Je n'arrive pas à dormir...

(SUITE 1)
Je m'en veux de n'avoir rien dit à Maman... Je sens qu'elle a deviné mon trouble, qu'elle pressent que j'ai encore quelque chose à me reprocher, mais je suis restée bloquée tout à l'heure comme une idiote alors qu'elle me tendait la perche... Après cela, comment pourrai-je lui faire croire à ma sincérité, lui faire avaler que je voulais être franche ? Elle ne retiendra que le mensonge "par omission" comme elle dit, et quel qu'il soit, le mensonge est une chose qu'elle ne tolère pas...
La seule chose qui me console, c'est que si j'avais parlé à Maman, nous aurions été en pleine "discussion" quand mes soeurs sont rentrées... Elles étaient même en avance d'un petit quart d'heure par rapport aux semaines passées, et donc elles auraient été présentes dans la maison au moment de notre "explication".
Je me dis que, de ce point de vue, j'ai peut-être bien fait, car mon idée de départ était bien de parler à maman en profitant de ce moment de tranquillité sans la présence des petites...
Maintenant, cela va être plus difficile... Demain, nous avons les mêmes horaires, elles et moi, et il n'y a pas d'activités autres de prévues. Il va bien falloir que je fasse signer le mot de la prof et mes cent lignes pour les rendre après-demain au prochain cours d'anglais...
Enfin, j'aviserai... Demain, il fera jour, comme on dit... Mais, j'ai du mal à dormir et les mots de Maman me reviennent en boucle dans la tête...
Heureusement, le dîner s'est bien passé, sans interrogatoire, et l'on n'a guère évoqué les sujets scolaires. Une fois remontée dans ma chambre et prête à aller au lit, j'aurais pu profiter de la venue de Maman pour me confier... J'y ai pensé à nouveau, mais mes soeurs étaient assez chahuteuses lorsque Maman est venue nous coucher. Elle a dû élever la voix pour obtenir qu'elles se mettent au lit et je n'ai pas osé lui rajouter cette contrariété alors qu'elle était déjà un peu énervée...
Au moment d'éteindre dans ma chambre, elle a encore remarqué que je paraissais soucieuse... J'attendais une nouvelle perche que j'aurais peut-être enfin saisie, mais la remarque de Maman était plus menaçante que réceptive : "Allez, Christine, il est l'heure d'éteindre. Ne fais pas cette tête là... Je ne sais pas ce que tu as ce soir, mais cela ne me dit rien qui vaille... J'espère pour toi que tu ne me caches rien, sinon à ta place je me ferais vraiment du souci..."
Allez donc en réponse dire : "Euh Maman si, je me suis faite prendre en train de tricher en classe, et je ne te dis rien depuis hier..."
Mieux vaut encore gagner quelques heures et laisser passer cette nuit pour voir si demain l'humeur maternelle ne serait pas par miracle au beau fixe...
Facile à dire quand même, mais je me tourne et me retourne dans mon lit, n'arrivant pas à trouver le sommeil... Que vais-je pouvoir bien dire demain à Maman ? Elle comprendra bien que je savais déjà... et cela ne va pas arranger mon cas...
Ah, demain, demain, demain... Mes pensées s'y projettent déjà... Demain, on est le 13. Certains disent que cela porte chance, d'autres que ça porte malheur... Dans mon cas, je ne vois pas comment cela pourrait être la première solution...
La dernière fois que j'ai récolté un zéro pointé, Maman m'a donné la fessée... La dernière fois que j'ai eu cent lignes à écrire, Maman a rajouté une tannée maison... La dernière fois que j'ai menti à Maman, je me suis retrouvée étendue sur ses genoux, les fesses à l'air...
Alors, là, je cumule trois motifs... Quand j'étais plus gamine, je croyais au Père Noël, aux fées, aux pouvoirs magiques... Je suis trop grande maintenant pour imaginer un triple miracle...
Je ne peux pas m'enlever cette idée de la tête, cette certitude qui résonne en moi comme un théorème : demain, Christine va recevoir la fessée !
Dès que je ferme les yeux, j'ai des images qui me reviennent, des sons, des émotions, j'en frissonne... J'en ai les larmes aux yeux, et des sanglots qui me remontent dans la gorge... Quelle gourde, je fais de ne pas avoir parlé...
(A SUIVRE)