vendredi 5 novembre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (13)

SUITE 12

Plutôt calme, comme je le disais, le dimanche s'est pourtant achevé de façon sonore... Aline et Diane, toutes heureuses d'avoir joué l'après-midi au parc, avaient rechigné pour rentrer. Puis à nouveau pour prendre leur douche, puis pour se mettre en pyjama, et quand il fallut monter se coucher, elles voulaient terminer une partie d'un jeu de société qu'elles avaient débuté au salon.
Maman en eut assez, et attrapa mes soeurs, tirant Aline par l'oreille et Diane par le poignet pour les faire monter dans leur chambre.

Mes soeurs furent expédiées au lit les fesses rouges.


Ce que j'entendis distinctement ensuite me confirma que les fillettes allaient devoir s'endormir avec les fesses rouges. L'une après l'autre, leur voix suppliante résonna, et le bruit caractéristique qui accompagnait leurs cris, me faisait imaginer qu'elles passaient sur les genoux maternels et que pour l'efficacité de la chose, leur pantalon de pyjama avait certainement été baissé promptement.
Petites fessées dans la durée, mais vraies fessées quand même. En d'autres circonstances, je me serais franchement réjouie des malheurs de mes diablotines de soeurettes, mais à la veille d'une possible désillusion pour moi, cela ne faisait que me remettre en tête des bruits que je craignais fort...
De mon côté, bien sûr, j'avais filé doux, je m'étais préparée pour la nuit sans mot dire, et j'étais montée dans ma chambre comme une enfant sage, sans qu'on me le demande.
Maman vint constater que tout était en ordre, ce qui lui provoqua un petit sourire en coin. Elle s'assit sur le coin de mon lit pour me dire bonsoir. "Allez, bonne nuit, ma chérie. Repose-toi bien : la semaine va être longue. Et j'espère qu'elle commencera bien. En tout cas, on verra demain soir, si tu as tenu tes promesses... Ou si je dois tenir les miennes, si tu vois ce que je veux dire..."
J'ai cherché un moment le sommeil, troublé par ces paroles dont je connaissais trop le sens. Puis, je me suis endormie, ne faisant qu'un somme jusqu'au lendemain matin...
Au lever, mes soeurs filaient droit et ne la ramenaient pas, suite à l'épisode de la veille. Maman était satisfaite et appréciait que tout monde soit sage ce matin-là.
Elle vérifia mon cartable et visa mon emploi du temps. J'avais une heure d'anglais le matin avant la récréation, puis une autre l'après-midi en dernière heure.
Mlle Paule, à mon soulagement, nous fit faire du labo la première heure. Il y eut juste une question de Corinne sur nos copies avant la fin du cours. La prof confirma : "Vous aurez vos copies cet après-midi. Mais, ne vous faites pas d'illusions. Les résultats ne sont pas bons du tout. Je ne sais même pas s'il y en a plus de trois qui ont la moyenne..."

  J'étais plus qu'inquiète et ne voulais parler à personne

Les commentaires de Mlle Paule me plongèrent dans une angoisse phénoménale. Je me savais plutôt dans la deuxième moitié de la classe voire dans le dernier tiers, et son annonce sonnait le glas de mes espoirs... Je craignais le pire et me demandais comment j'arriverais à faire passer cela à Maman. Le bruit des fesses de mes soeurs me résonnait dans la tête. Et un dicton idiot qui disait : jamais deux sans trois... Quelque chose me susurrait à l'oreille que c'était mon tour...
 J'ai passé la récréation sans dire un mot à personne. Je n'avais pas les résultats encore, mais pour moi la messe était dite...
A midi, rentrant déjeuner, je dus me composer une mine de circonstance, faire semblant d'être insouciante, alors que Maman était déçue que je n'aie pas encore ma note tant attendue...
Quand je repartis, elle me déposa un baiser sur le front : "A ce soir, ma chérie, ne tarde pas en chemin, et n'oublie pas ton cartable au collège... Je t'attends avec impatience..."

Les deux premières heures de l'après-midi, je n'écoutai les profs que de façon distraite. Je ne pensais qu'à Mlle Paule, et à Maman par ricochet...
La récré passa aussi et nous rentrâmes en cours d'anglais. Le tas de copie était en évidence sur le bureau. Au passage, j'avais vu que la copie du haut était celle de Nicole, avec un 12,5. Cela aurait été un bonheur pour moi, mais c'était bien bas en effet pour la première de la classe et chouchoute attitrée de la prof...
Mlle Paule commença par des révisions de grammaire et le corrigé des exercices du week-end. La pendule tournait. Maintenant, mon seul désir était d'être enfin fixée... Quoi qu'il arrive...
Enfin, à quelques minutes de la fin du cours, elle rendit les copies, une à une, avec ses commentaires. Nicole, Christelle et Corinne avaient 12,5 l'une, 11 et 10,5 les deux autres. Tout le monde était en dessous. Anne récolta un 9, comme plusieurs autres camarades. La liste s'allongeait et j'avais un secret espoir d'en faire partie, mais non, hélas...
Il y avait trois 8,5 puis quatre 8, et deux 7,5. Je n'étais toujours pas nommée et mon moral baissait à chaque nom énoncé qui n'était pas le mien...


"Christine, vous vous êtes appliquée pour une fois..."


Enfin, Mlle Paule s'approcha de moi : "Christine, ah Christine, ce n'est pas brillant encore. J'admets quand même que vous vous êtes appliquée. Votre copie est moins torchon que d'habitude. Mais, franchement, que de lacunes et de leçons mal apprises, ou pas apprises du tout, je crois. Voilà, même avec un petit point d'encouragement pour une copie propre, cela ne vous fait que 7 sur 20 !"
 Sept, sept, sept ! j'avais l'impression que la note revenait en écho. J'ai levé les yeux au ciel pour empêcher les larmes qui se formaient de déborder et de couler sur ma joue. Sept, pour moi qui espérais dix, voire un neuf "négociable", c'était la tuile, la grosse tuile.
L'annotation de Mlle Paule, avait beau commencer par : "Un petit mieux appréciable dans la présentation". Elle se poursuivait hélas ainsi : "Christine s'est appliquée, mais les efforts attendus restent insuffisants. Un devoir qui montre encore de grosses lacunes. Il est plus que temps de vraiment se reprendre".
 Je n'avais pas besoin que l'on me fasse un dessin. Même en temps normal, ce genre d'appréciation m'aurait valu une chaude réception à la maison. Avec, cette fois, tout le contexte de ma fausse maladie et les promesses maintes fois redites de Maman, je n'imaginais pas un instant une quelconque clémence maternelle...
La sonnette a retenti, et je n'ai pas trainé en classe. J'étais bouleversée, je voulais ne croiser aucun regard.

J'étais en larmes sur le chemin de la maison...






Je me précipitai vers la sortie. J'avais les larmes qui coulaient et je ne me retenais pas. Une autre fois, j'aurais ralenti le pas, j'aurais cherché une parade, j'aurais imaginé je ne sais quelle excuse pour faire croire à Maman que l'on n'avait pas nos notes, je me serais même demandé s'il n'y avait pas moyen de falsifier la copie.
Mais, Maman savait que les compositions seraient rendues; jamais elle n'aurait cru un nouveau mensonge. Et puis, j'étais désarçonnée par un résultat qui ressemblait à un cauchemar...
J'étais à bout de nerfs, sentant que mes mauvaises prémonitions s'avéraient exactes. Comme si j'avais toujours su que ce contrôle me vaudrait une fessée. Comme si c'était écrit. J'avais tenté d'y échapper et j'avais récolté une déculottée mémorable. J'avais dû m'y soumettre et, voilà le résultat, j'allais en recevoir une autre...
Les paroles de Maman revenaient : "Tu ne tarderas pas en chemin, ma fille. Tu n'oublieras pas ta copie... Je t'attendrai... J'ai hâte de savoir..."
Et, sans le vouloir, ni rien faire contre, j'avançais en effet vers la maison, je me rapprochais de Maman... De ce qui m'attendait... Je n'avais même pas de mots d'excuse qui me venaient, d'arguments pour la convaincre. Je ne doutais pas un instant que je n'échapperais pas à la sanction promise. Je savais, je le sentais, que chacun de mes pas m'amenait vers ce que je méritais. Que je n'avais plus qu'une seule chose à faire, c'était de préparer mes fesses...

A SUIVRE

12 commentaires:

  1. Trois épisodes d'un coup... Il y a des gâtés, non ?

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  2. En effet Christine, cela valait la peine de nous faire attendre.
    Intéressante, au chapitre précédent, cette idée de cauchemar si prémonitoire !
    Mais voilà que l'attente tire à sa fin, et que notre pauvre Christine ramène à la maison une note insuffisante. Son cauchemar devient réalité.
    Je me demande sur quel mode vous allez nous jouer cette partition d'un thème connu. Autrement dit, la fessée annoncée sera-t-elle semblable aux précédentes ? Ou s'en distinguera-t-elle par quelques uns de ces détails dont vous avez le secret ?

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  3. En effet, nous sommes gâtés ! Merci Christine.
    Bon, si on était sur TF1 (Le Ciel nous en préserve), je voterais pour que vous n'ayez pas de fessée... Votre Maman pourrait au moins appeler Mlle Paule pour connaitre les résultats de l'ensemble de la classe. Mais quelque chose me dit qu'hélas votre maman sera surtout sensible à l'accumulation de vos lacunes...
    Aviez-vous un secret espoir de la savoir sensible à votre sincère désarroi ?

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  4. Oui, et avec de bien troublantes photos en plus. Merci Christine.

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  5. Quel dommage que l'on ne puisse pas en savoir plus sur la fessée des deux sœurettes !
    Les eux pyjamas ont-ils été retirés d'entrée de jeu, et l'une des sœurs a-t-elle du attendre son tour les fesses à l'air ? Ont-elles vus la fessée de l'autre ou bien maman a-t-elle exigée que l'une se tourne vers le mur tandis que l'autre été "servie" ? J'imaginerais assez volontiers que chacune soit ainsi nez vers le mur, le pyjamas aux pieds, attendant son tour Pour la deuxième en serrant les dents au bruit des claques sur les fesses de la première, et pour celle - ci en reniflant et en dansant d'une jambe sur l'autre tandis que la fessée de sa sœur donne le rythme !

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  6. oui tu t'es surpassée...
    Et maintenant toujours aussi pressée ?
    Le retour a la maison n'est pas brillant.

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  7. Chère Christine,

    Voilà sans aucun doute des moments où le chemin entre l'école et la maison paraissait bienlong. On comprends votre détresse : vous savez qu'il est difficile maintenant d'espérer échapper à la punition, les menaces ont été trop catégoriques et répétées trop souvent pour que votre Maman revienne en arrière ; et par dessus tout, elle est toujours fâchée contre vous.
    On a l'impression que votre malheureuse tentative de passer pour malade a vraiment pris votre Maman à rebrousse-poil. Jamais, me semble-t'il , vous ne l'avez montré à ce point en colère, et aussi durablement. La première et la plus spectaculaire manifestation de ce mécontentement, c'est la sévérité de la correction qu'elle vous a infligée pour vous punir de ce mensonge. Une fessée majuscule pour reprendre votre expression, longue et ferme mais surtout, en l'occurence, fessée publique. Pourquoi une telle colère à un tel moment, vous seule Christine pouvez répondre à cela, et sans doute il serait naïf de chercher une réponse unique. Angoisse de voir qu'elle perd le contrôle de votre éducation, amertume de se faire rouler par une gamine, tristesse de considérer que vous êtes en train de gâcher vos chances de réussite, ou mauvaise humeur passagère qui la rendrait moins tolérante aux fautes de ses filles ; on pourrait invoquer une ou plusieurs de ces raisons mais le fait est que votre Maman aurait parfaitement pu, comme elle a du le faire bien des fois, vous punir "discrètement" dans votre chambre, mais elle a jugé que cette fois il était nécessaire qu'Aline et Diane soient témoins de la fessée que Maman donnait à leur grande soeur.
    Mais cette grosse fessée, qu'elle a voulue aussi humiliante que cuissante, est loin d'avoir tout réglé. On voit bien que votre mère vous en veut toujours et reste déterminée à ne rien vous passer et elle ne s'est pas privée aucours des jours qui ont suivi de vous faire comprendre qu'elle vous attedait au tournant. Voilà le tournant qui arrive... reste-t'il encore un peu d'espoir ?... les quelques jours qui se sont écoulés ont-ils permis à l'humeur de votre Maman de s'adoucir un peu ? vous-même avez eu la réponse il y a bien des années, et, bien sur, je serais curieuse que vous nous la donniez, mais peut-être plus curieuse encore de savoir quels sont les sentiments que vous éprouvez actuellement, alors que que vous êtes en train de resusciter ces scènes du passé.
    Soyez sure que je suis tout à fait consciente de la chance que j'ai de pouvoir encore vous lire. Merci pour votre petit mot. Je ne peux pas vous promettre que je serais plus assidue à répondre à l'avenir, mais le coeur y est.

    Amicalement

    Agnès

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  8. Encore un commentaire de grande qualité, Agnès. La rigueur de la réaction maternelle à ma fausse maladie tient certainement dans ce que vous évoquez. Maman ne pouvait admettre d'avoir été roulée par sa fille. Imaginer qu'une manoeuvre assez simple doublée d'un peu de comédie réussisse à tromper sa vigilance, me permette de me soustraire aux contrôles scolaires, ne pouvait être admissible.
    Et, surtout, cela imposait à ses yeux une réaction qui serve d'exemple, qui fasse comprendre à moi-même d'abord, mais à mes soeurs aussi, que cela n'était pas tolérable, que force restait à la loi au final.

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  9. J'aime beaucoup ce terme de "fessée majuscule", décidément... Voilà qui est imagé et n'a pas besoin de détails, on sait tous ce que ça veut dire. Merci Christine, et merci Agnès de votre analyse, toujours un régal que ce dialogue virtuel entre vous.

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  10. Il y a une expression que j'apprécie également, c'est "la vraie fessée", mais vous ne l'utilisez jamais, Christine.

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  11. Cher Mardohl, avec Maman, il n'y avait pas de "petite" fessée, pas de "fausse" fessée, seulement de "bonnes" fessées, et donc, si vous le préférez de "vraies" fessées !

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