SUITE 6
Deux BN et un verre de lait m'attendaient sur la table de la cuisine. J'aurais dû être contente. Maman n'était pas trop gâteaux tout faits, et nous avions la plupart du temps des tartines de vrai pain, avec beurre et confiture, ou compote, les BN et autres produits industriels n'étant que pour quelques jours de ci de là, notamment pour nous faire plaisir.
Ce 23 mai, ils ne me consolaient pas de ma triste position. Et même des BN, j'avais du mal à les avaler.
Maman était rentrée avec une pile de linge sec et s'installa sur la table de la salle à manger pour trier ce qui était à repasser et ce qui était à ranger directement.
"Tu n'as pas encore fini ton goûter, Christine. Décidément, tu es bien lente ce soir... Allez, dépêche-toi. Tu mettras ton verre dans l'évier et tu viendras me voir. Je t'attends dans le salon..." avait-elle lancé au passage.
Dans le salon, maintenant ? C'était ce qui ressortait de sa phrase. J'aurais préféré qu'elle dise : on en parlera ce soir, dans ta chambre, avant de dormir. Mais, ce n'étaient hélas pas les désidérata d'une Christine qui faisaient la loi à la maison...
Et puis, depuis que je craignais ce moment, j'étais devenue fataliste, j'avais presque envie qu'on en finisse.
Le salon, cela faisait plus solennel que ma chambre, mais tant que mes soeurs jouaient dehors, cela restait assez intimiste, et mieux valait ne pas trop faire attendre Maman dans ce cas.
J'avais la gorge sèche, et les trois dernières gorgées de lait tiède m'ont fait du bien, petit moment de douceur précédant l'orage.
J'hésitais à sortir de la cuisine, à faire les quelques pas vers le salon. J'aurais voulu arrêter le temps, ou alors être déjà à demain. Mon regard se posa sur le grand calendrier accroché au mur à côté du réfrigérateur. Un de ces calendriers qui affichent six mois de l'année et qu'on retourne en été. Maman y inscrivait certaines dates, comme des pense-bête. Des rendez-vous pris à l'avance chez le médecin, des dates de vacances, etc.
Je regardai ces dernières semaines. Il y avait "Coiffeur" le 10 mai, Voyage scolaire Diane le 15 juin, etc. Et puis, tiens, "Christine à l'anniversaire d'Anne" dans la case du 16 avril...
Mais, pour moi, c'était surtout ce qui m'attendait au retour qui restait dans ma mémoire... A quoi je pensais depuis que j'avais cassé le feutre...
Aujourd'hui, à la case du 23 mai, il n'y avait rien, il n'y aurait rien, mais moi dans ma tête je la marquais d'une croix...
"Christine, qu'est-ce que tu fabriques ?", la voix maternelle me sortit de ma torpeur rêveuse ou plutôt cauchemardeuse...
"Euh, j'arrive, Maman, j'arrive..." dis-je en me dirigeant vers le salon-salle à manger. Maman y était assise sur une chaise qu'elle tourna et dégagea de la table sans se relever totalement.
Je m'arrêtai en voyant qu'elle me présentait ses genoux. D'un index, elle faisait le geste m'invitant à venir vers elle.
"Maman, s'il te plait, tu sais, euh, je te demande pardon, je ne voulais pas, euh, tacher tes vêtements..." plaidais-je avec une voix doucereuse et sanglotante.
"Christine, allez, viens ici, il n'y a rien à discuter. Tu as largement mérité cette fessée et tu sais bien que tu n'y échapperas pas. Alors, ne m'énerve pas davantage.." répliqua-t-elle d'un ton sec et courroucé.
J'aurais plutôt d'habitude encore chigné et me serais faite prier davantage avant de venir vers elle, mais là, peut-être consciente de l'étendue des dégâts de ma bêtise, je me suis approchée tête basse comme un mouton obéissant.
A peine ai-je eu une sensation de vertige, de trouille avant de plonger en travers de ses cuisses, attirée d'un bras ferme par Maman qui m'avait attrapé le poignet.
Je n'ai même pas dit un mot tant qu'elle dégagea ma jupe, la remontant bien dans mon dos, et je me surpris à ne pas tenter de dégager mon bras pour essayer de l'empêcher de baisser ma culotte. Non, j'ai seulement psalmodié un "Non, non, Oh, Maman, non, non" presque timide, presque à mi-voix, sans conviction.
"Oh, si Christine, oh que si...", répondit Maman à qui ma semi-passivité ne devait pas déplaire, et qui en profitait pour parfaire son oeuvre, pour dégager parfaitement la cible de son courroux, pour prendre le temps de bien me mettre en position avant de donner les premières claques...
"Ah, tu l'as bien cherchée, celle-là, Christine. Mais, tu ne vas pas être déçue, crois-moi", dit-elle, toujours sans avoir levé la main pour l'abattre sur ma lune qui tremblait, encore toute blanche et sans plus aucune protection...
Je tentai de l'amadouer : "Oh, Maman, ne sois pas trop dure. C'est une grosse bêtise, oui, mais je suis sage depuis longtemps, tu sais".
Comme toujours, mon argument tomba à plat...
"Oh, ce n'est pas une raison, ma fille. Je veux bien admettre que cela fait quelque temps que tu as échappé à la fessée, mais il s'en est fallu de peu deux ou trois fois. C'est même à se demander, pour avoir fait une telle bêtise, si cela ne te manquait pas. Eh bien, je vais te rafraichir la mémoire si tu ne te rappelles plus ce que c'est qu'une bonne fessée, Christine..."
J'aurais mieux fait de me taire finalement, ce rappel que je n'en avais pas reçue depuis un certain temps ne faisait que remonter la détermination maternelle.
Parce que me rappeler, ça oui, je me rappelais, et n'avait pas besoin d'une nouvelle fessée pour me souvenir de la dernière. Maman, elle, ne l'avait peut-être pas précisément en tête, mais moi je me voyais comme si c'était hier, ce 16 avril au soir, dans ma chambre, pyjama baissé, déculottée sur les genoux maternels.
Cela faisait un mois et sept jours, et mes fesses étaient écarlates, brûlantes, claquées méthodiquement. 37 jours plus tard, mes fesses étaient à nouveau offertes à la dextre maternelle, encore blanches, encore fraiches, mais plus que pour quelques instants... Ca y est, la si longue pause s'achevait dans un bruit mat... La fessée, ma fessée tombait, enfin, oserais-je dire...
Je serrai les dents, alors que les claques pleuvaient. Maman était remontée, décidée à donner une fessée mémorable. Je le savais, je le sentais dès les premières claques, il y avait de l'application, de la volonté de corriger sa fille comme elle le méritait.
Je tentais de retenir mes larmes, j'étouffais au maximum mes cris, ne voulant pas rameuter mes soeurs, ni alerter le quartier.
Comme dans ces cas où la punie a conscience qu'elle ne l'a pas volée cette fessée, je prenais l'averse avec une sorte de dignité, tant que la douleur ne me faisait pas passer au registre des cris aigus.
L'histoire était moins "parlante" qu'entre d'autres moments, même si la fessée s'entrecoupait de ces petits monologues maternels rappelant la faute, répétant que j'allais m'en souvenir, etc., etc.
C'était une fessée marquante, longue et précise, me "tannant" le moindre centimètre carré de mes rondeurs jumelles...
Après de longues minutes, Maman desserra un peu l'étreinte, mais sans me relâcher. Comme si elle jaugeait son oeuvre, se demandait si cela suffisait. Je restai immobile. Je sentais qu'il valait mieux ne rien dire, mais un "Maman, snif, snif, ça suffit, snif" m'échappa, et lui permit de rebondir...
"Tais toi, Christine. Ce n'est pas toi qui commande. Ah, tu l'as bien méritée cette fessée. Pour ta bêtise et pour m'avoir menti... Quand je pense que tu m'as caché ça, au lieu de me le dire. Si encore, tu m'en avais parlé avant que ça sèche, au lieu de le dissimuler. Franchement, je me demande quand tu comprendras Christine. Ah, je voyais bien depuis ce week-end, peut-être même depuis vendredi que tu n'avais pas la conscience tranquille. Je te sens, Christine, et malgré ça, tu continues à faire tes cachotteries en croyant que tu échapperas à ce que tu mérites... Mais, non, tu vois, Maman arrive toujours à savoir... Ah, Christine, rien que pour ça, tu mériterais une autre volée..."
Et, me bloquant à nouveau complètement, Maman se remit à claquer ma lune, avec une énergie renouvelée. C'était moins précis, moins appliqué qu'avant sa tirade, mais on sentait une colère rentrée qui s'exprimait, me donnant un supplément de claques plus que généreux, presque comme une fessée supplémentaire. Surprise par cette ardeur nouvelle au moment où je m'attendais à être libérée, à être débarrassée, je réagis plus vivement qu'avant, me mettant à crier, ne pouvant retenir mes gémissements, mes protestations, il est vrai que cette claquée finale s'abattait sur une lune déjà écarlate et qu'elle avait une vivacité propre à raviver la douleur.
Je gigotais sans pouvoir empêcher Maman de parachever sa correction. Elle, bien décidée à ce que la leçon soit retenue, claquait et claquait encore en menaçant : "Ah, Christine, j'en ai assez de tes mensonges. Tiens, tiens, tiens et tiens, et ça sera ainsi à chaque fois que tu me mentiras. Réfléchis bien avant de recommencer, sinon je n'ai pas fini de m'occuper de tes fesses..."
La "bonne fessée" annoncée tournait à la "tannée mémorable" et s'achevait par l'épuisement des combattants. Le bras de Maman décocha encore quelques dernières claques que je reçus sans plus même me débattre, calmée que j'étais par cette volée.
En détournant la tête vers la porte-fenêtre du salon, au moment où Maman desserrait son étreinte et tapotait ironiquement ma lune rougie en disant "Allez, c'est fini, rhabille-toi", j'aperçus deux têtes collées contre la vitre. Aline et Diane regardaient la scène avec des grands yeux pétillants. Depuis quand étaient-elles en position de guet ? Je ne le savais pas, mais je me doutais bien qu'elles n'avaient pas dû louper grand-chose, d'autant que la fenêtre proche était entrouverte et devait diffuser aussi la bande son, si j'ose dire.
Quand Maman, qui leur tournait le dos, se releva de sa chaise, les petites disparurent. Sûr qu'elles avaient emmagasiné de quoi se moquer de leur ainée un bon moment...
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samedi 16 juillet 2011
mardi 12 juillet 2011
Le beau temps ne dure pas éternellement... (5) La crainte était (hélas) fondée
SUITE 4
Je m'étais couchée avec cette angoisse en tête. Demain, lundi, jour de classe après le week-end, jour où Maman était tranquille pour vaquer à ses tâches ménagères, lundi serait forcément jour de lessive, et donc de découverte de mon dernier exploit...
Du 16 avril, jour d'anniversaire d'Anne, hélas ponctué de retour à la maison par une fessée mémorable, à ce 23 mai que nous serions demain, cela faisait donc un mois et sept jours que j'échappais aux foudres maternelles.
Et, cette fois, je me doutais bien que ma météo personnelle prévoyait un orage carabinée. Car, même si, à bien réfléchir, ma faute n'était qu'une succession de mauvais réflexes, le fait d'avoir depuis ces 37 jours frôlé à plusieurs reprises une nouvelle explication avec Maman, ne rendait que plus infime encore ma chance d'y échapper.
Tournant et me retournant sur mon lit, en cette soirée de fin de printemps assez moite, j'avais du mal à m'endormir. Jusqu'à ce que l'éclair surgisse : la possibilité d'une échappatoire...
Que n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Il suffirait demain matin d'enlever discrètement du panier à linge les quatre pièces de vêtement souillées par le feutre indélébile pour faire disparaître ma faute.
Je gagnerais au moins du temps, et je m'endormis en pensant que j'avais trouvé la solution.
Hélas, le lendemain matin, je ne fus jamais tranquille. Il aurait fallu être seule, fouiller la panière de fond en comble, récupérer les vêtements, réussir à les sortir de la salle de bains sans se faire remarquer, puis les cacher en lieu sûr...
Un matin de classe avec nous trois à passer à la salle de bain et Maman sur le dos, c'était mission impossible...
Il y avait encore une chance que Maman ne se mette pas à faire ses lessives le matin, et que je puisse intervenir à midi.
Je rentrai quand même pas rassurée pour un sou, imaginant que ma bêtise avait peut-être été déjà découverte...
Le sourire maternel à mon arrivée m'ôta un gros poids. Cela montrait bien que Maman n'avait encore rien vu.
Je jouai les innocentes, trop contente que l'orage ne soit pas encore en vue...
Avant de repartir au collège, je prétextai un livre oublié pour remonter et tenter de vider la panière de la salle de bains. Mais, à peine y étais-je que j'entendis le pas de Maman dans l'escalier.
Je dus donc filer dans ma chambre prendre un livre au hasard pour ne pas me démasquer...
Maman, elle, allait dans la salle de bains, justement pour prendre de quoi faire une première machine. Elle avait changé nos draps et emplit une corbeille complète avec.
"Avec tout ce qu'il y a, j'ai bien trois tournées de machine à laver à faire", commenta Maman, en me croisant. "Allez, Christine, il est l'heure, ce n'est pas le moment d'être en retard en cours. File, ma chérie, à tout à l'heure".
J'hésitai un instant, j'avais envie d'avouer, mais c'était si simple de filer et de gagner du temps avant qu'elle ne se mette en colère. J'ai donc tourné les talons et filé, gardant l'image de Maman, son panier à linge sous le bras... Avant d'en remplir d'autres...
Inutile de dire que l'après-midi en cours n'a pas été très studieuse. Je faisias semblant d'écouter, mais j'avais d'autres idées en tête, et elles n'étaient pas gaies...
Par chance, aucun prof ne m'a interrogée et j'ai évité le pire. Dans ce genre de période de stress, j'aurais été capable de me récolter deux heures de colle, ce qui n'aurait fait que doubler la mise de ce qui m'attendait...
Je n'avais aucune envie de rentrer à la maison, mais je n'avais pas le choix...
J'ai pris mon temps, marchant doucement, tête basse, fuyant les copines du quartier qui voulaient faire un bout de chemin ou me raccompagner jusqu'à ma porte. J'avais trop peur de l'accueil pour prendre ce risque.
En arrivant chez nous, j'entendis les cris joyeux de mes soeurs qui jouaient dans le jardin derrière la maison. Je rentrai sans faire de bruit. La maison était silencieuse. Maman était sûrement aussi au jardin.
Avant de signaler mon retour, je n'avais qu'une hâte : monter voir dans la salle de bains, si Maman avait vidé la panière, si mon forfait était découvert...
J'avais le coeur qui battait fort, et il s'arrêta un instant en constatant que tout le linge sale avait disparu...
Tout ou presque, car dans le lavabo rempli d'eau moussante, je reconnus le fond de robe maternelle et mon short tachés qui trempaient. Je compris que Maman essayait de faire disparaître les taches, tentant de détacher l'indétachable...Aïe, aïe, aïe, le suspense n'avait plus lieu d'être. Tout était découvert. En ressortant, les jambes flageolantes, je posai mes affaires dans ma chambre. Sur la table de mon bureau, trônait un petit sac plastique transparent. Maman y avait mis le feutre cassé...
Elle aurait pu le jeter directement, mais en le posant sur mon bureau, c'était comme l'on présente les pièces à conviction, dans des sacs scellés, pour les montrer aux jurés d'un procès.
Le message était clair. Avant même que j'ai à m'expliquer, cela voulait dire : "Christine, c'est ton feutre, Christine, je sais que c'est toi qui as fait ça. Christine, nous allons avoir un compte à régler".
Je ne savais pas quoi faire. Il fallait que je signale ma présence, avant que Maman ne s'inquiète. J'avais déjà dix bonnes minutes de retard. En même temps, aller à sa rencontre, c'était comme marcher vers ce que je craignais...
Allez, courage, Christine. De toute manière, depuis que ce fichu feutre a craqué sous ton pied, tu ne doutes pas de ce qui t'attend... Sois grande, rejoins Maman, l'heure est venue de l'énoncé du verdict. Allez, Christine, prépare tes fesses...
Je m'étais couchée avec cette angoisse en tête. Demain, lundi, jour de classe après le week-end, jour où Maman était tranquille pour vaquer à ses tâches ménagères, lundi serait forcément jour de lessive, et donc de découverte de mon dernier exploit...
Du 16 avril, jour d'anniversaire d'Anne, hélas ponctué de retour à la maison par une fessée mémorable, à ce 23 mai que nous serions demain, cela faisait donc un mois et sept jours que j'échappais aux foudres maternelles.
Et, cette fois, je me doutais bien que ma météo personnelle prévoyait un orage carabinée. Car, même si, à bien réfléchir, ma faute n'était qu'une succession de mauvais réflexes, le fait d'avoir depuis ces 37 jours frôlé à plusieurs reprises une nouvelle explication avec Maman, ne rendait que plus infime encore ma chance d'y échapper.
Tournant et me retournant sur mon lit, en cette soirée de fin de printemps assez moite, j'avais du mal à m'endormir. Jusqu'à ce que l'éclair surgisse : la possibilité d'une échappatoire...
Que n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Il suffirait demain matin d'enlever discrètement du panier à linge les quatre pièces de vêtement souillées par le feutre indélébile pour faire disparaître ma faute.
Je gagnerais au moins du temps, et je m'endormis en pensant que j'avais trouvé la solution.
Hélas, le lendemain matin, je ne fus jamais tranquille. Il aurait fallu être seule, fouiller la panière de fond en comble, récupérer les vêtements, réussir à les sortir de la salle de bains sans se faire remarquer, puis les cacher en lieu sûr...
Un matin de classe avec nous trois à passer à la salle de bain et Maman sur le dos, c'était mission impossible...
Il y avait encore une chance que Maman ne se mette pas à faire ses lessives le matin, et que je puisse intervenir à midi.
Je rentrai quand même pas rassurée pour un sou, imaginant que ma bêtise avait peut-être été déjà découverte...
Le sourire maternel à mon arrivée m'ôta un gros poids. Cela montrait bien que Maman n'avait encore rien vu.
Je jouai les innocentes, trop contente que l'orage ne soit pas encore en vue...
Avant de repartir au collège, je prétextai un livre oublié pour remonter et tenter de vider la panière de la salle de bains. Mais, à peine y étais-je que j'entendis le pas de Maman dans l'escalier.
Je dus donc filer dans ma chambre prendre un livre au hasard pour ne pas me démasquer...
Maman, elle, allait dans la salle de bains, justement pour prendre de quoi faire une première machine. Elle avait changé nos draps et emplit une corbeille complète avec.
"Avec tout ce qu'il y a, j'ai bien trois tournées de machine à laver à faire", commenta Maman, en me croisant. "Allez, Christine, il est l'heure, ce n'est pas le moment d'être en retard en cours. File, ma chérie, à tout à l'heure".
J'hésitai un instant, j'avais envie d'avouer, mais c'était si simple de filer et de gagner du temps avant qu'elle ne se mette en colère. J'ai donc tourné les talons et filé, gardant l'image de Maman, son panier à linge sous le bras... Avant d'en remplir d'autres...
Inutile de dire que l'après-midi en cours n'a pas été très studieuse. Je faisias semblant d'écouter, mais j'avais d'autres idées en tête, et elles n'étaient pas gaies...
Par chance, aucun prof ne m'a interrogée et j'ai évité le pire. Dans ce genre de période de stress, j'aurais été capable de me récolter deux heures de colle, ce qui n'aurait fait que doubler la mise de ce qui m'attendait...
Je n'avais aucune envie de rentrer à la maison, mais je n'avais pas le choix...
J'ai pris mon temps, marchant doucement, tête basse, fuyant les copines du quartier qui voulaient faire un bout de chemin ou me raccompagner jusqu'à ma porte. J'avais trop peur de l'accueil pour prendre ce risque.
En arrivant chez nous, j'entendis les cris joyeux de mes soeurs qui jouaient dans le jardin derrière la maison. Je rentrai sans faire de bruit. La maison était silencieuse. Maman était sûrement aussi au jardin.
Avant de signaler mon retour, je n'avais qu'une hâte : monter voir dans la salle de bains, si Maman avait vidé la panière, si mon forfait était découvert...
J'avais le coeur qui battait fort, et il s'arrêta un instant en constatant que tout le linge sale avait disparu...
Tout ou presque, car dans le lavabo rempli d'eau moussante, je reconnus le fond de robe maternelle et mon short tachés qui trempaient. Je compris que Maman essayait de faire disparaître les taches, tentant de détacher l'indétachable...Aïe, aïe, aïe, le suspense n'avait plus lieu d'être. Tout était découvert. En ressortant, les jambes flageolantes, je posai mes affaires dans ma chambre. Sur la table de mon bureau, trônait un petit sac plastique transparent. Maman y avait mis le feutre cassé...
Elle aurait pu le jeter directement, mais en le posant sur mon bureau, c'était comme l'on présente les pièces à conviction, dans des sacs scellés, pour les montrer aux jurés d'un procès.
Le message était clair. Avant même que j'ai à m'expliquer, cela voulait dire : "Christine, c'est ton feutre, Christine, je sais que c'est toi qui as fait ça. Christine, nous allons avoir un compte à régler".
Je ne savais pas quoi faire. Il fallait que je signale ma présence, avant que Maman ne s'inquiète. J'avais déjà dix bonnes minutes de retard. En même temps, aller à sa rencontre, c'était comme marcher vers ce que je craignais...
Allez, courage, Christine. De toute manière, depuis que ce fichu feutre a craqué sous ton pied, tu ne doutes pas de ce qui t'attend... Sois grande, rejoins Maman, l'heure est venue de l'énoncé du verdict. Allez, Christine, prépare tes fesses...
A SUIVRE
mardi 5 juillet 2011
Le beau temps ne dure pas éternellement... (4) Une angoise inavouable...
SUITE 3
Hormis ces conversations crispantes entre Maman et Mamie sur les exploits de moi et mes soeurs, nous étions bien dans le parc et, mes soeurs jouant calmement, le moment se prolongea.
Tranquille dans mon coin, fatiguée d'une semaine de travail, et d'une nuit qui n'avait pas été vraiment réparatrice, de par la faute de mon stress, je fermai les yeux allongée dans l'herbe. J'ai dû même dormir une petite demi-heure, avant de me réveiller en sursaut, la mine apeurée, et poussant un petit cri.
Maman se retourna et me demanda : "Qu'est-ce qu'il y a Christine ? Tu as été piquée ? Ou tu fais un cauchemar ?"
Je ne répondis pas, rouvrant grand mes yeux et cherchant à m'ôter de la tête une vision de cauchemar... C'est vrai que je venais de faire un mauvais rêve, et m'étais réveillée en sursaut alors que je me voyais allongée sur les genoux maternels, culotte baissée, la main de Maman claquant ma lune rosissante...
Heureusement, ce n'était qu'un mauvais rêve, mais il avait été entretenu par les mots de Maman tout à l'heure. Je m'en rappelais la moindre virgule : "Ma grande a toutes les qualités du monde quand elle le veut bien... Sauf que le naturel revient vite au galop et qu'il faut savoir réagir. Et Christine sait bien ce que je veux dire..."
Oh, que oui, que je le savais... Et que je le craignais pour les heures à venir...
De fait, ma trouille venait de la veille. J'étais allée faire les courses avec Maman en ville, et nous avions acheté des corbeilles dans un bazar. Près de la caisse, j'avais vu des feutres à encre permanente et convaincu Maman d'en acheter un noir et un rouge, afin de marquer des affaires de sport et aussi des cassettes audio.
J'avais pris les marqueurs et les avais mis dans ma poche de short, malgré les recommandations de Maman de faire attention, car "comme taches, c'est mortel".
Mais, jouant la grande, j'avais promis de faire attention et de m'en servir prudemment.
Rentrée à la maison, vendredi soir, je m'étais mise à effectuer mes marquages, gardant ensuite les feutres bien en poche, pour ne pas que mes soeurs me les prennent...
Après le diner, je m'étais mise en pyjama, laissant trainer par terre mes habits du jour, avec la consigne de les mettre au sale ensuite. Mais, allant et venant en chaussons dans ma chambre, j'ai marché par inadvertance sur mon short, provoquant un "crac" qui n'était pas de bon augure. Le feutre rouge était brisé et mon short affichait une belle auréole foncée, mélange du bleu du tissu et du rouge de l'encre.
N'ayant pas envie d'avouer cette petite gaffe à Maman, j'ai vite ramassé mes habits du jour et mis le tout dans la panière à linge, imaginant que l'on pourrait croire que le feutre se serait brisé dans la machine...
Hésitant à laisser cela ainsi ou à retirer le stylo, je me retournais dans mon lit en n'étant pas tranquille. Me relevant, alors que les petites dormaient, pour aller boire un peu d'eau, j'ai regardé à nouveau le fruit de mes exploits.
Et, là, je n'ai plus ri du tout, si tant est que la situation aurait pu me faire sourire, ce qui n'était pas le cas...
Le feutre toujours dans la poche du short bleu tout taché avait continué à couler. Et il avait souillé plusieurs pièces du linge entassé dans la panière...
Il y avait un fond de robe en soie de Maman qui était rougi sur vingt centimètres, une paire de socquettes d'Aline et, bien plus grave encore, le haut de mon survêtement blanc presque tout neuf qui était largement taché, la matière ayant servi d'éponge en quelque sorte.
Bref, ma bêtise initiale s'était muée en catastrophe, et si l'encre était aussi indélébile que Maman le prétendait, tout était irrécupérable...
J'ai replacé le tout bien au fond du panier à linge sale, me disant que Maman ne faisant guère de machine le week-end, j'allais gagner du temps et pouvoir essayer de trouver une explication, mais j'imaginais déjà que ce serait mission impossible...
Vous comprenez donc pourquoi ce dimanche passé chez Mamie et cette journée loin de la maison et de la machine à laver était comme un sas avant une explication qui me pendait au nez.
Une explication qui, mon cauchemar en témoignait, avait déjà dans mon esprit une forme bien déterminée, et tant redoutée...
Après deux bonnes heures passées au parc et avant l'heure du diner, nous avons quitté Mamie pour rentrer à la maison. Nous étions dimanche soir, il fallait se coucher tôt pour l'école du lendemain, et dès le dîner avalé Maman nous fit vite mettre en pyjama. Elle vint ensuite dans nos chambres, sortit les affaires que nous allions mettre lundi matin, récupéra nos vêtements du jour pour les mettre au sale, faisant monter le tas dans la panière posée dans un coin de la salle de bain.
"Avec tout cela, j'aurai bien trois tournées de machine à faire demain... Et autant de repassage ensuite... Ah, je vais avoir de quoi m'occuper", commenta Maman alors que j'étais en train de me brosser les dents.
J'ai eu la tentation de profiter du moment pour avouer ce que j'avais fait, et je balbutiai un "Maman", un rien plaintif. Son, "Qu'est-ce qu'il y a encore ?" me fit peur. Cela n'était pas le moment, du moins en jugeai-je ainsi. Même si, devant mon silence, Maman sortit de la salle de bain en commentant à voix haute. "Oh, je ne sais pas ce que tu mijotes, Christine, mais je n'aime pas quand je te sens comme ça, pas dans ton assiette. J'espère vraiment pour toi que tu ne me prépares un mauvais tour... Sinon, ça va aller mal, ma fille..."
J'étais verte. Une fois de plus, elle sentait que je lui cachais quelque chose... Et je comprenais que je m'enferrais dans une attitude qui n'arrangeait rien...
Une explication qui, mon cauchemar en témoignait, avait déjà dans mon esprit une forme bien déterminée, et tant redoutée...
Après deux bonnes heures passées au parc et avant l'heure du diner, nous avons quitté Mamie pour rentrer à la maison. Nous étions dimanche soir, il fallait se coucher tôt pour l'école du lendemain, et dès le dîner avalé Maman nous fit vite mettre en pyjama. Elle vint ensuite dans nos chambres, sortit les affaires que nous allions mettre lundi matin, récupéra nos vêtements du jour pour les mettre au sale, faisant monter le tas dans la panière posée dans un coin de la salle de bain.
"Avec tout cela, j'aurai bien trois tournées de machine à faire demain... Et autant de repassage ensuite... Ah, je vais avoir de quoi m'occuper", commenta Maman alors que j'étais en train de me brosser les dents.
J'ai eu la tentation de profiter du moment pour avouer ce que j'avais fait, et je balbutiai un "Maman", un rien plaintif. Son, "Qu'est-ce qu'il y a encore ?" me fit peur. Cela n'était pas le moment, du moins en jugeai-je ainsi. Même si, devant mon silence, Maman sortit de la salle de bain en commentant à voix haute. "Oh, je ne sais pas ce que tu mijotes, Christine, mais je n'aime pas quand je te sens comme ça, pas dans ton assiette. J'espère vraiment pour toi que tu ne me prépares un mauvais tour... Sinon, ça va aller mal, ma fille..."
J'étais verte. Une fois de plus, elle sentait que je lui cachais quelque chose... Et je comprenais que je m'enferrais dans une attitude qui n'arrangeait rien...
En sortant à mon tour de la salle de bain, j'ai croisé le regard de mes soeurs qui se retenaient de pouffer de rire ouvertement. Elles sentaient que leur grande soeur filait un mauvais coton et, comme cela faisait longtemps qu'elles n'avaient plus eu d'épisodes claquants à guetter, Aline et Diane bichaient intérieurement...
Heureusement que l'heure était de dormir, que Maman vint vite éteindre, sans que j'ose profiter de l'instant pour libérer ma conscience. Je me disais qu'au point où j'en étais, mieux valait attendre qu'elle ne découvre elle-même le fruit de mes exploits...
Ce dimanche soir-là, comme la veille, mon sommeil fut agité. J'avais hâte de quitter la maison pour aller au collège, histoire de ne pas être là quand Maman s'occuperait du linge. Pour essayer de me changer d'idées aussi. Mais, cette histoire qui me minait depuis vendredi soir me siscitait des réflexions diverses et contradictoires.
J'étais toujours persuadée que gagner du temps était positif, mais je me disais aussi que j'avais été idiote. Si j'avais appelé Maman au moment où j'avais seulement taché mon short, j'aurais certainement pris une gifle, voire une fessée expresse sur le coup de la colère, sur l'idée de "Ah, je t'avais bien prévenue, etc."
Mais, mon vieux réflexe de cacher, de mentir pour gagner du temps, m'avait amené à tout faire empirer. Le short foutu, ce n'était pas un drame, les socquettes non plus, mais le fond de robe en soie de Maman et mon survêtement blanc en prime, là c'était une perte importante, une bêtise de gamine devenue une énorme boulette...
Ajoutez à cela les réflexions maternelles, les demi-menaces des dernières heures, et je prenais conscience que mon avenir passait par les genoux maternels...
Allait-elle faire ses lessives lundi matin, ou l'après-midi ? C'était la seule incertitude pour moi. Découvrirait-elle la catastrophe avant le déjeuner ou après ? Mais, je savais bien que ce lundi 23 mai se profilait très mal pour moi.
J'imaginais même mes copines me parler de leur soirée à venir. "Tiens, moi, je vais regarder le film sur le deuxième chaîne, Maman voudra bien si j'ai fini mes devoirs", dirait peut-être Anne. Et Laure de renchérir : "Moi, j'ai ma rédac à faire. J'ai pas pu travailler ce week-end, alors je la ferai ce soir".
Et puis, peut-être que Marie-Laure dirait : "Ah, bah, moi, vous savez, c'est comme tous les lundis, moi j'ai gymnastique. Et toi, Christine ?"
J'espérais déjà que ce genre de dialogue n'aurait pas lieu, sinon je devrais cacher mon trouble, jouer les innocentes, faire comme si de rien n'était, alors que dans le plus profond de mon for intérieur, je savais ce qui m'attendait. Mais, j'étais bien sûr trop fière, trop pudique, trop secrète pour partager mes angoisses. Je ne me voyais pas dire à Anne : "La télé, tu rêves. Avec ce que Maman va me mettre, ce sera au lit direct..."
Ni répondre à Marie-Laure : "Ah, toi tu as gym ? Euh, moi, ce soir, c'est fessée !!!"
Heureusement que l'heure était de dormir, que Maman vint vite éteindre, sans que j'ose profiter de l'instant pour libérer ma conscience. Je me disais qu'au point où j'en étais, mieux valait attendre qu'elle ne découvre elle-même le fruit de mes exploits...
Ce dimanche soir-là, comme la veille, mon sommeil fut agité. J'avais hâte de quitter la maison pour aller au collège, histoire de ne pas être là quand Maman s'occuperait du linge. Pour essayer de me changer d'idées aussi. Mais, cette histoire qui me minait depuis vendredi soir me siscitait des réflexions diverses et contradictoires.
J'étais toujours persuadée que gagner du temps était positif, mais je me disais aussi que j'avais été idiote. Si j'avais appelé Maman au moment où j'avais seulement taché mon short, j'aurais certainement pris une gifle, voire une fessée expresse sur le coup de la colère, sur l'idée de "Ah, je t'avais bien prévenue, etc."
Mais, mon vieux réflexe de cacher, de mentir pour gagner du temps, m'avait amené à tout faire empirer. Le short foutu, ce n'était pas un drame, les socquettes non plus, mais le fond de robe en soie de Maman et mon survêtement blanc en prime, là c'était une perte importante, une bêtise de gamine devenue une énorme boulette...
Ajoutez à cela les réflexions maternelles, les demi-menaces des dernières heures, et je prenais conscience que mon avenir passait par les genoux maternels...
Allait-elle faire ses lessives lundi matin, ou l'après-midi ? C'était la seule incertitude pour moi. Découvrirait-elle la catastrophe avant le déjeuner ou après ? Mais, je savais bien que ce lundi 23 mai se profilait très mal pour moi.
J'imaginais même mes copines me parler de leur soirée à venir. "Tiens, moi, je vais regarder le film sur le deuxième chaîne, Maman voudra bien si j'ai fini mes devoirs", dirait peut-être Anne. Et Laure de renchérir : "Moi, j'ai ma rédac à faire. J'ai pas pu travailler ce week-end, alors je la ferai ce soir".
Et puis, peut-être que Marie-Laure dirait : "Ah, bah, moi, vous savez, c'est comme tous les lundis, moi j'ai gymnastique. Et toi, Christine ?"
J'espérais déjà que ce genre de dialogue n'aurait pas lieu, sinon je devrais cacher mon trouble, jouer les innocentes, faire comme si de rien n'était, alors que dans le plus profond de mon for intérieur, je savais ce qui m'attendait. Mais, j'étais bien sûr trop fière, trop pudique, trop secrète pour partager mes angoisses. Je ne me voyais pas dire à Anne : "La télé, tu rêves. Avec ce que Maman va me mettre, ce sera au lit direct..."
Ni répondre à Marie-Laure : "Ah, toi tu as gym ? Euh, moi, ce soir, c'est fessée !!!"
A SUIVRE
mardi 28 juin 2011
Le beau temps ne dure pas éternellement... (3) Une trève dominicale, mais pas dans les pensées
SUITE 2
J'avais finalement pu trouver le sommeil sans trop de difficultés. La perspective d'une journée chez Mamie justifiait dans ma tête le fait d'avoir renoncé à saisir les perches maternelles.
Je me disais que les habituelles conversations sur la santé et l'éducation des enfants n'auraient pas à se nourrir d'un épisode qu'aurait constitué une fessée reçue la veille au soir.
J'abordais donc cette journée dominicale de façon guillerette.
Arrivée chez Mamie, je profitai de mon statut d'ainée de ses petites-filles, de grande et plus ou moins chouchoute de ma grand-mère.
Avant même de passer à table, alors que j'avais pris place avec bonheur à côté de Mamie, l'apéritif (et le jus de fruit pour les enfants) tourna vite à quelques propos sur les deux dernières semaines écoulées sans voir ma grand-mère.
Maman admit que ses filles avaient été plutôt sages, et que ce dernier trimestre commençait bien, surtout pour Diane et Christine.
Assise en face de moi, je voyais Aline baisser les yeux et faire semblant de ne pas entendre...
Maman expliqua que "c'était plus dur avec Aline qui ne mettait pas beaucoup de bonne volonté pour apprendre ses leçons". Et d'ajouter : "C'est pourtant le trimestre où il ne faut pas se relâcher. C'est important pour ne pas risquer de redoubler".
Mamie à son habitude défendit ses petites-filles, rétorquant qu'il fallait tenir compte des capacités différentes de chacune selon les matières : "Elles ne peuvent pas être bonnes partout".
Maman le concéda, mais ajouta : "Je ne lui demande pas d'être première, mais au moins de travailler correctement chaque matière. Or, Aline a tendance à ne pas faire d'efforts là où elle est moins à l'aise. Et, ça, je ne peux pas le tolérer, tu le comprends bien..."
Mamie plaida quand même pour une certaine clémence. Maman répondit : "Etre clémente, tu en as de bonnes, pff. Je considère que je suis compréhensive quand elle a de vraies difficultés, mais pas jusqu'à admettre qu'elle abuse de ma gentillesse. Et quand il faut sévir, je fais ce qu'il faut. Une bonne fessée, il n'y a rien de tel pour qu'Aline redevienne appliquée et assidue."
Ma soeur chignait en entendant ces mots, et je me félicitais à nouveau de ne pas être dans sa situation...
Le repas se passa sans trop guère d'autres allusions, et nous sommes sorties pour aller nous promener dans un parc voisin. Nous nous arrêtâmes près d'un espace de jeux, où mes soeurs allèrent jouer. J'avais commencé à vouloir faire de la balançoire avec elles, mais Aline cherchait visiblement à m'attirer des ennuis, se plaignant que je l'embêtais. Je comprenais que, vexée par les confidences maternelles qui la désignait comme l'indisciplinée au milieu de deux soeurs plus calmes (pour le moment), elle aurait bien provoqué quelques réprimandes à notre encontre Diane et moi.
J'ai saisi son jeu et pris conscience qu'il valait mieux ne pas tenter le diable, et ne pas risquer de me faire gronder pour des futilités à un moment où j'encourais des risques plus importants...
Mamie et Maman s'étaient assises sur un banc et devisaient. Je me suis installée sur le talus herbeux à quelques pas près d'elles. Sans en avoir conscience, je me remettais ainsi dans la peau de celle qui joue la grande fille sage et posée.
Mère et fille devisaient de choses et d'autres tout en ayant un oeil sur les petites. Le calme régnait et Mamie le fit remarquer : "C'est quand même agréable quand elles s'amusent gentiment. Tu vois, elles commencent à grandir tes filles. Tu n'es pas sortie de l'auberge, comme on dit, mais tu verras que le temps fait son oeuvre."
Maman dit qu'elle l'espérait en effet, mais qu'il y avait encore bien du travail en perspective.
Mamie essaya de rassurer sa fille, et me cita en exemple : "Tiens, regarde donc Christine. Elle est quand même plus calme qu'elle n'a été. Tu verras, elle te donnera de grandes satisfactions, je l'ai toujours su".
Maman modéra l'enthousiasme de Mamie qui m'avait été droit au coeur. Elle répliqua : "Oh, tu sais, il faut se méfier de l'eau qui dort. C'est vrai que ces derniers temps, Christine est moins dissipée en classe. Mais de là à penser que cela durera longtemps, je demande à voir".
Mamie insista : "En tout cas, elle est toute sage aujourd'hui".
Maman mit un bémol : "Parfois, tu sais, quand elle est aussi calme, c'est qu'elle n'a pas la conscience tranquille... Mais je te concède que depuis le début de ce dernier trimestre, cela se passe pour l'instant sans anicroche, ce qui n'a pas été souvent le cas, dans les mois précédents..."
Mamie voulait avoir raison : "Un bon mois sans grosse bêtise, c'est bien que Christine grandit. Elle est plus à même qu'Aline de comprendre combien un dernier trimestre est important. C'est bien ce que je disais".
La réplique maternelle m'a moins plu... "Vu ainsi, tu n'as pas tort, bien sûr. Mais si Christine se tient à carreau, c'est aussi parce que, juste au début de ce trimestre, nous avons eu une sérieuse explication après que j'ai rencontré sa prof d'anglais. Et je pense que Christine n'a pas oublié la fessée qu'elle a reçue, et que cela a calmé notre demoiselle pour un moment..."
Maman s'était retournée vers moi et me scrutait du coin de l'oeil. Je me sentis rougir. Mamie comprit mon malaise et ne chercha pas à en rajouter. Avant de changer de sujet, Maman compléta son propos : "Enfin, j'aimerais te croire, mais cela ne dure jamais éternellement. En ce moment, c'est plus Aline qui me donne du fil à retordre, mais Diane est à surveiller comme le lait sur le feu. Et puis, si je suis bien contente que Christine me laisse un peu de répit, je sais trop bien ce dont quoi elle est capable. Ma grande a toutes les qualités du monde quand elle le veut bien... Sauf que le naturel revient vite au galop et qu'il faut savoir réagir. Et Christine sait bien ce que je veux dire..."
Maman avait un petit sourire en coin en me regardant. Je me sentais gênée, vulnérable. De ma position je voyais Maman assise. Je voyais ses jambes, ses genoux. Sa main n'était pas encore à pianoter sur ses cuisses comme parfois quand elle m'y invite à venir m'allonger...
Mais, en repensant à mes angoisses, à ce que je savais et qu'elle ignorait encore, j'avais la sensation que Maman me signifiait en langage à peine codé : "Christine, prépare tes fesses, Christine, tu sais ce qui t'attend..."
A SUIVRE
Le beau temps ne dure pas éternellement... (2) Donner le change, ne rien laisser paraître
SUITE 1
Maman avait bien comme un sixième sens. Elle lisait dans nos pensées et comprenait quand quelque chose n'allait pas. J'avais toujours été impressionnée par son sens de l'observation, mais je comprends avec le temps qu'il devait être facile de ressentir les troubles et angoisses de son petit monde, dès l'instant où elle nous avait mis au monde et devait, rien qu'à la façon dont nous respirions deviner si quelque chose clochait.
Sa réflexion en me voyant pensive sur le muret du fond du jardin en était la preuve, et elle m'avait alertée. Si je ne voulais pas qu'elle cherche trop les raisons de mon malaise, mieux valait donner le change et jouer au mieux la fille innocente...
Pas facile, pas facile, cette tâche-là... Surtout quand mes réflexions ne me laissaient plus guère de doute sur mon avenir postérieur...
Le soir, j'avais endossé le rôle de l'ainée serviable. Je m'étais proposée pour mettre la table, et j'avais débarrassé sans rechigner, restant en bas, au lieu de filer dans ma chambre, montrant que je pouvais encore rendre service si nécessaire.
"Merci Christine. Non, tu peux monter. Je vais juste passer un coup de serpillère et tout sera nickel. Je te trouve bien disposée, ma fille. J'espère que tu n'as rien à re reprocher...", commenta Maman.
Je protestai avec une force qui lui a sûrement paru suspecte. "Ah, mais non, mais non, Maman. Je veux juste t'aider".
Assise sur le canapé du salon, elle rétorqua en levant un doigt menaçant : "C'est bien, Christine. Mais, je me méfie quand même. Je sais bien d'expérience que lorsque cela fait quelque temps que tu n'as pas fait des tiennes, il faut s'attendre à de nouveaux exploits... J'espère pour toi que ce n'est pas le cas et surtout que tu ne me caches rien... Tu sais combien je déteste les mensonges, ma chérie. Je serais à ta place, je réfléchirais bien avant d'en faire... Sinon... Sinon... je ne te fais pas de dessin, Christine..."
Je suis montée dans ma chambre sans rien rajouter. Je voulais surtout cacher mon angoisse. J'avais le sentiment que Maman avait tout deviné et que je n'avais pas saisi la perche qu'elle me tendait. La franchise aurait peut-être adouci sa colère, modérer la réaction qu'elle aurait en connaissant mon dernier "exploit" comme elle disait...
Mais, on ne se refait pas. J'étais repartie dans une spirale d'enfermement dans mon besoin de gagner du temps.
Quand Maman est venue nous dire bonsoir et éteindre dans nos chambres, je l'ai embrassé comme d'habitude, mais j'étais à deux doigts d'éclater en sanglots. Heureusement, dans la pénombre, elle ne vit pas mon visage.
Au moment où elle quittait la pièce, j'ai eu un sursaut d'hésitation. J'ai dit : "Euh, Maman..."
Elle s'est retournée et m'a demandé "Quoi, Christine ?".
L'autre partie de moi a rétorqué : "Euh, non, euh, rien, euh, bonne nuit, Maman..."
Je pense que si elle était revenue s'asseoir au bord de mon lit et m'avait demandé : "Qu'est-ce qu'il y a ma chérie ? Tu veux me dire ce qui te chagrine. Allez, raconte à Maman", il est possible que je me sois confiée. J'étais tellement au bord de l'aveu.
Mais, ma nouvelle dénégation lui a suffi et elle a refermé la porte derrière elle.
Je me suis retrouvée dans l'obscurité. J'avais chaud, comme mal au ventre, l'estomac noué par cette tension nerveuse.
Je me trouvais bête et idiote d'avoir tergiversé, mais j'avais aussi le sentiment que c'était une petite victoire de voir ce samedi passer, cinq semaines juste après ma dernière fessée. Demain serait un autre jour, nous allions passer la journée chez Mamie, cela permettait d'espérer gagner encore un jour aisément. Au moins étais-je sûre que les discussions à la table familiale ne tourneraient pas autour de la fessée que j'aurais pu recevoir ce soir. Finalement, cet argument-là me plaisait vraiment et me consolait de mes tergiversations. Je m'endormis en pensant rassurée que c'était mieux ainsi, et qu'il valait mieux en effet que je sois la seule à savoir qu'une fessée m'attendait prochainement. La seule à le savoir vraiment, même si je devinais que Maman s'en doutait également un peu...
A SUIVRE
samedi 25 juin 2011
Le beau temps ne dure pas éternellement... (1)
Le climat familial a quelques points communs avec la météo. Il alterne les moments de ciel bleu et les périodes orageuses, les coups de froid et les temps plus chaleureux. A ceci près que les saisons en question ne respectent jamais un calendrier prédéfini.
Et que, même si l'on aimerait qu'il fasse beau tous les jours, plus une accalmie dure et plus on peut craindre que le temps ne change brusquement...
C'est ce qui me trottait dans la tête en ce 21 mai printanier. Nous étions dans le jardin, mes soeurs jouaient avec une petite voisine, Maman s'occupait dans le petit carré de potager attenant au garage, à surveiller si ses plantations poussaient, à enlever quelques mauvaises herbes, à arroser ses semis.
J'avais lu un moment installée dans une chaise longue sous le cerisier, mais je n'arrivais pas à me concentrer sur ce volume de la bibliothèque verte que j'appréciais habituellement.
Alors, j'avais été faire le tour du jardin, et je m'étais assise sur le muret qui donnait sur la cour de la maison d'à côté. J'étais songeuse, perdue dans des réflexions assez contradictoires...
Et pourtant, vu d'un certain point, tout allait bien. Ce troisième trimestre scolaire était même étonnamment calme. Il y avait bien eu un "incident" la première semaine après les vacances de Pâques, mais plus rien depuis...
Peut-être m'étais-je tenue davantage à carreau ? Ou avais-je eu de la chance ? Quoi qu'il en soit, je n'avais plus récolté d'heures de colle, ni de mots à faire signer à la maison, le bulletin de fin avril (qui ne reflétait toutefois que trois semaines, puisque c'était vacances avant) avait même été fort correct, sans éclat, mais sans note catastrophique.
Maman ayant un peu de fil à retordre avec Aline, qui avait toujours plus de difficultés à apprendre que Diane et moi, j'appréciais vraiment cette accalmie, et le fait que les épisodes les plus orageux se déroulaient entre ma soeur et notre mère.
"Tu rêvasses, Christine ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette ?", remarqua Maman en passant à côté de moi pour aller chercher un produit insecticide dans la remise.
"Non, non, ça va, M'man, ça va", répondis-je à la hâte, comprenant que mon attitude pouvait paraître étrange à une mère dotée d'une sorte de sixième sens qui semble lire dans vos pensées...
Je tentai de prendre une pose moins anxieuse, car il n'était pas question qu'elle devine ce qui me tourmentait...
Ce n'était d'ailleurs pas clair pour moi non plus, car j'étais à la fois dans une certaine fierté, dans une sorte de soulagement que les jours se succèdent sans dispute, et paradoxalement dans un sentiment que tout a une fin, que le beau temps ne peut durer toujours, que plus on en profite et plus on se rapproche du prochain orage...
Le dernier en ce qui me concerne, c'était le 16 avril. Ne soyez pas étonnés que je m'en rappelle la date précise, mais c'était le jour de l'anniversaire d'Anne, une camarade de classe. Un samedi, celui de la semaine de rentrée après les vacances de Pâques.
J'étais allée chez elle pour un goûter qui avait été vraiment réussi. On s'était amusées comme des folles, entre six copines, sans les petites. Une journée inoubliable, à ceci près que, profitant que j'étais chez Anne, Maman était allée en ville faire des courses avec mes soeurs. Et elle avait rencontré ma prof d'anglais qui lui avait expliqué mes dernières frasques et son inquiétude à l'aube d'un trimestre décisif.
Quand Maman était venue me rechercher chez Anne, j'avais bien vu qu'elle n'était pas de la même humeur que moi...
A peine rentrées, mes soeurs ont été envoyées prendre leur douche, et Maman est venue dans ma chambre. En ce 16 avril, après l'anniversaire d'Anne, ce fut ma fête... Et autant j'avais ri tout l'après-midi, autant j'ai versé des larmes en recevant une fessée magistrale, une déculottée maison, hélas bien méritée...
Mais, depuis, et je croisais les doigts en y repensant, plus rien, sauf bien sûr parfois quelques menaces, voire des rappels à l'ordre, mais pour mon bas du dos, c'était le repos total et je m'en accommodais bien...
Cet après-midi, au fond du jardin, j'y repensais. Nous étions le 21 mai, cela faisait donc cinq semaines exactement que je ne m'étais plus retrouvée sur les genoux maternels...
J'espérais que cela puisse durer encore des jours et des jours, j'aurais bien pensé des semaines et des semaines, des mois et des mois, mais j'étais réaliste et méfiante. Surtout qu'avec le temps, les petites alertes avaient tendance à donner l'impression qu'il y avait une sorte de vase qui, un jour, bientôt peut-être, allait "déborder" comme on dit... Avec aussi l'impression que, dans ce genre de situation, un motif qui aurait peut-être été pardonné au lendemain d'une bonne déculottée, le serait moins après une longue période sans la moindre fessée...
A vrai dire, ce n'était pas tant le nombre de jours de calme, que je pouvais compter du fait que je me souvenais de la date précédente, qui me faisait penser et repenser à cela. A vrai dire, ce qui me souciait, c'était autre chose, c'était une angoisse montante, une inquiétude due à quelque chose que Maman ignorait. Du moins qu'elle ne savait pas encore...
Et que, même si l'on aimerait qu'il fasse beau tous les jours, plus une accalmie dure et plus on peut craindre que le temps ne change brusquement...
C'est ce qui me trottait dans la tête en ce 21 mai printanier. Nous étions dans le jardin, mes soeurs jouaient avec une petite voisine, Maman s'occupait dans le petit carré de potager attenant au garage, à surveiller si ses plantations poussaient, à enlever quelques mauvaises herbes, à arroser ses semis.
J'avais lu un moment installée dans une chaise longue sous le cerisier, mais je n'arrivais pas à me concentrer sur ce volume de la bibliothèque verte que j'appréciais habituellement.
Alors, j'avais été faire le tour du jardin, et je m'étais assise sur le muret qui donnait sur la cour de la maison d'à côté. J'étais songeuse, perdue dans des réflexions assez contradictoires...
Et pourtant, vu d'un certain point, tout allait bien. Ce troisième trimestre scolaire était même étonnamment calme. Il y avait bien eu un "incident" la première semaine après les vacances de Pâques, mais plus rien depuis...
Peut-être m'étais-je tenue davantage à carreau ? Ou avais-je eu de la chance ? Quoi qu'il en soit, je n'avais plus récolté d'heures de colle, ni de mots à faire signer à la maison, le bulletin de fin avril (qui ne reflétait toutefois que trois semaines, puisque c'était vacances avant) avait même été fort correct, sans éclat, mais sans note catastrophique.
Maman ayant un peu de fil à retordre avec Aline, qui avait toujours plus de difficultés à apprendre que Diane et moi, j'appréciais vraiment cette accalmie, et le fait que les épisodes les plus orageux se déroulaient entre ma soeur et notre mère.
"Tu rêvasses, Christine ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette ?", remarqua Maman en passant à côté de moi pour aller chercher un produit insecticide dans la remise.
"Non, non, ça va, M'man, ça va", répondis-je à la hâte, comprenant que mon attitude pouvait paraître étrange à une mère dotée d'une sorte de sixième sens qui semble lire dans vos pensées...
Je tentai de prendre une pose moins anxieuse, car il n'était pas question qu'elle devine ce qui me tourmentait...
Ce n'était d'ailleurs pas clair pour moi non plus, car j'étais à la fois dans une certaine fierté, dans une sorte de soulagement que les jours se succèdent sans dispute, et paradoxalement dans un sentiment que tout a une fin, que le beau temps ne peut durer toujours, que plus on en profite et plus on se rapproche du prochain orage...
Le dernier en ce qui me concerne, c'était le 16 avril. Ne soyez pas étonnés que je m'en rappelle la date précise, mais c'était le jour de l'anniversaire d'Anne, une camarade de classe. Un samedi, celui de la semaine de rentrée après les vacances de Pâques.
J'étais allée chez elle pour un goûter qui avait été vraiment réussi. On s'était amusées comme des folles, entre six copines, sans les petites. Une journée inoubliable, à ceci près que, profitant que j'étais chez Anne, Maman était allée en ville faire des courses avec mes soeurs. Et elle avait rencontré ma prof d'anglais qui lui avait expliqué mes dernières frasques et son inquiétude à l'aube d'un trimestre décisif.
Quand Maman était venue me rechercher chez Anne, j'avais bien vu qu'elle n'était pas de la même humeur que moi...
A peine rentrées, mes soeurs ont été envoyées prendre leur douche, et Maman est venue dans ma chambre. En ce 16 avril, après l'anniversaire d'Anne, ce fut ma fête... Et autant j'avais ri tout l'après-midi, autant j'ai versé des larmes en recevant une fessée magistrale, une déculottée maison, hélas bien méritée...
Mais, depuis, et je croisais les doigts en y repensant, plus rien, sauf bien sûr parfois quelques menaces, voire des rappels à l'ordre, mais pour mon bas du dos, c'était le repos total et je m'en accommodais bien...
Cet après-midi, au fond du jardin, j'y repensais. Nous étions le 21 mai, cela faisait donc cinq semaines exactement que je ne m'étais plus retrouvée sur les genoux maternels...
J'espérais que cela puisse durer encore des jours et des jours, j'aurais bien pensé des semaines et des semaines, des mois et des mois, mais j'étais réaliste et méfiante. Surtout qu'avec le temps, les petites alertes avaient tendance à donner l'impression qu'il y avait une sorte de vase qui, un jour, bientôt peut-être, allait "déborder" comme on dit... Avec aussi l'impression que, dans ce genre de situation, un motif qui aurait peut-être été pardonné au lendemain d'une bonne déculottée, le serait moins après une longue période sans la moindre fessée...
A vrai dire, ce n'était pas tant le nombre de jours de calme, que je pouvais compter du fait que je me souvenais de la date précédente, qui me faisait penser et repenser à cela. A vrai dire, ce qui me souciait, c'était autre chose, c'était une angoisse montante, une inquiétude due à quelque chose que Maman ignorait. Du moins qu'elle ne savait pas encore...
A SUIVRE
lundi 6 juin 2011
Un accueil glacial pour un retard doublé d'un mensonge... (SUITE)
SUITE
Quelle nuit ! Je ne vais pas faire croire que je n'ai pas dormi : ce serait un mensonge à un moment du récit où le fait d'avoir menti me mettait justement dans une fâcheuse position...
J'ai fini par m'endormir après avoir longtemps tourné et retourné dans mon lit, me refaisant le film de cette soirée, pas celui du cinéma, mais de ma rentrée peu glorieuse...
Je m'en voulais de m'être mise toute seule dans une telle situation dont je connaissais déjà l'issue... Christine allait recevoir la fessée. Dit ainsi, cela faisait comme si c'était une autre personne, mais dans la réalité, c'étaient mes fesses que je devais préparer, et je me refusais mentalement à endosser à nouveau ce rôle...
J'entretenais le faible espoir que Maman change d'avis : la nuit porte conseil, dit-on... Mais, de fait, 90 % de mon être n'y croyait pas. Le regard et le ton de Maman ne me laissaient aucun doute sur sa détermination...
J'ai dormi par intermittence, me réveillant en sursaut parfois, me sentant prête à pleurer à d'autres moments. Comme si le moindre bruit dans la nuit m'annonçait l'arrivée de Maman, le moment fatidique... Je ne me souviens pas de mes rêves, mais je suis sûre qu'ils tenaient du cauchemar, qu'ils devaient être cuisants...
Le plus dur était de trouver une position où je me sentais bien. Si je dormais sur le dos, j'avais l'impression d'avoir chaud au bas du dos au bout d'un moment, et mon imagination prenait le dessus. Si je me mettais sur le ventre, la position fesses en l'air m'amenait à me croire déjà sur les genoux maternels.
C'est sur le côté que je me sentais finalement le mieux, remontant les genoux pour me mettre en boule, et me calant bien le dos contre le mur qui était à droite de mon lit. Comme si je me protégeais...
Au petit matin, je me suis réveillée un peu embrumée. J'avais envie de faire pipi et je suis allée soulager mon besoin naturel à pas de loup, pour ne réveiller personne.
Ayant soif, je me suis dirigée vers la cuisine, descendant les escaliers, mais je suis remontée bien vite, toujours sans bruit. Maman était déjà levée. Il est vrai qu'il était 7 h 45, une heure où l'on est largement levées les jours d'école.
Elle devait profiter du calme de la maisonnée pour faire un peu de ménage, s'occuper de mille choses qu'une Maman doit faire. Et tant qu'on n'a pas trois enfants sur les bras, la tranquillité est appréciable.
Je ne voulais surtout pas me retrouver en face d'elle...
Je suis allée boire quelques gorgées au robinet de la salle de bains, et je me suis recouchée le plus discrètement possible.
Je suis allée boire quelques gorgées au robinet de la salle de bains, et je me suis recouchée le plus discrètement possible.
Elle avait dit qu'on dormirait jusqu'à 9 h. Je n'allais pas hâter la manoeuvre. Surtout ce matin-là !
Il restait plus d'une heure à attendre. Je savais que j'aurais du mal à me rendormir. Cela aurait été bien pourtant, car je ne serais pas retombée dans mes angoisses qui grandissaient à mesure que les aiguilles de mon réveil matin tournaient...
Vers 8 h 30, cela commença à bouger dans la chambre des petites. Elles étaient réveillées et je les entendais papoter à voix basse. Puis, les minutes passant, elles parlaient et riaient de moins en moins discrètement.
Je pestais intérieurement contre elles. Je n'avais pas envie que Maman vienne plus tôt que l'heure prévue...
Mais, le manège de mes soeurs éveilla l'attention maternelle. Notre mère monta donc, ramenant une pile de linge qu'elle venait de repasser, pour le ranger dans nos armoires respectives.
Elle entra dans la chambre de mes soeurs : "Déjà réveillées, les filles ? Il est presque neuf heures moins le quart, et vous avez bien dormi. Allez, vous pouvez vous lever et ouvrir les volets. Le petit déjeuner est prêt dans la cuisine. Mais, rangez-moi donc tout ce qui traîne. Je passerai l'aspirateur tout à l'heure, et je ne veux rien par terre, ni sous les lits".
Mais, le manège de mes soeurs éveilla l'attention maternelle. Notre mère monta donc, ramenant une pile de linge qu'elle venait de repasser, pour le ranger dans nos armoires respectives.
Elle entra dans la chambre de mes soeurs : "Déjà réveillées, les filles ? Il est presque neuf heures moins le quart, et vous avez bien dormi. Allez, vous pouvez vous lever et ouvrir les volets. Le petit déjeuner est prêt dans la cuisine. Mais, rangez-moi donc tout ce qui traîne. Je passerai l'aspirateur tout à l'heure, et je ne veux rien par terre, ni sous les lits".
Maman ressortit et vint vers ma chambre.Elle y entra sans frapper, j'étais sous les draps, jouant celle qui dormait à poings fermés...
"Allez, debout, Christine. Réveille-toi...", lança-t-elle, avant d'aller déposer quelques pièces de linge repassé dans ma penderie.
"Allez, debout, Christine. Réveille-toi...", lança-t-elle, avant d'aller déposer quelques pièces de linge repassé dans ma penderie.
Je continuai à jouer la mal réveillée, baillant et n'ouvrant qu'à peine mes yeux. "Mais, il n'est pas encore 9 h, M'man. Je suis fatiguée, je voudrais dormir encore un peu".
Maman rétorqua : "Non, Christine. Tes soeurs sont déjà debout. Allez, bouge-toi. Tu serais moins fatiguée si tu t'étais couchée plus tôt, ma chérie..."
Je n'avais pas envie du tout de me lever. Je savais qu'elle n'était pas placée sous une bonne étoile pour ma petite personne...
Maman était ressortie pour aller dans sa chambre ranger le reste du linge. Je n'avais toujours pas bougé d'un pouce : "Christine, allez, j'ai dit debout. Ouvre les volets et aère ta chambre. Tu rangeras aussi ce qui traine avant de descendre petit-déjeuner", lança-t-elle en retraversant le couloir.
De fait, je n'avais pas envie de partager le petit-déjeuner, sachant fort bien que mes frasques y seraient évoquées en famille... Ainsi que leurs conséquences annoncées...
Dans la chambre d'à côté, mes soeurs n'étaient pas pressées de descendre non plus. En rangeant les jouets et livres qui trainaient, Aline avait retrouvé des pièces de puzzle et s'était mise à tenter de les replacer sur leur réceptacle. Diane, pour sa part, avait rouvert un album de bande dessinée et en poursuivait la lecture.
Sa pile de linge remise dans les armoires, le petit-déjeuner prêt qui attendait les enfants, Maman ne chercha pas à faire s'activer les petites qui venaient de bien ranger leur chambre. Tant qu'elles étaient sagement occupées, cela ne servait à rien de précipiter la manoeuvre. Le catéchisme était à 10 h 30, et ce calme allait permettre de vaquer à d'autres occupations, hélas plus sérieuses...
Je pense que Maman s'était mise dans l'idée qu'elle s'occuperait de mon cas dans la matinée, à un moment propice, peut-être quand Aline serait partie au presbytère et que Diane aurait fait ses devoirs.
Mais, puisque Christine n'avait pas envie de quitter sa chambre, n'était-ce pas l'occasion d'aller tenir avec elle une "petite discussion" comme promis ?
Je le compris avant de voir Maman arriver. Quittant mes soeurs, elle leur dit : "Bon, si vous n'avez pas bien faim, je vous laisse encore lire et jouer. Mais, que je n'entende rien. J'ai une petite affaire à régler avec Christine. Je n'ai pas envie d'être dérangée..."
Les mots maternels furent suivis d'un grand silence. Aline et Diane avaient certainement des questions au bord des lèvres, mais elles se gardèrent bien de paraître trop curieuses. Elles comprenaient bien que ce n'était pas le moment...
De mon lit, j'avais tout entendu et mon petit coeur se mit à battre très vite... "L'affaire à régler", moi je savais bien ce que c'était, et comment cela allait se terminer...
Maman rentra donc à nouveau dans ma chambre, la traversa, et alla ouvrir les volets. Il faisait un beau soleil, et assez doux. Elle laissa ma fenêtre, qui donnait sur le jardin, grande ouverte.
"Euh, attend, Maman, j'allais le faire. Je me lève, promis", dis-je pour faire bonne impression. Mais, je restai sur mon lit, me reculant vers le mur.
Elle revint vers la porte donnant dans le couloir, et elle la repoussa d'un geste assez lent, la refermant bien, et vérifiant qu'elle était bien clenchée, avant de se retourner vers moi. Le geste avait été fait méticuleusement, comme pour bien montrer que nous étions maintenant tranquilles, seules, elle et moi, face à face.
"Mais, euh, Maman, tu as dit que le petit-déjeuner était prêt...", balbutiai-je en cherchant une porte de sortie à cette situation compromise...
Elle répliqua de but en blanc : "Le petit-déjeuner attendra, Christine. Tu avais sommeil, et maintenant, tu veux te lever tout de suite. Nous avons autre chose à faire toutes les deux, ma fille, et tu le sais bien..."
Elle pointait son doigt accusateur. Je plaidai : "Dis, on peut en parler plus tard. Je t'expliquerai tout, tu sais."
Son ton monta : "Il n'y a rien à expliquer, Christine, RIEN !!! Tu traines une heure après le cinéma, seule dans la rue avec ta copine. Je me fais un sang d'encre, et tout ce que tu trouves à dire en rentrant, ce sont des mensonges éhontés. Tu n'as même pas le courage de tes actes. Alors, ma chérie, l'explication, c'est moi qui vais te la donner. Et pas plus tard que maintenant..."
En disant ces mots, Maman s'était assise sur le côté de mon lit. Comme dans mes cauchemars de cette nuit, comme dans tant de souvenirs encore vivaces...
Par réflexe, je m'étais levée, sortant du lit en quatrième vitesse, et reculant pour me retrouver dos à la porte, à trois pas des genoux maternels.
"Où vas-tu donc, Christine ?" ironisa Maman. "Tu veux ouvrir la porte ? On peut appeler tes soeurs aussi, tant que tu y es ?"
J'étais tremblante et je comprenais que rien n'y ferait. Je tentai tout de même une supplique : "Maman, non, s'il te plait. Je ne recommencerai plus. Promis. Je rentrerai à l'heure, je ne dirai plus de mensonges. Pardonne-moi, s'il te plait".
Mais, j'étais à bout de nerfs, épuisée par ma nuit courte et en pointillés. Maman, elle, était d'un calme impressionnant, et tapotait ses genoux, en disant : "Allez, Christine, viens ici... Ne fais pas l'étonnée. Tu le sais depuis hier soir. Je te l'ai bien dit que tu méritais une bonne fessée. Et si tes soeurs n'avaient pas été endormies, je te l'aurais donnée sur le champ. Allez, ne m'oblige pas à me relever pour aller te chercher, viens ici, que nous réglions nos comptes..."
Par réflexe, je m'étais levée, sortant du lit en quatrième vitesse, et reculant pour me retrouver dos à la porte, à trois pas des genoux maternels.
"Où vas-tu donc, Christine ?" ironisa Maman. "Tu veux ouvrir la porte ? On peut appeler tes soeurs aussi, tant que tu y es ?"
J'étais tremblante et je comprenais que rien n'y ferait. Je tentai tout de même une supplique : "Maman, non, s'il te plait. Je ne recommencerai plus. Promis. Je rentrerai à l'heure, je ne dirai plus de mensonges. Pardonne-moi, s'il te plait".
Mais, j'étais à bout de nerfs, épuisée par ma nuit courte et en pointillés. Maman, elle, était d'un calme impressionnant, et tapotait ses genoux, en disant : "Allez, Christine, viens ici... Ne fais pas l'étonnée. Tu le sais depuis hier soir. Je te l'ai bien dit que tu méritais une bonne fessée. Et si tes soeurs n'avaient pas été endormies, je te l'aurais donnée sur le champ. Allez, ne m'oblige pas à me relever pour aller te chercher, viens ici, que nous réglions nos comptes..."
J'avais effectivement passé la nuit à craindre ce moment, à angoisser devant ce qui m'attendait. Je pouvais presque m'estimer heureuse que la scène ne se passe qu'entre nous deux, loin de tout regard, même si à côté des oreilles devaient trainer...
Gagner quelques secondes n'aurait servi à rien, et en sanglotant nerveusement, je me suis rapprochée à tout petits pas de mon lit.
Maman continuait à tapoter ses genoux : "C'est bien, ma chérie. Allez, sois courageuse, viens ici..."
Une fois à la portée de sa main, elle me happa le bras et me fit basculer en travers de ses genoux... Elle s'attaqua immédiatement à baisser mon pantalon de pyjama. Je tentai de le retenir en geignant : "Non, Maman, non, non, non, nooooon !"
Elle m'attrapa le bras qui s'agrippait à ce fragile rempart. "Lâche ça, Christine. Ne fais pas d'histoires. Tu sais très bien que je vais baisser ton pantalon, et que je vais baisser aussi ta culotte, parce que les bonnes fessées, Maman les donne déculottée. Et tu es bien placée pour le savoir... Alors, lâche ça, tout de suite..."
J'ai obtempéré à contre coeur, mais Maman a immédiatement bloqué mon bras au milieu de mon dos, dégageant le pyjama, avant de faire glisser aussi la culotte vers le bas.
Ma lune était toute dégagée, offerte à la main correctrice. Je sanglotais, submergée par l'émotion. Pas encore du fait des claques maternelles, mais ce n'était qu'une question de quelques secondes... L'orage allait enfin tomber.
J'y avais tellement pensé, les heures précédentes, que la fessée arrivant, j'étais en partie soulagée, avec le poids de l'angoisse en moins.
Maman avait la situation parfaitement en mains et ses claques tombaient à rythme régulier. Il n'y avait pas cette hâte ressentie parfois, ces accélérations désordonnées qui caractérisaient certaines phases de nervosité maternelle.
Non, la fessée était cette fois vraiment "appliquée", comme une véritable leçon. De mon côté aussi, je la prenais presque calmement, sans trop gigoter, sauf par de rares moments.
Maman n'était plus sous le coup de l'énervement de la veille au soir, et elle avait eu, elle aussi, la nuit pour y repenser, pour forger sa détermination que ma conduite méritait une fessée magistrale...
En poursuivant sa claquée longue et méticuleuse, elle reprenait en litanie les griefs qui m'étaient reprochés : "Ah, je vais t'apprendre à être en retard. Tiens, tiens, tiens ! Ah, je vais t'apprendre à me mentir..."
Mais, il y avait aussi des phrases qui révélaient le fond de la pensée maternelle : "Ah, tu m'as fait une de ces peurs... Tu n'imagines pas ! Qu'est-ce que je deviendrais si il vous arrivait quelque chose... Ne t'avise pas de recommencer, tiens, tiens, tiens !"
Et les claques redoublaient prolongeant une volée mémorable qui ne semblait jamais vouloir finir. J'avais les fesses écarlates, bouillantes, et je n'avais plus de force pour gigoter, laissant la main maternelle aller au bout de ce qui était une sorte de "tannée" au sens premier du terme.
Je pleurais à chaudes larmes, en me sentant toute chose, comme toute bête. Je comprenais que Maman avait eu peur qu'il me soit arrivé quelque chose. Je comprenais que sa réaction était à la hauteur de l'affection qu'elle portait à ses filles. Cette fessée magistrale était quelque part comme le témoignage de son amour.
J'avais envie de crier : "Maman, pardon, pardon, pardon de t'avoir fait peur".
Je n'en étais pas encore à dire que je méritais cette fessée, mais lorsqu'elle finit enfin, je n'étais pas en colère contre Maman, comme parfois quand je me sentais punie à tort. Je n'étais pas à l'inverse jusqu'à vouloir la remercier. Mais, j'avais un sentiment mêlé, d'une part, celui de la punie honteuse d'avoir pris une déculottée mémorable, et d'une autre, celui de savoir que, même en lui en faisant voir de toutes les couleurs, j'avais une Maman qui tenait à moi et à mes soeurs plus que tout.
Maman avait la situation parfaitement en mains et ses claques tombaient à rythme régulier. Il n'y avait pas cette hâte ressentie parfois, ces accélérations désordonnées qui caractérisaient certaines phases de nervosité maternelle.
Non, la fessée était cette fois vraiment "appliquée", comme une véritable leçon. De mon côté aussi, je la prenais presque calmement, sans trop gigoter, sauf par de rares moments.
Maman n'était plus sous le coup de l'énervement de la veille au soir, et elle avait eu, elle aussi, la nuit pour y repenser, pour forger sa détermination que ma conduite méritait une fessée magistrale...
En poursuivant sa claquée longue et méticuleuse, elle reprenait en litanie les griefs qui m'étaient reprochés : "Ah, je vais t'apprendre à être en retard. Tiens, tiens, tiens ! Ah, je vais t'apprendre à me mentir..."
Mais, il y avait aussi des phrases qui révélaient le fond de la pensée maternelle : "Ah, tu m'as fait une de ces peurs... Tu n'imagines pas ! Qu'est-ce que je deviendrais si il vous arrivait quelque chose... Ne t'avise pas de recommencer, tiens, tiens, tiens !"
Et les claques redoublaient prolongeant une volée mémorable qui ne semblait jamais vouloir finir. J'avais les fesses écarlates, bouillantes, et je n'avais plus de force pour gigoter, laissant la main maternelle aller au bout de ce qui était une sorte de "tannée" au sens premier du terme.
Je pleurais à chaudes larmes, en me sentant toute chose, comme toute bête. Je comprenais que Maman avait eu peur qu'il me soit arrivé quelque chose. Je comprenais que sa réaction était à la hauteur de l'affection qu'elle portait à ses filles. Cette fessée magistrale était quelque part comme le témoignage de son amour.
J'avais envie de crier : "Maman, pardon, pardon, pardon de t'avoir fait peur".
Je n'en étais pas encore à dire que je méritais cette fessée, mais lorsqu'elle finit enfin, je n'étais pas en colère contre Maman, comme parfois quand je me sentais punie à tort. Je n'étais pas à l'inverse jusqu'à vouloir la remercier. Mais, j'avais un sentiment mêlé, d'une part, celui de la punie honteuse d'avoir pris une déculottée mémorable, et d'une autre, celui de savoir que, même en lui en faisant voir de toutes les couleurs, j'avais une Maman qui tenait à moi et à mes soeurs plus que tout.
mardi 31 mai 2011
Un accueil glacial pour un retard doublé d'un mensonge... (1)
J'avais dû bagarrer ferme pour obtenir de Maman que j'aille au cinéma ce soir-là, mais comme le film parlait d'Egypte et de Cléopâtre, et que la prof d'histoire nous avait recommandé d'aller le voir, j'avais réussi in extremis qu'elle me laisse y aller avec Anne, une copine de classe qui habitait à trois rues de notre maison.
La consigne était de rentrer dès la fin du film bien sûr, mais nous avions plein de choses à nous dire, entre Anne et moi, à propos des profs, et aussi du cours de danse où elle allait depuis peu, et que j'aurais bien aimé fréquenté l'année suivante. Il était plus moderne que celui auquel j'allais, mais Maman estimait que le mien était plus sérieux et mieux fréquenté.
Nous avons donc papoté sur le chemin du retour, et nous nous sommes même arrêtées au coin de ma rue, à vingt mètres de la maison, pour continuer à parler.
Quand Anne a regardé sa montre, on s'est rendues compte que la séance était finie depuis une heure et que nous étions encore dehors. Nous nous séparâmes donc et je rentrai sans faire de bruit, sachant mes soeurs au lit.
J'entrai et me retrouvai en face de Maman qui était assise sur un fauteuil, déjà en tenue de nuit, une tasse d'infusion à la main, et le regard noir...
"Où étais-tu donc ? Tu as vu l'heure ? Je me fais un sang d'encre...", attaqua Maman.
Je ne savais quoi dire, et j'aurais mieux fait de me taire. J'ai bredouillé : "Bah, euh, j'étais au cinéma, tu sais bien, M'man. Mais, le film était drôlement long, euh, euh, et puis il a, euh, démarré en retard même..."
La réponse fusa : "Christine, tais-toi ! Ne rajoute pas des mensonges en plus. J'étais inquiète et j'ai téléphoné au cinéma, et ils m'ont dit que la séance était fini depuis 22 h 10. J'ai failli appeler la gendarmerie. Heureusement, Mme Lambert qui passait sous ma fenêtre où je guettais m'a dit que tu papotais au bout de la rue. Et toi, tu voudrais me faire croire que le film avait duré jusque-là. Ce n'est pas ça qui va améliorer ta situation, Christine."
Je me trouvais toute penaude, prise en flagrant délit de mensonge, en retard d'une heure, bref difficilement défendable... Je restais plantée là, et muette, tête basse...
"Je t'avais pourtant prévenue, Christine. Je n'étais même pas d'accord pour que tu ailles au cinéma, je me laisse convaincre, et c'est ainsi que tu me remercies. Ca, ma fille, je peux te dire que tu vas me le payer. Ca va barder, je te prie de la croire. Je vais t'apprendre à mentir de la sorte. Ah, tu peux préparer tes fesses..." ajouta Maman.
Elle avait reposé sa tasse, et je m'attendais à ce qu'elle m'attire et m'étale sur ses genoux. Et je suppliai : "Maman, je t'en prie, non, pardonne-moi. Non, s'il te plait, pas la fessée..."
Mais, il était près de 23 h 30, et mes soeurs dormaient depuis longtemps. Maman rétorqua : "Oh que si, ma fille, tu n'y couperas pas. Je n'ai pas envie que cela recommence un jour, j'ai eu peur qu'il te soit arrivé quelque chose, et toi, au lieu de comprendre mon inquiétude, au lieu de me dire "Maman, excuse-moi, j'ai trainé avec ma copine", tu me racontes des mensonges. Je peux te dire que cela mérite une fessée magistrale. Mais, il est tard, Aline et Diane dorment, et je n'ai pas envie de réveiller la maisonnée. Alors, tu files te coucher. Nous reparlerons de tout cela demain matin, mais ne te fais pas d'illusion, Christine... Tu ne perds rien pour attendre..."
Je n'ai pas demandé plus d'explications, et j'ai filé dans ma chambre, déjà contente de ne pas avoir reçu la fessée sur le champ.
En deux temps trois mouvements, j'étais en pyjama, et au lit, histoire de ne pas aggraver la colère maternelle.
Après avoir rangé sa tasse, vérifié que tout était fermé, Maman monta à son tour. Elle contrôla que tout allait bien chez mes soeurs, rebordant Aline qui avait bougé en dormant, puis elle vint dans ma chambre. "Allez, dors vite, ma chérie", dit-elle à mi-voix.
J'émis un petit sanglot : "Snif, Maman, dis, euh..."
Mais elle posa son index sur mes lèvres. "Chut ! Il est l'heure de dormir, Christine. Ce n'est pas le moment de discuter, et d'ailleurs il n'y a rien à discuter. On réglera nos comptes demain matin. Tranquillement. Il n'y a pas école et je vous laisserai dormir jusqu'à 9 h. Allez, bonne nuit, ma chérie." Maman se pencha sur moi, déposa un baiser sur mon front, et quitta ma chambre, me laissant dans le noir.
Je me tournai et me retournai dans mon lit, cherchant à m'endormir, mais ma tête était trop pleine de sentiments mêlés, de pensées qui s'agitaient, d'angoisse face à l'avenir...
J'avais chaud et je sortis des draps, me mettant en position pelotonnée serrant mes genoux comme on serre un ours en peluche.
La situation me semblait si étrange et si compréhensible à la fois. Souvent, j'avais reçu des fessées au coucher, souvent Maman m'avait ainsi quittée me laissant pleurant à chaudes larmes, la lune rougie, avec la nuit pour sécher mes larmes, pour cacher ma honte.
Ce soir, Maman me laissait juste angoissée, mais dans l'attente. Je n'avais pas reçu la fessée, mais je savais que j'allais la recevoir, "demain matin" avait-elle dit. Au réveil, avant ou après la toilette, avant ou après le petit-déjeuner, en début ou en fin de matinée, ça, je ne le savais pas encore, mais ce n'était qu'un détail...
Maman nous réveillerait vers 9 h, avait-elle précisé. Minuit allait sonner, cela me laissait donc encore 9 h pour dormir, de quoi faire au moins les sacro-saintes huit heures de sommeil que Maman tenait à ce que les enfants fassent le plus souvent possible. Mais, encore fallait-il pouvoir dormir sans penser à ce qui m'attendait... Sans cauchemarder, sans m'imaginer sur les genoux maternels...
Je cherchais des motifs de consolation. En posant ma main sur mon bas du dos, je me disais que j'avais déjà gagné du temps, qu'il n'était pas écarlate et brulant... Mais, je retirais vite la main, tant ce contact me faisait frissonner, tant il m'annonçait que bientôt ce serait la main de Maman qui s'activerait là...
Je me consolais aussi en pensant que mes soeurs dormaient, qu'elles avaient loupé mon arrivée penaude et les explications avec Maman. J'étais presque contente qu'elles n'aient pas pu se coucher en se disant : "Demain matin, Christine va recevoir la fessée..."
Mais, j'angoissais déjà en imaginant que demain au réveil, Maman expliquerait forcément qu'elle avait un compte à régler avec son ainée... Je croyais me souvenir que demain Aline avait catéchisme de 10 h 30 à 11 h 30. Et que Diane devait finir une rédaction à rendre le surlendemain. J'imaginais bien Maman au petit-déjeuner lancer : "Diane, tu n'oublieras pas de finir ton devoir si tu veux aller jouer chez Amélie, cet après-midi. Et toi, Aline, tu devrais relire ton cahier de caté avant d'aller au presbytère. Et, je vous conseille d'être sage et de ne pas vous faire remarquer. J'ai assez à faire avec Christine qui s'est encore distinguée hier soir. Elle va d'ailleurs recevoir ce matin une bonne fessée pour la peine, alors si vous voulez que je m'occupe de vous également, ne cherchez pas les ennuis..."
Inutile de dire que j'ai mis du temps à trouver le sommeil...
A SUIVRE
mardi 17 mai 2011
Ces instants vexatoires : une autre promesse qui calme... et sa suite claquante... (4)
SUITE 4
Un bruit dans l'escalier. Le pas de Maman. J'ai le coeur qui accélère...
"Aline, Diane, préparez vous. Il va falloir bientôt aller au bain...". Maman n'a pas dit : "Venez tout de suite". Je traduis qu'elle va faire autre chose avant, j'ai le bas du dos qui frissonne...
Et, effectivement, Maman vient vers ma chambre. J'ai reculé et suis debout bras ballants devant mon lit, pas rassurée...
Elle entre et me dévisage : "Qu'est-ce que tu fais plantée là, Christine ?"
Je balbutie : "Bah, euh, M'man, euh, je t'attends..."
Elle met les mains sur ses hanches : "Je t'ai pas dit de ne rien faire. Tu pourrais réviser tes leçons. (je rétorque que je n'ai pas de devoirs) Si tu as fini, tu n'as qu'à aller mettre la table pendant que je donne le bain à te soeurs. Au moins tu te rendras utile".
Je prends cette (petite) corvée comme un soulagement. J'ai eu peur pour rien et je file exécuter les ordres, trop contente du sursis accordé...
Dans la cuisine, la cocotte mijote à feu doux. Je dresse la table, avec couverts, assiettes et verres. Je n'oublie pas les serviettes, la cruche d'eau, la corbeille à pain. Je joue les aide-ménagères modèles, pendant que j'entends mes soeurs jouer dans la baignoire avant que Maman ne les lave.
La table est mise. Je n'ai pas envie de remonter, de passer devant la salle de bains, de demander quoi faire à Maman qui risque de me dire d'aller "l'attendre" avec tout ce que cela comporte comme sous-entendus...
Je reste donc dans les escaliers, songeuse, l'oreille tentant de capter les conversations dans la salle de bains. Un début de chamaillerie entre mes soeurs, quelques gouttes qui tombent sur le carrelage de la faute de Diane, et un peu de shampoing qui pique les yeux d'Aline, les petits incidents classiques du bain des petites ne dégénèrent pas ce soir...
Maman veille au grain, et il suffit de quelques allusions du style : "Gare à vos fesses" ou "Si vous voulez suivre l'exemple de Christine, continuez..." pour que les petites s'assagissent. Une fois de plus, ma fessée (à venir) ramène le calme et sert à trois filles à la fois. Sauf qu'il n'y en a qu'une qui aura les fesses rouges...
Cela me rend encore plus nerveuse. Les menaces et rappels maternels ne font que confirmer que mon heure approche, que je n'y échapperai pas, chaque rappel à mes soeurs étant une raison de plus de ne pas pouvoir ensuite se déjuger.
Une par une mes soeurs sont sorties du bain, frictionnées et séchées par Maman, qui les envoie se mettre en pyjama. "Allez, vous avez le temps de jouer un peu dans votre chambre avant le dîner. Je vous appellerai quand ce sera prêt..."
Aline et Diane filent. J'imagine que notre "discussion" sera remise après le souper. Ne voulant pas que Maman me trouve plantée dans l'escalier, je suis redescendue dans la cuisine dès que j'ai entendu que les petites sortaient du bain.
Maman descend à son tour et me toise : "C'est bien, tu as mis la table, mais que fais-tu encore là ? Tu pourrais t'occuper au lieu de faire ta mauvaise tête".
J'encaisse sans broncher, baissant le regard, croisant les bras, grommelant des mots inaudibles.
"Je remonte alors ?", dis-je en allant vers la porte.
Maman qui vient d'ouvrir la cocotte, goûte sa préparation, une sorte d'osso bucco à sa façon, et remet à petit feu, en commentant : "Encore un quart d'heure et ce sera bon", avant de me retenir : "Hep, hep, ne te sauve pas... Viens par là qu'on règle nos affaires..."
C'est hélas ce que je craignais. J'aurais parié que cela se passerait avant le dîner. Je le sentais, mais d'un seul coup, au pied du mur, je panique.
Surtout que j'imaginais devoir attendre Maman dans ma chambre. A l'abri des regards.
"Mais, Maman, non, on peut en causer après le diner, dis...?" Mon ton est suppliant, et je réitère ma question, en promettant que j'allais lui "expliquer" le pourquoi du comment.
Sauf que ce ne sont pas les enfants qui commandent avec Maman.
Elle me fait taire et me prend par la main, m'emmenant au salon. Il y a une chaise devant la petite table qui sert de guéridon et Maman la retourne vers le centre de la pièce.
"Christine. Il n'y a rien à expliquer, ma fille. Je me fiche des raisons pour lesquelles tu as été capricieuse et insupportable. Ce qui m'importe c'est que tu comprennes la leçon que je vais te donner...", dit-elle avec un calme apparent impressionnant.
"Non, Maman, s'il te plait. Non, pas la fessée, pas maintenant", dis-je sans trouver d'autre argument.
Maman s'est assise sur la chaise et me tient toujours par le poignet. Je tente de résister, sans pour autant mettre toute ma force. Je sais ma cause perdue...
"Christine, ne fais pas la sotte. Tu sais très bien que je t'ai promis une bonne fessée et que Maman tient toujours ses promesses. Tu l'attends depuis que nous sommes rentrées du parc, je ne vais pas te faire languir plus longtemps, ma chérie. Le dîner est en train de mijoter et nous avons tout le temps de régler nos comptes. Allez, viens ici..."
Maman m'a basculée en travers de ses cuisses. Mon bas de pyjama tout frais, tout propre, a glissé à mi-cuisses, dévoilant une lune sortie depuis peu de la douche, et bien blanche...
Plus pour longtemps, la fessée promise arrivait. Claquante, brulante, sonore, longue et appliquée, une tannée magistrale et méritée avant qu'une grande fille honteuse, les yeux rougis, et ayant du mal à cacher son trouble ne doive partager le dîner devant deux soeurs au regard moqueur.
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