dimanche 15 octobre 2017

Chronique d'un redoublement : 121. De la fin des cours à une attente qui entretient la peur......

SUITE 120

Pour cette dernière nuit avant la fin de l'année scolaire, j'aurais dû avoir l'esprit tranquille, penser aux vacances, me dire que c'en était enfin fini de cette classe de Cinquième redoublée.
Mais la copie de maths à la signature maquillée avait ressurgi au coeur des liasses de devoirs et autres contrôles et compositions ramenés à la maison. Et, moi qui imaginais pouvoir régler cela sans dommage, pour peu que Maman n'y fasse pas attention, j'avais de gros doutes, du fait de l'attitude maternelle assez mystérieuse, et de ses menaces à peine voilées, sans pour autant en révéler le motif...
J'étais donc dans l'expectative, ne voulant surtout pas avouer spontanément si par hasard ce n'était pas le motif de la grogne de ma chère mère... Mais, en même temps, si elle avait découvert le pot aux roses, il était aussi logique qu'elle vérifie toutes les copies avant de me demander des comptes... Car, entre temps, j'aurais pu peut-être faire disparaître des preuves d'éventuelles autres falsifications...
Bref, au lieu de dormir avec la tête aux vacances, j'avais passé une nuit agitée, tentant d'imaginer ce que j'allais pouvoir dire si Maman avait tout deviné...
Même au réveil, je ressentis bien que cette dernière avait un regard plutôt renfrogné à mon égard. Et une communication très minimaliste.
Aline et Diane, elles, étaient guillerettes, ravies de finir l'année scolaire le soir-même. Diane, se rappelant que, pour ma part, je n'avais pas cours l'après-midi, commenta : "Ah la chanceuse de Christine. Dire qu'elle sera déjà en vacances ce midi".
Mais, Maman rétorqua d'une façon ironique : "Je ne suis pas sûre que ce soit une chance, moi !"


Aline et Diane m'estimaient "chanceuse" de ne pas retourner
en classe cet après-midi là...
Maman, croisant les bras, et nous regardant avec un air ironique,
et comme un petit sourire en coin, rétorqua que
ce n'était "pas forcément une chance..."
Voilà qui ne fit rien pour diminuer mon angoisse... Bien au contraire ! 

Je me gardai bien de demander pourquoi. J'avais trop peur que Maman ne réponde en distillant encore une de ses phrases en forme de menaces plus ou moins claires... Surtout que je voyais bien dans les regards maternels, qu'elle ne disait rien pour l'instant, mais se réservait sûrement un moment propice pour régler ses comptes...
Pour une fois, je suis partie au collège, heureuse de quitter la maison, tout en sachant que j'y reviendrais à midi, avec certainement plus d'angoisse...
Cette matinée me sembla bien courte, contrairement à d'autres jours, et nous ne travaillâmes guère, les profs eux-mêmes ayant les vacances en tête. Je récupérai les dernières copies non encore rendues, sans angoisse, car il n'y avait dedans ni trop mauvaise note, ni signature falsifiée...
Au dernier intercours, Brigitte et Babette s'amusèrent à me dire que "j'allais leur manquer" durant ces vacances, et me conseillèrent d'être "vraiment bien sage" pour "ne pas fâcher Maman, sinon..., sinon..." Et il n'y avait pas besoin de me faire un dessin, pour que je complète dans ma tête leur "sinon..., sinon..." !


Au dernier intercours, Babette et Brigitte, avec un rire moqueur,
me conseillèrent d'être "vraiment bien sage" pendant les vacances,
ajoutant que "sinon..., sinon..."
J'enrageais en devinant trop bien ce que signifiait ce sinon... 
 

Leur petit rire moqueur me glaça, et je cachai mon émotion, alors que remontait en parallèle la petite phrase de Maman, qui affirmait la veille que je "savais bien" ce qui "m'attendait"...
Babette me dit enfin qu'elle irait avec Brigitte et deux autres filles, cet après-midi là à la piscine, m'invitant à les rejoindre éventuellement... Je répondis que j'avais autre chose de prévu, sans préciser quoi.
Babette revint à la charge et proposa : "Si tu veux que ma mère appelle la tienne et qu'on passe te chercher". Je répliquai immédiatement que ce n'était pas la peine, car on devait aller chez le docteur. Ce n'était pas vrai, mais je voulais surtout éviter un appel de la mère de Babette, et que Maman ne réponde au téléphone que sa fille allait être punie, ni surtout qu'elle précise pourquoi et comment...
Je rentrai donc à midi en trainant les pieds, comme les jours d'arrivée d'un bulletin de colle, comme ces jours-là où, sans être parfaitement certaine que l'enveloppe venant du collège serait bien dans le courrier du jour, je savais bien qu'il y avait 99 chances sur cent qu'elle le soit, et que mes fesses s'en rappelleraient...


Je n'avais pas envie de rentrer à midi, même si c'était le début
des vacances pour moi. Je n'étais pas rassurée du tout, et traînassai 
comme je le faisais les jours où je craignais l'arrivée d'un bulletin de colle... 

De toute manière, là aussi, fausse signature découverte ou autre motif, je savais que Maman était fâchée, et que ce dernier jour de classe allait à l'évidence mal se terminer pour moi...
Mes soeurs étaient déjà à table quand je revins à la maison avec quelques minutes de retard... Maman me lança : "Pas très pressée de rentrer à la maison, ma grande ? Mais, ça peut se comprendre..."
Je baissai la tête sans répondre, me dirigeant vers l'escalier pour aller ranger mon cartable dans ma chambre. Maman m'arrêta : "Laisse donc tes affaires en bas. Il faut que je les regarde. Et, viens à table, ton entrée est servie".
Le repas passa sans allusions notoires, les petites étant à l'évidence plus bavardes et enjouées que moi... Maman me demanda de débarrasser la table, pendant qu'Aline et Diane montaient jouer en attendant l'heure de repartir à l'école. Pendant ce temps, Maman s'était servie une tasse de café qu'elle alla boire tranquillement dans le salon, non sans prendre au passage mon cartable qu'elle vida sur la table basse, se mettant à examiner cahiers et copies.
Je débarrassai donc, puis m'éclipsai, et montai dans ma chambre, ne voulant pas provoquer de réaction maternelle anticipée.
A 13 h 20, Maman appela du bas : "Allez, les filles, c'est l'heure, descendez donc !" 
Aline et Diane quittèrent leur chambre, et je descendis aussi, Maman n'ayant pas précisé "les petites" et imaginant peut-être qu'elle allait me demander de les accompagner jusqu'à leur école. Ou qu'elle allait vouloir que l'on s'explique...
Mais, ce n'était pas le cas, et en me voyant descendre à mon tour, Maman éleva le ton, montrant que son humeur n'était pas au beau fixe, c'est le moins qu'on puisse dire...
"Retourne donc dans ta chambre, Christine... Et, attends-moi là-haut... Je vais venir m'occuper de ton cas..." La menace devenait de plus en plus claire, et je tournai les talons pour vite remonter...


Maman m'ordonna de remonter dans ma chambre,
et de "l'attendre", ajoutant qu'elle allait venir
"s'occuper" de mon cas... Cela ne présageait rien de bon... 

Aline, qui avait tout entendu, demanda : "Mais, M'man, ça veut dire que Christine va être punie ?" 
Maman rétorqua : "Cela ne te regarde pas".  
Quant à Diane, elle s'aperçut qu'elle n'avait pas pris son sac de sport pour le dernier cours de gym de l'année, et elle remonta quatre à quatre les escaliers afin de le récupérer. J'étais restée sur le palier, en haut des escaliers pour guetter ce que pouvait dire Maman. Diane en profita pour me faire un petit geste très parlant de la main, me glissant à mi-voix : "Je ne sais pas ce que tu as fait, mais je suis sûre que ça va barder pour tes fesses..."
Je répondis en tentant de cacher mon angoisse : "Mais, non, mais non, tu te trompes, c'est juste une bricole, je te promets".
Mais, Diane n'en démordit pas, me chuchotant : "Mais je te dis que si. Moi, j'me trompe jamais. Tu vas encore avoir la fessée... J'arriverai bien à le savoir..."
Un "Diane, dépêche-toi, vous allez être en retard !", retentit du bas, et ma petite soeur me laissa en plan pour filer vers l'école...


Diane était remontée chercher son sac de gym, 
elle en profita pour essayer d'en savoir plus, 
en me prédisant que j'allais recevoir "encore la fessée".
Ce qui m'énervais, c'est que, jamais ou presque, elle ne se trompait...  

J'espérais surtout qu'elle n'allait pas confier ses déductions à ses copines de classe... 
En tout cas, je me serais bien passée de ses commentaires et de ses prévisions, car, hélas de hélas, je n'avais guère souvenance de fois où soeurette s'était trompée en la matière... Et, avant même que Maman ne dévoile ou ne confirme le motif de son courroux, une petite voix en moi me susurrait que j'allais devoir préparer mes fesses...
Bien sûr, je me disais que, cette fois au moins, si Maman agissait maintenant, mes soeurs n'entendraient, ni ne verraient rien...  Que, pour une fois aussi, je n'aurais pas à attendre l'heure du coucher pour présenter ma lune à la colère maternelle... Mais, rien n'avait encore été dit clairement, et j'avais la tête agitée de mille sentiments contradictoires, hésitant encore, si c'était bien ce que je pensais, s'il fallait avouer d'entrée ou jouer l'innocente...
Je tournais en rond, voyant mon air apeuré en me regardant dans la glace, et m'imaginant robe relevée, et culotte baissée, en travers des genoux maternels...
Mais, alors que je m'attendais à ce que Maman monte dès le départ des petites, il n'en fut rien, et les minutes passèrent. Dix, puis quinze... J'en eu assez de tourner en rond dans la chambre, et je m'arrêtai, m'asseyant sur le lit, prostrée, guettant le moindre bruit.
Par deux fois, je sursautai, mais le bruit venu du bas ne fut pas suivi de pas dans l'escalier.
Je vis mon réveil marquer 14 h, je poireautais donc depuis une bonne demi-heure, comme si Maman me laissait mijoter à souhait... Quand, enfin, je l'entendis monter dans l'escalier...

A SUIVRE 
 

mercredi 11 octobre 2017

Chronique d'un redoublement : 120. L'avant-dernier jour de cours passe de moqueries légères à une angoisse bien réelle...

SUITE 119

Ce lundi était donc pour ma classe le dernier après-midi de travail, puisque nous n'aurions plus cours qu'une demie journée, le mardi matin. L'ambiance était déjà un peu aux vacances, n'ayant même plus de notes à attendre.
Alors qu'elles m'avaient laissé un peu tranquille question moqueries, ce qui n'était pas pour me déplaire, Babette et Brigitte revinrent à la charge durant la récréation de ce dernier après-midi. 
"Alors, Christine, tu dois être contente que l'année se termine... Il n'y a même plus de notes à montrer à ta Maman", avait ironisé Brigitte. Comme seule réponse, j'avais haussé les épaules, ne voulant pas prolonger la conversation. Babette avait pourtant rajouté : "Alors, ça va être les vacances pour tes fesses, hi, hi... A moins que tu ne fasses d'autres bêtises... Je me méfierais, moi... C'est bien long deux mois de vacances..."


Babette et Brigitte étaient revenues à la charge en cet avant-dernier
jour de classe. Elles s'amusèrent à souhaiter des vacances à mes fesses...
Mais, elles doutaient que je puisse passer plus de deux mois
sans nouvelles déculottées... 
J'espérais pouvoir leur donner tort... 

La fin de la récré sonnant, je pus me passer de leur répondre, me disant surtout au fond de moi qu'au moins je n'allais plus avoir durant l'été ces moqueuses sur le dos à guetter les moindres de mes mésaventures...
D'ailleurs à bien y réfléchir, c'était vrai que, sans notes à faire signer, ni bulletins de colle à craindre, cela allait être un peu "les vacances" aussi pour mes fesses... Du moins, pouvais-je l'espérer...
En dernière heure de cours, Mlle Paule nous remit, elle aussi, sa liasse de copies des compositions et contrôles de l'année. Je savais que je les rangerais plutôt au fond dans ma pile, car ce n'était pas les plus brillantes, et que certaines d'entre elles me rappelaient de bien mauvais souvenirs... Pour ne pas dire du genre souvenirs claquants...
Quand je rentrai à la maison ce lundi soir, je sortis les copies reçues l'après-midi pour les mettre dans le tiroir de mon bureau avec celles de maths et de français récupérées le matin... Mais, je retrouvai ces dernières sur mon plan de travail, ce qui montrait qu'elles avaient été sorties par Maman...
J'eus comme un gros moment d'inquiétude, me demandant si ma supercherie n'avait pas été dévoilée... Je guettai les réactions de Maman, mais elle ne me dit rien sur le moment, et je commençai à me rassurer... De toute manière, pensai-je, si cela était le cas, je n'aurais pas tardé à en entendre parler... Et pas seulement "parler", je suppose...
Le soir avant le dîner, à l'heure où elle venait souvent vérifier nos leçons et devoirs, Maman vint me demander de lui donner les copies reçues l'après-midi...
Je les lui confiai, sans bien sûr y remettre celles récupérées le matin, et que j'avais déjà bien remises au fond de mon tiroir...
Elle prit les trois liasses, sciences-nat, histoire-géo et anglais, et s'apprêta à ressortir de ma chambre. Je ne pus m'empêcher de demander, inquiète : "Tu les prends ? Tu veux en faire quoi, dis ?"
Maman me regarda avec un drôle d'air : "Mais, je veux les voir, tout simplement" lança-t-elle, avant d'ajouter : "Et je veux aussi vérifier quelque chose..."
Je mourais d'envie de lui demander quoi, mais j'avais peur qu'elle ne me réponde qu'elle voulait vérifier toutes les signatures... Je ne rétorquai donc rien, cachant tant bien que mal mon, angoisse...


 Maman voulait "vérifier quelque chose" sur mes copies de l'année...
J'avais peur d'avoir deviné quoi... 
Maman avait remarqué que je faisais une drôle de tête...
Malgré qu'elle me tende des perches, 
je restai muette et dans la dénégation, ne serait-ce que pour gagner du temps... 

"Tu as un drôle d'air, Christine... Tu as quelque chose à me dire, peut-être ?", demanda Maman. Je répondis du tac au tac : "Oh, non, Maman, non, non, rien du tout, rien du tout..."
Ma hâte à répliquer n'avait rien de naturelle, et je vis bien qu'elle n'était pas du genre à convaincre Maman. Bien au contraire...
Maman, d'ailleurs, poussa un long soupir, et conclut : "C'est comme tu voudras, Christine... Mais, tu ne pourras pas dire que je ne t'aurai pas tendu la perche..."
Puis, elle sortit de ma chambre, avec les copies, appelant mes soeurs et moi à descendre dîner. Le repas fut émaillé de réflexions joyeuses des petites, ravies d'être à la veille des vacances. Moi, je restai plus circonspecte, troublée par la petite phrase de Maman me lançant : "Tu ne pourras pas dire que je ne t'aurai pas tendu la perche..."
J'avais bien une petite idée, mais je craignais trop que ce soit la bonne, car cela ne me présageait rien de bon...
Le dessert avalé, nous montâmes dans nos chambres, nous préparer pour la nuit, Maman annonçant qu'elle viendrait nous éteindre à 21 h. Elle coucha d'abord les petites, avant de venir me dire bonsoir.
Elle avait les copies dans la main qu'elle avait eu le temps de revoir après le dîner. Elle alla directement les ranger dans mon tiroir avec celles du matin, en commentant : "Décidément, les contrôles de maths et français sont bien vite rangés. Tu deviendrais très ordonnée, ma grande... C'est bien... A moins qu'il n'y ait une autre raison..."
Je balbutiai : "Oh, non, M'man, non".
D'ironique, le ton de Maman devint plus sérieux : "Ne parle pas trop vite, Christine. Cela vaudrait mieux pour toi... Bon, je range toutes les copies ensemble... J'ai revu celles d'anglais notamment, Il y a vraiment eu de l'abus... Mais, cela a été réglé en son temps... Pour le reste, je n'ai rien trouvé d'anormal pour l'instant, à part dans les copies de maths, si tu vois ce que je veux dire..."
Je blêmis, balbutiant : "Euh, non, non, j'vois pas".
Maman lâcha une fois de plus un gros soupir, ajoutant : "Dommage, Christine, dommage, un peu de franchise aurait pu améliorer ton cas... Tant pis pour toi..."


Je commençais à ressentir une forte angoisse qui montait en moi...
Je ne savais plus quoi penser, mais je savais qu'avouer
ma supercherie aurait déclenché l'orage...
Je ne m'en sentais pas la force, ni le courage... 

J'étais prête à soulager ma conscience, mais en moi, une petite voix me disait que les allusions de Maman étaient énigmatiques, et pas claires, ce qui laissait une petite chance qu'elles ne soient pas ce que je craignais... D'où une sorte de réflexe de continuer à ne rien dire...
Maman me dit bonsoir en poursuivant : "De toute façon, tu as encore quelques copies à récupérer demain matin... Je préfère avoir tout vérifié avant qu'on ait une discussion toutes les deux... Je serais à ta place, je préparerais bien mes arguments...  Mais je ne crois pas qu'ils seront suffisants pour t'éviter des ennuis..."   
Je demandai, haletante : "Mais, qu'est-ce que tu veux dire, M'man ?"
Elle me mit un doigt sur la bouche, comme pour dire "chut !"   et conclut : "Ne fais pas l'innocente, Christine... Tu sais très bien ce que je veux dire, et je suis sûre que tu devines ce qui t'attend, ma fille... Ne me prends pas pour une idiote, cela n'arrangerait pas tes affaires, crois-moi..." avant de tourner les talons et de me laisser seule dans ma chambre, en proie à une angoisse terrible... De quoi donner libre cours à mes pires cauchemars...
Maman n'avait pas dit clairement ce qui la fâchait... Mais, à n'en pas douter, cela n'augurait rien de bon pour moi...


Maman avait décidé d'attendre l'arrivée des dernières copies, 
que nous aurions le lendemain matin...
Je pouvais m'estimer heureuse de gagner une journée,
mais il y avait à craindre que cela n'aggrave mon cas...
Et puis, les mots employés par Maman,
insistant sur le fait que je devais "préparer mes arguments",
et ne doutant pas que je "savais" ce qui "m'attendait",
faisaient bien qu'en mon for intérieur je sentais
qu'il fallait que je prépare mes fesses...
J'imaginais même la scène... 

Je craignais évidemment qu'elle n'ait découvert la fausse signature, mais je me disais que si ce n'était pas cela, j'aurais été stupide de dévoiler ma supercherie... 
Il est vrai qu'il y avait dans les liasses de copies, quelques unes qui n'avaient pas été signées, car les profs ne le demandaient pas à chaque fois... Donc, je pouvais imaginer que Maman aurait pu se fâcher en découvrant quelques devoirs bâclés ou preuves de leçons mal apprises... 
Mais, quand même, ses petites phrases en forme de menaces à peine voilées me montraient bien que c'était du sérieux, et que j'allais au devant de sérieux ennuis...


A SUIVRE

samedi 9 septembre 2017

Chronique d'un redoublement : 119. Quand une copie rappelle une sacrée entourloupe réussie

SUITE 118

Je retrouvai vite la fameuse copie. C'était un contrôle surprise que nous avions effectué quelques jours après la rentrée du troisième trimestre... A une période qui avait été agitée pour moi... Pour ne pas dire pour mon bas du dos...
Alors que la fin du second trimestre s'était déroulée, étonnamment sans anicroche, durant près de deux mois, la fin des vacances de Pâques et les premiers jours de ce dernier trimestre m'avaient fait revenir par trois fois sur les genoux maternels, dont la dernière, pour deux heures de colle en anglais, s'était soldée par une tannée magistrale donnée au salon devant mes soeurs...
Alors que ne faisait que commencer un trimestre, dont Maman souvent rappelait combien il était important, voire décisif, ce contrôle non prévu concernant sur une partie du cours que j'avais l'impression de connaître parfaitement, mais que je n'avais donc pas révisé du tout, ce contrôle donc tombait mal...
De plus, alors que j'avais quelques facilités en la matière habituellement, la perspective de pouvoir rater cette interro surprise m'avait comme tétanisée devant ma copie. J'avais l'impression que je savais, mais que je ne retrouvais pas la case dans laquelle j'avais rangé cette leçon dans ma tête...


J'avais paniqué pendant le contrôle surprise de maths, qui tombait
on ne peut plus mal au début du troisième trimestre,
à un moment où je venais de subir une série de fessées...
Babette le voyait bien à ma tête et semblait déjà sourire
en imaginant ce qui pourrait m'arriver...


Ajoutez à cela que la perspective d'avoir une mauvaise note me remettait en tête les promesses maternelles, et les récents exemples de comment elle tenait ses promesses claquantes, et l'on comprendra que j'ai pu être tellement troublée que j'ai multiplié les erreurs sur cette copie.
Comme par chance, j'avais eu deux bonnes notes ailleurs, ce jour-là, et je ne m'étais surtout pas vantée en rentrant à la maison, d'avoir à l'évidence raté ce contrôle surprise. D'ailleurs, je me disais que, de toute manière, il n'apparaîtrait que dans le bulletin mensuel suivant, où j'espérais avoir une bonne moyenne en hausse...
Sauf que le lendemain, la prof de maths rendit les copies, en demandant que nous les fassions signer à la maison... Catastrophe, car j'étais créditée d'un 5 sur 20, avec un commentaire inquiet d'une enseignante qui était plutôt du genre à m'encourager dans une matière où j'étais plutôt à l'aise. 
Son "Christine avait visiblement oublié de réviser son cours. Il ne faudrait pas que cela se reproduise..." était typiquement le genre d'appréciation que Maman ne supporterait guère sans réagir... Autant elle aurait pu admettre que parfois sa fille ne "comprenne" pas une leçon, autant l'accusation de ne "pas avoir révisé" lui était proprement insupportable... Et, 48 h après une déculottée devant mes soeurs, je ne me donnais aucune chance d'obtenir la clémence maternelle... D'où ma frousse devant une copie à ramener signée le lendemain...
Je me souviens qu'en rentrant, je ne me faisais guère d'illusion sur la prochaine couleur de mes fesses...


J'étais rentrée à la maison en rasant les murs. Pas fière. 
Inquiète surtout  avec ce contrôle à faire signer...
Une mauvaise note que Maman n'allait pas apprécier...
Je me demandais vraiment comment m'en sortir,
persuadée que si je ne trouvais pas une explication
ou un stratagème, c'est une bonne déculottée qui m'attendait... 
J'en frissonnais à l'avance... 

Par chance, Maman devait emmener Aline chez le dentiste à 18 h, puis elle avait une réunion de parents d'élèves de l'école des petites après le dîner, et elle n'avait donc guère de temps pour tout vérifier de nos devoirs. Elle avait demandé à Tata Jacqueline de nous garder durant ses absences, et de voir si l'on avait du travail.
Je pus donc faire croire à Tata que je n'avais rien à montrer, et seulement deux chapitres d'un livre à lire. Ce n'était qu'un demi-mensonge, car c'est à Maman que j'aurais dû montrer ma copie de maths. Et puis, Tata n'aurait rien pu faire, et se serait mise à me plaindre, en pronostiquant que Maman allait certainement me donner la fessée.
Pour peu que mes soeurs l'entendent, cela m'aurait mis dans une situation paradoxale et dure à vivre, où Aline et Diane se seraient mises à m'observer comme une bête curieuse, et où j'aurais commencer à préparer mentalement mes fesses, alors même que Maman n'était encore au courant de rien...
Donc, valait mieux ne rien dire à Tata qui s'occupa des petites. Et, comme Aline et Diane avait du travail à faire, je pus rester dans ma chambre à réfléchir à comment me sortir de cette histoire. 
Cela tournicotait dans ma tête, en me demandant comment réussir à éviter une nouvelle déculottée... C'est là que, regardant des copies et bulletins de l'année précédente, je vis que parfois Maman se contentait juste d'un "Vu" avec en dessous ses initiales comme signature : "A-M S" comme Anne-Marie Spaak.
Et comme je remarquai qu'il n'y avait que peu de place sous le commentaire de la prof pour la signature parentale, je me mis à imaginer pouvoir imiter son paraphe...
Tata étant en train de faire réciter leurs leçons à mes soeurs, et je m'exerçai sur une feuille blanche, trouvant que ce n'était pas si dur que ça. J'en remplis toute une feuille, puis je réfléchis avant de me lancer ou non...
J'avais conscience que c'était comme un gros mensonge, et que je risquais gros si j'étais prise... Mais, en même temps, faire signer ce soir-là ma copie par Maman, c'était une fessée assurée, deux jours après la tannée devant les petites, et peut-être même que je l'aurais reçue sur le champ, voire devant Tata. J'y réfléchis longuement, assise sur mon lit, hésitante, très hésitante...


Je ne savais pas quoi faire. Imiter la signature maternelle
était un gros risque... Très gros, mais il reportait l'échéance à un autre jour...
Ne rien tenter, c'était une nouvelle fessée assurée, deux jours après
la précédente... Peut-être même donnée devant Tata qui était là...
Cruelle alternative... Que faire, que choisir ? 

Alors, le coeur battant, après avoir ré-essayé une autre vingtaine de fois, je me lançai et écrivis : "Vue" et en dessous : "AM S" en veillant à pencher un peu à droite ce faux paraphe, et d'ajouter le petit trait qui souligne la signature maternelle...
Maman rentra assez tard et vint juste vérifier que nous dormions. J'avais caché ma page d'essai de signatures en boule dans ma trousse, dans l'idée de la jeter dans une poubelle sur le chemin du collège. Il ne s'agissait pas que Maman tombe dessus...
Je trainai un peu le lendemain matin pour descendre avec mon cartable, après le petit-déjeuner. Et j'eus une frayeur car Maman voulait contrôler mes cahiers et devoirs. Je lui répondis que Tata avait tout vérifié, et elle n'insista pas...
Je filai au collège soulagée. Au début du cours de maths, la prof ramassa les copies signées, et j'eus encore une grosse frayeur intérieure, mais elle ne jeta qu'un oeil très rapide sur chaque copie, ne remarquant rien de louche sur la mienne. Ma peur s'estompa, et je me sentis comme débarrassée d'un poids énorme. J'avais l'impression de voler, d'être sur un petit nuage... 


Maman n'avait pas vérifié mon cartable, 
et la prof n'avait rien vu de louche sur la copie rendue "soit-disant" signée...
J'aurais presque sauté de joie... Je me sentais comme sur un petit nuage...
Je ne pouvais le confier à personne, mais j'étais soulagée,
sachant que je venais de m'épargner une fessée de plus...

Je ne pouvais rien dire, ni partager cela avec personne, mais j'étais fière de moi, comme si j'avais réussi un exploit, celui d'éviter une fessée inévitable... Une des nuits suivantes d'ailleurs, je rêvai que je me retrouvais sur les genoux de Maman en colère, qu'elle me déculottait, et qu'alors je prononçais un mot magique, style abracadabra, et que Maman s'arrêtait de gronder, se mettait à sourire, et me disait : "Allez, ma chérie, rhabille-toi, tu n'auras pas de fessée aujourd'hui... Cache-moi vite ces fesses toutes blanches, et viens faire un gros bisou à Maman" ! Bref, je rêvais encore de fessée, mais ce n'était pas cette fois un cauchemar...

Bien sûr, je savais que le 5 sur 20 apparaitrait sur le prochain bulletin mensuel, mais comme c'était la première note, je n'avais qu'à faire croire que c'était une note décalée du mois d'avant, et m'arranger pour la faire suivre de bonnes notes cette fois. 
C'est d'ailleurs ce que je réussis à faire, consciente du risque, en bûchant bien mes maths les semaines suivantes, décrochant un 14 et un 16,5 que la prof accompagna d'un "Christine s'est bien reprise en main" que Maman apprécia, ne tiquant pas vraiment sur ce 5 dont elle n'avait "aucun souvenir", dit-elle, ce qui était normal puisque j'avais réussi à ne pas lui montrer...
Une fois de plus, d'ailleurs, ce jour du premier bulletin mensuel du dernier trimestre, le fait d'avoir fait avaler le 5 dans l'ensemble d'un bulletin correct, m'avait procuré une profonde joie interne, comme si j'évitais une deuxième fessée...


Comme j'avais su, de moi-même, consciente du risque,
bien relever mes notes en maths, j'obtins une bonne appréciation de la prof... 
En découvrant le bulletin suivant, Maman tiqua bien un instant sur ce 5,
 dont elle n'avait "aucun souvenir" (évidemment !!!),
mais elle ne sévit pas, et j'étais ravie d'éviter une deuxième fois cette fessée...

Je n'avais jamais tenté à nouveau d'imiter la signature maternelle, mais il est vrai que les résultats de cette dernière partie de l'année étaient plutôt meilleurs, et que j'avais bien compris que Maman veillait au quotidien sur nos faits et gestes, et particulièrement les miens... Pas question donc de risquer de multiplier les problèmes, d'autant que le harcèlement des moqueuses m'incitait à tout faire pour ne pas que mes déboires fessiers reviennent sur le tapis des conversations et rumeurs...
Ce n'était pas sans ressentir un gros soulagement que j'arrivais donc à la fin de cette année... Sans véritables félicitations pour mon passage en Quatrième, mais avec une fin de trimestre où j'avais réussi à éviter toute nouvelle déculottée...
Cela dit, retrouver la fameuse copie du 5 en maths, paraphée par mes soins, me chiffonnait un tant soit peu... Qu'en faire ? Je pensai à l'arracher de la liasse, mais comme les contrôles étaient numérotés, cela aurait pu attirer la méfiance de ma perspicace mère...
La laisser en place était peut-être moins risqué. Si l'imitation avait trompé la prof, cela n'allait pas forcément sauter aux yeux de Maman qui, ayant signé durant l'année, pour ses trois filles, une foule de copies, bulletins, carnets, avis de colle et autres mots des profs, n'allait pas imaginer qu'un des paraphes soit une imitation.
Bien sûr, Maman avait la manie de parfois se servir des anciens contrôles pour des devoirs de vacances et autres révisions, mais cela se ferait durant l'été et laissait du temps... Hésitant entre arracher la copie ou la laisser dans le tas, j'optai donc momentanément pour la première solution, mais une fois à la maison, je rangeai les copies au fond d'un tiroir plutôt que de les étaler au milieu de mon bureau, ce qui aurait pu plus facilement inciter Maman à feuilleter les travaux de son ainée... 
De toute manière, en ce lundi midi, nous n'avions récupéré que les copies de maths et de français, celles d'anglais, histoire-géo, et sciences naturelles nous seraient données l'après-midi, et les dernières mardi matin. Cela ferait donc une sacrée liasse, de quoi noyer dans la masse un paraphe anodin...


A SUIVRE

dimanche 27 août 2017

Chronique d'un redoublement : 118. Un bulletin plutôt positif qui n'évite pas des commentaires mitigés...

SUITE 117


Le bulletin du dernier trimestre arriva par le courrier du facteur, samedi en fin de matinée.
Les petites avaient eu déjà leur carnet de correspondance de l'école primaire, avec les décisions de passage, la veille. C'était excellent pour Diane, et passable pour Aline, mais avec quelques encouragements au final de son institutrice.
Diane avait été félicitée par Maman, et Aline invitée à poursuivre ses efforts, Maman annonçant que cela entrainerait des devoirs de vacances réguliers pour sa cadette. Mais, il n'y avait pas lieu à de grosses explications, ni de fessée dans l'air, comme lors de mon redoublement.
Mon bulletin à moi était le dernier élément de ce bilan annuel, et Maman ouvrit l'enveloppe, en fronçant les sourcils, disant à mi-voix qu'elle espérait qu'il n'y aurait pas de mauvaises surprises... Cela ne me rassurait guère, même si j'étais plutôt confiante.


Maman avait ouvert l'enveloppe contenant mon bulletin en fronçant
les sourcils. Même si j'étais confiante de par mon passage
en Quatrième, je n'étais pas totalement rassurée, 
regardant les genoux de Maman en priant intérieurement
pour ne pas m'y retrouver bientôt allongée... 

Et, effectivement, la tonalité était assez positive, en annonçant mon passage en Quatrième. Les profs de maths et de sciences naturelles s'étaient même fendues d'un commentaire encourageant, notant "une fin de trimestre studieuse" pour l'une, et "une progression sensible des résultats de Christine".
Seules les avis des profs de français et d'anglais détonnaient un peu. Le premier regrettait juste que "avec les dispositions qu'elle a en français, Christine, en redoublant, aurait pu être dans les meilleures. Dommage qu'elle n'ait pas toujours fait les efforts nécessaires".
Quant à ma bête noire de prof d'anglais, elle réitérait ses critiques : "Notes passables, malgré des facilités, Christine gâchant souvent ses chances, en étant bavarde ou indisciplinée".
Heureusement, l'avis final du conseil de classe était plus positif : "Admise en Quatrième, où Christine devra confirmer des progrès constatés dans la majorité des matières".
J'avoue que l'appréciation de la prof d'anglais m'aurait certainement valu une fessée si nous étions en cours d'année, histoire de m'inciter à me reprendre, mais là, avec une large majorité des clignotants au vert, Maman admit que j'avais "heureusement fait des efforts", et qu'elle consentait "à ne pas sévir" tout en me disant que "c'était limite, limite".
Mais, l'essentiel était pour moi que je préservais mes fesses d'une nouvelle démonstration maternelle et j'en étais ravie...
Voilà qui, à quatre jours, dont deux jours de cours de la fin de cette année de redoublement, me donnait l'impression de sortir d'un sacré tunnel... Cependant, même si je ne voyais guère ce qui pourrait arriver, je me disais dans ma petite tête qu'il valait mieux ne pas pavoiser trop vite...
De fait, le week-end se déroula sans anicroche, Maman étant plutôt satisfaite de la tonalité des derniers bulletins, qui étaient assez conformes à cette année, avec une Diane très à l'aise, une Aline moins douée naturellement, mais appliquée, et une Christine ayant des facilités manifestes, mais pas toujours l'envie de les mettre à profit, une Christine comprenant vite et ayant donc tendance à ne pas avoir besoin d'écouter tout le cours, quand il est si tentant de bavarder, voire de chahuter derrière le dos de la prof...
Trois passages, c'était comme si tout était dans l'ordre et Maman ne commenta guère en famille ou devant les proches, un résultat normal et attendu.
Tata Jacqueline, qui passa en fin d'après-midi de samedi, nous félicita toutes les trois, avec un bel enthousiasme, s'attirant toutefois une remarque maternelle : "N'exagère pas, Jacqueline, ce n'est pas un exploit de passer en classe supérieure... Ta chère Christine aurait pu avoir une bien meilleure moyenne, si elle avait voulu..."


Tata Jacqueline m'avait félicitée de mon passage, mais Maman modéra
son enthousiasme en soulignant que cela n'avait pas été sans mal...
Plus tard, en aparté, Tata m'avait taquinée gentiment en me disant
que ce résultat positif c'était "mieux aussi" pour mes petites fesses... 

Tata n'en rajouta pas, mais un peu plus tard, alors que l'on se trouvait un instant seules toutes les deux dans le salon, Tata me redit qu'elle était contente pour moi, précisant : "C'est quand même mieux que l'an dernier..." Je confirmai évidemment en acquiesçant, ce à quoi Tata ajouta avec un petit sourire : "C'est mieux aussi pour tes petites fesses... Ca va leur éviter de prendre des couleurs..."
L'humour de Tata ne me plut guère et je fis la grimace, ne pouvant intérieurement que reconnaître que ma tante disait pourtant vrai, me remémorant comment j'étais bien plus anxieuse, il y avait un an de cela... Et je ne pouvais m'empêcher de me rappeler ce que mon redoublement m'avait valu...
Le lendemain, nous allâmes en fin d'après-midi chez Mamie pour aller chercher un cageot de prunes qu'elle avait eu par un voisin. Mamie devait faire des confitures et Maman récupérer de quoi faire quelques bocaux.
L'ambiance était détendue et Mamie tint aussi à féliciter ses petites filles pour leurs résultats scolaires. Maman dut à nouveau commenter, expliquant qu'il n'y avait pas de souci pour Diane, et qu'Aline avait réussi à se maintenir dans la moyenne en faisant des efforts.
Mamie embraya : "Et notre grande alors ? Elle s'est bien remise à flot, et passe donc en Quatrième ?"
Maman acquiesça, non sans donner quelques précisions qui me firent à nouveau grimacer : "Heureusement encore que Christine passe en Quatrième. Bon, les résultats sont plutôt satisfaisants, mais elle aurait pu mieux faire encore... Mademoiselle a des facilités évidentes, mais ne les emploie pas toujours. Surtout dans certaines matières, où elle préfère bavarder ou chahuter... A croire qu'elle cherche les ennuis..."
Mamie n'insista pas, commentant avec une sage philosophie : "Tu sais, Christine s'assagira avec le temps, l'essentiel est qu'elle passe en classe supérieure, et que cette année de redoublement ait été moins problématique que la précédente".
Maman rétorqua : "Moins problématique, peut-être, mais cela n'a pas été sans conflit, Christine se distinguant en classe, pas toujours dans le bon sens, mais plutôt par son indiscipline... Heureusement que je veillais au grain pour lui faire comprendre les choses à ma manière... Oui, il a encore fallu cette année quelques bonnes fessées pour calmer Mademoiselle... Je m'en serais bien passée, mais il n'y a que cela qui fasse de l'effet chez Christine."
Je bouillais intérieurement en écoutant cette tirade maternelle, mais préférai ne rien répondre. Surtout pas. Et je coupai la conversation en demandant si je pouvais aller ramasser des fraises dans le jardin de Mamie. 


Mamie aussi m'avait complimentée, mais Maman avait calmé
son ardeur, en rappelant que pour en arriver là, il avait fallu 
qu'elle me donne encore quelques bonnes fessées déculottées, 
"seul moyen" selon elle de me faire entendre raison... 

Lundi matin, je retrouvai le collège pour les deux derniers jours de classe. De fait, d'ailleurs, cela n'allait être qu'un jour et demi, car pour des raisons de réunions syndicales de deux de nos profs, l'après-midi du mardi serait sans cours pour ma classe de Cinquième, ainsi que pour une des sections de Quatrième. Les élèves qui le souhaitaient pourraient rester chez eux au lieu de faire trois heures de permanence sans devoir à préparer. Maman m'avait d'ailleurs signé la permission de sortie sans difficulté, et de mon côté, cela ne me déplaisait pas d'être en vacances une demi-journée plus tôt que mes soeurs, et surtout de ne plus voir les moqueuses...
En les retrouvant dans la cour, lundi matin, après ce week-end de réception des bulletins, je lus sur le visage de Babette et Brigitte, ce sourire en coin que je n'aimais guère. J'eus droit à une question moqueuse : "Alors, Christine, tu as reçu ton bulletin ? Maman ne s'est pas fâchée, cette fois, dis ?" Même si je m'étais promis de ne pas rétorquer, je crus bon de répondre : "Bah, non, bien sûr, pfff. Je passe en Quatrième".
C'était une fois de plus maladroit, car cela voulait dire qu'à l'inverse, cela aurait craint pour moi. Les deux filles pouffèrent en disant : "Oh, c'est bien, Christine. Tu as de la chance, tu n'as pas eu de fessée cette fois-ci... Tu es rassurée, alors ? Maman ne va pas te baisser ta culotte... Mais, j'espère que tu seras sage pendant les vacances, sinon gare à toi, hi hi..."
Je haussai les épaules comme pour faire celle que les moqueries n'atteignaient pas, mais je l'avais mauvaise... Heureusement que rien ne m'était arrivé de fâcheux, ce qui me permettait de nier avec conviction, n'ayant cette fois rien à cacher... Mais, je voyais bien dans leurs regards qu'elles m'imaginaient lune à l'air sur les genoux maternels...


En niant avec force, j'avais convaincu Babette et Brigitte que rien
de fâcheux ne m'était arrivée suite à la réception de mon bulletin...
Mais, je lisais dans leurs yeux qu'elles imaginaient
une prochaine scène où Maman me baisserait ma culotte... 

C'est donc comme soulagée que j'entendis la sonnette invitant à rentrer en classe. Je n'avais évidemment pas envie de poursuivre la conversation avec les moqueuses, ni de voir leur manège pour répandre des rumeurs à mon encontre.
De toute façon, cette fois, cela sentait bien les grandes vacances toutes proches, et j'en étais bien contente...
Durant les cours de cette journée de lundi, dont le matin, ceux de maths puis de français, les profs nous remirent chacun les copies des contrôles et compositions faites pendant l'année, pour que nous les ramenions à la maison. Cela permettait notamment de baser des devoirs de vacances ou des révisions en les reprenant, comme Maman le faisait.
C'était anecdotique, puisque toutes ces copies avaient été au long de l'année ramenées à la maison, avant d'être signées des parents et rendues au prof.
Cela dit, ce n'était pas toujours avec fierté que l'on ramenait ces copies, car même vues en temps voulu, certaines rappelaient de mauvais souvenirs... Et parfois même des souvenirs du genre claquants, comme cela a été évoqué ici même dans certains de mes précédents récits...
C'était donc des souvenirs, plus ou moins bons, et je n'avais plus rien à attendre ou à craindre en les ramenant à la maison. Du moins, était-ce ce que je pensais, avant que ne me revienne en mémoire un détail...
Je voulus vite en avoir le coeur net, et je me mis à feuilleter les copies des contrôles de maths, en repensant à une des copies en particulier. Elle datait du printemps, je m'en souvenais parfaitement. Les contrôles par matière étant numérotés, c'était facile à voir. Et, effectivement, elle était là et bien là... Et je me mis à grimacer... 


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mercredi 9 août 2017

Chronique d'un redoublement : 117. L'annonce du passage en Quatrième ne diminue pas les menaces...

SUITE 116

Le lendemain matin, je me suis réveillée encore toute sous l'émotion de mon double cauchemar. Heureusement, tout était faux et fruit de mon imagination. La voix calme de Maman, qui semblait même de très bonne humeur, enleva mes derniers doutes. Non, bien sûr, je pouvais être rassurée : il n'y avait pas deux fessées de Christine de programmées sur l'agenda maternel...
J'en aurais presque ri, il y avait de quoi me moquer de ma propre imagination, mais j'avais vraiment passé une partie de la nuit à y croire dur comme fer, et à m'imaginer de retour les fesses à l'air sur les genoux maternels...
La fessée de Diane avait bien rabaissé le caquet de soeurette, et Aline qui se trouvait être celle qui n'avait pas été fessée depuis le plus longtemps, se montrait encore plus calme et serviable que d'habitude. Mieux valait être prudente, devait-elle penser...

Le dimanche après-midi, le gala de danse des petites était l'événement familial, et Tatie, comme Mamie, ne voulaient pas manquer la prestation des demoiselles en herbe.
Ayant repéré Corinne et même Brigitte dans la salle, je restai l'essentiel du temps au côté de Tata Jacqueline, évitant de me retrouver avec les moqueuses. Sur scène, Charline et Diane étaient côte à côte au premier rang de leur groupe de danse, visiblement très complices, et bien en rythme, déclenchant des applaudissements d'un public familial avant tout et conquis d'avance.
Aline était moins à l'aise dans son groupe, mais ses quelques maladresses étaient plutôt touchantes.
A l'entracte, Maman et les autres bénévoles furent bien occupées sur le stand où les pâtisseries et rafraichissements étaient très demandés. Voilà qui évita qu'elle ne discute trop avec d'autres parents ou avec certains professeurs qui étaient là en tant que spectateurs ou parents eux-mêmes.
Dans cette forte animation, la seule alerte pour moi fut de croiser Corinne, qui me fit un petit sourire en coin, mi-moqueur, mi-compatissant, en me glissant à l'oreille : "Ma pauvre Christine, alors, tu as encore montré tes fesses toutes rouges à tes soeurs..."
Je grimaçai et balbutiai : "Euh, non, c'est pas, euh, même pas vrai. C'est Diane qui a été punie la dernière". J'avais envie d'en dire plus, mais je compris que c'était vain, surtout que ma défense en disant que Diane avait été punie "la dernière" sonnait comme un aveu que je l'avais bien été moi aussi avant... Je n'insistai pas pour me justifier, et préférai tourner le dos, rageant quand même intérieurement en constatant que les confidences de Diane à Charline faisaient leur bout de chemin...


Mi rieuse, mi compatissante, Corinne me murmura à l'oreille
qu'elle savait que mes soeurs m'avaient vue
"les fesses toutes rouges" sur les genoux maternels !
Ma défense maladroite sonna comme un aveu...

A l'issue du spectacle, Tata nous ramena à la maison et nous y garda une petite heure, pendant que Maman rangeait le stand de la salle communale. Diane qui aurait voulu rester s'amuser sur place avec ses copines, avait été rappelée à l'ordre par Maman, qui lui avait glissé quelques mots à l'oreille, qui avaient vite fait changer d'humeur ma petite soeur... J'imaginais bien de quel genre de menaces, il avait été question... En tout cas, c'était efficace...
Nous retrouvâmes les bancs de l'école pour les petites et du collège pour moi, le lendemain, pour la dernière semaine pleine de classe, les vacances étant le mardi soir suivant. Autant dire que cela sentait la fin d'année, sans guère de risque cette fois pour les filles Spaak, même si Aline n'était pas absolument certaine de passer en classe supérieure.
Mais, à l'école primaire, le péril était moins grand, ma soeur risquant surtout de devoir réviser et travailler durant les vacances.
Réunis pour ma classe, le lundi soir, les professeurs furent quelque peu bavards le mardi sur les résultats du conseil de la veille. Et nous sûmes ainsi qu'il n'y aurait qu'une redoublante, ce qui n'étonna guère, car l'élève en question avait été malade durant une longue période de l'année. Bien sûr, je passais donc, ce qui n'était pas une surprise, mais la perspective d'en finir très bientôt avec ces deux ans de Cinquième était pour moi comme un chapitre qui se terminait. Un soulagement en perspective.
Au retour à la maison, j'étais toute heureuse de dire que je passais en Quatrième, presque guillerette... Mais, cela ne fit pas bondir Maman, qui répliqua : "Et bien, heureusement encore, ma fille. Tu ne voulais pas retripler, quand même ? J'espère au moins que le bulletin sera bon cette fois... Sinon, passage ou pas, cela pourrait aller mal pour toi, si tu vois ce que je veux dire...".


J'étais contente d'annoncer que je passais en Quatrième,
mais cela n'étonna pas Maman, qui refroidit mon enthousiasme,
en m'expliquant que, "passage ou pas", j'avais intérêt à ramener 
un bon bulletin, sinon... 


Là encore, je me dis que j'aurais dû me taire plutôt que de jouer les fanfaronnes. Car, au lieu de me faire féliciter, je récoltais une menace très claire de nouvelle fessée, si mes résultats n'étaient pas à la hauteur des attentes maternelles. 
Mais, j'avoue que je n'avais pas pu me retenir, repensant surtout à l'année précédente, et me disant qu'au moins, cette fois, je n'aurais pas à subir une nouvelle déculottée magistrale, comme lors de l'annonce de mon redoublement... Mes fesses s'en souvenaient encore...


En réfléchissant, si l'annonce de mon passage en Quatrième 
me soulageait, c'était surtout parce que j'avais encore en mémoire
la fessée d'anthologie reçue un an plus tôt lors de l'arrivée
du bulletin scellant mon redoublement :
une tannée magistrale reçue au salon devant mes soeurs... 

La semaine se poursuivit sans anicroche, les leçons et devoirs étant plutôt réduits, et les compositions achevées. Les vacances approchant, il n'était même pas possible de donner des heures de colle pour la semaine suivante.
C'était donc plus détendu, même côté ambiance, à l'exception de quelques rappels à l'ordre, comme en anglais, où Mlle Paule ramena le calme à deux reprises, en menaçant les chahuteuses de devoir faire cent lignes. 
Le troisième avertissement fut le bon, et fort heureusement, ce sont trois filles qui y eurent droit, avec la consigne de ramener la punition signée des parents. Par chance, alors que j'étais dans le collimateur de la deuxième remarque, cela tomba deux rangs plus loin que moi...
Je compris que j'avais, là très certainement, échappé à une nouvelle explication maternelle qu'il est facile d'imaginer... J'en frissonnai rétrospectivement... 
Une punition supplémentaire pour chahut dans le cours de Mlle Paule, cela me promettait, dernière semaine de cours ou non, une réception chaleureuse, d'autant que Maman, c'est sûr, n'aurait pas apprécié qu'une fois de plus je me distingue en cette matière... 
Pour elle, cela aurait été une preuve que les fessées précédentes n'avaient pas suffi, et que mes promesses de ne plus me faire "remarquer" en cours d'anglais, du moins de la sorte, n'étaient que paroles en l'air... 
Mieux aurait valu alors que je "prépare mes fesses" pour ce qui aurait été une manière pour Maman de montrer, de claquante façon, que c'était elle qui aurait le dernier mot...
En tout cas, j'avais eu "chaud", comme dit l'expression, même si, et là en vrai, j'aurais eu "bien plus chaud" encore au retour à la maison, si j'avais été parmi les trois punies...


J'avais quand même failli être punie une fois de plus,
pour chahut en cours d'anglais. 
Heureusement, j'y avais échappé de peu.
Heureusement surtout pour mes fesses, car jamais de jamais, 
Maman n'aurait laissé passer ça sans une bonne fessée...

Finalement, je m'en sortais bien, à un week-end et deux jours des vacances, voyant le bout du tunnel de cette année de redoublement somme toute bien agitée...
J'étais encore plus soulagée, car la semaine s'était déroulée, sans nouvelles attaques ou moqueries de Babette et Brigitte. Du moins ouvertement s'entend... Il y avait bien eu quelques petits rires moqueurs à mon passage, un ou deux petits gestes très explicites, tout comme j'avais parfois remarqué que les deux complices semblaient confier des secrets à d'autres élèves, qui me regardaient de loin en ricanant. 
Mais, cela était plus supportable que des moqueries directes et à voix haute... 
Et, les vacances approchant, j'espérais bien oublier tous ces moments gênants pour ma petite sensibilité personnelle...

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