vendredi 1 avril 2016

Chronique d'un redoublement : 99. L'aveu du matin annonce un avenir chagrin...

SUITE 98

Je m'étais quand même rendormie après ma deuxième "promenade nocturne" et cet étrange dialogue avec Maman, où le non-dit n'en avait pas moins révélé mon trouble...
Epuisée par tout ce qui tournait dans ma tête, par mes émotions et mes angoisses, je finis ma nuit d'une seule traite. 
Je me réveillai peu avant 8 h, mais restai au lit, pas pressée du tout de me montrer, en ce samedi matin, jour sans école où, en général, Maman nous laissait dormir jusqu'à 9 h.
J'entendis à 8 h des pas feutrés dans le couloir. Maman s'était levée et venait sans faire de bruit refermer les portes de nos chambres pour que nous ne soyons pas réveillées par ses allées et venues. Tranquille avant que ses filles ne se lèvent, Maman pouvait s'habiller, se maquiller, préparer le petit-déjeuner et vaquer à des occupations calmes dans une maison silencieuse.
J'avais fermé les yeux au moment où elle entrouvait la porte de ma chambre, ne voulant pas montrer que je ne dormais plus... Mieux valait retarder le plus longtemps la reprise de notre conversation...


Quand Maman avait entrouvert la porte de ma chambre,
j'avais vite refermé les yeux faisant semblant de dormir,
ne voulant surtout pas l'affronter de si bon matin...  

Dès 8 h 20, je perçus des chuchotements de l'autre côté de la cloison. Aline et Diane étaient déjà réveillées, et parlaient à mi-voix. Mais, je devinais des pouffements, des rire étouffés, qui ne me disaient rien qui vaille, me doutant qu'il y avait sûrement de la moquerie à mon encontre dans l'air... 
Au bout d'un nouveau quart d'heure, Maman qui sortait de la salle de bain, entrouvit la porte de la chambre des petites, interrogeant : "Ca ne dort plus, là-dedans ?" ce à quoi mes soeurs répondirent à l'unisson : "Non, non, on n'a plus sommeil" !
Maman les autorisa à descendre et à préparer la table du petit-déjeuner, "sans faire de bruit, car Christine dort encore".
J'entendis cela, contente que ma ruse ait fonctionné, pour gagner quelques minutes de tranquillité. 
Maman redescendit à son tour pour faire chauffer le lait et préparer les tartines des petites qui commencèrent à manger. Il se passa dix minutes encore pour que le petit-déjeuner soit servi. Aline, qui avait laissé ses pantoufles dans la chambre, remonta sous prétexte de les chercher, en attendant que son bol de chocolat tout chaud tiédisse.
Au passage, elle poussa la porte de ma chambre, et me découvrit debout, l'oreille aux aguets, à essayer d'entendre ce qui se passait en bas.
Aline me dit : "Mais, tu es déjà debout. Tu ne veux pas descendre, dis ? Le déjeuner est prêt."  
Je répondis : " Je ne suis pas encore bien réveillée. Je voudrais encore dormir un peu..."
Pas dupe, Aline rétorqua : "C'est parce que tu ne veux pas annoncer à Maman que tu as été collée... Tu as peur d'avoir la fessée, hein, c'est ça ? Je sais, Diane m'a raconté... Mais, promis, on ne dira rien avant toi".
Je lui répliquai : "Rien n'est sûr, tu sais, mais redescends vite, je vais me recoucher".
Mais, notre conversation, même à mi-voix, était parvenue jusqu'en bas, et j'entendis Maman demander : "Aline, tu causes avec Christine ? Puisqu'elle est réveillée, dis-lui donc de descendre petit-déjeuner..."
Ma soeur confirma : "Oui, elle est levée. Je lui dis..."  Puis, Aline récupéra ses chaussons et redescendit vers la cuisine.


Aline m'avait surprise, debout dans ma chambre, à écouter
ce qui se passait en bas... Elle avait compris pourquoi
je ne voulais pas descendre si tôt...
La peur de la fessée me paralysait... 

Je laissai passer quelques minutes, me préparant à rejoindre la table familiale, et tentant de me faire une mine de comme si rien n'était...
Maman me rappela du bas : "Christine, descends, ton bol va refroidir".
Je ne pouvais plus reculer et je me dirigeai vers le couloir et l'escalier à pas très lents. J'aurais bien aimé que les petites aient fini de déjeuner avant que je rejoigne Maman, mais visiblement, elles n'étaient pas pressées de quitter la table...
D'ailleurs, au moment où elle m'aperçut par la porte de la cuisine, Diane, qui avait fini ses tartines, en réclama une autre, prétextant qu'elle avait une faim de loup ce matin...
Moi, au contraire, j'avais l'appétit coupé, la tête trop prise par d'autres considérations et angoisses...
Je dis un bonjour avec un bisou furtif à Maman, et m'asseyai devant mon bol en baissant la tête... Ce que ne manqua pas de remarquer Maman...
"Tu ne m'as pas l'air dans ton assiette, Christine. Tu as mal dormi. Tu n'es pas malade, j'espère ?", dit-elle, ce à quoi je répondis par la négative.
"J'ai plutôt l'impression que tu me caches quelque chose depuis hier soir, ma fille... Tu n'aurais pas eu un zéro ou je ne sais quelle mauvaise note que tu n'oserais me montrer ?", poursuivit Maman, qui me scrutait de près, ne manquant pas de remarquer les gestes parasites qui témoignaient de mon malaise, de mon angoisse...
"Non, Maman, non, je n'ai pas eu de mauvaise note. J'ai bien travaillé, promis..." répondis-je en forçant le ton, comme pour rassurer Maman qui n'était pas dupe, et qui au contraire devina : "Ah, non, Christine, ne me dis pas que c'est pire ? Ne me dis pas que tu as encore été collée ?"
Je relevai la tête de mon bol, et vis mes soeurs qui semblaient opiner de la tête, les yeux grands ouverts, comme fascinées par la scène. Maman, elle, était debout, les poings sur les hanches, le regard furax...


Maman était furax, et me toisait, les poings sur les hanches...
Elle n'arrivait pas à croire que j'ai pu encore
être collée en anglais, et cela augurait mal de sa réaction...


Je sentais que si je ne disais rien, mes soeurs allaient répondre à ma place... Je ne pouvais rester silencieuse plus longtemps... Je retins un gros sanglot et, la gorge nouée, je ne pus que dire la voix tremblotante : "Euh... si, Maman si..."
Elle ne me laissa pas poursuivre ma phrase : "Ce n'est pas possible, Christine... Jusqu'au dernier mois de l'année... Et, à voir ta tête, ne me dis pas que c'est encore en cours d'anglais ?" Je sanglotai vraiment et laissai échapper des petits "Si" que Maman prit avec une mine désespérée et excédée... "Et pourquoi donc ces nouvelles heures de colle ? Pour avoir chahuté, je suppose ?" demanda-t-elle.
Je rectifiai timidement : "Non, je n'ai pas chahuté en cours. J'ai juste, euh, parlé fort..." Je n'allais pas raconter toute la scène, ni expliquer le pourquoi de ma réaction incontrôlée quand les moqueuses ont été collées. Cela n'aurait rien changé...
Maman était déjà assez en colère : "Parlé fort, parlé fort, je rêve... Déjà que tu n'as pas à parler du tout en classe, mais parler fort, Christine, tu te crois à la foire... Tu sais bien en plus que Mlle Paule t'a particulièrement à l'oeil... Ce n'est pas possible, ma fille, tu cherches vraiment les ennuis..."
J'avais passé une partie de la nuit et tout le temps depuis mon réveil à chercher comment annoncer la nouvelle, comment l'enrober, comment plaider de quelconques circonstances atténuantes et implorer la grâce maternelle, mais finalement, c'est Maman qui m'avait arraché les mots de la bouche, et cette fois je restais sans réaction, avec l'impression que le moindre mot que j'aurais dit n'aurait fait qu'aggraver mon cas...
Maman poursuivit en prenant mes soeurs à témoin : "Je comprends mieux pourquoi Christine n'allait pas bien cette nuit... Votre grande soeur avait déjà peur de ce qui l'attendait... Et elle avait bien raison parce que cela ne va pas se passer comme cela, vous pouvez me croire..."
Je suppliai : "Pardon, Maman. Je ne le ferai plus. Pardon, ne te fâches pas...", ce à qui elle rétorqua : "Oh, mais si, que je suis fâchée, et je vais t'ôter l'envie de recommencer. Pas question, d'abord, que tu ailles dimanche après-midi à l'anniversaire de Martine. Tu resteras à la maison et tu me feras des exercices d'anglais à la place".
Je grommelai un timide : "Non, c'est pas juste". Ce à quoi, Maman répliqua : "Encore un mot et je te prive aussi de la soirée cinéma de mardi avec Tata".
Je compris que mieux valait me taire, surtout que Maman n'avait encore pas annoncé ce que je craignais le plus... Même mes soeurs semblaient étonnées, mais ne pouvaient rien dire... J'eus alors, quelques secondes durant, comme l'impression qu'il allait se produire un miracle, que j'éviterais le pire...
Maman s'était retournée vers la gazinière pour se resservir un peu d'eau chaude pour rallonger son thé. Personne n'osait dire un mot, et j'avalai une gorgée de lait chocolaté, avant que tous mes espoirs ne s'envolent. Maman revenue à table, but sa deuxième tasse de thé, puis annonça d'un ton calme et déterminé : "Bon, allez, finissez moi vos tartines et ce petit-déjeuner. Vous mettrez vos bols vides sur l'évier. Je vais préparer vos habits".
Se relevant avant d'aller vers nos chambres, Maman ajouta : "Quant à toi, Christine, tu peux préparer tes fesses..."
Je poussai un long gémissement en disant : "Oh, noooon, Maman, non !". La réponse ne se fit pas attendre : " Ne joue pas les étonnées, Christine, tu sais très bien ce que tu mérites, et crois-moi tu vas la sentir passer cette fessée..."




La sentence était tombée, énoncée devant mes soeurs : 
Christine pouvait préparer ses fesses...
Et je voyais dans le regard d'Aline et Diane, qu'elles m'imaginaient déjà
culotte baissée sur les genoux maternels...  

Maman quitta la pièce et je me remis à sangloter, devant mes soeurs qui me dévisageaient, Aline avec un air compatissant, Diane étant plus dans le registre presque moqueur, et me glissant, avec une mine satisfaite : "Tu vois que j'avais raison. Maman va te donner la fessée". Je préférai ne pas répondre, d'autant que je n'avais jamais douté depuis la décision de Mlle Paule de l'issue qu'aurait cet épisode...

A SUIVRE

vendredi 11 mars 2016

Chronique d'un redoublement : 98. Une soirée d'angoisse et une nuit perturbée

SUITE 97

J'enrageais intérieurement. S'il n'y avait pas eu cette répétition de danse, Diane n'aurait pas su, et les deux jours sans classe du week-end m'auraient laissé de la marge pour trouver le moment adéquat pour aborder le sujet... Je pensais bien ne pas trainer pour en parler, de peur justement de rencontres fortuites, mais je gardais quand même une certaine latitude...
Hélas, là, la donne n'était plus la même du tout. Diane savait et je n'avais aucun moyen de lui faire tenir sa langue, du moins un certain temps.
Avec Aline, j'aurais pu jouer sur la compassion, lui promettre de l'aider en douce à faire ses devoirs, mais avec Diane, c'était mission impossible, et je me demandais même si elle réussirait à tenir sa langue jusqu'au lendemain matin...
Maman allait rentrer dans guère plus d'une heure et j'imaginais pouvoir lui faire croire que la maisonnée était endormie. Je ferais semblant du moins, dans l'espoir d'éviter toute discussion qui pourrait mal tourner...
Je me mis donc en pyjama sans tarder, et j'éteins les lumières superflues, pour ne laisser qu'une lampe allumée dans le couloir et ma petite lampe de chevet.
Je n'essayai même pas de lire une bande dessinée pour me changer les idées. Je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à ces heures de colle, et à la transmission expresse de la nouvelle, via les petites soeurs et une Corinne que la situation devait amuser...


Allongée sur mon lit, je n'arrivais à penser à rien d'autre
qu'à ces heures de colle que je ne pourrais cacher longtemps...
Diane le savait déjà, et il allait falloir l'avouer à Maman,
en sachant bien ce qui m'attendait... 

J'espérais que Diane, fatiguée par les répétitions, s'endormirait bien vite mais, dans la maisonnée vide et silencieuse, je l'entendais se tourner et se retourner...
"Christine, Christine, est-ce que tu dors ?", demanda-t-elle. Je répondis que presque et qu'il fallait qu'elle s'endorme aussi. Elle répliqua : "Oui, oui, mais, euh, Christine, dis, pourquoi elle t'a collée, la prof d'anglais ?".
 Je rétorquai : "C'est pas important, dors donc !" Mais soeurette revint à la charge : "Dis-le moi, Christine. Promis, je ne le dirai pas à Maman". 
Je sentais qu'elle insisterait jusqu'à ce que je cède, et je répondis évasivement : "Bah, c'est juste que j'ai parlé trop fort pendant le cours".
Diane réfléchit un instant, puis lança : "C'est donc encore du bavardage... Maman ne va pas aimer du tout... Ca va te chauffer les fesses, c'est sûr..."
Je tentai de minimiser et de la faire taire : "On verra bien, Diane. Elle ne se fâchera peut-être pas autant. Allez, tais-toi, je voudrais dormir..."
Diane consentit à se taire, non sans rajouter sa petite prédiction : "On verra bien, mais moi je te dis que Maman va te donner encore une grosse fessée..."
Cela me tira presque des larmes, tant je n'aimais pas que Diane se mette à jouer les voyantes, car hélas ma petite soeur avait (presque) toujours raison. Et, dans le cas présent, moi-même j'aurais parié pour la même issue... Du moins avais-je la quasi-certitude que, même si je trouvais le moment idéal pour avouer ma colle, je ne m'en tirerais pas sans une déculottée maison...


Diane venait de me promettre un avenir cuisant,
en prédisant que Maman allait me donner "encore une grosse fessée" !
J'en sanglotai dans mon lit, cachant vite mes larmes,
émue et persuadée qu'hélas soeurette avait "encore" raison...  

Je m'interrogeai en me tournant et retournant à mon tour dans mon lit. J'hésitais presque à me libérer le soir-même. Avouer m'aurait enlevé un gros poids, mais c'était donner raison à Diane, et surtout à Babette et Brigitte qui étaient, elles aussi, si sûres que je ne finirais pas la journée sans plonger en travers des genoux maternels...
Alors, gagner une nuit, voire un peu plus, c'était ma petite satisfaction secrète, mon petit péché d'orgueil, ma démonstration que j'avais un tant soit peu de pouvoir sur le déroulement de ma vie...
L'arrivée de la voiture maternelle me fit sursauter. Maman et Aline rentrèrent en veillant à ne pas trop faire de bruit. Mais, Diane ne dormait pas encore, et se releva pour commencer à discuter avec Aline qui se mettait en chemise de nuit.
Maman leur demanda de se coucher rapidement, non sans interroger Diane : "Alors ça c'est bien passé pendant que je n'étais pas là ?"
Percevant ce début de conversation, alors que je faisais semblant de dormir, je me suis relevée à mon tour pour veiller à ce que ma petite soeur ne parle pas trop...
Je pense que j'ai eu raison car, en arrivant dans la chambre des petites, j'entendis Diane commencer une phrase : "Euh, tu sais, euh, Maman, eh bien Christine euh..."
Je coupai la parole de soeurette en disant : "Euh, oui, Diane et moi, on a été très sages, c'est ce que tu veux dire ?"
Surprise par mon arrivée, soeurette se ravisa et préféra confirmer mes dires plutôt que de ne pas tenir sa langue et d'annoncer mon dernier exploit scolaire...
Maman n'insista pas, nous demandant de nous coucher, ce que nous fîmes avant qu'elle ne vienne nous embrasser et souhaiter bonne nuit.
De retour dans ma chambre, je poussai de grands soupirs. Je l'avais échappé belle, car j'imagine bien que si je n'étais pas arrivée, Diane n'aurait pas hésité à me dénoncer à Maman. Je comprenais donc qu'il ne faudrait pas tarder le lendemain si je voulais éviter ce que Maman aurait très mal pris...
Alors que nous étions couchées, et que Maman était redescendue se faire chauffer de l'eau pour sa tisane du soir, avant d'aller à son tour dormir, j'entendis que cela chuchotait dans la chambre des petites. Je ne comprenais pas tout, mais Diane avait le ton de la confidence, et Aline semblait la presser de questions. Ce n'était pas la peine de me faire un dessin. J'en étais sûre et certaine : Diane était en train de mettre Aline dans la confidence, et mes deux soeurs allaient s'endormir en plaignant peut-être par compassion leur grande soeur, mais en se disant sûrement qu'il y allait y avoir du grabuge le lendemain à la maison, et que Christine pouvait préparer ses fesses...


Cela chuchotait dans la chambre des petites. Je n'entendais
pas les paroles, mais je devinais que Diane devait raconter à Aline
les nouveaux "exploits" scolaires de leur grande soeur...
Et les deux gamines d'imaginer déjà
que j'allais devoir préparer mes fesses...  

En remontant, Maman devina que cela chuchotait chez les petites, et elle intervint les menaçant : "C'est bientôt fini vos messes basses ? Je ne veux plus rien entendre, sinon cela pourrait barder..." Cela calma les deux comploteuses, mais n'arrangea pas mon état de nervosité... Je n'avais aucune envie que Maman soit déjà énervée par les petites quand il faudrait que je rentre en scène...
Je me sentais toute électrique et j'eus beaucoup de mal à m'endormir, la tête peuplée d'images et de souvenirs claquants...
Par deux fois, je me suis même réveillée en cours de nuit. Les deux fois, j'allai sans bruit faire pipi, sans en avoir vraiment envie, mais comme pour me détendre les jambes. La seconde fois, c'était le milieu de la nuit, et je repassai par la salle de bain pour prendre un verre d'eau au robinet et boire deux ou trois gorgées, ayant le gosier sec, de par l'émotion.
Même si j'avais essayé de ne pas faire de bruit, mon manège avait été repéré par Maman, toujours aux aguets, même en dormant, comme toute mère attentive.
Je la vis arriver dans la pénombre, et elle alluma la petite lampe du couloir : "Ca ne va pas, Christine ? Tu es malade ?", s'inquiéta-t-elle. Je répondis que non, que j'avais juste soif, mais mes mots étaient hésitants et Maman remarqua mon trouble. "Il y a quelque chose qui ne va pas, ma grande ? Dis-le à Maman !" insista-t-elle. Je bafouillai : "Euh, bah, euh, non, euh, enfin, euh..." J'étais à deux doigts de lâcher le morceau, d'éclater en sanglots et de tout avouer, pour me soulager...
Mais, Maman qui savait comme lire dans mes pensées, reprit la parole : "Bon, je vois bien que tu as encore une mauvaise nouvelle à m'annoncer. Tu as ta tête des mauvais jours, Christine. Mais, on ne va pas discuter à 2 heures du matin. Allez, file au lit, il sera bien temps d'en parler demain matin. Je ne veux pas savoir ce que tu n'as pas osé me dire ce soir en rentrant du collège, mais j'espère que tu auras de bons arguments, sinon ça va très mal aller, tu sais..."    
Je ne pus retenir un gros sanglot, mais Maman m'attira contre elle, me serra un instant, puis me prit par la main pour me ramener dans mon lit.
Je me laissai faire, Maman agissant avec une douceur contrastant avec mes craintes. Elle me reborda, et je débutai une phrase : "Euh, Maman, tu sais, je, enfin, j'ai..."
Mais, elle me mit son index droit sur ma bouche, en disant : "Chut, ce n'est pas le moment, Christine. Il est l'heure de dormir. On ne va pas réveiller tes soeurs. Bonne nuit et à demain matin, on aura tout le temps de régler nos petites affaires..."


Maman avait compris que j'avais une mauvaise nouvelle à lui annoncer.
Mais, ce n'était pas le moment, en pleine nuit, pour les explications...
Le doigt sur la bouche, elle me fit taire, remettant la discussion
au lendemain matin, non sans laisser entendre
que cela risquait fort de très mal aller... 

Puis, Maman quitta ma chambre, en soupirant : "Ah, tu m'en auras fait voir, toi..." Un commentaire qui montrait qu'elle avait bien conscience que ce que j'avais à dire ne serait pas une bonne nouvelle...
Emotionnellement remuée par ce moment étrange, par ce demi-aveu qui n'en était pas un, par ce calme maternel et la sensation, une fois encore, qu'elle lisait dans mes pensées, je plongeai dans le sommeil, épuisée.
Les quelques mots de Maman, même s'ils n'étaient pas explicites, tournaient dans ma tête. Elle n'avait pas voulu savoir la raison de mon trouble, mais avait déjà bien noté que je n'avais donc "pas osé" lui dire en rentrant du collège, ce qui revenait déjà à rajouter une notion de mensonge et de dissimulation à ses reproches.
Elle avait aussi, et la phrase me revenait sans cesse, ajouté que ce n'était "pas le moment de discuter", que l'on "réglerait nos petites affaires" le lendemain matin, et que l'on n'allait "pas réveiller" mes soeurs...
Rien n'était vraiment dit, mais tout était suggéré... Je savais ce que "discuter" pouvait vouloir dire, comme je n'ignorais pas la manière maternelle de "régler nos petites affaires". Bien sûr, j'aurais pu finir ma phrase d'aveu, quand elle m'a mis le doigt devant la bouche, et ces mots je les aurais prononcés à voix basse, à voix craintive... Donc, sans que cela ne puisse sûrement "réveiller mes soeurs..."  Mais, si Maman avait évoqué ce possible "réveil" d'Aline et Diane, c'est bien qu'elle pensait au delà de l'aveu que j'allais faire, à ce que cela me vaudrait immanquablement...


Je n'avais pas encore annoncé la teneur de la nouvelle à Maman,
mais elle savait déjà que je lui avais cachée au retour du collège... 
Ce qu'elle ne manquerait pas de me faire payer...
Mes soeurs, elles, allaient guetter la suite...
Chacun comprendra que mes cauchemars de cette nuit
m'entrainèrent sur les genoux maternels
pour des déculottées en quelque sorte prémonitoires...   

Alors, on imagine aisément que mon sommeil fut peuplé de cauchemars... Quelque part, Brigitte et Babette n'avaient pas eu raison en me prédisant une fessée du soir même, mais dans la maisonnée, chacun y pensait déjà. Diane et Aline savaient pour ma colle, et étaient presque pressées d'être déjà à demain. Maman, elle, avait deviné qu'il allait encore falloir "s'occuper" de son ainée et se motivait déjà pour que la leçon soit exemplaire...
Et, moi, je me voyais à l'avance devoir aller vers Maman, devoir annoncer la nouvelle, en ne doutant plus une seule seconde qu'une tannée magistrale marquerait ce fichu samedi...


A SUIVRE