jeudi 19 mars 2015

Chronique d'un redoublement : 83. Une fessée magistrale mise en scène devant mes soeurs

SUITE 82

J'avais plongé en travers des cuisses maternelles, presque sans me défendre, me laissant attirer et basculer en la position tant redoutée... 

Et pourtant, j'aurais voulu fuir, me cacher, aller me réfugier dans ma chambre, préférant y attendre Maman que de devoir, comme je venais de le faire, descendre l'escalier, et entrer dans le salon, comme on entre en scène devant un public, pour y jouer son rôle.


Je crois qu'en d'autres circonstances, j'aurais sûrement fait plus longtemps la sourde oreille, j'aurais peut-être attendu un appel supplémentaire, un degré de plus dans le ton maternel, mais pas cette fois,et je pense que c'est parce que je n'avais pas le moindre doute sur ce qui m'attendait, et que je ne me donnais pas la moindre chance, même infime, d'y échapper.

Il y avait trop d'éléments, avec cette longue trêve de près de deux mois où, passé un certain cap, je sentais bien que cela ne durerait pas éternellement. Alors, quand ayant déjà reçu des menaces de plus en plus précises, on comprend que la prochaine goutte d'eau fera déborder le vase, il est évident que l'obtention d'une colle, qui plus est pour bavardage, qui plus est en anglais, qui plus est que je cache au moins 24 h en mentant, tout cela n'est plus du domaine de la goutte d'eau, mais a bien l'effet d'une bombe (comme celle que l'on faisait en plongeant jambes repliées dans la piscine arrosant tout le voisinage) faisant déborder le vase de la patience maternelle comme un raz-de-marée.

Je n'avais pas reçu la fessée la veille pour cause d'aveu trop tardif, mais je savais qu'elle m'attendait et qu'elle serait magistrale...

D'ailleurs, l'idée de la recevoir devant mes soeurs m'avait même effleurée, la nuit précédente, peuplant un moment un de mes cauchemars, et je n'en étais donc pas totalement étonnée.

De là à descendre l'escalier sans appréhension, ben sûr que non. Je l'avais fait en tremblant, impressionnée par le ton maternel qui ne souffrait aucune contestation. Comme une automate. Avec juste un instant de pause, d'arrêt avant de franchir la porte du salon, ma main droite esquissant comme un geste de défense en se posant un infime moment sur le fond de ma jupe. Le temps de prendre une grande respiration au moment "d'entrer dans la lumière", comme l'on dit dans le monde du spectacle. 


En entrant dans le salon, j'avais la sensation
d'entrer en scène, la main droite semblant défendre
ce bas du dos que j'amenais vers les genoux maternels...

 
Je savais que des paires d'yeux guettaient mon arrivée, que c'était comme un moment crucial de l'intrigue quand l'actrice entre en scène, quand Christine vient recevoir la fessée, ou plus exactement "sa" fessée, celle dont tout le monde a entendu parler depuis la veille, la fessée "de" Christine, signant son "retour" sur les genoux maternels. Et, vu ainsi, on comprend que mes soeurs se sentent comme des privilégiées, comme celles qui vont assister à ce come-back, idéalement placées au premier rang, après deux mois d'attente !

Dans ces conditions, ayant perçu leurs regards en entrant dans le salon, l'on comprendra qu'après mes vaines protestations, et le raisonnement limpide de Maman justifiant l'impérieuse nécessité, à ses yeux, de cette fessée, j'ai préféré détourner le regard ou même fermer les yeux en laissant Maman me basculer en travers de ses cuisses... Je ne voulais ni voir la mine curieuse et aux aguets de mes soeurs, ni leur montrer mon visage apeuré, déjà larmoyant et avouant en quelque sorte sa défaite...

De toute manière, cela faisait bien des jours que j'avais conscience que mon retour sur les genoux maternels était comme inéluctable, et cela faisait trois jours depuis que Mlle Paule m'avait donné ces heures de colle, que j'imaginais ce moment, que je m'angoissais en me remémorant d'autres scènes encore bien présentes dans ma mémoire, pour ne pas dire dans mon épiderme.


Cela faisait trois jours que j'avais compris 
que je n'y échapperais plus, et j'imaginais la scène, 
me remémorant apeurée des moments cuisants...
Mais, je me voyais déculottée au coucher
par Maman, seule dans ma chambre...
Rien que cela me faisait angoisser énormément...


Ce que je n'avais pourtant pas imaginé ainsi, c'était de me retrouver au salon pour une fessée "publique", ou du moins "en famille" ce qui n'était pas courant dans les pratiques maternelles, mais marquait justement un degré supplémentaire dans la volonté correctrice de Maman, dans sa volonté de donner une fessée "exemplaire".

Et j'en eus encore la confirmation dès ma mise en position. Car, même si je m'étais (presque) laissée basculer en travers de ses cuisses, je ne pouvais pas m'empêcher de supplier encore, sans crier, mais en implorant mes mots, hélas habituels si j'ose dire, qu'étaient : "Oh, non, Maman, noooon, pas la fessée, pas ici... Nooooon !"

Ce à quoi, Maman rétorqua inflexible : "Mais, si, Christine, tu sais très bien que tu vas l'avoir ta fessée, et que tu l'as bien méritée... Et, tant pis, si cela te fait honte devant tes soeurs, mais cela leur apprendra aussi ce qui arrive aux filles qui bavardent au lieu de travailler, à un moment pourtant crucial de l'année..."

Alors que Maman remontait le bas de ma robe pour dégager ma culotte, ma main droite tenta de s'interposer... Maman aurait pu me la bloquer en employant la force, mais elle préféra stopper son geste et lança à voix forte : "Enlève ta main, Christine ! Ne m'énerve pas davantage !"


J'ai tenté un instant d'interposer ma main,
mais Maman haussa le ton immédiatement. 
Je compris que je n'avais aucun intérêt à résister,
si je ne voulais pas encore "aggraver" mon cas... 

Je n'allais pas discuter, surtout devant mes soeurs, comprenant que Maman en rajouterait forcément pour montrer qu'on ne conteste pas ses décisions, et me doutant bien depuis la décision de la prof d'anglais, que j'étais bonne pour une nouvelle déculottée maison...

Je retirai ma main, que Maman bloqua dans mon dos, et je fermai les yeux, comme si je ne voulais pas voir la scène qu'au contraire, Aline et Diane dévoraient des yeux...

Ne réagissant pas, je laissais Maman "préparer" le terrain, s'appliquant à bien remonter et coincer la robe au milieu de mon dos, avant de s'attaquer à la culotte de coton blanc pour l'abaisser... Je réussis à retenir le "Noooon" qui me sortait des lèvres, le remplaçant par un long gémissement suivi de deux sanglots étouffés.

Ma relative passivité, comprise comme une acceptation, me valut les compliments maternels teintés d'ironie : "C'est bien, Christine, tu sais bien que Maman baisse la culotte des désobéissantes de ton espèce pour les punir comme elles le méritent".

Elle profita de ma docilité pour dégager pleinement ma lune, dégageant mon dernier rempart jusqu'en bas de cuisses...

Puis, il y eut quelques secondes de silence, une sorte de moment de mise en condition, comme si Maman prenait conscience de la tâche à accomplir, comme si elle jaugeait la blancheur de mes fesses, qu'elle s'apprêtait à tanner copieusement.


 
N'osant plus résister, n'y m'opposer, je laissai Maman
"préparer" le terrain, prenant le temps de bien dégager ma lune,
abaissant ma culotte jusqu'au bas des cuisses... 


C'est moi qui rompis ce silence en murmurant : "Maman, Maman, je t'en prie..."
La réponse fusa : "Ah, on fait moins la fière qu'en cours d'anglais, hein, Christine ? Tu pouvais pourtant te douter de ce qui t'attendait en bavardant au lieu d'écouter la prof ?"
Je m'entendis promettre de ne plus recommencer, sorte de réponse automatique fusant de mes lèvres, tout en étant évidemment sincère sur le moment...

Et d'attirer la réplique classique de Maman : "J'espère bien, Christine, j'espère bien. Sinon, ce sera une nouvelle déculottée, ma fille, et tu sais que Maman tient ses promesses, elle..."

L'argument me cloua le bec, ne voulant pas que Maman développe encore son sermon traditionnel, trop souvent entendu...

Je me tus, pendant que Maman me remettait en parfaite position, me rééquilibrant, et resserrant l'étreinte de son bras gauche qui m'immobilisait le dos, signe les premières claques allaient tomber...

Maman leva en effet son bras droit, non sans annoncer la couleur : "Assez parlé, passons aux choses sérieuses. Cela fait trop longtemps que je ne me suis pas occupée de tes fesses... On va rattraper un peu le retard..." Et la dextre maternelle atterrit au milieu de ma lune, me faisant pousser un cri, juste avant que deux autres claques ne visent chacune de mes fesses.



"Assez parlé, on va rattraper le retard..."
Les trois premières claques tombèrent sur mes fesses
offertes à la colère maternelle... 
La fin douloureuse et inéluctable d'une longue trêve... 

Maman laissa passer quelques secondes, et je sentis ma peau rougir sous les trois premiers impacts. Puis, elle décocha une première série d'une douzaine de claques, savamment réparties sur toute la mappemonde exposée, me tirant des petits cris de douleur.

"Ah, tu l'auras bien cherchée, celle-là, Christine... Comme si cela te manquait de recevoir une bonne fessée...", lança-t-elle avant une deuxième longue salve, ponctuée par des petites phrases aussi percutantes que sa main sur mes fesses... "Tiens, tiens, tiens, si tu avais oublié ce que ça fait quand Maman se fâche... Tiens, tiens, tiens, mais tu n'imaginais quand même pas que j'allais laisser passer ça sans réagir... Tiens, tiens, et tiens, tu sais bien Christine, que ce trimestre est le plus important ? Tiens, tiens, et tiens..."

La claquée maternelle était forte et appliquée. Pas tonitruante, mais plutôt précise et vraiment déterminée, m'arrachant vite des larmes. J'avais bien tenté de serrer les dents, de retenir mes cris, ne voulant pas me donner trop en spectacle, mais rapidement l'émotion mêlée à la douleur m'ont faite craquer... Et j'éclatai en gros sanglots, croyant bien faire en répondant aux questions maternelles : "Oui, je sais, Maman, aïe, ouille... Oui, c'est important ce trimestre, aïe, aïe, aïe. Je serai sage et studieuse, promis, Maman, ouille..."


L'émotion mêlée à la douleur me submergeaient,
je ne pouvais plus retenir mes pleurs, 
éclatant en gros sanglots entrecoupés de petits cris...


Et la fessée se poursuivait, entrecoupée de petites pauses et de dialogues entre une mère voulant donner une bonne leçon, et une fille tentant d'adoucir son courroux.

"Arrête donc de promettre à tout va, Christine. Tiens, tiens, tiens, tu vois ce que cela rapporte de se faire punir en classe... Tiens, tiens, tu t'en souviendras mieux cette fois... Tiens, tiens, tiens... Tu savais bien que Maman se fâcherait si tu étais à nouveau collée... Tu savais ce qui t'attendait à la maison, hein ? Tiens, tiens... Ne me dis pas le contraire, n'est-ce pas, Christine ?",  demanda-t-elle sans arrêter sa tannée méticuleuse...

"Oui, Maman, oui, je savais que je serais punie, ouille, ouille. Oui, Maman, je savais, mais arrête, j'ai mal, aïe, ouille. Je ne recommencerai plus..." répondis-je entre deux hoquets et cris.

Ma réponse ne fit que redonner du tonus à ma correctrice : "Oui, tu savais que tu serais punie et, malgré cela, tu n'as pas pu t'empêcher de bavarder encore et encore, Christine. Alors, je ne vais pas te décevoir, ma fille. Cette fessée-là, tu vas t'en souvenir longtemps. Tiens, tiens, tiens... Oui, ça fait mal, et non, ce n'est pas fini. Tiens, tiens, tiens, tiens, tiens et tiens !"

Cette série avait été plus forte que les autres, tombant sur des fesses déjà bien rouges et copieusement tannées. J'avais même tenté de m'échapper, de me retourner. En vain, Maman me bloquant à nouveau en haussant le ton : "Christine, ne gigote pas comme une damnée. A moins que tu ne veuilles que j'arrête là, et que je te donne une autre fessée, ce soir avant de te coucher..."


La douleur augmentant, j'avais essayer de me dégager, de me retourner,
mais la menace d'une autre fessée qui me serait donnée le soir
me ramena instantanément à la raison...
Je me laissai remettre en position offrant ma lune à la tannée maternelle...

La menace eut pour effet de stopper net mes velléités de rébellion. Je suppliai : "Oh, non, Maman, non !"  et je me laissai remettre en position, alors que Maman prenait Aline et Diane à témoin : "Eh bien, vous voyez les filles que la menace d'une nouvelle fessée ramène votre grande soeur à la raison. C'est dommage qu'elle n'ait pas réfléchi plus tôt, quand elle était en cours. Elle ne serait pas en train de pleurer comme une sale gamine que sa Maman corrige comme elle le mérite..."

J'avais à peu près tenu jusque-là, en ne donnant que deux ou trois coups d'oeil furtifs vers mes soeurs, voulant ignorer leurs regards moqueurs, mais à ce point de ma déconvenue, je tournai la tête vers elle, constatant combien elles avaient les yeux grand ouverts et fixés sur mon bas du dos...

Aline semblait la plus impressionnée, mais elle était aussi la plus concernée par les fessées maternelles, et je l'entendis dire, comme pour se défendre : "Tu sais, moi je ne bavarde pas en classe, M'man", ce à quoi Maman répliqua : "Oui, ma chérie, mais si tu n'améliores pas tes notes ce mois-ci, tu pourrais bien prendre la suite de Christine. Et tu vois ce que t'arrivera..." Aline fit une grimace qui montrait qu'elle s'imaginait à ma place. 


Aline observait la scène, comme fascinée par le spectacle de mes fesses
rougissant sous les claques sonores de Maman...
Mais, je devinais ses mains crispées, gênées quand Maman 
lui rappela qu'elle pourrait bientôt se retrouver à ma place... 

Diane, qui s'en tirait sans menace maternelle, arborait son petit air de sainte Nitouche, et elle encouragea presque Maman, en disant : "Oui, il ne faut pas désobéir et bien travailler, Aline, sinon Maman elle te baissera ta culotte comme à Christine, pour te donner une grosse grosse fessée". 

J'enrageais en entendant Diane commenter ma "grosse grosse" fessée, mais Maman la remit au pas, en rétorquant : "Du calme, Diane, je connais aussi une petite capricieuse qui mérite parfois de se faire aussi rougir les fesses".

Le dialogue s'était déroulé sans que je ne bouge de ma position. La menace de deuxième fessée m'avait calmée et je n'osais pas chercher à glisser par terre, ayant conscience que, malgré mes joues du bas écarlates, Maman n'avait pas dit son dernier mot...

Elle resserra son bras gauche pour bien me maintenir, et revint à son devoir de correctrice : "Bon, voyons donc où nous en sommes. Christine pense que cela suffit, mais c'est à chaque fois pareil... Deux heures de colle au milieu du dernier trimestre d'une année de redoublement, cela mérite vraiment une fessée mémorable... Regardez moi donc ces fesses-là, une minute sans claque et elles commencent déjà à pâlir... On va leur redonner des couleurs... Regardez bien les filles, je vais vous montrer ce que c'est qu'une bonne fessée... Tiens, tiens, tiens... Mais, est-ce que celle-là n'est pas un peu moins rouge que l'autre ? Tiens, tiens, tiens..."

Cette fois, chaque claque m'arrachait des cris, et Maman poursuivit consciencieusement son oeuvre. Je n'avais plus de pudeur, ni de peur de me faire moquer par mes soeurs, et je me laissai aller à pleurer, crier, supplier, à mesure que la cuisson devenait insupportable... Quelques claques ayant atterri sur le haut des cuisses, je ruai un instant, et lançai mes jambes en arrière, ce qui fit tomber ma culotte au sol, celle-ci n'entravant plus mes genoux.

Devant cette réaction nouvelle, Maman me bloqua à nouveau, rappelant sa promesse : "Arrête de gigoter, Christine, ou ça va mal aller ce soir..." Je baissai la tête, rendant les rames. De toute manière, en me débattant je n'avais pas eu le dessus et n'avais fait que récolter de plus fortes claques. Ma lune était un brasier et avait passé le cap de la douleur qui pique, pour une douleur plus profonde.


 N'ayant pas pu me retenir de lancer mes jambes et de me cabrer,
j'avais fait tomber ma culotte à terre.
Je n'étais plus entravée, mais le rappel de la menace maternelle
d'en "reparler" le soir même me convainquit de supporter
sans broncher la fin de cette tannée mémorable...

Je me relâchai à nouveau, et Maman pouvait comme savourer sa victoire. "Bon, j'espère que tu auras compris cette fois, Christine. Tu y as échappé trop longtemps, et j'aurais dû sévir plus tôt. Tu n'aurais peut-être pas eu cette colle... Mais, crois-moi, tu as intérêt à te tenir à carreau, car je ne te passerai rien jusqu'à la fin de l'année... Tiens, tiens, tiens, et tiens, tu la sens celle-là sur tes fesses ? Eh bien, elle y retournera autant de fois qu'il le faudra, tu peux me croire... Tiens, tiens et tiens..."

Maman leva le regard vers Aline et Diane : "Et cela est aussi vrai pour vous, les filles. Retenez bien la leçon, car la prochaine fois ce sera peut-être votre tour. Et vous voyez que Maman ne plaisante pas..."

Puis, s'adressant à moi : "Allez, encore quelques claques au cas où tu n'aurais pas bien compris. Tu t'en souviendras comme ça de tes deux heures de colle... Tiens, tiens, et tiens... Et, d'ailleurs la prochaine fois, ne mets pas deux jours pour m'en parler... Cela ne t'empêchera pas de prendre une bonne fessée, mais au moins il n'y aura pas de mensonge en plus... Tiens, tiens et tiens... J'aurais presque dû t'en donner une autre pour m'avoir menti, mais Maman va être compréhensive, je crois que c'est assez pour cette fois. Une bonne fessée devant tes soeurs, pour une demoiselle qui veut jouer les grandes filles parfois, cela devrait te faire réfléchir..."

Enfin, elle prit une nouvelle grande respiration, et relevant le bras, elle conclut : "Sinon, ce sera la fessée, ma fille, encore la fessée, Christine, tiens, tiens et tiens". Et, sans plus dire un mot, elle me donna une dernière salve d'une bonne douzaine de claques sonores comme jamais, que je pris en piaillant, avant qu'elle ne me relâche enfin et que je tombe à genoux sur le tapis du salon, hoquetant de douleur...


A SUIVRE

lundi 23 février 2015

Chronique d'un redoublement : 82. Du retour angoissé à la perspective d'une fessée devant témoins

SUITE 81

Je n'avais aucune envie de rentrer à la maison, mais je ne pouvais faire autrement. Je savais même qu'un éventuel retard n'aurait fait qu'aggraver mon cas...
Je n'allais pas non plus courir, bien évidemment, vers ce qui m'attendait. J'avançais donc juste un peu plus lentement que d'habitude, comme si je trainais les pieds, comme pour retarder un tant soit peu le retour au bercail, et le fait de me retrouver devant Maman...

Cette situation, hélas, je la connaissais bien, l'ayant vécu les jours d'arrivée d'un bulletin de colle, ou de remise d'un carnet de notes mensuel, ou quand il y avait une copie ou un mot d'un prof à faire signer.

Je l'avais souvent vécue, avec la tête emplie de peur et de questionnements, notamment sur la manière de présenter l'affaire, sur les arguments à employer pour plaider ma cause, implorer le pardon, tout en sachant qu'il faudrait un miracle ou un concours de circonstances pour échapper à ce que j'imaginais déjà...

Cette fois, ce n'était quasiment que l'angoisse qui m'étreignait... Je n'avais même pas à imaginer de plaidoirie, puisque la sentence était tombée depuis la veille au soir et avait été confirmée au matin, puis à midi... Tout ce qui me trottait dans le crane n'était que cette peur de la tannée promise...


Je rentrai à pas lents, la tête remplie d'angoisse,
me remémorant les promesses maternelles.
J'avais envie de me boucher les oreilles, 
mais c'est mon subconscient qui me répétait ses mots...  

Si encore, j'avais eu durant la journée un résultat exceptionnel, une très très bonne note, il me serait resté la possibilité d'une sorte de recours en grâce, de demande de pardon extraordinaire, mais il n'en était rien, et le 11,5 que je ramenais en géographie risquait, si j'en parlais, d'être plutôt considéré comme n'étant pas à la hauteur des attentes maternelles...

Et puis, après quasiment deux mois de sursis, où j'étais la seule des trois filles ayant été totalement épargnée, je me doutais bien que Maman tiendrait ses promesses... Surtout que, j'avais bien senti depuis quelques jours, voire une à deux semaines, que l'embellie ne serait pas éternelle et que j'allais forcément y passer à nouveau...

Seulement, bien sûr, la longueur de cette période d'impunité faisait que je me faisais encore plus un monde de ce qui m'attendait... Et, de la manière dont Maman avait réagi, avait été claire et sans équivoque dès qu'elle avait appris ma colle, je me doutais bien que, pour elle aussi, ce n'était pas tout à fait une fessée comme les autres, comme dans ces périodes où son ainée en récoltait régulièrement. Là, en ce moment hautement crucial du coeur du dernier trimestre, le faux pas qu'elle redoutait de me voir accomplir, et le relâchement qu'elle craignait, sachant trop bien que j'étais coutumière du fait, cela était forcément plus grave à ses yeux que le seul fait d'avoir pris une fois de plus deux heures de colle en anglais...

Je m'arrêtai quelques instants à deux cents mètres de la maison, j'avais le coeur qui battait et l'impression d'être dans un tunnel, sans aucune lumière d'espoir. Les dernières fois où je m'étais arrêtée là, je m'étais endormie le soir même avec des fesses écarlates. Cette fois, je ne voyais pas comment il en serait autrement... Mieux valait encore rentrer que de rester là à broyer du noir...


Je me suis arrêtée quelques courtes minutes,
appuyée contre un mur à 200 m de la maison...
La dernière fois que je m'étais arrêtée là,
déjà une fessée m'attendait...
Les souvenirs qui me remontaient à l'esprit accroissaient mon angoisse...
 
  Mes soeurs, elles, étaient en train de finir de goûter, quand je pénétrai dans la cuisine. Maman jeta un oeil insistant à la pendule, avant de glisser : "Alors, Christine, tu n'étais pas pressée de rentrer à la maison, à ce que je vois... Mais, on peut te comprendre...".
Je ne répondis rien, et me mis à manger mon goûter, lentement, sans appétit, ce qui, là aussi, se "comprend"...

Les petites avaient des devoirs, et Maman leur demanda de s'installer sur la table du salon-salle à manger. Elle les y accompagna pour regarder ce qu'elles avaient à faire. Je terminai ma tartine et mon bol de lait, puis montai sans faire de bruit dans ma chambre.

De retour vers la cuisine, Maman s'en aperçut et m'appela : "Christine, je ne t'ai pas demandé de monter. Viens donc par ici..."
Du palier du haut, je répondis : "Bah, j'ai deux exercices de maths pour demain. Je voulais les faire tout de suite".
Elle répliqua : "Descends-moi donc ton cartable que je vérifie ça..."
Je m'exécutai, me pointant dans le salon, avec mes affaires, et voulant montrer le cahier de textes à Maman, qui m'interrompit : "Non, laisse-moi regarder. Je ne voudrais pas que tu aies caché d'autres mauvaises surprises". Et elle fit une fouille en règle du cartable, regardant les cahiers et le carnet de correspondance, comme quand j'étais une gamine du primaire. Mes soeurs ne perdaient pas une miette de la scène...


Devant mes soeurs qui comprenaient que j'étais dans une mauvaise passe,
Maman fit une fouille en règle de mon cartable...
Elle craignait que j'ai caché d'autres mauvaises surprises... 

Heureusement, il n'y avait pas de "mauvaises surprises", même si, comme je m'en doutais, le 11,5 en géo fut interprété comme une preuve de plus que j'avais tendance à me relâcher...

Maman me rendit mon cartable et m'autorisa à remonter dans ma chambre : "Va donc faire tes exercices de maths, et applique-toi. Tu viendras me les montrer quand tu auras fini. Comme ça, ce sera fait avant qu'on discute toutes les deux... Ou, du moins, que je m'occupe de toi, comme promis..."
Je gémis en murmurant d'un ton plaintif : "Oh, Maman, s'il te plait..."

Elle me coupa net : "Christine, tu sais très bien que tu n'y échapperas pas, alors fais d'abord bien tes devoirs, et arrête de chigner : cela ne sert à rien..."

Je remontai, tête basse, en évitant le regard d'Aine et Diane, qui devait pétiller en douce.
Les deux exercices n'étaient pas durs pour une bonne en maths, qui plus est redoublante, mais je fis très attention, craignant une erreur, perturbée que j'étais par l'évidente détermination maternelle, et aussi par le fait qu'elle n'avait pas dit qu'on "discuterait" plus tard ou "ce soir". Ses mots que je me répétais semblaient vouloir dire qu'elle allait "s'occuper" de moi une fois les devoirs faits...
Vous allez dire que cela ne change pas grand chose, mais quitte à devoir angoisser deux ou trois heures de plus, j'espérais bien ne me retrouver sur ses genoux qu'à l'heure du coucher...


Je m'appliquai particulièrement à faire ces deux exercices de maths,
pas pressée de retrouver Maman,
qui m'attendait pour "s'occuper" de moi... 

Une fois les deux exercices faits, je restai une dizaine de minutes devant mon cahier, préférant attendre les ordres. Maman se douta de quelque chose, lançant du bas de l'escalier : "Tu n'as pas encore fini tes exercices, Christine ?" Je répondis que si, et elle rétorqua : "Eh bien, alors, viens donc me les montrer. Dépêche-toi, on n'a pas que ça à faire..."
J'étais peu fière de moi en la retrouvant dans le salon, lui tendant mon cahier, en m'excusant : "Euh, j'avais pas compris, je croyais que tu allais monter, euh, me voir, euh..."
Elle ne releva pas tout de suite, vérifiant les exercices de maths, qui étaient bons, mais sans m'en faire de compliment, étant sensée ne pas avoir de problème en la matière.

Maman me redonna le cahier et me dit : "Bon, ça va, c'est bon. Maintenant, va donc remettre le cahier dans ton cartable, et redescend moi l'enveloppe du collège avec ton bulletin de colle que j'ai déposée sur ton petit bureau..."

Je fis la grimace, commençant à comprendre ses intentions... Je demandai à mon tour : "Bah, euh, pourquoi ? Tu ne viens pas avec moi, euh ? Tu ne veux pas que, euh, que je t'attende, euh, dans ma chambre ?"

La réponse confirma mes plus grandes peurs : "Christine, tu ne discutes pas. Tu fais ce que Maman te demande, un point c'est tout ! Tu as besoin d'une bonne leçon, et ce n'est pas toi qui décide d'où, quand et comment je vais te la donner. Allez, ouste, va donc chercher la preuve de ton nouvel exploit..."


"Va chercher ton bulletin de colle dans ta chambre et reviens ici" !
Les ordres de Maman étaient clairs et nets.
Ce n'était pas à moi de décider où, quand et comment
elle me donnerait la fessée promise... 

Je remontai, en sanglotant, et trouvai l'enveloppe du collège, qui avait été ouverte à midi, et qui trônait bien sur le petit bureau de ma chambre, où j'imaginais que Maman serait venue m'en "parler" à sa façon...

Je ressortis de la chambre, mais restai bloquée en haut de l'escalier. Je tendis l'oreille, et entendis Maman qui regardait comment mes soeurs faisaient leurs devoirs. Aline avait fait quelques ratures et se prit : "Sois donc plus soignée, Aline, fais attention. Pour toi, comme pour tes soeurs, ce n'est pas le moment de relâcher les efforts. Ne fais pas comme Christine, sinon il t'arrivera la même chose qu'elle, et tu vas voir que Maman ne plaisante pas..."
C'était donc clair : j'allais recevoir ma fessée devant mes soeurs, et c'était pour moi comme une double peine...

Maman mit la tête par la porte du salon, me découvrant figée en haut des marches, sur le palier des chambres. "Bah, tu descends, allez", lança-t-elle. Je suppliai : "Maman, non, je préfère que tu montes".
Elle tonna : "Mademoiselle préfère ce qu'elle veut, moi, je te demande de descendre, et ne m'oblige pas à venir te chercher, sinon tu le regretteras encore plus..."
Je fis un pas, puis un autre, comme une automate, descendant lentement au rez-de-chaussée. Je m'arrêtai à la porte du salon, prenant de grandes respirations, avant d'oser entrer et arriver sous les trois regards qui m'attendaient...

Je tendis l'enveloppe à Maman, puis reculai de trois pas, me retrouvant le dos au mur. J'avais Maman à ma gauche, assise dans le salon, et à ma droite mes soeurs faisant face à Maman, Aline encore attablée devant son devoir, Diane jouant les petites filles modèles en regardant la scène sans broncher...





Diane observait la scène, dans son attitude coutumière,
de petite fille modèle, sage et au sourire retenu,
ne manquant surtout rien de ce qui se passait sous ses yeux... 

Elle me montra l'enveloppe, en disant : "Bon, on ne va pas discuter 107 ans. Qu'est-ce qu'il y a dans cette enveloppe, Christine ?"
Je répondis : "Mais, tu le sais bien, M'man".
Elle haussa le ton : "Christine, tu réponds à mes questions, ou ça va aller vraiment très mal..."
Je retins un sanglot, et dis : "Bah, euh, c'est un bulletin de colle, M'man".
Maman reprit : "En quelle matière, une fois de plus, Christine, et pourquoi cette colle ?"
J'avais les jambes qui tremblaient en répondant : "Bah, c'est en anglais, encore, M'man. C'est Mademoiselle Paule qui l'a donnée. Pour bavardage, M'man".

Le ton de Maman se fit ironique, s'adressant au passage à mes soeurs également : "Oui, c'est bien cela, encore deux heures de colle en anglais. Vous avez bien compris, votre grande soeur n'a rien d'autre à faire qu'à bavarder en classe, et surtout en cours d'anglais, avec une prof qui l'a déjà souvent collée, et qui a été de celles qui ont fait pencher la balance pour que Christine redouble..."
Et, de me demander à moi : "Mais, où as-tu la tête, Christine ? Recommencer à moins bien travailler, te remettre à bavarder au lieu d'écouter, tout cela en plein dans le dernier trimestre, celui qui est le plus important... Et, tu voudrais que je reste les bras croisés ou que j'applaudisse ? Tu cherches franchement les ennuis..."

Je ne savais quoi dire, ayant un peu conscience qu'elle n'avait pas tort... Je tentai : "Mais, je travaille mieux, Maman. Et, je n'ai pas été collée depuis longtemps..."
Argument rejeté bien sûr : "Tu travailles bien quand je suis derrière toi, Christine. Mais, dès que je te laisse du champ, tu en profites. Et si pour toi, c'est longtemps, c'est peut-être parce que tu as oublié ce qui arrivait quand tu étais collée... C'est cela, oui, sûrement, alors je vais te rafraichir la mémoire... Crois-moi, tu vas être servie, ma fille..."

Je protestai : "Mais, non, Maman, je n'ai pas oublié, promis. Je sais bien ce qui arrivait quand j'ai été collée. Là, c'est la dernière fois de l'année. Tu verras, je ne serai plus collée, je ne bavarderai plus, promis de promis, Maman".

Elle reprit la balle au bond : "J'espère bien que ce sera la dernière colle de l'année, Christine. Je l'espère pour toi, parce que sinon tu recevras encore une fessée carabinée, comme celle que je vais te donner maintenant, ma fille..."

J'implorai, éclatant en sanglots : "Non, Maman, non, pas la fessée. Ou pas ici, pas maintenant, nooon !"

Elle me rabroua : "Tais-toi donc, Christine. Je crois au contraire que cela s'impose... D'ailleurs, tu cherches les ennuis depuis quelques jours, et tu as bien de la chance d'y avoir échappé jusque-là... Alors, avec cette colle en prime, je pense qu'une bonne déculottée, là, maintenant, devant tes soeurs, te fera le plus grand bien... Cela t'aidera peut-être à te souvenir plus longtemps qu'il ne faut pas bavarder en classe, et encore moins durant les cours de Mlle Paule... Tu devrais pourtant le savoir, depuis le temps, avec toutes les fessées que cela t'a valu..."




Je détournais le regard, ne pouvant soutenir celui de Maman,
qui étayait un raisonnement sans faille...
Je ne pouvais pas nier que j'étais prévenue,
que je savais qu'une nouvelle colle, surtout en anglais,
me vaudrait une déculottée magistrale...

Ce raisonnement, je le connaissais trop bien. Il était hélas empreint de bon sens, et je ne pouvais, au fond de moi, nier que Maman avait raison, ni évidemment que je savais ce qui m'attendait... Mais, de là à accepter sans broncher une déculottée devant mes soeurs, il y avait un pas. Je me fis suppliante : "Je sais, Maman, je sais. Mais, je te promets vraiment que je ne recommencerai plus. Pardonne moi, ou alors, euh... viens dans ma chambre..."  

J'avais prononcé ces derniers mots avec une toute petite voix, les chuchotant presque...
Maman répliqua : "Dans ta chambre ? Mais, Christine, tu sais bien que ce n'est pas toi qui commande. En plus, si j'ai bonne mémoire, la dernière fois que tu as été collée, c'est dans ta chambre que tu as reçu ta fessée, en me promettant bien de ne jamais recommencer... Et tu as recommencé quand même. Alors, si cela te fait honte de venir sur mes genoux devant tes soeurs, tu n'auras qu'à réfléchir à deux fois avant d'être à nouveau collée... Allez, assez discuté, viens ici, Christine... Et, tout de suite !!!"

Autant, j'avais baissé le ton en finissant ma supplique, autant Maman avait élevé la voix, pour me commander de venir vers elle. Le "Et, tout de suite" était même tonitruant, et m'impressionna. De toute manière, je n'avais plus d'argument, si tant est que j'en ai eu vraiment. Cela faisait hélas des jours que j'avais compris que la trêve ne durerait pas et que mon heure approchait... Cette fois, c'était le moment...


Alors que Maman venait de me demander de venir "Tout de suite !",
je me rappelais qu'effectivement, la dernière fois où j'avais été collée,
c'était bien encore en anglais, et cela m'avait valu une tannée mémorable,
donnée par Maman dans ma chambre...
La scène me revenait comme si c'était hier, mais aujourd'hui,
c'est dans le salon, devant mes soeurs que j'allais montrer mes fesses...


Le ton maternel ne souffrait aucune contestation, et résister n'aurait fait qu'empirer les choses, surtout devant mes soeurs.

Je m'avançai vers Maman, regard baissé, pleurnichant, mais sans même faire le petit pas en arrière, que j'avais tendance à faire au moment où je me retrouvais à portée de main maternelle. Maman se pencha pour m'attraper par le poignet et me fit basculer en travers de ses cuisses, pendant que les seuls mots qui me sortaient de la bouche étaient une succession de petits "Non, non, oh, non" plaintifs.

A SUIVRE

vendredi 13 février 2015

Chronique d'un redoublement : 81. Après l'aveu, la sentence est claire et sans espoir de clémence

SUITE 80

Je me sentais toute bizarre quand Maman a quitté ma chambre, après mon aveu. Je n'arrivais pas à comprendre ce qui m'avait fait basculer, éclater en sanglots pour avouer que j'avais été collée. Dans la petite bataille qui se déroulait dans mon cerveau entre la voix me conseillant de ne rien dire et de gagner du temps, et celle qui me faisait comprendre que ce serait sûrement pire si je continuais à jouer les cachottières et à mentir à Maman, c'est cette dernière, pour une fois, qui l'avait emporté.
Mais, en même temps, Maman avait bien compris que cela faisait déjà 24 heures que je lui cachais cette mauvaise nouvelle, et elle m'avait bien fait comprendre que c'est surtout cela qu'elle retenait, plus que mes regrets et ma franchise tardive...
Bref, mon aveu n'aurait certainement que peu d'influence sur la détermination maternelle de me faire payer mon inconduite et mon mensonge en prime...
Et, Maman avait été plus que claire en mettant les points sur les "i" et en appelant un chat un chat. C'est bien "une fessée", et même "une bonne déculottée" qui me serait donnée le lendemain. Cette fois, elle n'avait pas employé les classiques "on réglera nos comptes", ou "on aura une petite discussion toutes les deux", voire le "tu sais ce qui t'attend" qui reste évocateur sans nommer ladite promesse.

De toute manière, depuis que Mlle Paule avait annoncé que j'aurais deux heures de colle, je ne doutais pas de ce que cela entraînerait. Mais, au moins, était-ce entre moi et moi, en secret.
Là, c'était dit, annoncé, programmé, comme un aller simple, sans retour possible.


Maman, cette fois, avait été très claire... 
Pas de périphrases, ni d'allusions, c'est bien "une fessée", 
et même "une bonne déculottée qui m'attendait,
sans le moindre espoir d'y déroger...
Et déjà, je pouvais me l'imaginer...

Pire, la maisonnée était au courant, car mes soeurs ne dormaient pas encore, et n'avaient pas manqué de tendre l'oreille, lorsqu'elles avaient entendu leur aînée éclater en sanglots et Maman hausser le ton avec des mots et des promesses non équivoques...

J'entendis d'ailleurs encore Aline et Diane chuchoter quand Maman redescendit fermer la maison et se préparer à aller elle-même se coucher.

Mère et filles, chacune allait pouvoir s'endormir en sachant que le lendemain, Christine allait recevoir une fessée magistrale, mettant fin à une longue pause de près de deux mois, et l'on imagine que cela a dû faire travailler quatre cervelles, mais pas de la même façon...

Pour Aline et Diane, il devait être question de se dire que ce ne serait pas le moment d'énerver Maman, pour éviter d'y passer aussi. Mais également, mes soeurs devaient déjà se dire qu'il leur faudrait être aux aguets, rester un maximum à la maison, afin de ne pas manquer ce moment...

Dans la tête de Maman, la situation devait être analysée et ré-analysée, avec un raisonnement qui confirmait ses certitudes et ses principes. Oui, elle savait bien qu'il faudrait surveiller Christine jusqu'au bout, qu'il faudrait réagir dès le premier relâchement, et qu'elle "sentait" bien que son aînée se laissait un peu aller ces derniers temps. Et Maman d'être persuadée qu'il fallait marquer le coup et ôter à sa fille l'envie de gâcher ce dernier trimestre qui était bien engagé, et ce, justement, par une attention forte portée à surveiller Christine. Autant de pensées qui confortaient Maman dans sa volonté de bien tenir ses promesses vis à vis d'une Christine qui savait qu'elle devait préparer ses fesses...

Si Maman allait s'endormir en se disant qu'il allait falloir donner une bonne leçon à son aînée le lendemain, si Aline et Diane imaginaient déjà que leur grande soeur allait être la vedette du jour, pour moi, c'était bien plus dur de trouver le sommeil sans penser à ce qui m'attendait, ni sans cauchemarder en faisant des rêves mêlant des situations connues et des peurs incontrôlables.

Souvent, dans ce genre de situations, je passais une partie de la nuit entre deux réveils en sursaut, entre deux visions anticipatrices, à chercher comment j'allais expliquer ma colle ou ma mauvaise note à Maman. Je me répétais des phrases censées apaiser sa colère, plaider en ma faveur, implorer son pardon, ou du moins sa clémence... Là, la messe était dite, quoi que je dise, la décision était prise, annoncée, et je ne pouvais même plus me bercer d'illusions, en imaginant des circonstances atténuantes, en cherchant à endormir la réaction maternelle. Non, tout ce que je pouvais penser, c'est que j'allais plonger en travers des cuisses maternelles et que l'orage allait tomber sur une lune bien déculottée...

Un de mes rêves sombres de cette nuit agitée dans mon esprit apeuré anticipait ce rendez-vous. Je me voyais à la dernière heure de cours du lendemain, ranger mes affaires dans mon cartable, puis remonter ma jupe dans le dos pour la coincer dans ma ceinture, et baisser ma culotte juste au ras des fesses, avant de quitter le collège ainsi, et traverser la ville la lune à l'air, en rentrant tête basse à la maison. Et, j'entendais mes camarades de classe me demander ce que je faisais, puis les badauds, les voisins et les commerçants du quartier poser la même question, à laquelle je m'entendais répondre, comme si c'était naturel : "Bah, j'ai été collée, alors Maman m'a dit : Prépare tes fesses pour quand tu rentreras à la maison. Alors, comme ça, elles sont prêtes..."


Drôle de cauchemar qui a hanté cette nuit...
Je me voyais rentrer du collège, sac au dos, jupe relevée
et culotte baissée, et répondant aux passants moqueurs :
"Maman m'a demandé de préparer mes fesses...,
je ne voudrais pas la fâcher..."

Mais, comme mes sanglots et mes aveux m'avaient un peu calmée, j'ai finalement dormi quand même.

Au réveil, j'ai vite compris que ce serait une journée pas comme les autres. On sentait déjà à peine levées que mère et filles entraient dans leur rôle. Aline et Diane étaient obéissantes et étrangement calmes, du moins dans leur façon de parler, de se tenir, leurs yeux vifs et leurs mines curieuses témoignant au contraire d'une envie de bien observer ce qui se tramait entre leur grande soeur et leur mère...

Maman, elle, avait un ton plus sec que d'habitude, une intonation qui montre que tout doit filer droit et que ce n'est pas le moment de perturber le déroulement classique d'une journée d'école. Et, personne n'avait envie de tenter le diable, ce qui fait que tout se déroulait sans anicroche.

Il y eut juste une paire d'allusions, notamment quand Maman recommanda aux petites d'être sages à l'école, et "de ne pas faire comme Christine, qui s'est encore distinguée en prenant deux heures de colle". Ce à quoi Diane avait répondu : "Dis, c'est vrai qu'elle va être punie ?", Maman se contentant de rétorquer : "Oui, ça c'est sûr, elle peut préparer ses fesses, mais on verra ça plus tard. Filez donc à l'école, avant qu'il ne soit trop tard".

Puis, Maman retourna dans la cuisine, laissant Aline et Diane se préparer à partir à l'école. Je vis mes deux soeurs chuchoter entre elles, et Diane se tapoter le fond de pantalon, en se retenant de rire de ce geste en forme de mime moqueur...


Mes soeurs avaient entendu la veille au soir mes pleurs 
et les promesses maternelles à mon encontre. 
Maman venait de leur confirmer que je serais punie...
En douce, Diane mima la fessée, faisant rire Aline...

Je retrouvai ma classe, tentant de cacher une mine pas gaie du tout, et je me tins à carreau, jusqu'à intriguer mes voisines, qui comprenaient que quelque chose me tracassait.

En rentrant à midi, je compris au premier regard que le facteur était passé. L'enveloppe du collège trônait sur mon assiette, Maman l'ayant déjà ouverte, et je pus lire que le motif parlait de "bavardage intempestif" et ce, "malgré des avertissements répétés" ! Des mots qui assurément ne plaidaient pas en ma faveur...

J'aurais voulu expliquer que Mlle Paule n'avait fait qu'une seule remarque avant de donner des heures de colle dès la deuxième, mais je ne suis pas sûre que cela aurait adouci la colère maternelle...
J'ai plutôt baissé le nez, connaissant la détermination de Maman, et ne souhaitant pas qu'elle en rajoute dans le rappel de ce qu'elle m'avait promis dès la veille au soir.

De toute manière, la pause du déjeuner était trop courte pour une grande explication, et je pus repartir sans dommage au collège pour l'après-midi. Non sans que Maman, constatant que j'avais encore cours d'anglais en dernière heure, ne me fasse une remarque en forme de recommandation : "Travaille bien, ma grande. Et, tiens toi surtout bien en cours d'anglais. Il ne faudrait pas que tu sois collée à nouveau, alors que tu n'as pas encore reçu la fessée que je vais te donner ce soir..."
Mes yeux s'embuèrent et j'implorai : "Maman, s'il te plaît, non..."
C'était évidemment cause perdue, et elle le confirma, d'un ton très calme : "Voyons, Christine, ne dis pas n'importe quoi. Tu sais que Maman tient toujours ses promesses. Et tu as largement mérité la bonne fessée que tu recevras ce soir. Allez, file donc au collège, ce serait dommage que tu sois en retard. On aura tout le temps de régler nos comptes tout à l'heure".


Le bulletin de colle était bien arrivé, et Maman me recommanda
de bien me tenir cours, me rappelant sa promesse,
et confirmant devant mes soeurs 
qu'elle me donnerait la fessée ce soir...

L'après-midi me vit complétement éteinte, faisant grise mine, et ne répondant guère aux sollicitations de mes camarades, en restant dans mon coin lors de la récréation, prétextant que j'étais patraque.

La dernière heure fut assez pénible, puisque je retrouvais celle qui était à l'origine de mes ennuis... Du moins, est-ce ce que je pensais car, dans ma tête, j'attribuais ces heures de colle à celle qui me les avait donnés, et non à mon bavardage évidemment...

Je me montrai attentive, répondant même par deux fois la première en levant le doigt, très attentive bien sûr à ne pas avoir de nouvelles remarques...
Mlle Paule constata cette transformation positive, qui dut la conforter dans l'idée qu'elle avait bien fait.
D'ailleurs, au moment de quitter la classe, après avoir rangé mes affaires et laissé passer le flot de mes camarades pour être tranquille, je me levai enfin et passai devant le bureau de ma chère (enfin, c'est une image) prof d'anglais, qui me dit : "C'est bien, Christine. Aujourd'hui, vous avez été attentive et calme. Ce serait bien que cela soit plus souvent le cas..."
Je répondis d'un petit air innocent : "Oui, Mademoiselle, je sais".
Elle ajouta : "C'est quand même dommage qu'il ait fallu encore deux heures de colle pour vous faire entendre raison. Je me doute bien, connaissant votre mère, qu'elle n'a pas dû apprécier, n'est-ce pas...? "


Mlle Paule me félicita pour une fois, regrettant qu'il ait "encore" fallu
me donner deux heures de colle pour que je m'assagisse...
Elle me fit comprendre qu'elle se doutait bien que Maman
n'avait pas apprécié et réagi... Je pense qu'elle imaginait même comment...
Moi même, c'est moins les heures de colle que je craignais, que ce qui m'attendait...

Je baissai le regard et ne répondis rien. Je n'allais sûrement pas lui dire quelle avait été la réaction de Maman, et comment cela allait se concrétiser pour une certaine partie de mon anatomie... Mais, je pense que Mlle Paule s'en doutait bien...


Il restait encore à rentrer à la maison. Le retour du collège prenait pour moi les allures d'une marche vers les genoux maternels.  Cette sensation, je la connaissais, bien sûr. Je l'avais ressentie à bien des reprises, mais la vivre après quasiment deux mois sans fessée la rendait plus angoissante, plus palpable... 

De plus, je ne pouvais même pas me réfugier dans le moindre espoir de clémence, je ne pouvais pas chercher les arguments qui m'auraient sauvée. Non, du fait de mon aveu de la veille, immédiatement ponctué par la sentence maternelle, aucun doute n'existait. L'arrivée du bulletin de colle par la Poste, le libellé très clair de la faute qui m'était reprochée, et la confirmation maternelle faite avant que je ne reparte l'après-midi, tout cela faisait que je savais que Maman allait tenir sa promesse. 

Je rentrais donc recevoir "la bonne fessée" que je "méritais", selon elle, et je savais déjà, même si ce n'était pas une surprise, mais là les mots avaient été clairs, que c'est "une déculottée" qu'elle allait me "donner".


Je rentrais à pas lents. Heureusement, pas comme dans mon cauchemar...
Mais, dans ma tête, c'était tout comme, et j'évitais de croiser
le regard des passants. Mes jambes en tremblaient presque,
sachant que c'était comme si, en quelque sorte,
j'amenais mes fesses pour que Maman me les déculotte
pour me donner cette "bonne fessée" promise et, somme toute, méritée !


Difficile alors de rentrer en souriant, en faisant semblant. Je n'avais pas le courage de cacher mon désarroi, et je repensais à mon cauchemar de cette nuit-là... Comme si je traversais la ville, culotte baissée, ayant déjà "préparé mes fesses" !


A SUIVRE

dimanche 18 janvier 2015

Chronique d'un redoublement : 80. Quand tentation et raison s'affrontent jusqu'à l'aveu annonciateur d'orage...

SUITE 79

Deux heures de colle pour avoir "bavardé et ri en classe au lieu d'écouter" l'enseignante... C'était assurément le genre de motifs que Maman ne pardonnerait pas. J'étais bien placée pour le savoir... Un faux-pas sur un devoir ou une interrogation, cela se négociait. Mais, tout ce qui touchait la discipline, le chahut, qui plus est en cours d'anglais avec ma bête noire de Mlle Paule, je n'avais aucun exemple que cela se soit terminé autrement que par une sérieuse explication entre Maman et moi. Avec le sermon maison, mais aussi la fessée à la clé !
Et, encore, aurions nous été dans une période euphorique, avec seulement des bonnes notes, une fille serviable, et des compliments de tout le monde, j'aurais pu croire au miracle. Hélas, si je venais de vivre plusieurs semaines de calme, avec même un premier bon carnet de notes mensuel, le deuxième n'était pas encore remis, et divers griefs, dont une presque mauvaise note dans une de mes matières fortes, avaient mis Maman aux aguets, persuadée qu'elle était que son aînée allait encore faire des siennes...
Bien sûr, en mon for intérieur, je savourais chaque jour de plus sans fessée comme une victoire, et je commençais presque à me sentir comme à l'abri... Arrivée à sept semaines sans incident, je me sentais quasiment invulnérable, mais ces quelques derniers jours, de nouvelles menaces maternelles m'avaient rappelée à l'ordre. Et, comme à chaque fois ou presque que ce genre d'accalmie fessière se prolongeait, il y avait un moment, une sorte de cap, où l'on devinait que les motifs bénins s'accumulant, il y aurait un instant où le vase déborderait, peut-être même pour ce qui aurait été considéré comme une broutille à d'autres périodes...
Sauf, que, là, au lendemain d'une première note décevante, les deux heures de colle ne pouvaient qu'agir comme la goutte qui fait déborder le fameux vase. D'autant qu'en matière de goutte, celle-là avait l'allure d'un raz de marée...

Quand la fin des cours a sonné, j'ai mis plusieurs minutes à me lever, restant à ma place, alors que la prof et les autres élèves avaient quitté la pièce. Assise, la tête ailleurs, j'étais comme groggy, et j'avais les genoux qui tremblaient. "Non, ce n'est pas possible... Comment vais-je pouvoir dire ça à Maman ? Jamais, elle ne l'acceptera... Je vais me prendre une fessée, c'est sûr", me disais-je, émue et prête à éclater en sanglots... 

 
Je suis restée quelques minutes, assise à mon pupitre, 
après que la sonnerie ait retenti. J'étais comme assommée,
j'avais les genoux qui tremblaient...
Comment allais-je pouvoir dire ça à Maman ? 

Une surveillante est passée dans le couloir et m'a demandé ce que je faisais : "Ca y est, je rangeais mes affaires, je sors". J'ai ramassé cahiers, trousse et cartable, et suis sortie dans la rue, redevenue calme, la plupart des élèves étant partis, ce qui m'arrangeait car je n'avais envie de voir personne.

En chemin vers la maison, je réussis à me calmer un peu. Je me suis dit que je ne savais pas comment présenter la chose à Maman, et que mieux valait attendre au moins demain, le bulletin de colle ne pouvant arriver au courrier que le surlendemain... C'était "risqué", me disait la voix de la raison, mais, de toute manière, "le résultat serait le même", à peu de choses près, répondait en écho la voix de la tentation.

Les événements m'aidèrent, puisqu'en arrivant à la maison, Maman était en pleine discussion avec une amie qui avait une fille dans la même classe que Diane. Je n'eus donc droit qu'à un rapide : "Ca va, Christine ? Ca s'est bien passé en classe ? Si tu as des devoirs, monte donc les faire", devait me dire Maman, sans me laisser le temps de répondre autre chose qu'un "Oui, oui, M'man" sur un ton qui cachait mon angoisse...

J'avais donc déjà gagné une heure ou deux, et ma tendance naturelle à retarder les échéances me poussa à ne rien dire ce soir-là. Je cherchai à me faire la plus transparente possible, me montrant serviable et obéissante au point où Maman eut même cette réflexion : "Tu es bien gentille ce soir, Christine. J'espère que tu ne me caches rien..."
J'ai tourné la tête pour ne pas montrer ma réaction, stupéfaite, une fois de plus, qu'elle semble lire dans mes pensées les plus secrètes...

Heureusement, la copine de Diane était restée dîner, et le repas fut ponctué de conversations autour des deux petites, Maman n'en profitant pas comme souvent pour réinterroger les unes et les autres sur leur journée, les devoirs, les résultats, etc.

Je ne m'attardai pas pour aller me coucher ensuite, jouant les moitié endormies quand Maman vint nous dire bonsoir, histoire d'éviter de me trahir par une réaction quelconque devant une mère que je sentais méfiante (et qui, sans le savoir, l'était à juste titre d'ailleurs...).

Mais, j'eus du mal à trouver le sommeil, me repassant le film de cette journée et imaginant quelles en seraient les conséquences... J'étais satisfaite d'avoir gagné une journée, mais la remarque de Maman sur ma sagesse apparente me restait dans la tête, sachant qu'une fois le pot aux roses découvert, nul doute que ma cachotterie serait considérée comme une circonstance aggravante... Mais, entre une bonne fessée le soir-même et une fessée magistrale le lendemain, je n'ai jamais pu me résoudre à opter pour la première solution...


Comment trouver le sommeil après une telle journée ?
Si j'avais déjà gagné du temps, cela ne faisait que me rappeler
que la fessée qui m'attendait n'en serait que plus conséquente... 

Au point où j'en étais, pourquoi ne pas gagner aussi une deuxième journée, me conseilla la voix tentatrice, dès mon réveil. Et je me dis qu'advienne que voudra, et qu'il n'y avait qu'à être fataliste, et à voir comment la journée évoluerait...

De fait, là encore, les circonstances m'aidèrent, puisque, à l'heure du déjeuner, nous fumes dérangées par l'intervention d'un artisan venu changer le chauffe-eau de la cuisine et qui voulait terminer son intervention alors que nous mangions, ce qui ne laissa guère le temps à Maman de nous questionner.

Le soir, j'étais encore rentrée à la maison pas rassurée pour un sou, et le coeur battant la chamade, mais entre un rendez-vous d'Aline chez le dentiste à la sortie de l'école, puis un dîner à prendre tôt, car les deux petites avaient en soirée un cours de danse avec premier essayage des costumes du gala qu'elles donneraient fin juin, c'était plutôt l'effervescence à la maison, et cela me permettait de cacher mon angoisse...
Malgré tout, il y eut encore une réflexion de Maman me trouvant "l'air bizarre des mauvais jours", ce qui commençait à me faire penser que ma stratégie allait sûrement se retourner contre moi.


J'avais beau jouer les innocentes, et faire semblant que tout allait bien,
j'avais l'impression que Maman devinait mon trouble.
Son "je te trouve un air bizarre" montrait qu'elle soupçonnait
que je cachais quelque chose... Et je risquais de le payer... 

A la fin du dîner, Maman me prévint qu'elle allait accompagner mes soeurs, et ne reviendrait qu'après leur cours, afin d'aider aux essayages, alors qu'habituellement, elle s'arrangeait avec une autre Maman pour que chacune ne fasse qu'un trajet, l'une les amenant, l'autre les ramenant.

J'allais donc rester seule durant une heure et demie, mais ce n'était pas la première fois. "S'il y a un problème, tu appelleras Tata", avait précisé Maman qui, dans la foulée, passa un coup de fil à sa soeur pour vérifier qu'elle était chez elle, et la prévenir qu'elle me laissait à la maison. Un appel tout à fait ordinaire, sauf que Tata Jacqueline dut en profiter pour demander de nos nouvelles, et que j'entendis Maman répondre notamment :"Oui, Christine, ça va encore à peu près, mais je lui trouve un drôle d'air, et je ne serais pas étonnée de devoir bientôt sévir à nouveau..."

J'ai fait semblant de ne pas avoir entendu, et suis montée dans ma chambre, alors que Maman rameutait les petites pour partir, m'indiquant : "On revient vers 10 h. D'ici là, fais ta toilette et mets toi en pyjama et au lit avant qu'on ne rentre". 

J'avais près d'une heure et demie à rester seule dans la maison, mais je le regrettais presque, ayant imaginé que, les deux petites étant à la danse, j'aurais pu peut-être essayé de parler à Maman, et de provoquer une explication entre quatre z'yeux, comme j'aime à dire...

Non, au lieu de cela, j'étais seule, et pouvais me réjouir de gagner encore du temps, mais les nouvelles réflexions de Maman me faisaient penser que, plus je tardais à parler, et plus mes ennuis augmenteraient...

Personne n'étant dans la maison, j'étais tranquille pour prendre ma douche, et je ne pus m'empêcher en me déshabillant de regarder longuement mon bas du dos, ma lune bien blanche, intacte depuis quasiment deux mois.

 
Le contact de ma main sur ma lune blanche,
épargnée depuis près de deux mois, 
me renvoyait une impression de douceur...
Comment supporter l'idée que la foudre maternelle
allait s'abattre sur elle ? 


C'était presque fascinant et je posai à plusieurs reprises mes mains sur mes fesses rebondies. C'était doux, si doux, et cela s'entrechoquait dans ma tête avec mes peurs qu'une autre main ne transforme cette lune douce et fraîche en mappemonde écarlate, brûlante et douloureuse.

"Prépare tes fesses, ça va barder", me rappelait la voix de la raison... "Rassure-toi, ce n'est pas encore pour ce soir. Tu auras réussi à gagner deux jours, et cela fait presque deux mois que tu y as échappé... Ce sera juste un mauvais moment à passer, tu en as vu d'autres...", rétorquait la voix de la tentation...

Et le dialogue raison-tentation se poursuivait... "Oui, tu en as vu d'autres, mais rappelle-toi comment ça fait mal. Mieux vaudrait ne pas augmenter encore la colère de Maman", murmurait la raison ! "Avec un peu de chance, la Poste aura du retard, ou l'enveloppe se perdra. Pas besoin de préparer tes fesses tant que Maman n'est pas au courant", répliquait la tentation." Ce à quoi la raison rétorquait : "Mais, suppose que Maman rencontre Mlle Paule avant l'arrivée du courrier, et qu'elle lui apprenne que tu lui mens depuis hier, tu imagines la déculottée et la tannée que tu vas prendre..."

Si j'avais suivi la tentation depuis la veille, les arguments de la raison me taraudaient l'esprit, et je sentais mon angoisse monter, et j'en cauchemardais presque toute éveillée que j'étais. A posteriori, je pense que ma peur était d'autant plus forte que j'avais évité de me retrouver sur les genoux maternels depuis près de deux mois. De ce fait, l'argument de la voix de la tentation de me dire que "j'en avais vu d'autres", que c'était "juste un mauvais moment", cet argument bizarrement ne fonctionnait pas. Je crois que si j'avais récolté une ou deux fessées dans la semaine précédente, mon fatalisme aurait eu le dessus en me disant quelque chose comme "jamais deux sans trois", ou "une de plus et il y en aura d'autres".

Là, c'était différent, et c'était comme si j'avais oublié ce que cela faisait réellement, comme si je n'en avais jamais reçu et que je me faisais un monde du mal que j'allais avoir...

Je pris ma douche en ayant tout cela qui me tournait dans la tête, bien consciente que de toute manière, je n'y échapperais pas... Je m'essuyai en douceur, comme pour protéger mon épiderme, et je dus réprimer un sanglot qui me montait dans la gorge, quand je dus enfiler mon pyjama. Il n'y avait pourtant aucun risque tant que Maman ne savait pas, mais cela me remémorait tant d'épisodes où la tenue de nuit était aussi la tenue de fessée...

Je pris un livre et m'étendis sur mon lit, tentant de penser à autre chose, mais la peur de la fessée reprenait le dessus. En me retournant j'avais posé à nouveau la main sur mon fond de culotte, et de sentir ma lune intacte me rassurait.

   
Sentir sous ma main une mappemonde intacte me rassurait,
mais je ne pouvais m'ôter de l'esprit
que j'allais devoir l'exposer sur les genoux maternels... 

La peur me donnait la gorge sèche, et j'allai prendre un verre de jus de pomme dans le réfrigérateur. 
De retour dans la chambre, je me mis devant la glace et fis glisser mon bas de pyjama vers le bas. Je le remontai vite fait, comme si j'avais peur d'être surprise ainsi, mais la maison était encore déserte pour une petite heure.

La sensation de l'étoffe descendant pour dégager ma lune me donnait la chair de poule, mais je recommençai une seconde fois, comme si je me préparais à ce que je craignais. 
La glace me renvoyait une image de deux fesses tremblantes. Je me surpris à leur décocher une petite tape douce, qui me fit sursauter, comme si ce n'était pas moi.
Puis, sans savoir pourquoi, je récidivai mais cette fois avec une vraie claque sur chaque fesse. Rien à voir avec la version de la grande main maternelle, mais quand même, le bruit et un certain picotement m'impressionnèrent...
Cette sensation, je ne l'avais plus connue depuis presque deux mois. Je savais bien pourtant ce qu'était une fessée maternelle, et j'étais même, dans la maison, de loin la mieux placée, par expérience hélas, pour connaître le sujet. Mais, cette fois, je ne sais pourquoi, j'avais l'impression que j'allais recevoir comme la première fessée de ma vie...

Je me rhabillai vite en constatant qu'une petite rougeur apparaissait sous l'impact. En moi, la voix de la raison me disait : "Cela, ce n'est rien Christine, à côté de ce qui t'attend. Et si Maman sait que tu as menti en plus, je ne voudrais pas être à la place de tes fesses..."
Cette pensée me faisait paniquer à l'intérieur de moi, et je commençais à me traiter d'idiote de ne rien avoir dit à Maman.







En baissant mon pantalon de pyjama
et en tapotant mes fesses,
je frissonnais et avais le coeur battant.
J'avais peur comme si j'allais recevoir
la première fessée de ma vie...
 

Je me glissai dans mon lit, pour suivre les instructions maternelles, n'arrivant pourtant pas à lire en attendant le retour de Maman et de mes soeurs. Tout cela me nouait l'estomac, et je ne savais plus quelle attitude adopter...

A 22 h, les petites débarquèrent toutes joyeuses, ravies de leur futur costume de scène, et Maman dut élever la voix pour qu'elles se mettent au plus vite en pyjama et au lit, après une toilette expresse. Sa voix qui haussait le ton contribuait à approfondir mon malaise. J'étais dans le brouillard, incapable de tenir un raisonnement cohérent et non contradictoire, toujours tiraillée par les deux petites voix internes...

Une fois, Aline et Diane bordées et la lumière éteinte, Maman vint me dire bonsoir. Je cherchais à cacher mon trouble, mais le flair maternel opéra, et me déstabilisa. "Tu n'as pas l'air dans ton assiette", me lança-t-elle. "Tu as quelque chose à dire à Maman, ma chérie ?"
Le ton doucereux me fit craquer. Je ne pouvais plus garder mon trouble pour moi seule, et j'éclatai en sanglots, versant immédiatement de grosses larmes. 
Maman commenta : "Ah, je le savais bien..." et cela me débloqua la parole.
Moitié hoquetante, je balbutiai : "Oh, Maman, snif, snif, j'ai, euh, j'ai été, euh, snif, j'ai eu deux, snif, j'ai eu deux heures de colle".
Maman dodelina de la tête : "Ce n'est pas vrai, Christine. Je le sentais, c'est pas Dieu possible. Pas maintenant, pas au troisième trimestre. Et c'est où, et pourquoi donc ?"
Je baissai les yeux et avouai d'une petite voix : "Bah, euh, c'est, euh, en anglais, M'man. Juste pour euh, pour un bavardage".
Maman fulminait : "En anglais, bien sûr, en anglais. Comme si tu ne savais pas que tu dois t'y tenir à carreau encore plus qu'ailleurs. Ce n'est pas vrai, tu cherches vraiment les ennuis, ma fille... Et, on recevra le bulletin de colle quand ?"
Je répondis :  "Euh, sûrement demain par la Poste, je crois."
Maman en conclut : "Oui, si je comprends bien, tu le sais depuis hier. D'ailleurs, j'avais bien senti que quelque chose clochait... Tu t'es bien gardée de m'en parler le jour même... Toujours aussi courageuse, Christine... Tu savais bien ce qui t'attendait..."
Je fondis à nouveau en larmes : "Oh, Maman, Maman, non... Je serai sage, je ne bavarderai plus..."
Elle rétorqua : "Je les connais tes promesses, Christine. Moi, les miennes, je les tiens au moins... Et je vais te passer l'envie de bavarder en classe à nouveau, je te prie de le croire..."
Je psalmodiai : "Non, Maman, non..."
Elle me coupa net : "Allez, assez parlé pour ne rien dire. Il est presque dix heures et demie. Il y a école demain. On réglera nos comptes, quand le bulletin de colle sera arrivé. Dépêche-toi de dormir".
J'avais encore de gros sanglots et je reniflais. Maman me fit me moucher et essuya mon visage : "Sèche donc tes larmes. Cela ne changera rien, ma fille. Tu ferais mieux de les garder pour demain. Et préparer tes fesses aussi..."

 
Maman me fit me moucher et essuya mes larmes.
Mais, ce n'était pas vraiment pour me consoler...
C'était pour me faire comprendre que j'en aurais besoin le lendemain.
Et que je ferais mieux de préparer mes fesses... 


Rien ne sortait d'autre de ma bouche que : "Non, oh, nooon !" 
Maman confirma : "Oh, si, Christine, oh si... Tu y as échappé depuis longtemps, pour ne pas dire trop longtemps. On va remettre les pendules à l'heure. Et, avec toi, rien de telle qu'une bonne fessée pour te rappeler à l'ordre... Tu n'y échapperas pas, Christine, crois-moi... Tes notes qui recommencent à fléchir... En plus de ça, une nouvelle colle pour bavardage, sans oublier le mensonge, puisque Mademoiselle s'est bien gardée d'avouer sa faute dès hier, tu vas t'en souvenir, Christine, de la déculottée qui t'attend demain... Et estime toi chanceuse, parce qu'il est tard et que tes soeurs doivent dormir, sinon je t'en aurais bien donné un petit échantillon dès ce soir..."
Sur ce, Maman se pencha pour me poser un baiser sur le front, et se releva pour sortir de la pièce en éteignant la lumière, et en marmonnant : "Ah, Christine, Christine, tu m'en auras fait voir, toi..."
Inutile de dire que j'eus du mal à m'endormir ensuite... J'avais un poids en moins sur la conscience, car j'avais avoué mon forfait, que je n'avais plus à mentir, mais en même temps, j'avais un autre poids, plus sur l'estomac, qui se nouait en se repassant les mots de Maman en boucle, à propos de cette fessée de cette "déculottée qui t'attend demain". Et que, "par chance", disait-elle, je n'en avais pas eu "un petit échantillon" dès ce soir...
Ma nuit allait être agitée, car dès que je fermais les yeux, ce sont des scènes de fessées qui me revenaient. Avec cette étrange peur, comme rarement j'en avais eue, qui me hantait...


Une fois la lumière éteinte, je cauchemardais encore éveillée,
imaginant à l'avance ma lune dénudée rougissante
sous la claquée maternelle "oubliée" depuis deux mois.

A SUIVRE