SUITE 54
A la fin de la journée, j'avais eu du temps pour encaisser la nouvelle, pour me faire à cette idée, bref pour reprendre le dessus, en tout cas pour sauver les apparences, car si Maman m'avait surprise avec la tête que j'avais durant la récréation, il n'y aurait même pas eu besoin de mots pour qu'elle comprenne que sa grande fille avait encore une tuile à annoncer...
Mes réflexions de ces derniers jours m'amenaient à être réaliste, à comprendre qu'à l'évidence une nouvelle colle, qui plus est en anglais, pour bavardage dans le dos de Mlle Paule, ne pouvait avoir qu'une seule issue, que je connaissais trop bien...
D'où la prise de conscience que rien ne servait de monter une usine à gaz, ni de remuer ciel et terre en espérant une clémence qui tiendrait vraiment du miracle...
Cela dit, je n'en étais pas non plus à pratiquer l'excès inverse, et à courir voir Maman en claironnant mon nouvel exploit, comme si je venais lui dire : "Il va falloir que tu me donnes une bonne fessée".
La petite différence qu'il y avait dans mon appréhension de la situation, c'était de me dire que l'urgence n'était pas de trouver comment épargner mes fesses d'une prochaine claquée, mais comment faire pour que cela se passe dans les moins mauvaises conditions possibles...
L'avantage, si je peux m'exprimer ainsi, du système de colle en vigueur au collège, c'était de donner un petit délai. Autant le jour où l'on donnait le carnet mensuel à faire signer, c'était délicat de tenter de faire croire que l'on ne l'avait pas reçu, autant l'avis de colle, envoyé par la Poste, après que l'enseignant ait averti le secrétariat du collège, mettait au plus vite 48 h avant d'arriver à la maison, voire parfois jusqu'à cinq ou six jours, dans des cas extrêmes, style pont ou week-end.
Mais la pratique, en laquelle j'avais hélas pas mal d'expérience... était l'arrivée du bulletin de colle dans la boite à lettres dans les deux ou trois jours, et plus souvent le surlendemain précisément.
Je rentrai donc ce soir-là à la maison, certaine, sauf si Maman avait croisé Mlle Paule bien sûr, je dirai donc quasi-certaine que la nouvelle de ma colle lui était inconnue. Je pensais bien qu'un bel élan de franchise aurait peut-être plaidé en ma faveur, mais je me sentais aussi très lasse en ce soir-là pour aller au devant de nouvelles émotions...
Surtout qu'en arrivant à la maison, les petites étaient déjà là, et Diane avait amené une camarade de classe pour un travail en commun, avant que la mère de la copine en question ne vienne la rechercher avant l'heure du diner. Ce n'était donc pas du tout le moment adéquate pour annoncer mes deux heures de colle, et m'entendre dire que je devrais "préparer mes fesses"...
A Maman qui m'interrogeait comme chaque soir à mon retour à la maison, j'avais affirmé que "tout allait bien", changeant bien vite de conversation pour ne pas que ma chère mère et son flair légendaire ne se doutent de quelque chose...
J'hésitai un tout petit instant quand, le soir au coucher, Maman vint me dire bonne nuit. Le moment pouvait être propice pour une confidence, mais la perspective de voir Maman changer de ton m'amena à prendre le parti de n'en rien dire et à savourer le câlin maternel et chaleureux pour sa grande fille bien sage depuis trois semaines...
Le lendemain, j'étais décidée de tenter ma chance dès que je pourrais me trouver seule à seule avec Maman, mais une voisine couturière venue faire faire des essayages à Maman, puis mes soeurs revenant plus tôt que prévu du cours de danse annulé pour cause de prof souffrante, firent qu'à aucun moment je ne pus, ou ne me sentis la force d'aller vider mon sac et confier mes tourments à Maman.
Toutefois, à force d'aller et venir sans raison plausible, de m'approcher puis de reculer, je commençais à éveiller les soupçons maternels m'entendant dire : "Christine, tu as un drôle d'air, ma fille... Tu as quelque chose à me dire ?".
Mais, vieux réflexe de cachotière invétérée, dès que l'on me tendait une perche, je la repoussais automatiquement, avec des dénégations forcées dont je pense, avec le recul, qu'elles ne faisaient que conforter Maman dans sa sensation de décrypter là une manoeuvre de sa grande fille...
Preuve en est qu'au coucher, Maman insista un peu pour me faire dire que quelque chose n'allait pas, mais une fois de plus, comme lorsque j'avais justement déjà nié l'évidence à plusieurs reprises dans la même journée, je me sentais prisonnière de cette attitude et je restais sur mes positions.
Le lendemain midi, en rentrant à la maison, je savais qu'il y avait de bonnes (l'adjectif est mal adapté...) chances (ce mot-là aussi), disons de fortes probabilités que le facteur soit passé et que je me retrouve à n'avoir rien dit avant...
Je rentrai donc avec l'impression qu'une fessée m'attendait...
Heureusement, il n'y avait pas de lettre du collège d'arrivée... Mais, la nouvelle n'était pas aussi bonne que cela, car le facteur n'était pas encore passé, et ne viendrait donc qu'une fois que je serais retournée en cours...
Cela me donnait cependant une ultime possibilité de prévenir Maman...
A l'issue du déjeuner, Aline et Diane étaient pressées de repartir à l'école retrouver leurs copines, et Maman les laissa filer avec quelques minutes d'avance sur l'horaire habituel. Je préparais mon cartable dans ma chambre et, entendant la porte se refermer sur mes soeurs qui partaient, je descendis à mon tour titillée par une envie de "préparer" Maman à la mauvaise surprise...
Elle était en train de prendre son café dans le salon, en lisant une revue. Je la rejoins, mais restai figée à l'entrée du salon, n'osant pas articuler les deux ou trois phrases que j'avais pourtant répétées dans ma tête depuis deux jours.
Je demandai simplement : "Euh, dis, euh... Le facteur n'est pas passé, euh ?"
Maman comprit vite : "Pourquoi donc, Christine ? Tu attends quelque chose ?"
Il ne restait plus que trois minutes avant que je doive filer et je me lançai en donnant toutefois une version au conditionnel du genre : "Bah, peut-être qu'il se pourrait qu'il y ait, euh, une enveloppe du collège. Euh, peut-être, euh, un bulletin de colle ?"
Maman fronça les sourcils : "Une colle, encore ? Mais, en quelle matière, et pourquoi donc ?"
Je balbutiai : "Bah, euh, en anglais, euh, parce que, euh, on parlait avec ma voisine. Mais, euh, c'est pas sûr, euh..."..
Maman me coupa dans mes explications oiseuses : "Mais, je rêve, Christine. En anglais, en plus ! Mais, tu cherches vraiment les ennuis. Et tu prétends que ce n'est pas sûr... Mais connaissant Mlle Paule, si elle l'a dit, elle ne changera pas d'avis... Et puis, pour que tu m'en parles, c'est bien que tu sais que tu seras collée... Ah, ce n'est pas possible, je sentais bien que quelque chose n'allait pas, que tu me cachais quelque chose..."
Je tentai d'objecter : "Mais, tu vois, M'man, je te le dis maintenant. Et, depuis, on a fait une interro en anglais ce matin, et tu verras, je suis sûre que j'aurai la moyenne..."
Maman fulmina : "N'aggrave pas ton cas, Christine. La moyenne, la moyenne, j'espère bien qu'une redoublante comme toi l'aura toute l'année la moyenne et bien plus encore quand même. Ce n'est pas de cela qu'on parle, c'est de discipline. J'en ai assez, moi ! Quand Mademoiselle ne chahute pas, elle bavarde... Ah, je comprends que tu hésites à m'en parler, Christine. Parce que tu sais très bien ce que tu vas récolter en plus de ces heures de colle... Ah, tu peux préparer tes fesses, ma fille..."
Je sanglotai en demandant pardon, mais Maman regardant l'heure coupa court à la conversation : "Allez, file au collège. Je ne voudrais pas que tu sois en retard, et que tu récoltes d'autres heures de colle... Je vais attendre le facteur pour voir ce qu'a bien pu mettre Mlle Paule comme motif de sa sanction... En tout cas, crois moi ma fille, nous en reparlerons ce soir toutes les deux, et je te préviens déjà que cela va barder..."
Sa main, la paume largement ouverte, avait accompagné d'un geste bien caractéristique cette menace qui était plus qu'une menace, qui était une annonce claire et sans le moindre conditionnel. Ce soir, le bulletin de colle alimenterait une de ces "discussions" dont Maman avait le secret, et toute grande fille que j'étais, moi, Christine, j'allais "récolter" ce que je "savais", je pouvais "préparer mes fesses" et cela allait "barder".
Les mots résonnaient dans ma tête sur le chemin du collège, et j'eus bien du mal à cacher les larmes qui coulaient sur mes joues durant le parcours. Et ce n'était là que le trajet aller... Celui du retour ferait à coup sûr, encore plus battre mon coeur...
A SUIVRE
SUITE 53
Je m'étais reculottée à la hâte, alors que Maman quittait ma chambre, de peur qu'une ou deux paires d'yeux n'aient été derrière la porte au moment où notre mère la rouvrait. Mais, les petites n'avaient pas été jusque-là dans leur curiosité, ne prenant pas à la légère les menaces maternelles lors de leurs deux intrusions sur cette sorte de scène où je tenais à mon corps défendant la vedette, une fois encore.
En refermant la porte derrière elle, Maman avait ajouté : "On dîne dans un petit quart d'heure. Mets-toi en pyjama en attendant".
Cela me laissait peu de temps pour me redonner une figure présentable, mais je ne m'exécutai pas dans l'instant. Encore sous l'emprise de gros sanglots, je me couchai sur mon lit, me mettant en boule, et pleurant un long moment, le temps d'évacuer un tant soit peu mon chagrin.
Je ressentais mon bas du dos comme une sorte de radiateur, une source de chaleur que ma culotte et ma jupe remises en place semblaient contenir ou conserver.
Je sentais aussi comme une grande lassitude, comme un épuisement après un long combat. Et puis, après deux journées d'angoisse, de peur me mettant sur les nerfs, une fois la fessée reçue, ces mêmes nerfs se relâchaient. Je n'avais effectivement plus à avoir peur. La fessée, ma fessée, je venais de la prendre, et de belle manière... Et, le mauvais moment passé, je me sentais presque soulagée, en tout cas moins tendue.
Je n'avais pas bougé quand Maman nous appela à table, et je sursautai, me relevant à la hâte et me dépêchant de me mettre en pyjama. J'aperçus fugacement dans la glace de l'armoire l'image de ma lune écarlate, encore bien rouge à mon goût, même si Maman aurait sûrement jugé qu'elle avait déjà pâli...
Aline et Diane étaient à table lorsque je pénétrai dans la cuisine, au moment où Maman apportait la tourte. Mais, les trois paires d'yeux semblaient ne regarder que moi. J'avais l'impression que j'étais l'attraction, et que, plus que la tourte juste sortie du four, l'on observait la grande Christine juste sortie des genoux maternels...
Inutile de dire que je n'avais guère d'appétit et que j'ai dû à bien des reprises au cours de ce repas, baisser les yeux, mettre le nez dans mon assiette, cacher ma honte et mon envie de rougir lorsque fusèrent diverses allusions à ce qui m'était arrivé... On eut droit au couplet sur le fait que grande soeur avait eu "une bonne fessée", qu'elle était "méritée", et que "Maman tient toujours ses promesses". Sans oublier les avertissements lancées à Aline et Diane, leur rappelant qu'elles "aussi" pourraient bientôt se faire "déculotter", ce qui toujours ramenait ma fessée comme référence.
D'autant que Maman pouvait, en faisant allusion à l'incursion des petites dans ma chambre, ajouter : "Et vous avez bien vu comment je me suis occupée de Christine..." Ce qu'Aline et Diane, j'en étais sûre, devaient traduire par : "Vous avez bien vu comment ses fesses étaient toutes rouges".
J'avais l'impression en regardant mes soeurettes que se reflétait encore dans leurs yeux l'image de la grande soeur étalée sur les genoux maternels, la culotte baissée, la lune rougissant sous la claquée d'une main ferme et experte.
C'est donc sans m'attarder que je filai dans ma chambre la dernière bouchée avalée, ayant encore à subir l'inévitable petit sermon de Maman venant me dire bonne nuit, moitié consolante, moitié sur le mode du rappel de ce que je voulais surtout oublier.
Mais, c'est vrai qu'au fond de moi, j'arrivais à relativiser, et quelque part j'avais l'impression de m'en être sortie plutôt bien, ayant toujours en tête les visions du cauchemar qui avait hanté les deux nuits précédentes. Toute mémorable qu'elle ait été, la fessée reçue était plus supportable que l'idée d'une tannée mise en scène devant un public invité.
A ce propos, j'ai encore eu un moment de frayeur lorsque, le lendemain soir, Maman me demanda d'aller à la boulangerie chercher une baguette de plus, Tata s'étant invitée à dîner. Comme je me souvenais que Maman y était passée la veille, je craignais qu'elle ait fait une quelconque allusion à ce qu'elle s'apprêtait à faire en rentrant...
Martine, la vendeuse, n'était pas là, mais c'est Mme Breton qui me servit, en me demandant comment cela allait, et glissant : "J'espère que tu n'as pas fait de bêtises aujourd'hui", ce qui me fit rougir comme une pivoine...
Je balbutiai un : "Oh, non Madame, j'ai été très sage aujourd'hui", ce qui, en y repensant, m'a semblé idiot, car ce "aujourd'hui" pouvait faire penser que cela n'avait pas été le cas "hier". C'est donc, assez troublée et encore presque rougissante que j'ai ramené la baguette à la maison, où Tata Jacqueline était arrivée, et où son regard compatissant et son "Ma pauvre chérie" en guise d'accueil me firent comprendre qu'elle avait déjà eu droit à un résumé de l'épisode de la veille. Mais, comme cela s'était fait avant que je revienne, j'avais au moins évité une séance de honte de plus.
Le surlendemain, je rentrai avec un large sourire pour annoncer un 16 en maths. J'étais ravie, c'était pour moi une manière de dire à Maman : "Tu vois que je ne suis pas une cancre, tu vois que je peux avoir de bons résultats". C'était comme une revanche, alors que, ce dont je n'avais pas conscience, c'était bien que je donnais là à Maman des arguments, que je ne faisais que renforcer sa conviction de bien faire. Comme si ma bonne note était la conséquence de la bonne fessée...
J'étais toute contente, mais Maman doucha mon bel optimisme en me regardant avec un air autosatisfait, et en commentant : "C'est bien, Christine. C'est bien... C'est juste dommage qu'il ait encore fallu une bonne fessée pour que tu te remettes à bien travailler..." J'en regrettais presque d'avoir fanfaronné trop vite...
Et cela aura été le dilemme de bien des situations de conflit entre Maman et moi. J'avais l'impression qu'en rapportant des bonnes notes je faisais la démonstration qu'elle avait tort de me prendre pour une mauvaise élève, que je lui démontrais que ce n'était pas la peine d'employer des méthodes appropriées aux gamines. Alors, qu'à l'inverse, Maman se félicitait d'avoir sévi, pensant que mes bons résultats montraient qu'elle avait eu raison, et que la fessée était encore et toujours la seule méthode, en tout cas la plus efficace, pour ramener sa grande fille dans le droit chemin...
D'un autre côté, l'épisode de cette fessée magistrale, mais loin du scénario catastrophe que mes cauchemars avaient imaginé, m'amenait à comprendre que cette année de redoublement allait bel et bien suivre les mêmes grands principes que les années précédentes. On ne change pas une équipe qui gagne, dit-on dans le milieu sportif. Une Maman consciencieuse ne change pas une méthode qui porte ses fruits, même si ce n'est pas une méthode miracle, et même si elle demande de la persévérance et une application régulière...
J'avais grandi depuis l'année précédente, mais la règle demeurait la même. Ma crainte subliminale que Maman passe à la vitesse supérieure n'était pas fondée. D'autant qu'elle n'avait pas lieu d'être. Evidemment, si j'avais eu la même attitude que douze mois auparavant, si mes notes étaient restées aussi en dents de scie, si les heures de colle s'étaient accumulées, les fessées auraient peut-être pris une autre tournure.
Mais, j'étais une gamine, une pré-ado intelligente, sans vouloir me vanter, et qui avait bien compris que poursuivre sur la mauvaise pente aurait hypothéqué mon avenir. Je n'allais pas non plus passer d'un extrême à l'autre, devenir la petite (grande) fille modèle, la première de la classe sage comme une image. Simplement, l'année de redoublement était l'occasion de me replacer parmi le peloton de tête de la classe, et d'être moins en conflit avec certains profs, donc moins à même à m'attirer des ennuis à la maison...
Je savais, et la récente fessée en était un bel exemple, que Maman attendait de moi mieux qu'une simple petite moyenne, et qu'elle serait derrière moi, plus encore que l'année passée, où elle s'en voulait un peu de ne pas avoir pu empêcher finalement mon redoublement.
Sans être totalement fataliste, car j'étais persuadée de pouvoir encore réussir à ruser, de savoir gagner du temps quand il le faudrait, j'avais bien conscience que Maman était encore moins disposée que l'année précédente à tolérer un zéro, une indiscipline, ou à recevoir un bulletin de colle, sans réagir de la manière que chacun imagine... D'ailleurs, lorsque parfois, sans aller jusqu'à menacer explicitement, avec des mots, elle levait la main de manière d'avertissement, ou montrait sa paume tout en faisant une mimique l'amenant à pincer ses lèvres, je savais bien que je n'étais pas à l'abri de nouvelles déconvenues, et j'avais presque l'impression de sentir mes fesses déjà dégagées et offerte à sa colère imminente...

De fait, ce début d'année, nous en étions à la moitié d'un trimestre de passé, donnait déjà l'esprit général. Christine n'avait plutôt pas trop mal commencé. Elle avait des résultats encourageants, mais aussi encore quelques rechutes qu'il convenait de ne pas laisser passer... La chahuteuse de l'an dernier n'était pas devenue un ange muet. Sa propension à jouer parfois les amuseuses de galerie, à jouer les intéressantes derrière le dos des profs, n'avait pas complètement disparu, mais était devenue plus rare. Raison de plus pour Maman de ne pas laisser sa grande fille mettre le doigt dans un engrenage dont l'année précédente avait démontré qu'il pouvait finir mal. Et, comme la seule méthode efficace gardait à n'en pas douter de bons résultats, la détermination de Maman n'en était que plus forte.
Et la Christine que j'étais ne pouvait qu'en prendre conscience. L'heure n'était plus aux faux espoirs, ni à se bercer d'illusions. J'avais passé l'année précédente à essayer d'échapper à ce qui m'était promis, j'avais toujours cru jusqu'au dernier moment au miracle, en vain. Bien sûr que si, cette année, je pouvais encore garder un tant soit peu la main sur mon destin, je le tenterais, mais globalement, je n'avais plus guère de doute, et savais que, le prochain zéro, la prochaine convocation de Maman par une prof, la prochaine mention d'une mauvaise conduite, d'un chahut, ou la récolte de deux heures de colle, tout cela était à éviter totalement, ou à retarder le plus longtemps, car le résultat était connu d'avance. Je n'aurais qu'à préparer mes fesses...
Cette prise de conscience m'amenait à être réaliste, à ne pas me bercer d'illusions, et donc à jouer plus finement. Cela ne voulait pas dire devenir fataliste totalement, tout subir et ne rien tenter. Mais, cela voulait dire comprendre que dans certains cas l'échappatoire était impensable, et qu'au lieu de nier l'évidence, au lieu d'aggraver son cas en ajoutant des mensonges ou manoeuvres grossières et invraisemblables, mieux vaudrait reconnaitre tout ou partie de ses torts, bref avoir une défense plus intelligente, moins gamine, en espérant au moins ne pas accroitre la colère maternelle, et peut-être faire qu'elle soit moins démonstrative au moment de l'incontournable explication, au moment, car il faut bien appeler un chat un chat, de l'inévitable fessée...
L'angoisse baissa d'un ton pendant quelques jours. Une fessée reçue par Aline la semaine suivante ôta même à la mienne le statut de dernière référence...
Je ramenais des résultats assez satisfaisants, et Maman avait même eu un compliment de la part de la prof de maths qu'elle avait croisée au marché.
De quoi peut-être faire baisser la garde de la Christine décidément bien sage depuis trois semaines déjà, et qui n'avait, cette année encore, pas une grande passion pour les cours soporifiques de la prof d'anglais. Et, même si je me méfiais de celle qui me valut moult problèmes l'année précédente, la tentation de bavarder et de faire rire mon entourage commençait à me titiller.
Ayant des choses à raconter à ma voisine de classe, je chuchotai discrètement, n'imaginant pas me faire prendre. La première remarque de Mlle Paule aurait dû me faire taire, mais comme elle avait l'habitude d'en faire une autre, en précisant : "Dernier avertissement", je crus encore disposer d'un joker, et repris mon chuchotement le plus bas possible.
"Christine, pouvez-vous répéter la phrase que je viens de dire ?", lança sans crier gare Mlle Paule. Je balbutiai et bredouillai deux ou trois mots du début de la leçon, sans rapport avec ce qu'elle venait de dire. Ce qui provoqua le rire de la classe. Que Mlle Paule coupa d'un ton sec : "Taisez-vous. Cela n'a rien de drôle. Quant à vous, Christine, vous connaissez le tarif ? Ce sera deux heures de colle..."
Patatras ! Moi qui me tenais à carreau depuis une vingtaine de jours, je me retrouvais dans une situation dont j'imaginais déjà l'issue...
La fin du cours sonna quelques minutes plus tard. Je ne tentai même pas d'aller plaider ma cause auprès de Mlle Paule, je savais que cela ne ferait que la monter encore contre moi. Je passai le quart d'heure de récréation dans un coin. Prostrée, au bord des larmes. Ma voisine de classe vint pour essayer de me consoler, me disant que ce n'était pas grave, etc., etc. Mais, je lui demandai de me laisser seule. Je ne pouvais pas lui dire ce à quoi je pensais, ce qui déjà défilait dans ma tête...
A SUIVRE
SUITE 52
Depuis qu'elle était rentrée, je n'avais pas encore eu de contact direct avec Maman. Je l'avais vue revenir de la boulangerie, j'avais été écouter dans le couloir du bas sa conversation avec Tata, mais elle ne m'avait pas encore appelée, ni donné de consigne quelconque...
J'hésitais donc à attendre encore dans ma chambre ou à aller aux nouvelles, ce qui ne me disait guère puisque déjà, via Aline en rentrant, via sa voix espionnée depuis le couloir, et via Tata qui me l'avait confirmé, je savais que la reprise de contact ne se traduirait pas autrement que par une invitation à "préparer mes fesses"...
Je tournais en rond, plutôt angoissée, ma main s'égarant parfois au bas de mon dos, moitié par réflexe de protection, moitié pour constater que tout allait encore bien, que pour l'instant je profitais encore du sursis que j'avais réussi à prolonger depuis deux bons jours...
Maman qui savait évidemment par mon manteau accroché dans l'entrée et certainement par Aline qui lui avait dit, que j'étais bien rentrée, devait se douter que si son ainée restait hors de sa vue, c'est qu'elle ne se sentait pas tranquille...
Et je pense qu'elle me laissait mijoter volontairement, préparant le dîner tout en surveillant d'un oeil les devoirs des petites, sages comme des images, selon l'expression consacrée, mais qui aurait pu se traduire à la maison par "sages comme les jours de fessée de Christine" !
Au bout d'une demi-heure, où la seule incertitude était de savoir quand ma chère mère "s'occuperait" de moi, je descendis, le coeur battant, me retrouvant en face de Maman qui venait de donner une précision sur un devoir de Diane, et allait retourner dans la cuisine.
Maman me décocha un regard faussement amusé : "Tiens, tiens, te voilà. Je me demandais où tu étais cachée. Tu ne voulais pas dire bonjour à ta Maman ? Il y avait quelque chose qui te gênait, peut-être ?"
Je ne savais quoi répondre, et baragouinai un : "Oh, non, euh... Tu veux, euh, parler, euh, du courrier du collège, euh. Je, euh, enfin, euh, je vais te, euh, t'expliquer".
Maman ne me laissa pas développer une quelconque explication. La réponse fusa : "Christine ! NON ! Arrête tes histoires et tes mensonges. Tout ce que je sais, c'est que ma fille a encore récolté deux heures de colle, et pour avoir chahuté en classe. C'est i-nad-mi-ssi-ble !", tonna-t-elle en détachant les syllabes. "Alors, ne me raconte pas de sornettes. Tu sais très bien ce qui t'attend, ce que je t'ai promis, la fessée, Christine, la fessée... Puisque c'est la seule chose qui te fasse tenir à carreau, du moins quelque temps, eh bien, Mademoiselle va encore recevoir une déculottée maison, et voilà tout !".
Elle me pointait du doigt avec un regard noir, à deux pas des petites qui observaient la scène, plus intéressante bien sûr que leurs livres et cahiers.
Je tentai de protester, répliquant par deux petits "Non, non", puis osant un "Oh NON !" presque fort, presque de révolte, en tout cas moins timide pour quelqu'un qui se sentait au pied du mur.
Maman n'apprécia pas ce "Oh NON !" intempestif, et sa main qui pointait son index s'ouvrit montrant sa paume. Je crains de prendre une gifle et me retournai prestement pour aller vers la porte. Dans le mouvement, ma jupe virevolta au moment où Maman, qui avait vu venir ma manoeuvre, en profita pour me décocher une claque magistrale sur mon fond de culotte.
La claque résonna et me fit pousser un petit cri pendant que Maman commentait : "Oui, c'est cela, file, tu ne perds rien pour attendre..."
J'avais été surprise par cette claque lancée à la volée et qui témoignait bien de la détermination maternelle. Je ne demandai pas mon reste et filai dans ma chambre, perturbée et au bord des larmes.
J'étais haletante quand je refermai la porte derrière moi. M'arrêtant après ma course dans l'escalier, je sentis le picotement sur ma fesse droite. Maman y était allée de bon coeur contre une fille dont le "Oh NON" avait un avant-goût de révolte.
Cela me chauffait sur le côté et je me mis devant la glace de mon armoire, relevant ma jupe et posant mes mains en parallèle sur mes deux hémisphères jumeaux.
La claque maternelle était passée par dessous la jupe, atterrissant légèrement de côté, la paume et le pouce se plaquant sur le fond de ma culotte, les quatre doigts ayant débordé et atteint la peau directement.
C'est là que cela picotait, et je distinguais l'empreinte des quatre doigts marquant de rouge ma fesse latérale droite.
Sous l'étoffe de ma culotte, la trace de la paume n'était que diffuse, chauffant comme un petit radiateur, mais sans le picotement.
En plaçant mes mains sur mon bas du dos, je ressentais ces différences. A gauche, une demi-lune toute fraiche, intacte, reposée par un long sursis, puis à droite une double sensation de chaleur, maitrisée et comme réchauffante sur la partie protégée par l'étoffe de coton, brulante et "picotante" où les doigts avaient marqué la peau.
Je comprenais que je venais en quelque sorte d'avoir un acompte, que bientôt ma fesse gauche aussi serait "réchauffée", mais comme je le ressentais avec une grande acuité, ce serait au plan de la douleur tout autre chose quand ma culotte serait baissée...
De plus, il n'était pas question d'avoir la moindre illusion : toutes mes colles m'avaient valu des déculottées, et si Maman n'avait parlé à Tata que d'une "bonne fessée", elle venait d'annoncer clairement, et devant mes soeurs, que je recevrais une "déculottée maison". Le doute n'était plus possible et cette claque décochée à la volée resterait sans doute la seule à atteindre une lune protégée...
Ce qui me consolait vaguement était que Maman ne m'avait pas punie sur le champ, ma petite interjection de révolte aurait pourtant pu justifier qu'elle règle ses comptes immédiatement. Mais, elle n'avait pas non plus renvoyé l'affaire, comme elle le faisait souvent d'un "On réglera ça après le diner", ni en me demandant de me mettre en pyjama. Quelque chose toutefois, je ne sais quoi, mais avec le temps on a souvent des intuitions qui fonctionnent, me disait que le sujet serait vite remis sur le tapis...
Guettant les bruits du bas après avoir rouvert ma porte et rabaissé ma jupe, je compris que Maman avait des choses à faire en cuisine. Elle préparait une tourte et avait mis le four à préchauffer. Cinq minutes plus tard, elle put enfourner sa préparation pour qu'elle cuise durant les 45 minutes nécessaires. Soit trois quarts d'heure, avant de pouvoir passer à table, et bien assez pour tenir une certaine promesse...
"Aline et Diane, je monte voir Christine... Soyez sage... Quand vous aurez fini vos devoirs, vous pourrez allez vous mettre en pyjama. J'ai fait une bonne tourte pour le diner..." , dit-elle depuis l'entrée du salon d'une voix dont je pouvais tout entendre.
Apparemment, Diane, comme il fallait s'y attendre dit qu'elle avait fini ses exercices. Maman lui répondit : "Alors, revois encore ta poésie, je te ferai réciter après le diner. Je ne voudrais pas avoir à me fâcher contre toi aussi..."
Cela remit ma petite soeur à sa place, et Maman s'engagea dans l'escalier... Ce pas, c'était comme ma fessée qui montait...
Je m'étais précipitée près de la fenêtre, pour faire semblant de regarder dehors, pour me donner une contenance.
Maman entra par la porte entrebaîllée, mais elle l'ouvrit complètement, s'arrêtant un instant pour prêter l'oreille, comme pour me dire qu'elle laissait la porte ouverte pour surveiller en même temps les petites...
Je fis la grimace, mais comme j'avais cauchemardé depuis deux nuits en imaginant une déculottée publique devant famille et boulangères réunies, je restai étrangement calme.
"Maman, s'il te plait...", murmurai-je, mais elle était déjà assise, tapotant sur ses genoux en me disant : "Allez, Christine, finissons-en. Viens ici tout de suite...."
J'ai effectué les cinq à six pas qui me séparaient des genoux maternels comme une automate, mais en esquissant à peine un geste de recul lorsque Maman m'a attrapé par les poignets et m'a basculé en travers de ses genoux, là où je savais depuis l'annonce de la colle en cours que je finirais...
Maman dit une ou deux fois : "Bien, bien...", comme si elle m'accordait un satisfécit pour une obéissance satisfaisante. Je la laissai même remonter complètement ma jupe, la coincer au bas de mon dos, dégageant ma culotte.
Sur le côté droit, on voyait encore nettement les traces de la claque avec quatre empreintes de doigt rougissant mon épiderme...
Maman ironisa : "Ah, un petit peu de rouge d'un seul côté... Mais, je vais réparer cela bien vite... Il n'y aura pas de jalouses, ne t'inquiète pas, les deux fesses seront servies, crois-moi..."
J'avais tenté de placer ma main droite en protection, mais Maman haussa le ton, me la bloqua dans le dos, et entreprit de baisser ma culotte, pendant que je gémissais et commençai à sangloter...
"Garde tes larmes, Christine, je n'ai pas encore commencé, dit elle en dégageant totalement ma lune. Ah, c'est encore tout blanc là-dedans... Mais, on va rattraper le retard, Christine... Quand je pense que tu as récolté cette colle il y a deux jours, et que tu ne t'en es pas vantée... Tu savais trop bien ce qui t'attendait... Tu sais que Maman tient ses promesses, et que jamais elle n'acceptera que sa grande fille gâche ses chances et se fiche du monde..."
Le temps qu'elle dise tout cela, j'étais restée bien bloquée sur ses genoux, culotte baissée, lune encore intacte (à un impact près), avec cette étrange sensation du calme avant la tempête...
Je suppliai : "Maman, non, je t'en prie, je ne recommencerai plus", mais elle avait déjà asséné une première claque sur la fesse gauche, avant de regarder l'empreinte de sa main rougir ma lune en parallèle avec la claque du salon.
"Voilà, il n'y a plus de jalouses, s'amusa-t-elle, avant de reprendre sérieusement. Allez, passons aux choses sérieuses. Je ne voudrais pas te faire attendre plus longtemps, ma fille... Je vais te rappeler ce que c'est qu'une bonne fessée, et ce qui arrive aux chahuteuses, et qui plus est aux menteuses dans cette maison..."
Et la dégelée tomba, mécanique, forte, très appliquée. Je dis "dégelée", parce que les picotements dont j'avais peur étaient au rendez-vous. Je ne les aurais peut-être pas ressenti autant, pris dans l'avalanche de sensations, de la honte à la douleur qui se mêlaient dans ma tête et dans mon corps. Mais, comme, juste avant, je venais de ressentir, de soupeser la différence d'impact d'une claque sur une culotte avec des doigts sur une peau nue.
Alors, cette première couche, cette longue série de claques savamment réparties, généreusement distribuées par une mère qui se rabâchait que je l'avais méritée, qu'elle m'avait été promise, que je devais m'en souvenir pour qu'elle soit efficace, que je l'avais de plus roulée dans la farine en cachant ma faute deux jours durant, cette fessée, du moins l'entrée en matière, je la ressentais claque après claque comme si chaque picotement, chaque bruit caractéristique de l'impact me rappelait que j'étais déculottée...
Les picotements m'arrachaient des petits cris, puis petit à petit, la cuisson devenant uniforme, la "tannée" faisant son effet, la claquée faisait toujours mal, mais plus en profondeur, de manière moins épidermique. L'essentiel de la montée en température devait être accompli, mais on passait à la partie qui fait passer de la fessée d'impulsion à la fessée magistrale, exemplaire, marquante.
Je pleurais à chaudes larmes, ma respiration devenant moins haletante.
C'est à ce moment que des bruits de pas se firent entendre, mes soeurettes montant en courant pour être la première à voir ou apercevoir quelque chose...
Elles arrivèrent devant la porte grande ouverte, se figeant avec des yeux écarquillés, Maman arrêtant sa claquée en les voyant pointer le bout de leur nez...
Je tentai de bouger, mais Maman raidit le bras qui me ceinturait, avec un "Ho, Ho", qui ressemblait à un ordre pour calmer un cheval.
"Maman, Maman, on a tout fini nos devoirs", lança Aline. "Et je sais ma poésie par coeur", rajouta Diane, qui ne bougeaient pas d'un pouce, figées devant le tableau, alors que, dégoûtée, je tournai la tête pour cacher mes larmes, sans pouvoir bouger de ma honteuse position...
"Alors, allez vous mettre en pyjama. Vous voyez bien que je suis occupée avec Christine...", ordonna Maman, ajoutant : "Allez, filez, petites curieuses, à moins que vous ne vouliez prendre la place de votre grande soeur quand j'en aurai fini avec elle..."
Aline très vite, puis Diane en laissant encore trainer un oeil un instant, disparurent. J'en profitai pour implorer Maman : "Arrête, Maman, ça suffit, j'ai mal, je veux plus..."
Cela ne fit que remotiver Maman, qui me rééquilibra en travers de ses cuisses, regarda un moment son oeuvre, comme pour jauger la suite à donner.
"Christine, ici, c'est moi qui décide quand ça suffit ou pas... Tu n'avais qu'à y réfléchir en classe au lieu de te remettre à chahuter... Ne crois pas que l'arrivée de tes soeurs va te tirer de ton mauvais sort. Tu mérites une bonne fessée, et je veux que tu t'en souviennes. Tu as mal, mais c'est fait pour ça, une fessée, ma chérie, et si tu ne t'en souviens pas bien, c'est peut-être que la dernière n'était pas assez forte." Et c'était reparti pour un tour, la mini-pause ayant fait pâlir un tant soit peu ma lune, Maman lui déversa une nouvelle avalanche de claques parfaitement dosées.
"Ah, voilà des fesses qui commencent à avoir la couleur désirée.Tiens, tiens et tiens... Quand Maman promet une bonne fessée, ce n'est pas de la rigolade, crois-moi...", commentait Maman qui, à nouveau s'arrêta, voyant Aline apparaitre à nouveau.
Elle était juste en culotte et demanda : "Maman, je ne trouve pas mon pyjama" . Diane était juste derrière, elle déjà en chemise de nuit, et ajouta : "Il est au sale son pyjama".
Maman rétorqua : "Ah, c'est vrai, prends donc le rose qui est dans le tiroir du haut de la commode".
Mes soeurs demeurèrent devant la porte, alors que je tentai à nouveau de descendre des genoux maternels. "Filez de là, je ne le répéterai pas !", lança une fois de plus Maman à mes soeurettes pas vraiment pressées de quitter leur place de choix à moins de trois mètres des genoux maternels, où la lune de grande soeur était toute déculottée et écarlate...
"Aline et Diane, je ne voudrais pas avoir à me fâcher. Arrêtez de regarder comme ça... Si j'en revois encore une de vous deux, je la déculotte dès que j'en ai fini avec Christine... Allez, ouste, et fermez la porte derrière vous..." ordonna Maman.
C'est Aline qui repoussa Diane dans le couloir, retirant ensuite la porte de ma chambre pour la refermer, non sans passer à quelques centimètres de Maman et moi, encore dans la même position , où nous avions été dérangées par deux fois.
Nous étions enfin en situation de huis clos, même si les soeurettes étaient certainement aux aguets derrière la porte ou l'oreille collée contre la cloison...
Je chignai : "Elles sont pas gentilles", en essayant d'apitoyer Maman. Elle me renvoya l'argument : "Oh Christine, si tu n'avais pas chahuté, ni menti, je n'aurais pas eu à sévir, et tes soeurs n'auraient rien vu... Arrête tes simagrées, ce n'est quand même pas la première fois qu'Aline et Diane voient leur grande soeur recevoir la fessée... Et, quelque chose me dit que, si tu ne changes pas d'attitude, ce n'est sûrement pas la dernière fois qu'elles te verront sur mes genoux..."
Je ré-éclatai en sanglots, pendant que Maman, dont le bras venait à nouveau de se reposer quelques instants, me replaça bien en équilibre... "Allez, finissons-en ! Je crois que ces fesses-là méritent encore une bonne claquée... Pour que tu comprennes qu'on ne se moque pas de sa mère, en chahutant et en mentant effrontément.... Ah, Christine, puisqu'il n'y a que cela qui fonctionne avec toi, puisque cela ne rentre pas par la tête, eh bien, on va encore s'adresser à tes fesses..."
La fessée reprit pour une ultime tannée qui réveilla ma douleur et me fit pleurer un flot de larmes. Je suppliai, mais Maman ne faiblit pas. La porte ayant été fermée, la fessée semblait résonner plus encore, et marquait autant ma peau que mon esprit.
Puis, enfin, après une dernière salve très appliquée où Maman s'aidait de la voix, la fessée s'arrêta... Je devais avoir la lune écarlate, et j'avais l'impression de ne plus sentir mon épiderme, tellement la tannée avait été uniforme, faisant comme si j'avais un radiateur au bas du dos.
Me relevant, un peu chancelante, je dansai d'un pied sur l'autre un instant, tentant en y appliquant mes mains de dissiper la douleur de mes fesses, mais c'était surtout une sensation de haute cuisson que je ressentais.
Maman, croisant les bras, et me regardant sangloter en gémissant, commenta : "J'espère que la leçon portera ses fruits, Christine. En tout cas, ne t'avise pas de recommencer, surtout pas, car tu sais ce qui t'attend... Il y a des choses que je n'admettrai jamais, Christine, ja-mais, tu m'entends, ja-mais !"
C'est quand elle se leva et se dirigea vers la porte que je pris conscience de la situation et que je remontai à la hâte ma culotte sur ma peau endolorie...
La fessée ne s'était pas, heureusement, déroulée comme dans mon cauchemar. Elle s'était même achevée à huis clos, à l'abri de tous les regards, mais du point de vue de l'intensité, la fessée avait été un modèle du genre, une déculottée magistrale, une tannée exemplaire. Je n'avais pas "préparé" mes fesses pour rien !
A SUIVRE
SUITE 51
En d'autres circonstances, j'aurais peut-être osé profiter que nous étions seules pour faire taire ma soeur, pour lui faire comprendre que ses moqueries pourraient se retourner un jour contre elle, et qu'une grande soeur imaginative comme je savais l'être parfois pourrait trouver moyen de se venger en douce...
Mais, là, cette fois, je ne lui en voulais pas vraiment, du moins je comprenais son attitude, à elle qui avait subi les foudres maternelles deux jours auparavant.
Cela aurait été Diane, j'aurais sûrement été davantage piquée au vif. Aline, elle, avait presque un regard de compassion tout en se moquant joyeusement, et puis il y avait aussi le fait que ce qu'elle disait et répétait était hélas une évidence, et tout sauf une surprise pour moi...
Je me suis assise sur mon lit. Prostrée, comme abasourdie, sans ressort. La Christine combative, celle qui jouait à gagner du temps depuis 48 heures, celle qui se nourrissait d'espoir et se devait de jouer un rôle, venait de comprendre que la séquence était finie, que l'on rentrait dans la conclusion de l'épisode, et que, hormis quelques détails, j'en connaissais l'essentiel : cela se terminerait par une fessée. Bien sûr, dit ainsi, une fessée, cela semblait banal. Mais, quand c'est une fessée de Maman, et que ce sont ses propres fesses que l'on doit préparer, ce n'est plus "une fessée" simple, banale, c'est sa fessée, c'est "ma" fessée que j'attendais...
Fataliste, je ne l'étais pas souvent, tant j'essayais de jouer la moindre carte jusqu'au bout, mais là, il y avait trop d'évidence, et je ne me faisais plus d'illusion.
Restait à attendre Maman, et comme je n'avais pas la tête à réviser mes leçons, ne pensant qu'à ce qui m'était promis, je me suis assise près de la fenêtre de ma chambre, à regarder dehors, à guetter le retour maternel.
Le grincement de la porte du jardin me sortit de ma torpeur. Mais, à ma grande surprise, c'était bien Diane qui rentrait, mais c'est Tata Jacqueline qui lui tenait la main.
Je descendis lui dire bonjour, m'étonnant que Maman ne soit pas là. Tata m'embrassa et répondit : "Nous nous sommes croisées en ville quand elle sortait de chez le dentiste. Comme elle avait encore deux petites courses à faire, je lui ai proposé de ramener Diane, mais elle n'en a pas pour longtemps. Ne t'inquiète pas, elle arrive..."
Tata remarqua que je faisais la grimace, et elle esquissa un petit sourire contrit, ajoutant : "Enfin, quand je dis : ne t'inquiète pas, ce n'est peut-être pas la bonne expression, car elle semblait assez en colère contre toi... Ma pauvre Christine, il parait que tu t'es encore faite prendre à chahuter en classe. Tu sais pourtant bien que ta Maman n'aime pas du tout ça... J'ai bien essayé de lui dire que ce n'était pas grave, mais je ne l'ai pas convaincue, et j'ai bien peur que se finisse mal pour toi, ma pauvre chérie..."
J'étais au bord des larmes et Tata me serra à nouveau dans ses bras, quelques secondes qui me parurent une éternité réconfortante. Puis, elle me conseilla : "Je serais à ta place, j'irais vérifier mes devoirs, réviser mes leçons, histoire qu'elle n'ait rien d'autre à te reprocher ce soir. De toute manière, elle ne va pas tarder. Elle devait juste aller à l'épicerie, puis passer à la boulangerie".
Je suivis le conseil de Tata, la laissant avec Aline et Diane qui n'avaient rien manqué de la conversation et avaient le regard pétillant des soirs d'explication pour leur soeur ainée...
En regagnant ma chambre, je me mis à broyer du noir. J'eus un grand moment d'angoisse, me mettant à sangloter, ayant du mal à retenir mes larmes, à retrouver le calme. J'avais l'impression que je me retrouvais dans le cauchemar de l'avant-dernière nuit...
Tata Jacqueline était là, et semblait ne pas douter que j'allais recevoir la fessée. Et, oh mon Dieu, ce n'est pas possible : Maman devait, comme le disait ma tante, "passer à la boulangerie" !
Je m'étais retenue de demander "pourquoi" devait-elle "passer à la boulangerie"... Elle aurait sûrement répondu : "Mais, pour chercher du pain", mais une partie de moi craignait qu'elle réponde : "Je crois que c'est pour demander à la boulangère et à sa vendeuse de passer à la maison, ce soir".
Non, je ne pouvais pas y croire, mais aussi incroyable que cela paraisse, j'avais l'impression que mon cauchemar prenait forme. J'en revoyais les images, avec ce dédoublement d'image qui me faisait actrice et spectatrice à la fois... J'étais au milieu du salon, étalée sur les genoux maternels, la lune toute déculottée, devant mes soeurs, ma tante, et attendant que la porte s'ouvre pour laisser entrer Martine et Mme Breton...
Je mis quelques minutes à chasser ces images de ma tête, essayant de trouver une contenance en déballant quelques livres et cahiers pour me donner une contenance et une apparence d'élève studieuse... Mais, les lignes se troublaient devant ma vue, et je n'avais que le retour de Maman en tête...
Quand j'entendis à nouveau la portail, je guettai et vu qu'elle rentrait avec une baguette de pain et un sachet de viennoiserie. Elle était donc bien passée chez Mme Breton, et je ne m'inquiétais même pas de savoir si mes oreilles avaient sifflé, si elle avait évoqué mes exploits et ce qui m'attendait. Même ça, je l'aurais trouvé normal, mais ma seule inquiétude était de savoir si elle avait "invité" Mme Breton...
Ne pouvant tenir en place, je descendis discrètement les escaliers et me postai près de la porte du salon. Aline et Diane étaient en train de faire leurs devoirs sur la table de la salle à manger, alors que Maman et Tata discutaient, assises sur le canapé.
Apparemment, le sujet tournait autour de mon comportement. Tata jouait les avocates en suggérant à Maman d'être compréhensive, en disant que cela pouvait arriver d'être distraite, et que l'essentiel était bien que les notes se soient améliorées depuis l'année dernière.
Maman ne voulait rien entendre et lui montrait le bulletin de colle : "On ne parle pas de distraction, mais bien de chahut. Je ne peux pas laisser passer ça, surtout dans cette année de redoublement. Pas question que Christine se remette à n'en faire qu'à sa tête. Tu sais, je connais assez ma fille pour savoir ce que je dois faire... La seule chose qui marche avec elle, c'est une bonne fessée, un point c'est tout. Et, crois moi, elle n'y coupera pas..."
Tata n'insista pas. Maman lui proposa de rester dîner, mais elle répondit qu'elle avait prévu d'aller au cinéma ce soir-là, et qu'elle préférait ne pas nous déranger, "surtout" en cette soirée où Maman avait "beaucoup à faire".
Entendant ces mots, je remontai en douce dans ma chambre, où Tata vint me dire au revoir quelques minutes plus tard. Elle me confia en deux mots qu'elle avait plaidé ma cause, mais que Maman avait l'air bien décidé à sévir. Elle me quitta, m'ayant embrassée une dernière fois en me glissant à l'oreille : "Allez, courage, ma chérie. Cela te fera peut-être réfléchir avant de chahuter à nouveau. Ta Maman t'aime, tu sais. Mais, c'est aussi son rôle de t'élever comme il faut, même parfois en donnant la fessée aux petites chahuteuses..."
Tata redescendit, échangea quelques mots que je n'entendis pas, avec Maman sur le perron, puis elle rentra chez elle.
Mon avocate était partie, et j'aurais pu m'en inquiéter, sachant combien parfois, tant qu'elle était là, elle ou Mamie, j'arrivais à gagner du temps, mais ce soir-là, le départ de Tata m'apparaissait comme une bonne nouvelle. J'en étais soulagée, avec un poids en moins... Tata pas là, c'était un signe que mon cauchemar n'allait pas se réaliser, pas comme je l'avais vu en tout cas...
A SUIVRE