ne pouvait être qu'en recevant la fessée...
Mais, je dus paraître sincère, car elles n'insistèrent pas trop...
Cela dit, j'imagine qu'elles ne se contentèrent pas de me questionner et durent passer par les petites soeurs pour savoir si je ne mentais pas.
D'ailleurs, je me doutai d'une manoeuvre de ce genre quand j'entendis Diane, le lendemain soir, me demander si j'avais été punie en classe, ce que je niai sans vraiment la convaincre. Et, poursuivant son enquête, soeurette interrogea même Maman, avec un petit air innocent : "Est-ce que tu as donné la fessée à Christine avant-hier ?"

La question étonna Maman qui répliqua : "Mais qu'est-ce que tu racontes, Diane ? Bien sûr que non. D'où sors-tu cette histoire ?"
Sentant que son interrogation intriguait Maman, Diane rétorqua : "Euh, bah, comme Christine faisait une drôle de tête, je croyais... euh..."
Maman ne fut qu'à moitié convaincue, mais coupa là la conversation en remettant Diane en place : "De toute façon, Diane, cela ne te regarde pas. Je gronde ta soeur quand je le juge nécessaire. Comme toi et Aline. Mais je n'aime pas les petites curieuses de ton genre..."
Et d'ajouter : "Je ne dis pas que Christine n'a pas failli en prendre une ces derniers temps, ni que cela n'arrivera pas bien vite, mais cela ne concerne qu'elle et moi ?"


 Diane prêchait le faux pour tenter de savoir le vrai.
Maman lui avait bien affirmé que je n'avais pas reçu de fessée...
Mais ses dénégations confirmaient aussi que je n'étais pas passée loin...
Ce qui confirmait bien que cela risquait bien d'arriver...

J'enrageais, mais je me gardai bien de dire quoi que ce soit que Diane puisse interpréter, commençant à me douter qu'elle devait avoir eu connaissance de ma punition de cent lignes... Et je n'avais nulle envie que Maman n'en découvre, et le motif, et le fait que j'avais menti, du moins par omission, ce qui aurait constitué autant de motifs pour Maman de tenir ses promesses...

De fait, j'en arrivais à ne pas croire à ce qui m'arrivait, ou plutôt à ce qui ne m'arrivait pas... Chaque jour, pour ne pas dire chaque demi-journée, chaque retrouvaille avec Maman, je ne me sentais pas tranquille, imaginant éventuellement une rencontre avec la jeune prof d'anglais, ou que quelque autre motif ne fasse, pour ainsi dire, déborder le vase des promesses maternelles...

Ayant déjà échappé à la fessée, une fois par une étonnante clémence maternelle, et une autre fois en n'avouant surtout pas avoir été punie de 100 lignes pour bavardage en classe, j'en devenais fataliste, à la fois fière de moi et sans illusion...

Fière de moi, en secret bien sûr, car une telle double échappatoire, je n'en avais guère, et peut-être jamais, connu dans mes trois précédentes années depuis l'entrée au collège... J'avais en la matière bien plus de souvenirs de deux fessées reçues à peu d'intervalle, que le contraire.

Sans illusion j'étais aussi, car si par moment je me prenais à rêver que cela dure longtemps encore, il y avait vite un avertissement maternel, une remarque acide, voire une menace claire qui me rappelait que je "ne perdais rien pour attendre". Quand ce n'était pas du genre : "Si tu me cherches, tu vas me trouver", qui pouvait faire croire que la fessée me "manquait" alors qu'au contraire, elle peuplait presque chaque nuit mes cauchemars...

J'avoue même que, chaque soir, en me mettant en pyjama ou chemise de nuit, comme à chaque fois que je me séchais en sortant de la douche, j'avais un regard dans la glace sur ma lune bien blanche, épargnée, pour ne pas dire rescapée...

Moi, qui avais toujours en mémoire quelques vues de mes fesses bien rougies, écarlates, au sortir d'une fessée magistrale, et aperçues dans une glace, qui me renvoyait ce que mes soeurs, si j'avais été punie devant elles, avaient pu voir... Moi donc, je prenais cette blancheur persistante comme une victoire. Mais, consciente aussi que gagner une bataille n'est pas gagner la guerre...
J'avais donc comme une fascination devant l'image de mes fesses blanches, et parfois, lorsque je me savais seule à l'étage, en me regardant le bas du dos dans la glace, je posais ma main sur l'épiderme, ce qui certaines fois me donnait comme la chair de poule... J'osais même esquisser comme une douce claque, un petit tapotage qui, déjà à lui seul, me rappelait trop ce que je craignais, et faisait que très vite je me rhabillais, devenue toute craintive, alors qu'il n'y avait aucune chance que quelqu'un l'entende...







J'arrivais à prendre chaque nouveau jour sans fessée comme une victoire...
J'en regardais en cachette avec une grande satisfaction
mes fesses bien blanches, allant jusqu'à les tapoter doucement,
avant de me rhabiller très vite ayant trop peur d'être surprise ainsi...  

Fière de moi et sans illusion à la fois, disais-je tout à l'heure. Fière, je l'étais vraiment à chaque jour gagné, mais aussi intimement persuadée que cela ne durerait plus guère... Et, paradoxalement, c'était ma meilleure avocate, Tata Jacqueline, qui m'en persuadait sans le vouloir...
Venant régulièrement à la maison, deux à trois fois par semaine, voire plus, ma tante s'inquiétait de l'ambiance familiale, cherchant à aplanir les conflits si nécessaires, et plaidant souvent pour sa nièce préférée, alias moi ! Or, cette période de grand calme pour mon bas du dos depuis nos vacances à la mer lui paraissait une si bonne nouvelle qu'elle m'en félicitait à chaque fois, ce qui agaçait parfois Maman, lui rappelant que j'y avais échappé parfois de peu...

A force de me féliciter, de m'encourager, de fait, Tata contribuait à me faire prendre conscience que c'était une accalmie exceptionnelle, et j'en déduisais en secret, dans mon for intérieur, que cela ne pourrait guère durer plus trop longtemps...
En définitive, les compliments de Tata, je les interprétais au fond de moi comme : "Attention Christine, il va bien falloir un jour préparer tes fesses..."





Tata me félicitait à chacun de ses passages à la maison,
m'encourageant à continuer à être sage...
Mais, cela m'agaçait un peu, tant ces compliments revenaient à dire
que c'était presque étonnant que je n'ai pas encore reçu de fessée...
 

Cela dit, à ma plus grande satisfaction, cela continua pour moi jusqu'à la fin du premier mois, où je me mis à craindre que le premier carnet de notes ne réserve de mauvaises surprises. Même si mes notes continuaient à être correctes, j'avais peur de certaines appréciations...
Ma crainte était renforcée par le fait que, mes soeurs ayant eu leur carnet un jour avant moi, le sien avait valu à Aline une fessée donnée sur le champ, dans le salon devant Diane et moi... De quoi raviver mon angoisse en réécoutant les bruits et assistant à la scène d'une déculottée somme toute expéditive, mais plutôt carabinée pour l'aînée des petites, qui eut tort de trop se débattre et eut droit à une tannée bien rougissante malgré ses cris et supplications...

Diane ayant eu au contraire des louanges de son institutrice, elle fut félicitée par Maman, qui, se retournant ensuite vers moi, commença par douter que je puisse avoir mon carnet seulement un jour plus tard, se montra méfiante : "Bon, Christine, j'espère que tu n'as pas caché ton carnet pour gagner une journée... Ce serait bien de toi ce genre de choses... En tout cas, on verra demain, et je te souhaite que le carnet soit bon... Sinon, tu as vu ce qui vient d'arriver à Aline... Cela pourrait être ton tour... Et tu sais que je ne plaisante pas"...

Quoiqu'il en soit, la démonstration maternelle m'avait bien angoissée. J'en retenais la vitesse à laquelle les petites fesses de ma soeur avaient rougi, ses cris, et plus encore quand elle avait tenté de s'échapper. Rien que cela me faisait remonter de vives peurs, tout en sachant qu'avec ma taille d'ado, la fessée s'il y en avait une serait bien plus longue et démonstratrice... J'en frissonnais, rien que d'y penser...


Le décevant carnet de notes d'Aline lui avait valu une déculottée magistrale, 
donnée dans le salon, devant les yeux de Diane et moi.
Ayant tenté de se rebeller, Aline avait vu sa tannée rallongée...
J'avais assisté à cette fessée qui avait ravivé mes angoisses, 
d'autant que Maman n'avait pas manqué de me menacer
de prendre la suite d'Aline si mon carnet n'était pas excellent... 



Après une nouvelle nuit où je ne dormis pas très bien, les pensées obnubilées par ce qui était arrivé à Aline, je reçus lors du dernier cours de la matinée mon carnet de notes mensuel qui me rassura plutôt. De fait les notes qu'il contenait je les avais déjà montrées à Maman, et côté appréciations c'était plutôt globalement positif. Hormis en maths, où le "Des résultats corrects" était pondéré par "Pourrait toutefois mieux faire".
Hormis aussi en anglais, où la jeune prof avait écrit : "Un travail assez régulier, qui mériterait parfois plus d'attention en classe".

Je me doutais bien que cela ferait tiquer Maman, mais j'avais surtout peur qu'il y ait une allusion aux 100 lignes pour bavardage dont je ne m'étais surtout pas vantée...
Soulagée, je préférai même ne pas attendre le soir pour montrer mon carnet, et le tendis à Maman en rentrant à midi.
Elle ne manqua pas de relever les deux commentaires des profs de maths et d'anglais, comme je m'en doutais, exprimant d'ailleurs une idée qui me fit grimacer intérieurement : "J'espère, Christine, que cela va mieux aller avec cette nouvelle prof qu'avec Mlle Paule. D'ailleurs, j'aimerais bien la connaître cette jeune enseignante. J'attends encore un peu, mais un de ces jours je prendrai rendez-vous avec elle..."
Je me suis bien gardée de rétorquer quoi que ce soit à cette volonté maternelle de rencontrer la jeune prof... Mais, je n'avais pas de mal à imaginer ce qu'une telle rencontre aurait assurément comme conséquence au retour à la maison... J'avais en la matière encore en tête quelques exemples où Maman avait été convoquée au collège, et avait promis devant moi qu'elle allait me "reprendre en main", avant que nous ne retournions au domicile familial où j'allais prendre une tannée mémorable...



L'envie exprimée par Maman de prendre rendez-vous 
avec ma jeune prof d'anglais ravivait des souvenirs encore vifs...
Ceux de rendez-vous pris par Maman avec des profs, 
quand ce n'était pas à la demande des enseignants pour se plaindre
de mon attitude en classe... 
Cela s'achevait par un retour peu glorieux à la maison...
Un retour pendant lequel, je tentais en vain de m'expliquer,
mais où Maman déjà me promettait une déculottée
dont je me souviendrais.
Tremblante, émue, pleurant même déjà parfois,
j'imaginais déjà ce qui m'attendait, ce vers quoi je marchais...



Mieux valait ne pas commenter les propos de Maman, et de ne surtout pas lui laisser deviner combien cette hypothétique rencontre avec la prof d'anglais m'angoissait, ce qui l'aurait évidemment incitée à vite solliciter un rendez-vous...
Je me sentis donc fort soulagée quand, finalement, n'ayant pas de sujet de grogne véritable, Maman signa le carnet en espérant "quand même que le prochain serait encore meilleur", ce que je promis bien sûr, ce qui ne me coûtait rien, mais confortait ma mère.
En tout cas, de mon côté, je rayonnais intérieurement, toute heureuse que la signature du carnet se soit passée comme une simple formalité, sans grand sermon, ni menaces d'orage fessier...
D'ailleurs, quand l'après-midi même, lorsque mes moqueuses de camarades, revinrent à la charge, imaginant que je montrerais mon carnet en rentrant après les cours, et me prédisant de chaleureuses explications en me disant : "Alors, Christine, ça va barder à la maison... Tu es prête pour la bonne fessée que va te donner ta Maman ?", je pus nier de façon catégorique.
"C'est pas vrai. D'ailleurs, mon carnet est déjà signé, na ! Et Maman ne m'a même pas grondée", répétai-je à mes moqueuses, sans pour autant les convaincre.
Et comme, pour une fois, Babette et Brigitte ne revinrent pas à la charge le lendemain, ni les jours suivants, j'en conclus a posteriori (car à l'époque je ne le savais pas) qu'elles avaient eu, par les petites soeurs interposées, confirmation de ce que j'avais dit...

Je dois avouer que ce premier carnet passé comme une lettre à la Poste, à l'issue d'un mois toujours sans fessée depuis les vacances à la mer, avec en prime la satisfaction intérieure d'avoir échappé à une déculottée méritée par les 100 lignes pour bavardage en cours, grâce qui plus est à un mensonge fait à Maman, commençait à me bercer dans une douce euphorie... 
Je gardais des moments d'angoisse, des cauchemars en repensant aux menaces maternelles, mais je me mettais à croire en ma bonne étoile. Parfois même, je me sentais Super Christine, la grande fille Spaak, celle qui réussit à éviter toutes les fessées, celle qui cette année laisse le rôle de la punie à ses petites soeurs...
Cela m'était déjà arrivé, par petites périodes, lors de moments d'accalmie, de plusieurs semaines sans affronter les foudres maternelles, sans la moindre fessée...
J'avais alors tendance à me relâcher un peu, à prendre un peu mes aises avec la discipline familiale, voire à me laisser aller davantage dans mon attitude en classe...


A force d'avoir peur tous les jours, j'ai commencé
à croire en mon étoile, à me dire que j'y échapperais
encore longtemps...  Comme si j'étais à l'abri...
Le seul problème, c'est que si la trouille me dictait de faire attention,
la confiance, elle, me faisait me relâcher un peu...

C'est vrai qu'en y réfléchissant, toute période où j'avais repris confiance m'avait amenée à un peu de relâchement, à faire moins attention, etc. Jusqu'à un faux pas, une erreur, une tuile... J'aurais dû en prendre conscience... Oui, j'aurais dû...



A SUIVRE

samedi 6 juillet 2019

Chronique d'un redoublement : 145. Quand le sursis se prolonge, mais les promesses se précisent...

SUITE 144

Les quelques jours qui suivirent ce sursis inespéré, je les avais vécus de façon étrange. Avec des sentiments mêlés, voire contradictoires. J'avais l'impression d'être une miraculée, tellement j'avais été persuadée que l'heure de ma première fessée de la nouvelle année scolaire était venue. 
D'ailleurs, j'y croyais, j'y étais prête même, d'autant que, mes soeurs n'étant pas à la maison, j'avais presque hâte que l'on en finisse, comme si j'étais soulagée qu'elles n'y assistent pas, ne serait-ce que par l'ouïe. 




Je n'en revenais pas d'avoir échappé à la fessée promise...
J'y étais prête, soulagée par l'absence de mes soeurs,
j'aurais presque baissé moi-même ma culotte si Maman l'avait exigé... 
Je me voyais déjà étalée en travers de ses cuisses...

J'avais bien sûr ressenti un immense soulagement, quand Maman avait finalement renoncé à me déculotter. Et j'étais fière d'avoir réussi à la convaincre, en plaidant avec un calme inhabituel, le fait de ne pas y croire m'amenant à m'exprimer clairement, plutôt que d'user des litanies habituelles, des supplications surjouées et autres promesses qui n'avaient jamais convaincu Maman une fois qu'elle était décidée...
J'en retirais comme un espoir, le sentiment que rien n'était finalement complétement perdu, même quand les apparences semblent totalement contraires... D'où une sorte de fierté, d'impression d'avoir grandi, de pouvoir renverser le destin. Et je n'en appréciais que d'autant plus, la satisfaction de rajouter chaque soir un jour de plus à la période en cours de jours sans fessée...




Chaque soir de plus sans fessée, j'avais l'impression d'une victoire...
Je passais parfois en secret ma main sur mes fesses
qui n'avaient pas rougi depuis des jours et des jours...
Mais le seul contact de ma paume me rappelait trop la main maternelle...

Alors que ma Sixième, puis les deux années de Cinquième avaient été marquées par un tour de vis de début d'année, voire une reprise en main juste avant la rentrée, je connaissais cette fois une sorte de période d'abstinence fessière, y échappant depuis l'épisode des vacances à la mer.
Sauf que, côté menaces, c'était presque l'inverse... Et que Maman n'était pas du genre à ne pas tenir ses promesses... les fesses de ses trois filles pouvaient en témoigner...
Et, j'avais bien conscience que la fessée évitée ressemblait surtout à une décision de sursis et nullement à un acquittement...
Si j'avais été accusée d'un quelconque larcin par exemple, et qu'au moment de recevoir ma fessée, on aurait découvert que la coupable n'était pas moi, Maman aurait clos l'affaire sans en rajouter, sauf peut-être en disant que j'avais failli prendre une fessée à tort, mais que cela aurait été pour les bêtises que j'ai parfois réussi à lui cacher...
Là, c'était différent. il y avait quand même cette mauvaise note, et mon étourderie de me tromper de leçons à apprendre... Ce qui, dans le raisonnement maternel, méritait de passer de la menace aux actes. Et, finalement, si, du fait que la non-vérification maternelle du carnet de textes, avait mis un doute dans le raisonnement de Maman, ce n'était pas un innocentement qu'elle avait prononcé, mais bien un sursis !
C'était du genre "tu ne perds rien pour attendre", voire "la prochaine fois sera la bonne", ou encore "au prochain faux pas, tu peux préparer tes fesses"...
Bien sûr, la sensation de joie d'y échapper avait été forte et intense, mais j'avais, paradoxalement, dans ma tête, les paroles maternelles qui tournaient en boucle, et comme une petite voix en moi qui me disait que je n'y couperais pas... Et cela peuplait mes cauchemars...




 



Les menaces maternelles devenant de plus en plus claires,
elles peuplaient mes cauchemars
où je me voyais prendre une interminable fessée déculottée
dans le salon familial devant mes soeurs... 

Cela alimentait aussi les conversations en famille. Comme souvent quand les petites comprenaient que leur grande soeur était dans le collimateur, elles avaient tendance à se tenir à carreau, pour ne pas dire à jouer les fayotes, histoire au moins de ne pas subir elles aussi les conséquences d'une mauvaise humeur maternelle. Histoire aussi de ne pas manquer la moindre part du règlement de comptes annoncé...
Voilà qui me rendait nerveuse, sentant bien le jeu des unes et des autres, et réalimentant ma peur à chaque alerte... Et elles ne manquaient pas surtout dans la bouche de Maman....
Je pense qu'en réfléchissant a posteriori, elle avait dû se dire qu'elle avait été bien trop gentille en m'épargnant alors qu'elle était décidée à me montrer que, passée en Quatrième ou pas, je restais soumise à la discipline familiale...
Et aussi, qu'ayant peur que je ne me relâche, comme j'avais tendance à le faire quand cela allait bien pendant une période plus ou moins longue, Maman était persuadée qu'une bonne reprise en mains allait être nécessaire...

Voilà qui n'était pas facile à vivre, ayant l'impression d'une épée de Damoclès au dessus de moi, ou du moins d'une main prête à agir au dessus de mes fesses...
D'où, je le répète, la sensation mitigée d'être heureuse d'avoir gagné une journée chaque soir sans fessée, mais aussi de sentir qu'inexorablement, elle se rapprochait...
Durant la semaine suivante, je ramenai quelques notes plutôt positives, mais jugées ni mauvaises ni bonnes, et me valant quelques réflexions du genre : "Tu aurais pu avoir mieux quand même". Ou plus explicite : "On dirait vraiment que tu cherches les ennuis" !

Maman en remit d'ailleurs une couche le dimanche après-midi suivant, quand Tata Jacqueline qui était venue prendre le dessert, croyant bien faire, dit à Maman : "Alors, tu vois, Christine se débrouille plutôt bien en Quatrième. Tu n'as même pas eu besoin de la gronder depuis la rentrée".


Tata qui était venue prendre le dessert dominical,
avait cru bon faire remarquer que je devais être assagie
puisque je n'avais pas été grondée depuis la rentrée...
Maman rectifia sous-entendant que je devrais sûrement
bientôt "préparer mes fesses". J'en rougis et faillis pleurer... 

Maman rectifia avec un petit air pincé, comme si elle prenait la remarque de sa soeur pour un reproche : "Je crois surtout que ta chère nièce a eu beaucoup de chance pour l'instant. J'ai été bien gentille de ne pas sévir à propos de certaines mauvaises notes, mais cela ne va pas durer. Christine sait bien qu'à la prochaine bêtise ou résultat décevant, c'est la fessée qui l'attend, et elle s'en souviendra..."Je baissai la tête, avalant un sanglot, provoqué par le ton de la menace maternelle qui était plus que déterminé...
En fin d'après-midi, quand Tata repartit, elle vint me faire un bisou dans ma chambre, et chercha à me consoler, me donnant comme argument : "Ne t'inquiète pas, ma chérie, dis-toi surtout que tu n'as pas encore eu de fessée depuis la rentrée. C'est quand même mieux que l'année dernière". Je me suis remise à sangloter en disant : "Oui, mais Tata, j'ai peur, Maman dit que c'est pour bientôt... Je veux pas, j'en veux plus".Tata me serra fort dans ses bras, disant : "Arrête de te tracasser à l'avance. Essaie de bien travailler, et si tu fais une bêtise, tu t'en remettras... Rappelle toi les années précédentes.  C'est quand même mieux"!
Diane, elle, avait bien enregistré les menaces maternelles, et je comprends désormais avec le recul des années comment les moqueuses de ma classe ont pu continuer à me harceler...


Mes moindres notes moyennes, comme les échos des menaces
maternelles à la maison nourrissaient les moqueries 
de camarades de classe me prévoyant des fessées imminentes... 

D'autant que le lundi suivant, en cours d'anglais, la jeune prof qui n'avait pas encore de véritable autorité, fit plusieurs remarques pour bavardage intempestif, avant de décider de donner 100 lignes à faire à toute ma rangée. Il fallait écrire : Je ne dois pas bavarder en classe. A rendre pour le prochain cours.
Quand j'entendis la punition tomber, je faillis me mettre à pleurer. Je me voyais déjà allongée sur les genoux maternels, culotte baissée, inaugurant ma première fessée de Quatrième...
A la récréation de 10 h, mes moqueuses vinrent me prédire une chaude réception à la maison. Je fis semblant de les ignorer, mais j'étais persuadée qu'elles avaient raison...
Mais, un espoir se fit jour quand Elisabeth, une de mes voisines remarqua que la prof n'avait pas demandé à ce que la copie soit signée par les parents...

Restait toutefois à faire les cent lignes sans être surprise par Maman... Et c'est là que, par  chance, la prof d'histoire-géo du cours de 11 heures étant absente, nous eûmes droit à une heure de permanence, durant laquelle je me hâtai de faire mes cent lignes ! Et, à midi, comme le soir, je laissai la copie double feuille de mes cent lignes dans mon casier, pour éviter que Maman ne la trouve en fouillant mon cartable comme elle le faisait assez souvent...
Je rentrai à midi, comme le soir, avec une boule au ventre, et une mine angoissée que Maman ne manqua pas de remarquer. "Oh, toi, tu as la tête des mauvais jours. Tu as quelque chose à me dire ? Tu n'aurais pas été collée par exemple ?", demanda-t-elle. Je me hâtai, forçant le ton de nier bien sûr avoir été collée, mais je ne la convainquai qu'à moitié...
D'ailleurs, au moment de venir éteindre et nous dire bonsoir, Maman me reposa les mêmes questions, non sans ajouter : "Tu sais ce qui t'attend si tu as été collée, mais n'aggrave pas ton cas en me mentant en plus...".Je réussis tant bien que mal à convaincre Maman, d'autant que je n'avais pas été collée, heureusement... 
Mais inutile de dire que j'eus du mal à m'endormir m'imaginant déjà en travers des cuisses maternelles....


N'ayant pas été collée, j'avais pu rassurer à moitié Maman,
qui remarquait mon air angoissé. Je réussis toutefois à cacher
ma punition de cent lignes, évitant à nouveau la colère maternelle...
Mais j'eus du mal à m'endormir m'imaginant recevant la fessée...
 

Cela dit, le lendemain, quand je remis les cent lignes à la prof, elle ne fit pas de remarques, et je me dis que j'avais finement joué, et évité le pire.... Je ne doutais pas un instant que, si j'avais tout avoué à Maman, et annoncé donc ma punition de 100 lignes pour bavardage, je n'aurais pas fini la journée sans retrouver les genoux maternels pour cette fameuse première fessée de Quatrième qui me pendait au nez depuis des jours et des jours...
Finalement, je m'en sortais une fois encore au mieux, même si rétrospectivement j'en fis encore des cauchemars...


A SUIVRE


vendredi 3 mai 2019

Chronique d'un redoublement : 144. Quand l'orage qui gronde laisse place à une éclaircie inespérée

SUITE 143 

La main droite de Maman semblait pianoter sur ses genoux, comme si elle me montrait la voie, m'invitait à venir m'y allonger, y présenter mon bas du dos qu'elle allait, sans nul doute, déculotter pour me donner la première fessée de cette année scolaire, la première fessée de ma classe de Quatrième...
Et, le raisonnement maternel, comme les promesses répétées depuis des semaines, tout était fait pour me convaincre que mon heure était venue...
J'entamai donc une sorte de plaidoirie de la dernière chance... Sans trop d'illusion, ce qui fit que je m'exprimai pour une fois plutôt calmement...
"Alors, Christine, explique-moi voir ce 4 sur 20, s'il y a quelque chose à expliquer... Tout ce que je vois, moi, c'est que tu n'avais pas appris ta leçon, un point c'est tout. Et tu vas le payer par une bonne fessée, comme je te l'ai promise, voilà tout", annonça Maman, visiblement pressée d'agir...
"Mais, Maman, j'avais appris mes leçons, mais je me suis juste trompée de matière. J'ai révisé l'histoire, alors que c'était une interro de géo", plaidais-je pour une fois sans bafouiller. "Qu'est-ce que tu me racontes là ? Tu crois me faire passer ça ? N'aggrave pas ton cas ma fille. Ce n'est pas en rajoutant un mensonge que tu vas échapper à ce qui t'attend" , répliqua Maman.


Maman était exaspérée et prête à me corriger.  Perdue pour perdue,
je me lançai dans une plaidoirie sans trop d'illusion,
mais en essayant de garder un semblant de calme et d'être persuasive...


J'insistai : "Mais si Maman, mais si, rappelle toi, c'était lundi soir, et tu m'as même fait réciter ma leçon d'histoire et dis que je la savais bien. Toi qui regardes toujours mon cahier de textes, tu n'as pas fait attention comme moi, et pourtant c'était bien marqué dans les devoirs à faire : "revoir la géographie pour interrogation mardi". Regarde, M'man, regarde, c'est écrit"  lui montrai-je en brandissant le cahier de textes.
Maman jeta un oeil et prit un air perplexe, commentant : "C'est bizarre que je ne l'ai pas vu... Mais il n'en reste pas moins que cette erreur de matière t'a valu la plus mauvaise note de la classe. Et, ça, ça mérite une fessée, je t'ai assez prévenue, Christine. Et, depuis le temps que tu y échappes, cela va te remettre un petit peu de plomb dans la cervelle, crois-moi"!
Je protestai : "Mais, c'est pas juste, Maman, c'est pas un manque de travail, puisque je savais bien la leçon d'histoire. C'est juste une étourderie. Et puis, regarde, je viens d'avoir 15 en maths, ça mérite une récompense, dis... Pas une fessée quand même... La prof de maths a même écrit : "Bon travail, continuez" ! Et, regarde, je me suis bien appliquée à rendre une copie propre. Tu ne vas pas me donner la fessée, hein Maman..."


"Pas la fessée, non, Maman, pas la fessée !"
Je suppliais Maman qui considérait que, depuis le temps que j'y échappais,
cela allait me remettre un peu de plomb dans la cervelle... 


Elle prit le temps de regarder le devoir de maths, soupirant : "Ah, Christine, tu vois que tu peux bien faire quand tu veux". Je répondis : "Oui, Maman, oui, tu verras, je vais ramener des bonnes notes, crois-moi. Mais, s'il te plaît, ne me punis pas..."
Je voyais que sa main droite se remettait à pianoter sur ses genoux qui semblaient m'attendre, Maman n'ayant pas bougé de sa position assise, à cet endroit précis où j'avais été maintes fois déculottée, les souvenirs me tournant dans la tête...
Cette main, ces cuisses où je m'imaginais déjà, me fascinaient... Je ne pouvais en détacher mon regard... Comme si j'étais sûre de ne pas y échapper... Et les larmes me montèrent aux yeux, pendant que je suppliais : "Maman, non, pas la fessée, pas la fessée".
Je ne bougeais plus, tête basse, reniflant entre deux sanglots, persuadée que Maman allait m'ordonner de venir m'allonger sur ses genoux....




J'avais les yeux figés sur les genoux maternels, persuadée
que Maman allait m'ordonner devenir m'y allonger,
sûre et certaine que j'étais bonne pour une déculottée magistrale...

Mais, le "Viens ici, Christine !" l'ordre tant redouté ne vint pas. A la place, Maman émit un long soupir et dit : "N'en fais pas trop, Christine. Garde tes larmes pour quand tu en auras vraiment besoin... Tu as de la chance d'avoir eu cette bonne note en maths, et que ton loupé en géo ne soit pas dû à un manque de travail ou de la fainéantise. C'est quand même idiot de se tromper de matière, et je pense que cela aurait bien mérité une bonne fessée quand même... Mais, bon, je vais faire une exception pour cette fois-ci..."
Je croyais rêver, ou plutôt sortir d'un cauchemar, et je répétai : "Oh, merci, merci, merci Maman. Tu verras, je vais bien travailler..."
Elle répliqua : "Ah, ça, tu as intérêt, ma fille, tu as intérêt vraiment, car au prochain faux-pas, ce sera sans discussion" et, montant sa main droite, paume ouverte, Maman ajouta : "Tu la vois celle-là ? Si tu y échappes ce soir, tu n'y échapperas pas la prochaine fois. Tu as intérêt à bien travailler, sinon tu peux préparer tes fesses, crois-moi !"



Maman me promettait que la prochaine fois je n'y échapperais pas...
Mais je n'arrivais pas à croire que je n'allais pas recevoir
cette fessée tellement crainte et promise... 

Je repris mes copies et mon cahier de textes, presque incrédule, et remontai dans  ma chambre. J'en étais presque à me pincer pour savoir si je ne rêvais pas... J'étais descendue persuadée que j'allais recevoir cette fessée tant redoutée, mais tellement promise depuis avant même la rentrée, que c'était comme si c'était écrit d'avance, comme si c'était inévitable... Détail important aussi : le fait que mes soeurs étaient parties à la danse, avait eu en moi l'effet que je m'en sortais bien, et m'avait amenée à accepter ce qui paraissait le moindre mal...
Alors, dans ces conditions, échapper finalement à la fessée, m'apparaissait comme un cadeau, et j'avais d'ailleurs dit trois fois "merci" à Maman, de façon vraiment sincère, ce que je ne me souvenais pas d'avoir jamais fait auparavant.

Je restai dans ma chambre en repensant sans arrêt à ce à quoi j'avais échappé, en revoyant la main droite de Maman pianoter sur ses genoux et me faisant trembler de peur...
Rentrées du cours de danse un peu plus tard, mes soeurs cherchèrent à savoir ce qui s'était passé, Diane surtout se demandant pourquoi j'étais dans ma chambre à la porte fermée... "Dis, Maman, Christine a été punie ? Tu lui as donné la fessée, hein ?", demanda-t-elle.
Mais, la réponse la déçut visiblement, Maman rétorquant : "D'abord, cela ne te regarde pas, petite curieuse. Mais non, Christine n'a pas reçu la fessée... Elle a eu une mauvaise note, mais Maman lui laisse une chance de se rattraper... Par contre, elle n'a pas intérêt à recommencer, sinon ça va barder vraiment..."

A la fin de la soirée, quand Maman vint nous coucher, j'eus droit à la même leçon de morale, Maman insistant que j'avais "eu de la chance" et me rappelant que j'avais intérêt à bien travailler, sinon je n'y couperais pas...


Ma nuit suivante fut agitée... J'avais tellement eu peur de la fessée
que je me voyais culotte baissée pleurant et suppliant
sous la tannée maternelle qui n'en finissait pas...

J'en fis encore quelques cauchemars, et bien qu'y ayant échappé je revins au collège le lendemain soucieuse d'affronter les moqueuses. Je pus toutefois nier sincèrement et bien affirmer que je n'avais pas reçu la fessée... Brigitte et Babette ne voulaient pas trop me croire le jour même, mais n'insistèrent guère dès le surlendemain, sans doute renseignées par l'intermédiaire de Diane indirectement.
Toutefois, ma petite soeur avait dû bien retenir que Maman avait été claire sur ce qui m'arriverait si je recommençais à ramener mauvaises notes ou heures de colle... Et, très vite Babette et Brigitte se remirent à guetter mes notes, en faisant des allusions à ce qui m'attendait en cas de nouveau faux pas... Elles reprenaient même l'expression maternelle : "Alors, ça va barder", preuve s'il en était besoin qu'elles étaient bien renseignées... Ce qui me faisait d'autant plus apprécier d'avoir échappé à la déculottée promise, mais ne faisait que rendre encore plus forte la peur de ce qui risquait de m'arriver un jour prochain...

A SUIVRE