vendredi 5 novembre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (11)

SUITE 10

Même si je cherchais dans les moindres signes de la vie courante un bon présage pour mon devenir proche, je gardais un fond d'angoisse en attendant ma note de contrôle.
Maman avait desserré l'étau, ma semaine de privation de sortie avait été écourtée de deux jours, puisqu'elle avait accepté que je joue avec Anne, ma voisine, durant le week-end.
Il faut dire que j'avais été un modèle de calme et d'obéissance durant les jours qui avaient suivi ma déculottée magistrale devant mes soeurs.
Je me disais qu'en jouant les filles modèles, j'adoucirais le reste de rancune maternelle quant à ma conduite et mon entourloupe de fausse malade...
Toutefois, Maman n'était pas du genre à oublier ses promesses...
Lundi, je repris le chemin du collège, et dès mon retour le soir, Maman me demanda si j'avais des notes à montrer. Mais, bien sûr, la prof n'avait pas encore rendu les copies, ce que Maman comprit aisément.
Mardi, ce fut la même question : "Alors, as-tu des nouvelles du contrôle d'anglais ?", demanda-t-elle dès que j'ai posé mon cartable.
"Mais, non, Maman, pas encore, mais ne t'inquiète pas, j'aurai sûrement la moyenne", dis-je pour la rassurer.
Elle répondit du tac au tac : "Mais, c'est toi qui devrais t'inquiéter, Christine, si ce n'était pas le cas. Tu sais bien ce que je t'ai promis..."
Je baissai les yeux, ne voulant pas répondre. Oui, oui, oui, je le savais bien, je n'avais pas oublié, et comment oublier quand sa mère vous le rappelle chaque jour...

"C'est toi qui devrais t'inquiéter, Christine..."


De fait, j'étais partagée. J'avais envie de savoir ma note, j'aurais voulu connaître le résultat déjà, à condition que ce soit bon, pour m'enlever la peur de la fessée promise... Mais, je me disais aussi que si c'était mauvais, mieux valait que ce soit le plus tard possible...
De toute manière, je n'avais pas moyen de changer le cours des choses.
Jeudi après-midi, une bonne surprise au collège. Mlle Paule n'était pas là, absente pour cause de conférence pédagogique. En rentrant le soir, je n'attendis pas que Maman me questionne et lui annonçai d'entrée. Cela ne l'empêcha pas de glisser une allusion : "Tant pis, mais on n'est pas à un jour près pour discuter de ce fameux résultat..."
Le vendredi, j'entrai en cours d'anglais avec une certaine appréhension. Mais, je ne vis pas de tas de copies sur le bureau de Mlle Paule. Etait-ce bon signe ? Je n'allais surtout pas réclamer lesdits résultats. Mlle Paule fit cours comme si de rien n'était, cherchant à rattraper l'heure perdue de la vaille et nous donnant double de devoirs pour le week-end.
Peu avant la fin du cours, elle ouvrit son gros cartable et sortit un paquet de copies...
Mon coeur commença à battre... J'allais savoir.
Mais, elle ne les rendit pas. "Je n'ai pas pu finir de corriger vos copies. Vous les aurez lundi, mais je peux déjà vous dire que ce n'est pas brillant du tout dans l'ensemble... Je suis assez déçue par les résultats. Alors, mieux vaudrait vous appliquer sur les prochains devoirs. Vous n'êtes pas à l'abri d'interrogations surprises ". 
Les paroles de Mlle Paule me firent faire la grimace. Je sentais qu'il fallait que je réévalue mes estimations à la baisse...

Anne voyait bien que j'étais inquiète
 

Le seul point positif était que les copies n'avaient pas été rendues. A la récréation, je n'avais pas le coeur à jouer, je restai assise sur un banc, en ayant dans la tête les paroles de la prof qui résonnaient et les menaces maternelles qui se répétaient en boucle...
Anne, ma copine, vit bien que je n'étais pas dans mon assiette. Elle me demanda si je m'inquiétais pour ma note : "Tu crois que ta mère va encore se fâcher, si c'est mauvais"
Je répondis de façon vague. Je n'avais aucune envie de lui faire partager ma peur...
Maman sentit bien, en me voyant revenir moins enjouée que la veille, que quelque chose clochait...
"Ne me dis pas que tu as eu une mauvaise note en anglais", demanda-t-elle d'entrée.
"Mais, non, elle n'a même pas rendu les copies"i, m'empressai-je de préciser.
Maman ne me crut qu'à moitié... Elle se mit à fouiller mon cartable pour voir si je ne cachais rien... "J'espère que ce n'est pas encore une de tes entourloupes, Christine. Plus d'une semaine pour corriger des copies, je trouve cela suspect. J'ai presque envie de téléphoner à Mlle Paule pour savoir ce qu'il en est. A moins que je n'appelle la maman d'Anne"
Je confirmai avec force à Maman que nous n'avions pas les résultats. Sans bien sûr lui dire que la prof avait laissé entendre qu'ils ne seraient pas bons.
Maman n'insista pas, mais rajouta : "Ce ne serait pas de ton intérêt, Christine, de me cacher quoi que ce soit. Tu sais qu'il vaut mieux être franche pour ne pas aggraver ton cas. De toute manière, ce ne serait que reculer pour mieux sauter..."

A SUIVRE

mardi 26 octobre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (10)

SUITE 9
Travailler, travailler. Je n'avais plus que cela à faire et j'ai continué à réviser avant le fameux contrôle auquel j'avais failli échapper...
Comme je ne pouvais sortir, je m'arrangeais pour montrer ma bonne volonté, afin de mettre Maman dans de bonnes conditions. Je descendais même mon manuel dans le salon quand personne n'y regardait la télévision, pour que l'on me voit bûcher mes cours...



Maman appréciait, tout en n'étant pas dupe. Elle savait bien que la bonne leçon de l'avant-veille et les menaces de récidiver étaient pour bonne part dans ma motivation spectaculaire.
Je pense même qu'en agissant ainsi, je justifiais ses théories, je la confortais dans l'idée que la méthode marchait et qu'il n'y avait donc pas à en changer...
Comme elle l'avait annoncé aussi, Maman veillait de près à ce que je révisais et elle venait constater si cela "rentrait dans ma caboche" comme elle disait.
Au début de mes révisions, lorsque nous étions dans la partie plus ou moins acquise, cela se passait bien, sans trop d'énervement maternel...



Mais, à la veille au soir du contrôle, quand elle me posa des questions plus générales, qui suivaient moins l'ordre des leçons, afin de simuler ce que pourraient être les sujets de l'interrogation écrite, j'étais plus hésitante, voire sèche sur bien des points.
"Mais, Christine, concentre-toi. Ne me dis pas que tu ne sais pas après avoir révisé autant... Ce n'est pas possible. Qu'est-ce que cela va être quand tu vas te retrouver devant une page blanche ?", grognait-elle.
"Attends Maman, je vais encore réviser ce soir avant de dormir. Tu verras, j'aurai une bonne note...", lui répondis-je.
Elle n'était pas convaincue du tout : "Je comprends mieux que tu aies cherché à éviter ce contrôle. J'espère pour toi, Christine, que tu réussiras à me prouver le contraire... Je l'espère, mais cela n'en prend pas la tournure..." Maman avait le livre d'anglais sur les genoux, et je sentais son agacement croître...
Je fixais aussi sa main qui s'agitait et pianotait sur sa cuisse... J'avais l'impression que cela la démangeait déjà, je me disais que c'était peut-être le signe avant-coureur d'un rendez-vous douloureux pour mon bas du dos...
L'enjeu était clair, et Maman répétait : "J'espère pour toi, Christine, j'espère pour toi... Sinon, tu sais ce qui t'attend..."
Je le savais oui, et ne pouvais l'oublier. Au point que mes dernières révisions du soir ne furent pas des plus studieuses. Je regardais mon livre, mais j'avais l'impression qu'il y avait encore dessus la main de Maman qui me prévenait, qui me disait "à bientôt"...



Le lendemain matin, Maman m'avait souhaité bonne chance pour mon contrôle. Non sans ajouter : "Applique- toi bien, Christine. Tu sais que je veux que tu aies la moyenne... Ne me déçois pas... Rappelle-toi ce qui s'est passé mardi... Et ce que je t'ai promis..."
J'étais sur les nerfs en découvrant les questions de l'interrogation écrite. Elles recouvraient vraiment toute la partie du programme que nous avions à réviser. D'un côté, j'étais rassurée : cela signifiait que j'allais engranger des points sur certains chapitres. Mais, de là à décrocher une bonne note, cela semblait délicat.
Je me suis appliquée du mieux que j'ai pu. Il n'y avait plus d'échappatoire. Alea jacta est. Les dés étaient jetés.
A la sortie de la classe, en discutant avec Anne, j'ai pris conscience de quelque erreurs que j'avais faites, mais aussi de réponses bonnes.
En faisant un petit pointage, je cherchais à me rassurer. Tout dépendait bien sûr de la manière dont Mlle Paule noterait et elle n'était pas du genre à faire de cadeaux...
En comptant et recomptant, je me disais qu'avec de la chance je pourrais décrocher un 12, et au pire un 6. La fourchette était large, tout ce dont j'étais sûr c'était que je n'avais été ni nullissime, ni brillante...
Si c'était 12, cela aurait été les félicitations maternelles, si c'était 6, je préférais ne pas y penser. De toute manière, comme c'était des devoirs de deux heures, Mlle Paule mettrait bien une semaine à les corriger. J'avais au moins ce temps de répit devant moi... 


"Alors, ce contrôle, Christine ?" s'enquit Maman dès mon retour. J'ai joué la fille sûre d'elle : "Je crois que cela s'est bien passé, tu sais, M'man. Je pense que j'aurai la moyenne" !
Maman répondit : "J'en serais ravie, Christine. En plus, il vaudrait mieux que tu l'aies cette moyenne. Sinon, tu n'auras qu'à préparer tes fesses..."
Elle n'avait pas oublié ce petit rappel qui a calmé mon enthousiasme un peu forcé.
Restait à attendre déjà la fin de cette semaine avant de pouvoir ressortir. Puis sûrement le milieu ou la fin de la semaine suivante pour avoir les résultats du contrôle. J'avais intérêt à la jouer profil bas d'ici là... Mais, je voulais y croire...
Le soir même, Aline qui avait mal répondu au moment du dessert, a été sortie de table par Maman qui l'a emmenée dans la chambre des petites et lui a flanqué une fessée que nous avons bien entendue depuis le rez-de-chaussée. Une déculottée certainement, même si nous n'en fûmes pas témoins.
Quand je suis remontée plus tard, Aline était en pleurs dans son lit serrant son traversin comme pour se consoler. Elle grogna en me voyant l'observer, mais c'était une petite revanche pour moi.
J'avais bien dans la tête que je n'étais pas à l'abri d'une nouvelle fessée si ma note était mauvaise, mais ce petit événement au détriment d'Aline, faisait que la dernière déculottée n'était plus moi, et je m'accrochais à l'idée que c'était un bon présage...
Je ne le saurais que dans une semaine environ...

A SUIVRE

samedi 23 octobre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (9)

SUITE 8

Je n'avais pas la moindre envie d'aller jouer chez mes copines. Je savais que le compte-rendu de mes mésaventures faisait le tour de la classe et du quartier, et je n'aurais convaincu personne en niant l'évidence.
Finalement, la punition supplémentaire de me priver de sortie en devenait bien plus supportable. Et puis, j'avais bien conscience qu'il fallait que je révise pour ne pas rater mon contrôle d'anglais...
J'ai donc passé deux jours à plonger dans les livres, cahiers et manuels, avec beaucoup de bonne volonté, et surtout une motivation première : celle d'éviter un nouvel orage...

Réviser, réviser... pour éviter l'orage...


Maman appréciait que je ne rechigne plus à travailler dès que j'étais rentrée à la maison. Elle comprenait bien que ce changement d'attitude avait pour origine la tannée majuscule que j'avais prise, et aussi la perspective de nouveaux ennuis si les notes ne suivaient pas...
A la maison, j'étais plus ou moins à l'abri des moqueries de mes copines ou des voisines du quartier, mais je ne pouvais guère oublier, ni le passé récent, ni l'avenir probable...
Mes exploits demeuraient présents dans les conversations familiales. Je passerai sur les rappels ou menaces lancées à l'encontre de mes soeurs par exemple, mais où la référence demeurait mon cas. Les "Attention, Aline, si tu veux prendre la suite de Christine sur mes genoux, tu n'as qu'à continuer comme ça..." pouvaient alterner avec un "Diane, si c'est une fessée que tu cherches, tu as vu avec ta grande soeur que je ne plaisante pas..."
Cela faisait filer doux mes soeurettes, mais chacune de ces menaces me ramenait à ma condition de sujet de référence en la matière.
La "gravité" de mes actes au yeux de Maman faisait aussi qu'elle n'a pas manqué d'en conter le moindre détail à ses proches. Deux amies venues prendre un thé eurent droit à une version complète, ma grand-mère paternelle qui était toujours très protectrice envers ses petites filles eut un compte-rendu plus sommaire.
En revanche, à Tata Jacqueline, sa petite soeur, Maman ne cacha rien de rien. Il faut dire que ma façon de faire monter le thermomètre et de tromper la vigilance maternelle avait d'abord fait éclater de rire ma chère Tata. Comme si elle était fière de l'imagination et du culot de sa nièce préférée.
Maman avait donc dû insister pour qu'elle comprenne que ce n'était pas drôle et que cela ne pouvait être toléré...
Tata s'en doutait bien et a dit à son ainée qu'elle supposait que j'avais été punie en conséquence. Elle lui confirma en précisant comment elle m'avait déculottée devant mes soeurs et donné une volée dont je me souviendrais longtemps...
Tata aurait voulu m'emmener faire des courses, mais Maman lui précisa que j'étais privée de sortie pour la semaine et que j'avais d'ailleurs du travail et "intérêt à réussir le contrôle d'anglais, sinon ça barderait encore..."

Même Tante Jacqueline s'amusait
à me rappeler l'enjeu avec un sourire un rien moqueur...



Quand Tata est repartie, elle est venue nous faire une bise avant de quitter la maison. Tendre et proche de moi, elle m'a serré dans ses bras en me glissant à l'oreille : "Ah, ma chérie, tu en fais voir de drôles à ta mère. C'était bien essayé, mais on ne trompe pas facilement une Maman".
En me laissant, elle m'a recommandé de bien travailler : "Fais tout ton possible, ma puce. Parce que ta mère n'a pas l'air de plaisanter. Vaudrait mieux que tu ramènes une bonne note, sinon, ma pauvre chérie, tu sais ce qu'elle t'a promis... Pas besoin de te faire un dessin, non ?"
Et Tata d'associer le geste à la parole avec un petit regard en coin, un rien moqueur... Ah, si même elle s'y mettait, je n'en sortirais jamais des peurs et des angoisses à imaginer ce qui m'attendait au cas où...Même motivée à travailler, j'avais accumulé un retard qui était difficile de rattraper. Persuadée que je réussirais à échapper au contrôle, et manigançant ma petite manoeuvre depuis au moins deux semaines, j'avais décroché en ne travaillant pas les leçons des derniers cours. Le retard était donc certain dans une matière où mes conflits fréquents avec une prof que je n'aimais pas et qui me le rendait bien faisaient que je savais que je ne bénéficierais d'aucune indulgence dans ma notation...

Au cas où, au cas où, mais plus j'y réfléchisais et plus j'étais consciente que le risque était grand...

On peut trouver plus sereines comme conditions pour réviser. Tendue, presque paralysée par l'enjeu, j'avais bien du mal à avancer et à retenir mes leçons...

A SUIVRE

jeudi 21 octobre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (8)

SUITE 7
Anne cherchait à provoquer ma confidence


"Christine, ma pauvre Christine, alors tu me fais des cachoteries ?" Dès mon arrivée dans la cour du collège, Anne, ma copine et voisine est venue pour me parler. On s'est assises sur un banc à l'écart des autres élèves. Je savais bien quel était le sujet de son questionnement, mais j'ai d'abord cherché à jouer l'innocente.
"Tu aurais pu me dire que ta Maman s'était vraiment fâchée. Elle a dit à ma mère que tu avais pris une bonne volée. C'est pas drôle, dis donc. Tu as eu mal, dis ?", me demandait Anne d'un ton volontairement doux pour provoquer ma confidence.
J'étais piégée et je ne pouvais plus nier, sachant qu'Anne venait souvent à la maison et qu'elle aurait loisir de chercher à savoir la vérité auprès de Maman qui ne s'en cachait pas.
Je ne pouvais qu'avouer, mais en présentant cela à ma façon : "Bah, tu sais, elle était vraiment furax de s'être faite berner. Alors elle m'a fait passer un sale quart d'heure, c'est sûr. Un truc dont on se se vante pas, tu comprends. J'ai pas envie d'en parler".
Anne revint à la charge en se voulant compatissante : " Ma pauvre, c'est sûr que c'est pas drôle. Elle a dit une bonne volée, elle t'a vraiment battue alors, dis ?"
Je mis un bémol pour sauver la face, tout en étant mal à l'aise et en bégayant : "Battue, enfin, euh, juste à la main, euh. J'ai reçu, euh, enfin, elle, euh, m'a donné, euh, la, euh, la fessée".
 J'avais murmuré la fin de la phrase quasiment à son oreille.
"Cà, c'est pas cool, dis donc, mais elle devait vraiment être fâchée pour te punir encore comme une gamine", commenta Anne, en cherchant à savoir davantage sur le lieu et les circonstances, mais la sonnerie me sauva. Il était l'heure de rentrer en classe. Je cherchai quand même à minimiser l'événement en ajoutant : "Oui, elle était vraiment en colère, parce que cela faisait longtemps que je n'en avais pas reçue..."
C'était évidemment un pieux mensonge... Mais une façon de ne pas perdre trop la face...
Corinne riait en confiant mes mésaventures à sa voisine...


Anne n'insista pas, mais plus tard, dans la classe, je remarquai les regards moqueurs de Corinne. Elle me faisait des signes quand elle croisait mon regard. Je faisais semblant de ne pas comprendre. A l'intercours, elle me glissa à mi-voix : "Tu sais, Diane en a raconté de bien bonnes à Charline... Il parait que tu as du mal à t'asseoir..."
L'arrivée de la prof du cours suivant me fit me retenir de lui crêper le chignon, mais en réfléchissant, je compris que je n'avais pas intérêt à la provoquer. Sinon, ma mésaventure circulerait encore plus vite.
Je décidai de faire celle qui n'entendait pas et d'éviter Corine tant que je pouvais. Mais, en la voyant multiplier les confidences, les messes basses avec ses voisines de classe, je me doutais bien que c'était de moi que l'on riait. Diane avait tout cafté : l'engueulade maternelle, la déculottée devant mes deux petites soeurs et jusqu'à la couleur rouge écarlate de mes fesses à l'issue de la tannée magistrale...
 
J'en aurais pleuré de honte


J'ai tout fait pour ne pas répondre aux provocations de ma camarade de classe, mais Anne me confirma le soir même en rentrant vers la maison que les racontars allaient bon train à mon encontre. Elle avait eu les détails qui lui manquaient sans même à avoir à les demander.
Je n'eus pas la force de lui faire croire que ce n'était pas vrai. Et quand elle a compris que je ne niais pas que c'était hélas la stricte vérité, Anne n'en a pas rajouté dans le questionnement, heureusement.
En rentrant, je savais que je n'aurais pas l'autorisation d'aller jouer dehors, ni chez Anne, et en fin de compte cela m'arrangeait presque. Je n'avais plus envie de voir personne. J'avais envie d'être seule, d'oublier les moqueries et les regards amusés, sinon j'en aurais pleuré de honte.
J'ai donc vite regagné ma chambre et plongé dans mes révisions. Au moins, cela m'empêchait-il de penser à ce qui m'était arrivé... Même si la perspective du futur contrôle ne me réjouissait pas pour autant... Les menaces maternelles tournant toujours dans ma tête...

A SUIVRE

vendredi 15 octobre 2010

Mes ruses de Sioux : la malade imaginaire (7)

SUITE 6
Les quelques claques reçues sans sommation à la suite de mon premier signe de mauvaise humeur m'avaient calmée. Vexée par la fessée reçue le midi devant mes soeurs, je n'avais pas encore bien compris que mes ennuis ne s'arrêtaient pas là... J'aurais voulu reprendre un cours normal, jouer, oublier tout cela, mais Maman en avait décidé autrement. Sa menace de me priver de sortie et de télé de toute la semaine n'était pas une plaisanterie, je venais de m'en apercevoir en tentant de passer outre.
Je me suis donc mise à travailler et Maman est revenue à de meilleures sentiments.

 Maman m'en voulait encore et ses menaces étaient claires...


Un peu plus tard, elle est revenue dans ma chambre, a vérifié que j'avais bien fait les exercices de maths. J'aimais cette matière et j'avais fait en sorte que le résultat soit bon.
"J'espère que tu as compris, Christine, et que cela va durer...", me dit Maman en s'asseyant sur mon lit pour me parler. Elle était redevenue très calme, mais pas moins déterminée.
"Oui, Maman, oui, je te promets", répondis-je presque agacée de ce nouveau sermon moralisateur maternel.
Maman insista et me remit en face de mes responsabilités : "Tu sais, Christine, ce que tu as fait ce matin est très grave. C'est inadmissible et je ne te laisserai pas filer sur une mauvaise pente en te moquant du monde de la sorte. Tu as reçu la fessée que tu méritais, mais n'imagine pas que tu es sortie d'affaire, ma fille... Je ne veux rien avoir à te dire de toute la semaine. Je te rappelle que tu es privée de télé et de sortie, et si tu n'obéis pas, tu as vu ce qui a failli t'arriver tout à l'heure... Je ne plaisante pas, Christine..."
J'ai tenté de l'amadouer : "Oui, Maman, oui, j'obéirai, tu vois, j'ai bien fait mes devoirs déjà ce soir... Je continuerai, promis"
Elle embraya sur le ton déterminé qui ne la quittait pas : "Ca, Christine, je demande à voir. Je te connais trop. C'est la déculottée de ce midi, qui fait encore de l'effet, mais j'espère pour toi que tu retiendras la leçon. D'ailleurs, tu vas avoir une occasion de prouver tes bonnes intentions. Si j'ai bien compris, le contrôle d'anglais auquel tu voulais échapper est remis à vendredi. Cela te laisse deux jours pour le préparer. Privée de télé et de sortie, tu n'as que cela à faire. Je viendrai même t'aider à réviser. Mais tu as intérêt à le réussir cette fois... Il n'y aura plus de malade imaginaire, ni de grosse cachoterie qui tienne. Je suis prévenue, tu l'es aussi. Christine, regarde moi bien en face... Ce contrôle, tu ne peux pas te permettre de le louper... Je veux que tu aies la moyenne, sinon ça ira mal. Tu vois, je ne demande pas l'impossible, je sais tes difficultés avec ta prof, c'est vrai que je préférerais que tu ramènes un 12 qu'un 10, mais je te préviens, Christine. Il n'y aura pas de discussion. Si tu reviens avec une note en dessous de la moyenne, tu pourras préparer tes fesses, ma fille, c'est bien compris... Je ne le redirai pas..."

Il me restait deux jours pour préparer le contrôle d'anglais...

J'avais bien compris, c'était plus que clair. Moi qui avais manoeuvré pour éviter le contrôle et la probable mauvaise note d'une matière mal appris, je venais de recevoir une fessée magistrale pour ma fausse comédie et je risquais d'en prendre une autre en cas d'échec...
Dans le genre motivation pour travailler, il n'y avait pas mieux. Je savais que Maman ne plaisantait pas et je me suis plongée dans mes cahiers et manuels d'anglais comme jamais. Avec des moments d'espoir et d'autres où je me rendais compte de mon retard et où j'en avais comme les larmes aux yeux en imaginant un nouveau rendez-vous avec les genoux maternels.
Pendant que je travaillais, d'autres détails m'inquiétaient. Mes soeurs étaient rentrées du jardin et jouaient dans leur chambre avec une petite voisine du quartier. C'était Charline, une camarade de classe de Diane, mais aussi la soeur de Corinne, une des filles de ma classe que je n'aimais guère.
Maman avait prévenu les filles quand elles étaient remontées qu'elles ne devaient pas me déranger parce que j'étais "punie dans ma chambre". J'ai entendu les petites s'enfermer dans la leur avec leur copine et commencer à pouffer. Je ne comprenais pas ce qui se disait derrière la cloison, mais je devinais que c'était Diane qui parlait le plus... Un mauvais pressentiment me tenaillait quant à la teneur des discussions, et à leur possible répercussion auprès de la grande soeur...
Plus tard dans la soirée, la mère d'Anne avait téléphoné pour savoir si Maman pouvait la remplacer pour une permanence d'une heure à la bibliothèque associative le surlendemain. J'avais guetté la conversation et compris que Maman revenait sur mes exploits. Elle commenta : "Oui, vous vous rendez compte, j'ai failli tomber dans le panneau. J'aurais eu bonne mine de faire déplacer le médecin pour rien". Elle confia aussi : "J'étais vraiment en colère et je crois que Christine n'oubliera pas de sitôt la fessée qu'elle a reçue..."
Depuis le haut de l'escalier où je guettais les paroles maternelles, je bouillais. La maman d'Anne savait que la mienne m'avait donné "la fessée". Je me consolais en me disant qu'elle n'avait pas dit "déculottée", que je pourrais toujours, au cas où, Anne le saurait, minimiser l'affaire. Mais, je me doutais que j'allais devoir affronter demain à de nouvelles questions d'Anne ou pire encore les regards amusés ou moqueurs de Corinne...

A SUIVRE