dimanche 31 mars 2013

Chronique d'un redoublement : 58. Un peu plus de raison, mais le naturel revient vite... Et les conséquences fessières aussi !

SUITE 57

Cette fessée reçue, au coucher, dans l'intimité (relative certes sur le plan sonore...) de ma chambre, allait pour ainsi dire "marquer le style" de relations conflictuelles entre Maman et moi durant cette année de redoublement.

Si j'ai tenu à disséquer en détail les événements depuis l'annonce du redoublement, à la fin de ma première Cinquième, jusqu'à ces premiers mois de cette seconde année dans la même classe, c'est pour bien faire comprendre l'aspect psychologique et la manière dont Maman poursuivait la même logique, en étant persuadée de bien faire. Et, d'ailleurs, force est de constater que la méthode portait ses fruits, puisque cette année fut globalement plus calme, et qu'elle s'acheva par un passage en Quatrième, plutôt bien classée en la plupart des matières, avec des appréciations encourageantes, même si les rapports avec un ou deux profs étaient restés tendus et m'avaient encore valu divers déboires...

Mais, comme il convient d'avancer, pour ne pas donner l'impression de me répéter trop, je passerai certains épisodes, ou ne les évoquerai que rapidement, pour m'étendre plus sur quelques faits plus marquants ou significatifs de cette année-là.

Comme je l'ai déjà dit, après une Sixième qui m'avait vue "profiter" de l'impression de liberté que procure la multiplicité des profs, et la possibilité d'en "jouer", et où Maman avait dû "reprendre la main" à sa manière, puis une Cinquième, où la situation s'était empirée, amenant Maman à ne rien lâcher et à multiplier les "explications" avec sa fille, cette année de redoublement ne pouvait qu'être plus "calme" du point de vue de ma lune, si je peux parler ainsi...

Et, fait certain et fortement apprécié par Maman, la fessée faisait son effet, me calmant, m'amenant à travailler mieux, dans l'idée de montrer à Maman qu'elle avait tort, que je n'étais pas une fainéante, alors qu'elle, au contraire, se disait qu'elle avait eu bien raison, puisque les résultats suivaient... Sans parler du fait qu'une fessée de l'ainée impressionnait mes soeurettes et avait tendance à interagir sur toute la petite famille.

Comme j'avais donc moins d'occasions de déclencher les foudres maternelles, comme je ramenais aussi des notes globalement plus satisfaisantes, les scènes d'anthologie ou disons les grandes démonstrations, furent relativement rares pendant cette année. même si j'en conterai quelques unes.

Mais, moins de tannées spectaculaires ne signifiait pas un retour au laxisme maternel... Et, jamais, il n'y eut de fessée bâclée, ni surtout de fessée méritée non donnée... Etait-ce parce qu'en grandissant, je pouvais prendre conscience que mes manoeuvres et mensonges cherchant à échapper à l'inéluctable étaient vaines,  toujours est-il que je savais clairement ce qui m'attendait quand je franchissais certaines lignes, et que je cherchais plus alors à ne pas aggraver mon cas, qu'à tenter l'impossible. Comme si, dans ma tête, je me disais : "Ne tente pas le diable, Christine, mieux vaut peut-être une fessée ce soir dans ta chambre, qu'un mensonge et deux jours de répit qui risquent de te valoir au final une déculottée devant tes soeurs..."

Je n'en étais pourtant pas, et n'ai jamais pu en arriver à une véritable "acceptation" de la sanction, mais il y avait un peu plus de raison dans mon attitude. 

Cela tenait aussi au fait que Maman ne déviait nullement de sa méthode et que toute discussion n'était que temps perdu, même si, à chaque fois, je cherchais des arguments, je plaidais ma cause, je promettais monts et merveilles...

Mais, quoi qu'il en soit, si j'avais récolté un zéro, ou repris deux heures de colle, ou si un prof s'était plaint de moi, je pouvais deviner que le soir même, au moment du coucher, l'esprit débarrassée de toutes les autres tâches éducatives ou ménagères, Maman tiendrait sa promesse, et m'appliquerait la "bonne" fessée qui transformerait ma lune en mappemonde écarlate et me ferait pleurer toutes les larmes de mon corps.

Heureusement, cette seconde Cinquième était plus aisée que la première et moins propice aux plongées en travers des genoux maternels. D'ailleurs, je me tins à carreau trois bonnes semaines après cette fessée pour la colle en anglais. Aline, pour un devoir fait en dépit du bon sens, et Diane, pour un caprice doublé d'un début de colère, avaient entre temps pu tester l'efficacité de la dextre maternelle, chacune par une fessée sur le champ, sans fioritures, mais qui remettait un tant soit peu les pendules à l'heure. 

 J'avoue qu'entendre depuis ma chambre, Aline et, le lendemain, Diane,
piailler sous la dextre maternelle, me paraissait comme une sorte
de consolation, même si je me rendais compte 
de la manière dont on entendait bien...

Alors, comme nous étions à une semaine des vacances de Noël, et que je commençais à rêver d'y arriver sans encombre, mon naturel joueur reprit un peu le dessus. J'eus une alerte en cours d'anglais, la prof me surprenant à rêvasser, mais comme je savais ma leçon et pus répéter ce qu'elle venait de dire, j'eus droit seulement à un : "Vous avez de la chance, Christine, mais que je ne vous y reprenne plus. Je ne voudrais pas une fois de plus être obligée de vous coller..."

Connaissant Mlle Paule, je savais que je n'étais pas passée loin, d'une nouvelle colle, et donc de ce que cela m'aurait valu à coup sûr à la maison...
J'étais donc heureuse que l'heure se termine sans incident, ce qui me fit aborder le cours suivant, celui de français où j'étais plutôt bonne élève (quand je voulais...) avec un esprit très guilleret !

Tellement guilleret que, lorsque l'une de mes camarades de classe que je n'appréciais guère, appelée au tableau par la prof, s'étala de tout son long dans la rangée après avoir buté contre un cartable, sa jupe remontant pour montrer une culotte rose qui faisait très gamine, je me mis comme toute la classe à éclater de rire. 
 
La prof demanda le silence pendant que l'élève se relevait et rajustait sa tenue, penaude, avant d'entendre lui asséner : "Mlle Pariset, pour vous apprendre à regarder où vous marchez, vous me ferez deux heures de colle".

Sans être méchante, cette nouvelle me plaisait plutôt, et j'en ris avec un certain plaisir, la fautive n'étant pas de mes amies, et du genre pimbêche. La prof remarquant que je souriais largement me lança : "Si cela vous fait rire, Christine, je peux vous mettre aussi deux heures de colle". 
La phrase me fit sursauter. Oh, non, c'était trop bête, je n'allais pas me retrouver collée pour si peu, et la seule évocation de cette possibilité fit naître une angoisse liée à ce que deux heures de colle auraient signifié aussi pour moi... J'en frissonnais presque du bas du dos...
Je me figeai donc d'un coup et, au lieu de faire profil bas, tellement apeurée qu'elle puisse mettre ses menaces à exécution, je tentai maladroitement de me justifier en expliquant : "Oh, non, c'est pas pour la colle que je riais, c'est, euh, c'est parce qu'elle est, euh, elle est tombée par terre, euh".




J'avais une telle trouille d'être à nouveau collée
que je balbutiai mes explications, 
affichant une mine défaite qui fit rire toute la classe


Comme ma phrase peu rassurée fit rire toute la classe, la prof dut redemander le silence, et ajouta : "Bon, eh bien, au lieu de deux heures de colle, Christine, vous me copierez cent fois : je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".
Je balbutiai : "Oui, Madame", presque contente d'avoir échappé pour la seconde fois dans lla même matinée à une colle. Mais, je compris vite que j'étais quand même dans de beaux draps, quand la prof rajouta : "Vous me faites ça pour le prochain cours, donc demain matin, Christine. Et, bien sûr, vous le faites signer à la maison, c'est bien compris ?"

D'un seul coup, au lieu de la colle évitée deux fois, j'héritais de cent lignes, mais surtout de cent lignes à faire signer... 
Je n'avais pas besoin que l'on me fasse un dessin. Dans ma tête, la petite voix me disait : "J'en connais une à qui cela ne va pas plaire du tout. Ce n'est peut-être pas une colle, mais le libellé des cent lignes ne passera pas... Ma pauvre Christine, il n'y a pas de doute : cela pourrait bien chauffer pour ton matricule..."      

En tout cas, en revenant à midi vers la maison, j'en connais une qui n'avait pas la démarche assurée et qui commençait à se faire du mouron....

J'ai hésité à me confier à midi, et Maman a bien vite capté que quelque chose n'allait pas : "Tu as quelque chose à me dire, Christine ? Je n'aime pas quand je te vois comme ça. Ne me dis pas que tu as eu une mauvaise note ou que tu as été collée ?"

Je n'allais surtout pas dire que j'avais failli être collée à deux reprises dans la matinée. Et je m'en sortis en jouant l'innocente, pouvant affirmer : "Mais, non, Maman, non, je n'ai pas été collée, promis, promis". Et je tentai de noyer le poisson en ajoutant que j'avais "un devoir supplémentaire à faire en français", pour expliquer pourquoi je faisais grise mine.

Maman n'avait pas demandé à en savoir plus, et avait rétorqué : "Eh bien, au moins tu auras du travail à faire ce soir. Redoubler, ce n'est pas une partie de plaisir, et je trouve que tu vas un peu dans la facilité, et ne fais pas guère d'efforts ces jours-ci. Je ne voudrais pas avoir à te le faire comprendre autrement, si tu vois ce que je veux dire..."  Elle avait assorti cette dernière phrase d'un geste de la main, la paume ouverte et menaçante qui n'avait pas besoin de décodeur... 

Et, c'est vrai qu'après trois bonnes semaines de calme, j'avais eu tendance ces derniers jours à me la couler douce, commençant à faire naître des reproches maternels encore bénins, mais qui, ajoutés à la découverte des cent lignes à copier et à faire signer, risquaient de "faire déborder le vase" !

De retour au collège, l'après-midi, je me tins à carreau, n'ayant guère envie de jouer avec mes camarades, et m'isolant durant la récréation, pensive et inquiète. J'espérais que le cours de maths allait m'apporter du réconfort, avec le retour des copies du dernier contrôle. Mais, au lieu de la bonne note que je pensais avoir, une ou deux étourderies dans les exercices, l'avaient faite baisser...
11,5 sur 20, c'était au dessus de la moyenne, mais comme c'était une matière où j'avais plutôt entre 12 et 15, je n'allais pas pouvoir m'en vanter pour amadouer Maman. D'autant qu'en marge de la copie, la petite annotation de la prof : "Passable, mais j'attends mieux d'une redoublante"  n'était pas du genre à m'aider. Bien au contraire...


Le moral était bien bas en rentrant à la maison,
une petite voix intérieure me murmurant
que j'allais devoir préparer mes fesses...




Plus encore qu'à midi, le chemin vers la maison raviva mes angoisses. La petite voix dans ma tête n'employait même plus le conditionnel et semblait me dire que j'avais eu de la chance de ne pas être collée en prime, que cela faisait plus de trois semaines que je n'avais pas eu affaire à Maman, bref, elle me jouait la scène presque fataliste, comme si elle me disait : "Ne te fais pas d'illusions, Christine, tu serais déçue. Allez, ton compte est bon : prépare tes fesses, ma grande, prépare tes fesses !"

Seul avantage de la situation du jour : il n'y avait pas à craindre d'arrivée de courrier, pas de bulletin de colle dans la boite aux lettres, et donc pas d'enveloppe du collège trônant sur le meuble de l'entrée ou sur la table de la cuisine, et qui équivalait à une sorte de "bon pour une fessée" à recevoir le jour même...

Même s'il n'y avait pas cette enveloppe, l'ambiance n'était pas des plus détendues à la maison. Maman haussait le ton vis à vis de mes soeurs pour divers motifs bénins, mais qui n'aidaient pas à la détendre. De petits détails certes, mais qui donnaient une atmosphère légèrement électrique n'arrangeant pas mes affaires...

Je pris mon goûter et montai dans ma chambre en disant que j'allais faire mes devoirs. Maman m'encouragea et me dit qu'elle viendrait contrôler mon travail avant le dîner. Enfin, quand je dis "m'encouragea", ce n'était pas : "C'est bien, va travailler, ma chérie, je viendrai regarder tes devoirs et te faire réciter" ce qui aurait été positif, mais c'était : "Oui, allez, file, et applique toi. Je viendrai vérifier ton travail, tu as intérêt à ce que je n'ai rien à redire" qui, avouez-le, n'était pas vraiment de l'encouragement, et prenait déjà l'allure d'un "Gare à tes fesses, si ça ne me convient pas".


J'avais deux exercices d'anglais et je m'appliquai comme rarement sachant que Maman vérifiait particulièrement les devoirs donnés par Mlle Paule. J'appris ma leçon de géographie là encore avec toute mon application, ne voulant pas ajouter le moindre grief supplémentaire à ce qui allait m'être reproché...







 Je commençai à écrire mes cent lignes, la gorge nouée,
sachant qu'il allait bientôt falloir avouer cette punition,
et surtout affronter la réaction maternelle...


Et puis, leçon et devoir achevés, assise sur mon lit, je pris une grande copie double, inscris mon nom et ma classe en haut dans la marge et me mis à écrire mes cent lignes. Je commençai par numéroter les lignes, de 1 à 100, ce qui remplissait les quatre côtés, à raison de 25 lignes par page. Et puis, je complétai une à une les lignes par : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".


C'était long et fastidieux, et j'avais surtout la gorge nouée et les yeux embués, consciente que le moment de vérité allait arriver... 

L'heure du dîner approchait, et j'en étais à la fin de la troisième page, quand Maman monta. Elle entrouvrit ma porte en demandant si j'avais fini. Je répondis que "presque", et elle trouva que j'étais bien longue ce soir. Je rétorquai : "Ce sera bientôt fini. J'ai fait mon exercice d'anglais, tu peux vérifier, et je sais ma leçon de géo par coeur. Il y a juste le, euh, le devoir supplémentaire de français que je n'ai pas terminé".
En disant cela, j'avais, en me penchant, posé le coude et l'avant-bras sur ma copie pour ne pas la montrer tout de suite. Mais, en ces moments particuliers, je ne devais pas être bonne comédienne, ou Maman avait un sixième sens, et elle devina mon trouble...
Elle s'avança et, sans dire un mot, prit la copie double, la regarda les yeux écarquillés, et avala sa salive comme sur le coup d'une stupéfaction : "Mais, je rêve, Christine, qu'est-ce que c'est que ça ? Une punition ? C'est cela ton fameux "devoir supplémentaire" ? Ah, je me doutais bien qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas !"



 La réaction de Maman ne s'était pas faite attendre...
Elle avait bien senti que quelque chose n'allait pas,
et que je lui cachais depuis ce matin...

Le ton était monté dès les premiers mots. Je baissai le regard et reniflai, sentant les larmes monter : "Mais, Maman, c'est juste cent lignes pour la prof de français. Snif, snif, C'est parce que, euh, on a rigolé quand Emilie est tombée par terre dans la classe. Mais, euh, M'man, c'est juste des lignes, c'est pas une colle, tu sais. Emilie, elle, elle a eu deux heures de colle, mais pas moi, M'man, pas moi. C'est juste une punition à rendre pour demain".

Maman était déjà montée sur ses grands chevaux : "Pas collée, pas collée, Christine, heureusement que tu ne l'as pas été, en plus. Non, mais, je rêve, tu veux peut-être que je te félicite parce que tu n'as pas été collée ? Tout ce que je vois, Christine, c'est qu'une fois encore, tu t'es distinguée en classe. En rigolant, en te moquant des malheurs d'une camarade, mais ce n'est pas possible, Christine, quand décideras-tu d'être sérieuse, attentive en classe, au lieu d'amuser la galerie ? Tu cherches vraiment les ennuis, ma fille, alors ne te plains pas quand ils arrivent... On va régler ça tout à l'heure..."

J'avais bien compris ce que cela voulait dire, même si les mots précis n'avaient pas été prononcés. Je n'étais évidemment pas étonnée, mais au moment où Maman sortait de ma chambre, en me disant qu'on "allait passer à table", et que je finirais mes cent lignes "après le dîner" et "avant qu'elle ne s'occupe" de moi, je tentai une ultime supplique : "Mais, Maman, je t'assure, je n'aurai pas d'heures de colle, c'est juste une punition, juste cent lignes à faire".

Ce à quoi, depuis le couloir, et à portée d'oreilles d'Aline et Diane, répliqua d'une voix claire et ferme : "Arrête donc d'user ta salive pour rien, Christine. Encore heureux que tu n'aies pas été collée, mais ce que je constate c'est que ma fille, au lieu de travailler, rigole et se moque de ses camarades, et qu'elle est punie par sa prof. C'est peut-être juste une punition, Christine, juste cent lignes, comme tu dis, mais ce qui va t'arriver aussi, c'est juste une fessée, Christine, oui, juste une fessée, mais juste une bonne fessée déculottée et bien méritée...."




Mes petites soeurs ne s'étaient pas faites prier pour descendre à table, et je dus affronter leurs regards qui pétillaient littéralement en me voyant les rejoindre, la mine déconfite, tête basse et pas rassurée pour un sou. Inutile de dire que le dîner ne fut pas des plus joyeux pour moi, et que, même si je savais que la suite ne serait pas glorieuse, j'avais surtout envie qu'il finisse vite et que je puisse retrouver ma chambre.


Les bras croisés, me toisant le regard exaspéré, 
Maman informa mes soeurs qui étaient déjà à table,
que je pouvais préparer mes fesses...
 
Maman n'en rajouta pas trop, tout un chacun ayant compris ce qui se profilait, mais elle ne manqua pas de confirmer ses intentions en expliquant à qui voulait l'entendre que "Christine a encore fait des siennes au collège", que "c'est inadmissible d'être dissipée en cours, surtout pour une redoublante,"  etc. Puis, en s'adressant à Aline et Diane de préciser : "Et comme votre grande soeur n'a toujours pas compris, je vais encore être obligée de lui donner une bonne fessée, et elle n'y coupera pas..."

J'ai encaissé sans broncher. La moindre objection n'aurait fait que relancer le débat. Je savais bien que mon sort était scellé. Ma dernière bouchée avalée, Maman m'envoya dans ma chambre, demandant à mes soeurs de l'aider à débarrasser : "Allez, file donc là-haut, en vitesse, Christine. On n'a pas de temps à perdre. Prends ta douche, et mets-toi en pyjama sans trainer. Il faut aussi que tu finisses tes cent lignes. Appelle-moi quand ce sera terminé..."

Même si j'avais conscience que l'escalier que je montais m'amenait au lieu de ma prochaine fessée, j'étais presque rassurée que cela doive se passer dans ma chambre, et surtout contente de m'éloigner de mes soeurs, dont le regard m'accompagnait avec insistance...

Pas question de trainer sous la douche. J'y serais peut-être restée trois jours durant, si cela avait pu différer d'autant ce qui m'attendait, mais je savais qu'abuser n'aurait rien arrangé. J'étais, de plus, mal à l'aise de me sentir nue, la lune à l'air, blanche, comme le reflétait la glace, appréciant le ruissellement doux de l'eau sur mon épiderme, mais imaginant déjà qu'un tout autre traitement lui était réservé...



Je ne restai pas longtemps sous la douche, 
pressée de vite cacher à nouveau mon bas du dos...

D'ailleurs, je me séchai juste en tamponnant la serviette éponge sur mon corps, sans frotter, comme pour éviter d'irriter ma peau.

Ma culotte de coton blanc, bien couvrante, mon pyjama molletonnée par dessus, le les enfilai sans plus attendre, avec l'impression de remettre à l'abri des surfaces que j'espérais (sans y croire vraiment) pouvoir cacher jusqu'au lendemain...

Quand je sortis de la salle de bain, les petites qui n'avaient plus qu'à se brosser les dents avant d'aller au lit, s'y engouffrèrent, les yeux brillants, et avec cet air de gamines jouant les petits anges, une attitude dont je n'étais pas dupe, et qu'elles prenaient ostensiblement dès qu'elles comprenaient qu'il y avait de l'orage dans l'air et qu'il allait tomber sur leur grande soeur...


Diane me regardait fuir vers ma chambre,
avec un petit sourire en coin,
qui me mettait plus que mal à l'aise...

Je m'enfermai dans ma chambre et repris l'écriture de mes cent lignes. Il m'en restait une trentaine, j'en étais à la fin de la troisième des quatre pages de mon pensum. 

71 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".
72 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".
73 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe". 

C'était fastidieux, et j'avais envie d'arriver au bout, mais il y avait la petite phrase de Maman : "Appelle-moi quand ce sera terminé..." qui tournait dans ma tête et dont je savais fort bien qu'elle voulait dire en fait : "Appelle-moi quand ce sera terminé... que je te vienne te donner ta fessée ".  
Et, vu ainsi, la perspective d'avoir fini mes lignes m'enchantait moins...

Je ne pouvais pas non plus lambiner à l'excès, Maman sachant où j'en étais avant le dîner...
Bref, je pouvais juste "freiner" un peu, écrire lentement, avec l'impression que je "gagnais" du temps, que je retardais l'échéance fatale... Mais, de fait, à chaque ligne, à chaque instant, je pensais à la fessée prochaine, et cette façon de ralentir n'était qu'un faux bénéfice, puisqu'en réalité, je cultivais ainsi mon angoisse...

A 80 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe", Maman a ouvert ma porte en me demandant si j'avais fini. J'ai répondu qu'il me restait "juste vingt lignes". Elle a répété que je devais l'appeler quand ce serait terminé. Dans ma tête est alors revenue son expression d'avant le diner me promettant "juste une fessée, juste une bonne fessée" ! Et j'eus un gros sanglot qui me monta à la gorge, et une larme qui s'échappa et vint tomber sur ma copie, faisant une tache en délavant l'encre bleu marine de mon stylo. 

Je cherchai un buvard et séchai la copie, tout en reniflant et m'essuyant la joue, en prenant sur moi pour retrouver mon calme, difficilement.

A côté, Maman avait couché les petites, qui n'avaient nullement rechigné, évidemment...  Elle avait ensuite rejoint la salle de bains, prenant du temps pour se démaquiller, pour souffler un peu. La maison était calme, si calme... J'avais l'impression, hormis des chuchotements imperceptibles venant de la chambre des petites, que le seul bruit de fond était mon stylo noircissant la copie, et ma respiration pas rassurée...

97 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".
98 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".
99 : "Je ne dois pas me moquer de mes camarades de classe".

Il ne me restait plus qu'une ligne, et j'hésitais à l'écrire. Je rêvassai ainsi, imaginant arrêter la pendule, durant deux ou trois minutes. Mais un "Christine... ? Tu en es où ?" me sortit de cet état. "Euh, j'écris la dernière ligne, M'man. Ca y est, je finis juste..."

Ce fichu adverbe de "juste" m'avait encore échappé, et si, heureusement, Maman ne le remarqua pas, et n'en joua pas à nouveau, son "J'arrive, Christine, j'arrive", sonnait pour moi comme un "Prépare tes fesses, je viens te donner ta fessée, juste une fessée, juste une bonne fessée".
Et je me doutais bien aussi que, dans la chambre d'à côté, ce "J'arrive, Christine, j'arrive", avait été interprété comme la sonnerie dans un théâtre avertit le public que la pièce va commencer....




 
Les dernières lignes avaient été éprouvantes à écrire.
Je ne pouvais m'empêcher qu'à l'issue de la centième,
c'est une fessée qui m'attendait...
 
Jetant un oeil pour vérifier que les petites étaient bien couchées, rangeant du linge dans son armoire, Maman se fit attendre, et n'arriva finalement que cinq bonnes minutes plus tard, comme pour jouer sur mon angoisse. Elle ne referma pas non plus la porte derrière elle, la laissant grande ouverte...

Maman vérifia mes cent lignes, notant que j'avais fait une tache en haut de la quatrième page. "Tu aurais pu éviter de tacher ta copie. Je ne vais pas te la faire refaire, mais c'est comme tout : Mademoiselle veut jouer les grandes, mais elle ne s'applique pas jusqu'au bout..."

J'esquissai un : "Maman, je ferai attention, je vais faire des efforts, promis",  qui la fit hausser des épaules, incrédule. "Oui, oui, c'est bien beau de toujours promettre, mais en attendant, assez parlé pour ne rien dire, nous avons un petit compte à régler, Christine... Allez, viens ici..."

Mon "Noooooon, Maman, noooon" avec des trémolos suppliants ne trouva aucun écho, et elle ne se fatigua même pas à répéter l'ordre en haussant le ton. Se relevant, elle vint me chercher, coincée que j'étais, le dos au mur du fond de ma chambre, où j'avais reculé comme au fond d'une impasse.



 
 
Dos au mur, tête basse, je ne pouvais plus reculer, sanglotant, 
sans attendrir Maman qui se leva pour venir me chercher... 

Maman me prit par le poignet et me tira jusqu'au bord du lit où elle s'assit avant de me basculer en travers de ses cuisses... 

Je résistai quelques secondes, par une sorte de réflexe de fierté, sans le moindre espoir réellement. L'une comme l'autre avons lutté presque sans dire un mot, Maman s'employant à bien me bloquer en position, à enlever ma main qui tentait de retarder l'échéance, avant enfin de baisser mon bas de pyjama, puis de faire glisser ma culotte presque jusqu'aux genoux...



S'arrêtant un instant comme pour vérifier que tout était en ordre, que la cible était parfaitement dégagée; que rien ne s'opposait à ce que justice maternelle soit faite, Maman respira longuement et commenta : "Eh bien, Christine, tu fais moins la fière, moins l'intéressante qu'en classe. Tu as de la chance que tes petites camarades ne te voient pas, la culotte baissée, allongée sur mes genoux, à attendre ta fessée... Oui, tu as de la chance, parce que ce n'est pas toi qui te moqueraient d'elles, mais elles qui riraient de toi..." Des petites phrases qu'Aline et Diane devaient entendre avec un malin plaisir...


 
 Après avoir baissé ma culotte et bien dégagé ma lune encore blanche,
Maman me sermonna encore, me faisant ressentir la honte
de me trouver dans cette position 
prête à recevoir la fessée promise et bien méritée...


Je sanglotai avant même la première claque. De honte et de peur mêlées. Bien bloquée, impuissante, la lune blanche et totalement exposée,  je savais le temps venu, la promesse maternelle allait prendre corps, il ne manquait que "juste une fessée, juste une bonne fessée".

Et l'averse tomba, dégelée méthodique d'abord, comme trois semaines et demie plus tôt. Ni plus, et surtout ni moins... 

Je le ressentais une fois encore, c'était "la" fessée de Maman, la fessée non bâclée, la fessée appliquée, volontaire, méthodique, la tannée méritée, la volée promise, la déculottée exemplaire...

"Tiens, Christine, tiens... Cela t'apprendra à te moquer de tes camarades, à être dissipée en classe, au lieu de travailler... Ce n'est pas possible... Il y a des moments où l'on se demande quel âge tu as... Quand est-ce que tu comprendras à la fin ? Mais, crois-moi, Christine, ce n'est pas moi qui céderai... Et tu peux préparer tes fesses si tu recommences... Puisqu'il n'y a que cela que tu comprennes... la fessée, la bonne fessée... Ah, crois-moi, Christine, si tu la cherches, tu la trouveras, ma fille, tu la trouveras..."




 Appliquée et méthodique, la fessée maternelle était un modèle du genre,
jamais bâclée, efficace, elle transformait ma lune en brasier,
m'arrachant des cris et des pleurs que je ne pouvais plus retenir...


Le discours était lui aussi bien rodée, avec ses pauses, ses respirations, pour une fessée orchestrée de main de maître. 
Oui, une "bonne" fessée, car il n'y avait pas de "petite" fessée, une fois étalée sur les genoux de Maman, du moins pour son ainée bien sûr.
Je savais que son bras ne faiblirait pas, que la dextre maternelle n'aurait de cesse que lorsque ma lune serait écarlate et pleinement, méticuleusement, sans en oublier les moindres centimètres carrés.

Je savais que la fessée maternelle faisait mal et ferait mal jusqu'à l'ultime claque, et que protester ne servait à rien, voire à aggraver mon cas... Mais, je ne pouvais m'empêcher de psalmodier des dénégations, des promesses d'être sages, des supplications, même si, à l'évidence, je n'engageais pas l'épreuve de force, ni ne me débattais comme si l'on m'avait égorgée. Il y avait ainsi une sorte d'acceptation, ne pouvant faire autrement, et ne pouvant prétendre réellement que je n'avais pas été prévenue, que je ne savais pas ce qui m'attendait, que je ne la méritais pas, cette fessée, du moins selon les règles et usages de cette maison...

Maman ne se détournait pas de son devoir et peaufinait son oeuvre de cuisson des fesses de sa grande fille. Sans tenir compte de mes supplications, de mes "Non, non", de mes "Ca suffit, j'ai mal, je serai sage". 
Elle s'en servait même parfois pour relancer son bras, pour distiller un commentaire, pour rabâcher encore des éléments de son sermon ou de sa démonstration, d'une voix assez haute pour que les oreilles de la pièce voisine l'enregistre bien...




Lorsque j'arrivais par instants à retenir mes pleurs,
j'avais l'impression que chaque claque qui tombait sur mes fesses
résonnait dans toute la maison... 

Cela calmait un instant mes propres implorations, mais si je réussissais à retenir mes cris, à serrer les dents, à faire silence, je n'entendais alors que le bruit mat des claques qui me semblait d'un seul coup assourdissant. Et je repartais dans mes sanglots, dans ma supplique, façon en quelque sorte de jouer mon rôle. Maman fessait et sermonnait, Christine pleurait et implorait, comme la chronique prévisible d'une fessée annoncée.

J'avais conscience que je n'avais, du point de vue du fonctionnement maternel, que ce que je méritais, que je n'en aurais ni plus ni moins, mais que plus j'avais mal, plus cela devenait insupportable et plus ma délivrance arrivait. L'accepter aurait-il permis de mieux supporter l'épreuve, d'encaisser l'orage ? C'est possible, mais telle n'était pas ma disposition d'esprit et, jusqu'au bout, la honte d'être ainsi exposée, la peur de la prochaine claque, l'anticipation de la prochaine douleur, du sanglot à venir, faisaient leur effet, celui de vivre pleinement cette épreuve.

Même si en la décrivant, en y repensant, en la remettant dans son contexte, ce n'était qu'une fessée de plus, qu'une bonne fessée de Maman, qui ne serait sûrement pas la dernière, sur l'instant, sous le feu d'une claquée magistrale rougissant une lune, ma lune, déculottée, exposée, sans protection aucune contre la (juste) colère maternelle, moi Christine, je pleurais et pleurais encore, me jurant en mon for intérieur de tout faire pour ne plus jamais la mériter... Ou du moins de tout faire pour que ce soit le plus tard possible...

C'est ce que j'avais en tête quand, enfin, la tannée s'arrêta. J'étais soulagée et épuisée à la fois. Maman me laissa seule, après m'avoir dit bonsoir et déposé un baiser rapide sur le front, sorte de signe d'absolution.


J'avais par réflexe, dès la fessée finie, remonté ma culotte, à la hâte, 
comme pour cacher une lune honteuse, mais, Maman étant partie,
je suis restée un moment avant de remonter mon pyjama, 
sentant sous ma main combien la fessée avait été magistrale et efficace...
 
Mes fesses écarlates me tinrent chaud un bon moment, m'incitant à rester dans le lit à plat ventre, ceinturant mon oreiller comme s'il pouvait me consoler en recueillant mes larmes qui s'écoulaient encore, mais calmement.
Je m'endormis avec tout cela dans la tête, dans le coeur, dans le corps, et ces sensations mêlées alimentèrent mes cauchemars.

Le lendemain matin, je filai droit, cherchant à ne pas me faire remarquer, à éviter tout sujet qui fâche, à fuir le regard ironique de mes soeurs qui, elles, avaient dormi comme des loirs.
Je dus quand même remettre le sujet sur le tapis, car Maman n'avait pas signé ma copie après l'avoir vérifiée.
Elle apposa son paraphe en soupirant, mais n'ajouta heureusement rien d'autre par écrit qu'un "Vu" avant sa signature...
Elle ne put tout de même s'empêcher de faire un dernier commentaire : "Bon, Christine, j'espère que tu as bien compris la leçon d'hier soir, n'est-ce-pas ?"
Je répondis bien sûr : "Oui, Maman, oui, je te le promets, j'ai compris."
Elle en haussa les épaules, ajoutant : "Oui, enfin, tes promesses, je les connais, ma fille... Tout ce que je peux te dire, c'est que tu n'as pas intérêt à recommencer à te faire remarquer en cours... Sinon, tu reprendras le même chemin qu'hier soir, Christine... Oui, sur mes genoux, pour une déculottée dont tu te souviendras longtemps..."

En repartant vers le collège, les menaces de Maman tournaient et retournaient dans ma tête. Mieux valait que je me tienne à carreau un bon moment, car je savais que les promesses maternelles étaient bien concrètes. Pour ne pas dire palpables, comme ma lune s'en souvenait encore le lendemain d'une fessée magistrale... 
A SUIVRE

dimanche 24 février 2013

Chronique d'un redoublement : 57. De retour sur les genoux maternels

SUITE 56


Autant j'avais trouvé que les trois heures de cours au collège étaient passées très vite, surtout pour quelqu'un qui n'avait guère envie de rentrer à la maison, inquiète de ce qui l'attendait, autant depuis que j'y étais, chaque minute me semblait longue...

A l'affut du moindre bruit, l'oreille cherchant à savoir ce que faisait Maman, je ne vivais plus que dans la perspective de "l'explication" promise, du rendez-vous tellement craint...
J'aurais voulu savoir le où quand comment, qui étaient les dernières incertitudes puisque le "qu'est-ce qui allait m'arriver ?" n'était plus une question, puisqu'il n'y avait plus de doute, puisque tout le monde savait dans la maisonnée que Christine allait recevoir une bonne fessée... Chacun comprendra donc que je sois restée dans mon coin, plutôt à regarder mes socquettes qu'à chercher à croiser le regard maternel...




C'était en revanche l'inverse pour mes soeurs. Je ne leur demandais pas d'afficher une quelconque compassion, ni d'être attristée par le sort qui pendait au nez de leur ainée, mais j'aurais aimé qu'il y ait chez Aline et Diane au moins un soupçon de respect de mon état de punie en puissance.
Ce n'était hélas pas le cas, et j'enrageais intérieurement de constater que la situation les réjouissait presque ouvertement. De mon côté, quand je sentais Maman à bout, quand elle était en colère après une des petites, je faisais profil bas aussi, me disant que ce n'était pas le moment d'en rajouter, estimant que le vent pouvait vite tourner aussi en ma défaveur, et si, je l'avoue, j'ai parfois considéré qu'une fessée d'Aline ou de Diane était bien méritée, je n'ai jamais, comme elles, trouvé la situation quasi hilarante.

A guetter les faits et gestes de toute la maisonnée, je me rendais bien compte que mes soeurs avaient soudainement retrouvé un entrain, une sorte de gaité qui me hérissait le poil, mais que je ne pouvais combattre qu'en feignant l'ignorance. Je n'allais pas me plaindre qu'elles jouent et rient, au risque de m'entendre répondre que "elles au moins étaient sages et n'allaient pas recevoir la fessée".

Mais, c'est comme si je me sentais vexée d'un manque de solidarité entre soeurs. C'est vrai aussi qu'elles étaient plus ou moins encore à des âges où l'on joue à la poupée, alors que j'avais moi, au contraire, un âge où la fessée n'était pas un jeu du tout...

Je ne sais plus si c'était ce soir là précisément, mais c'était à un moment où effectivement je savais que j'allais devoir préparer les fesses, et mes soeurettes s'amusaient à se chamailler sans que ce soit une vraie bagarre, mais en jouant à se rouler sur la moquette et à tenter de baisser leur jogging. Maman intervint, mais sans gronder vraiment, leur demandant de se calmer : "Arrêtez donc ce petit jeu qui n'a rien de drôle, si vous ne voulez pas que je m'en mêle. Sinon, il pourrait vous en cuire... Vous n'avez qu'à demander à Christine l'effet que cela fait".




Je ne pus que rougir et cacher ma gêne, sans rien rajouter, ni rien objecter, sous risque que les phrases maternelles ne deviennent encore plus explicites...

De toute manière, j'évitais toute intervention dans la conversation familiale. C'était Christine bouche cousue et qui ne fait pas de vagues, à côté de soeurettes enjouées et heureuses, comme si on leur avait promis un divertissement... Et, me doutant de ce qu'elles pouvaient déjà imaginer, je n'avais aucune envie de hâter les événements. Quitte à me faire claquer les fesses, je n'étais surtout pas pressée...

Apparemment, Maman non plus n'était pas pressée. La journée n'était pas finie... Pas question, dans son esprit de ne pas tenir ses promesses, mais le calme qu'avait provoqué l'annonce de ma fessée permettait de vaquer d'abord aux tâches quotidiennes, avant de pouvoir, l'esprit plus libre, se consacrer à la remise de l'ainée dans le droit chemin...

Voilà qui explique certainement pourquoi Maman prit le temps de vérifier les devoirs de mes soeurs, de leur faire réciter leurs leçons, de les envoyer faire leur toilette et se mettre en pyjama pendant qu'elle finissait la préparation du diner.

Mes soeurs avaient obéi sans rechigner. Le précédent rappel à l'ordre avec une menace non voilée avait suffi à leur faire prendre conscience qu'il valait mieux ne pas tenter le diable...

Après avoir fait deux ou trois choses dans la cuisine, j'entendis le pas de Maman dans l'escalier. Il restait un peu de temps avant l'heure du repas, et j'ai pensé qu'elle avait décidé de l'utiliser pour régler nos comptes... D'ailleurs, elle se dirigea vers ma chambre et y pénétra...




Je m'étais réfugiée sur mon lit, me tenant moitié recroquevillée, avec un regard qui trahissait mon angoisse. 
"Tu as fini tes leçons ? Tu pourrais réviser tes cours au lieu de bayer aux corneilles ?" lança-t-elle à mon encontre. "Mais, je n'ai pas de devoirs pour demain, et je sais bien ma leçon d'anglais. Tu peux contrôler, tu sais", répondis-je d'une voix doucereuse.

Maman rétorqua : "Oh, je te connais assez, ma fille, pour savoir que tu dois avoir appris ta leçon comme il faut. Tu ne veux pas me fâcher davantage, et tu as bien raison, parce que je le suis suffisamment pour te donner ce que tu mérites..."

J'avais le coeur qui se mettait à battre de plus en plus vite, et ne savais pas quoi répondre, consciente que tout ce que je pourrais objecter ne ferait que se retourner contre moi. Mieux valait ne rien dire et prier pour qu'il y ait un miracle, mais même cela je n'y croyais plus.

Maman s'assit à mon bureau, vérifia mon cahier d'anglais, contrôla qu'il n'y avait rien de neuf dans mon cahier de correspondance, où Mlle Paule aurait bien pu mettre un mot particulier, comme elle le faisait quand elle voulait par exemple que Maman passe la voir... Mais, tout était en ordre, et j'avais bien veillé à ranger soigneusement mes affaires scolaires, et à ce que rien ne traine dans ma chambre. Encore quelques détails que je faisais par réflexe, sans avoir conscience que cela ne faisait que conforter Maman dans l'efficacité de ses méthodes.

Allait-elle venir vers moi ? Mon heure était-elle venue ? J'en étais persuadée et ma peur devait se lire sur mon visage...

Mais, Maman reposa mon cahier de correspondance, se releva, mais se dirigea vers la porte en disant : "Ne reste pas à ne rien faire. Va donc faire ta toilette et te mettre en pyjama. On dîne dans dix minutes. Je m'occuperai de tes fesses après..."

Les deux dernières phrases avaient été dites à haute voix, alors que Maman sortait de la chambre, informant ainsi toute la maisonnée de la suite du programme... Je venais donc de gagner encore un peu de temps, et ma tension pouvait retomber, tendue que j'étais dans l'idée qu'elle allait me fesser sur le champ...
D'un autre côté, le rappel public du "programme" me faisait honte, et je me demandais si finalement cela n'aurait pas été mieux que tout soit réglé de suite. Toutefois cela ne me traversa l'esprit qu'un instant, car je pensai aussi que si j'avais reçu ma fessée à ce moment-là, il aurait fallu ensuite aller affronter le regard de mes soeurs durant le diner et les leçons de morale que Maman aurait immanquablement distillées...

Mieux valait donc être encore en attente, même si je me doutais bien qu'Aline et Diane m'observeraient en sachant qu'après le dessert, un supplément attendait leur aînée et que celui-ci serait chaud bouillant...




Je me déshabillai donc, en faisant des gestes mécaniques, en essayant de ne pas imaginer que ses fesses blanches que j'allais entrapercevoir furtivement dans le miroir de l'armoire seraient bientôt à nouveau exposées, mais cette fois à la tannée maternelle...

Pendant que je faisais un brin de toilette (ce n'était pas jour de douche) et que je compléterais après le repas en me brossant les dents, Maman était venue récupérer mon pyjama de la semaine et m'en avait sorti un autre, tout frais repassé, qu'elle avait déposé sur mon lit.

Je l'enfilai sans tarder, j'aimais bien, en général, mettre des vêtements neufs ou frais lavés. Cela sentait bon l'adoucissant, le coton du pyjama était agréable et doux, mais j'avais cette fois une étrange impression : celle d'être en train de mettre ma tenue de fessée...


Quand Maman nous appela pour le dîner, les petites furent les premières à dévaler l'escalier, et elles étaient à table lorsque je fis mon entrée, le regard fuyant, face aux yeux vifs et curieux de mes soeurs, et à la mine satisfaite de Maman constatant que sa fille était prête pour dîener, et aussi prête pour la suite...


Je ne sais même plus ce que nous avons mangé, je n'avais guère d'appétit, il devait y avoir une soupe comme tous les soirs d'hiver, puis un plat et un dessert léger, mais j'ai occulté complètement le contenu de mon assiette. Comme j'ai évité tous les sujets de conversation. Les choses étant, semble-t-il, très claires pour chacun, il n'y eut quasiment pas d'allusions à ce qui m'était promis... Sauf, bien sûr, au moment de quitter la table. Les petites furent envoyées dans leur chambre avec ordre de ne pas faire de bruit, pour ne "pas fâcher" Maman davantage...

Je me proposai pour aider à débarrasser, ce que Maman accepta avec un sourire en coin : "C'est bien de te montrer serviable, Christine, mais cela ne changera rien. Ce serait trop facile..."
Une fois la vaisselle rangée, je restai les bras ballants, attendant les ordres, la gorge nouée. Maman m'expédia d'une réplique sans équivoque : "Ne reste pas plantée là. Monte donc dans ta chambre et prépare tes fesses. Je vais venir m'occuper de ton cas, ma grande. Et ne fais pas cet air étonnée. Tu sais très bien ce qui t'attend... Allez, ouste, file..."

C'est une Christine transformée en automate qui gravit les escaliers, les yeux embués de larmes qui cherchaient à percer, le regard rivé au sol, passant devant la porte de la chambre des petites qui venaient d'y retourner dare dare après avoir tendu l'oreille... et guetté notre conversation depuis le haut de l'escalier ! Aline et Diane virent ainsi passer leur aînée qui s'en allait dans sa chambre attendre la fessée maternelle...






J'ai refermé la porte de ma chambre et me suis allongée sur le lit, à plat ventre, tentant de stopper les débuts de sanglots qui remontaient de ma poitrine. Dans ma tête, je me disais cette phrase que Maman avait souvent prononcé en pareille circonstance : "Garde tes larmes. Tu vas en avoir besoin".  J'avais cette drôle de sensation d'être étendue les fesses encore blanches, et qui n'allaient pas y rester. Je ne voulais même pas m'asseoir, car j'aurais ressenti un poids sur mon bas du dos, un contact du matelas ou de la chaise, et j'aurais eu l'impression qu'on y touchait. Là, allongée, serrant dans mes bras mon oreiller comme on serre un ours en peluche toute gamine, je profitais en quelque sorte des ultimes instants de l'accalmie, je prenais conscience que ma lune était encore fraiche, et je tentai de me persuader que c'était un sursis appréciable, pour mieux éviter de penser qu'elle allait rougir sous peu...


Maman, du bas, s'inquiéta de savoir si nous nous étions brossés les dents, ce qui provoqua l'irruption des petites dans la salle de bain pour un brossage vite fait. En ressortant, Aline cria : "Ca y est, Maman, c'est fait, tu peux monter. Mais Christine, elle, elle ne l'a pas fait".

Je sursautai et suis sorti dans le couloir en disant : "J'y vais, j'attendais que la place soit libre", mais je dus avant de retourner dans ma chambre une fois mes dents brossées, à nouveau croiser le regard rieur des frangines, elles aussi en pyjama, mais n'appréhendant pas leur avenir proche de la même manière que je pouvais appréhender le mien...



Maman remonta seulement une dizaine de minutes plus tard. Elle aurait eu tort de se presser, la maisonnée était si calme, et mes soeurs lisaient tranquillement, même si une oreille avisée aurait deviné que les petites se murmuraient régulièrement des petites phrases qui semblaient les faire pouffer, et dont je préférais ne pas connaître le contenu assurément moqueur...

En passant devant ma chambre, Maman ouvrit la porte, mais resta dans l'entrebaillement, constatant : "Bon, ça y est, tu es prête ? Je couche les petites et j'arrive, Christine, j'arrive..."
Et, elle se rendit dans la chambre des petites, sans refermer la porte derrière elle...

Aline et Diane eurent droit aux câlins habituels des soirs sans nuage pour elles. Diane souvent curieuse et bavarde le soir, se montra presque muette. Comme si elle ne voulait pas prolonger ce moment traditionnel du soir, comme si elle était pressée que Maman retourne me voir...
Aline, elle, tenta quand même de faire préciser ses intentions à Maman, en jouant sur le : "Bonne nuit Maman, tu vois, on a été sage, Aline et moi. Comme tu as demandé. Pas comme Christine, hein ? C'est vrai qu'elle va avoir la fessée, dis..."

Maman ne rentra pas dans le jeu d'Aline, mais lui confirma quand même : "Allez, ferme tes yeux et dors. Cela ne te regarde pas. Christine n'a pas été sage au collège et je vais lui donner la bonne fessée qu'elle mérite. Comme tu en auras une aussi si tu ne travailles pas bien, ma chérie... Et, d'ailleurs, si j'entends un bruit pendant que je m'occupe de Christine, cela pourrait aller mal pour vous aussi..."
Diane s'exclama : "Oh, non, Maman, non, on ne va pas faire de bruit. Promis, on dort. Tu peux y aller, Maman".
De ma chambre, je n'avais pas manqué une miette des conversations dans la chambre des petites, et je trouvais surréaliste, presque comme un coup de poignard, le "Tu peux y aller Maman" de Diane... Ma chère petite soeur qui était du genre, chaque soir, à réclamer des minutes supplémentaires pour jouer ou pour lire, à demander à Maman un délai avant d'éteindre, avait ce soir-là comme une impérieuse envie de dormir, qu'il n'était pas difficile de décrypter et de traduire par un souhait pressant que Maman tienne ses promesses à mon encontre...
De fait, le "Tu peux y aller Maman" de Diane était une façon de dire : "Allez, vas-y Maman, les fesses de Christine t'attendent..."


Maman ne referma pas complètement la porte des petites, comme chaque soir, mais il est des soirs où cela me gênait plus que d'autres...
En entendant Maman venir, je m'étais relevée à nouveau en sursaut et m'étais mise debout, près de la fenêtre, le dos au mur, comme à l'opposé du lit où elle allait s'asseoir...



"Maman, euh...",  le regard fuyant,  je ne savais pas quoi dire, et elle ne m'en laissa pas loisir. 
Maman s'assit sur le rebord de mon lit, bien au milieu, et tapota ses genoux en disant : "Allez, Christine, on n'est pas là pour palabrer. Tu n'as aucune excuse valable, et tu sais bien que je n'admettrai jamais que tu sois collée, encore moins pour des motifs d'indiscipline ou de bavardage. Et pire encore en anglais, avec Mlle Paule, qui t'a particulièrement à l'oeil...Alors, viens ici tout de suite, Christine". "
J'étais comme pétrifiée et ne bougeai pas d'un poil, ne sachant que jeter vers elle un regard implorant, suppliant...
Maman émit un long soupir qui traduisait un bouillonnement intérieur croissant... Elle tapota plus sèchement son genou et ajouta : "Ne me fais pas aller te chercher, Christine... Tu sais bien que tu n'y échapperas pas... Je vais te rappeler ce qui arrive aux collégiennes dissipées de ton espèce... Rien de telle qu'une bonne fessée pour t'apprendre comment il faut se tenir en classe... Allez, dé-pê-che toi, Christine... Ne m'énerve pas davantage... VIENS ICI !!!!"
Le ton qui montait fit résonner les deux derniers mots dans le silence de la maisonnée, silence total qui me rappelait que deux paires d'oreilles devaient être aux aguets dans la chambre d'à côté...
Je sentais à nouveau les larmes me monter aux yeux, et je me pinçai les lèvres pour retenir un sanglot qui montait dans ma gorge. Je fis deux pas vers Maman, presque sans m'en rendre compte, comme si son "VIENS ICI" télécommandait mes jambes, et aussi sûrement par un vieux réflexe fondé sur ma (hélas) "riche" expérience en la matière, et qui me faisait prendre conscience qu'il y a un moment où il n'y a plus d'échappatoire, que lorsque le temps est venu, la fessée n'attend plus...

Face aux genoux maternels, comme au moment de plonger, la peur me bloqua à nouveau, mais Maman en se penchant m'attrapa le poignet et m'attira vers elle. Je basculai en position, en émettant à mi-voix ce "Oh non, Maman, nooon" qui était une protestation aussi vaine qu'inutile, mais dont je ne pouvais me défaire, histoire peut-être de montrer qu'avoir avancé vers Maman ne signifiait pas acceptation de ce qui s'ensuivait...



Par réflexe également, ma main droite encore libre s'était immédiatement positionnée sur le fond de mon pyjama, pour protéger mon bas du dos, pour tenter de bloquer sa mise à l'air... Et, là encore, ce réflexe, avant même que Maman n'ait glissé sa main sous l'élastique, ou saisi le vêtement à la ceinture, montrait que telle était ma crainte, montrait que je m'attendais à être déculottée, montrait que je savais que Maman allait le faire... A se demander même, si elle n'en avait pas eu la volonté, si justement mon type de défense ne l'eut pas entrainée à le faire...

Mais, ce n'était pas jour de bonté, et un "Enlève cette main, Christine" retentit, en même temps qu'une solide claque s'abattait sur le bas de mes fesses. Un coup de diversion qui me fit relâcher l'élastique que je serrais fort, et changer ma main de place pour tenter de protéger ma lune de l'orage. Maman en profita pour se saisir de cette main et la bloquer au milieu de mon dos. J'étais cette fois bien ceinturée et si j'eus la tentation de gigoter et de lancer mes jambes durant quelques secondes, l'étau maternel se resserra, et je ne pus que cesser cette agitation vaine.



"Arrête donc de bouger comme ça, Christine. Tu te fatigues pour rien. C'est trop tard, et tu vas avoir ce que tu mérites...". La voix de Maman avait une détermination calme impressionnante, celle d'une mère sûre de son fait... Déjà, elle avait baissé mon pantalon de pyjama en dessous de mes genoux, et sa main revenait se poser sur l'élastique de ma culotte. Et, alors que je suppliais à demi-voix, cela ne faisait que lui faire hausser le ton pour me confirmer à moi, et par conséquent aux oreilles des alentours : "Oh, que si, Christine, que je vais baisser ta culotte, parce que tu as mérité une bonne fessée, une bonne déculottée comme je te l'ai promise... Et comme tu en auras une à chaque fois que tu recommenceras à être collée, tu le sais bien..."
J'avais déjà éclaté en sanglots quand elle rajusta ma position, respirant un instant, reprenant en quelque sorte son souffle, une fois la cible prête, dévoilée, exposée... J'avais cette sensation étrange, insupportable, qui n'est comparable à rien, de sentir ma lune fraiche à l'air et offerte à la justice maternelle... Après m'être cabrée et avoir senti que l'étau était toujours là, je me relâchai, moi aussi reprenant ma respiration, avant que la première claque ne tombe, n'éclate d'un bruit mat et caractéristique qui signait le lancement de l'orage annoncé : ça y était, Christine recevait sa fessée...



Je poussai un petit cri, et tentai vite de me retenir en serrant les dents. Je ne voulais pas agrémenter la bande son de ma propre partition, mais en retenant mes cris, je n'entendais que plus ce bruit des claques qui résonnait dans le silence de la maisonnée, des claques qui tombaient rythmées comme un métronome en ce début de fessée.

Ces premières claques rencontraient un épiderme encore intact, deux hémisphères presque frais et dont la dernière tannée remontait à trois semaines déjà. Elles faisaient mal bien sûr, mais la douleur restait encore superficielle, comme dans une phase d'échauffement...

De la diversité des fessées

Fidèle à sa méthode, Maman s'appliquait à "bien" fesser sa fille...

Ce ne serait pas une fessée bâclée, expédiée, ni désordonnée. Je l'avais senti dès que Maman s'était assise sur mon lit, comme de la manière dont elle m'avait déculottée. Méthodiquement.
Ce ne serait pas non plus une de ces volées d'anthologie, comme lorsque parfois une dose de colère soudaine (pour cause de rébellion par exemple ou de découverte d'un motif supplémentaire) rajoutait à la détermination maternelle, et voulait comme concentrer deux fessées en une.
Ce ne serait pas non plus une de ces fessées à but démonstratif, voire pédagogique, comme parfois devant mes soeurs ou devant Tata, où la durée était moindre, mais la honte décuplée.
C'est vrai, qu'à y réfléchir ainsi, je pouvais d'entrée savoir à à quelle sauce mes fesses seraient accommodées, si j'ose dire... 

Et là, j'avais compris dès la première seconde que j'aurais droit à une fessée que je pourrais nommer la "spéciale Maman", même si elle n'avait de spéciale que d'être spécialement la "bonne fessée" type de Maman Spaak. C'est-à-dire une tannée méthodique avec ses phases, ses pauses, ses intensités différentes, et sa volonté de bien donner la leçon, qu'elle soit mémorable, et qu'elle s'imprime dans la tête de la punie aussi sûrement que la main maternelle s'imprimait sur ses fesses...



J'aurais pu ainsi en décrire le déroulement minute par minute à l'avance, mais c'était aussi parce que je savais tellement ce qui m'attendait, j'en avais une telle anticipation, que j'en angoissais autant...

Et Maman ne dérogea pas à ses principes. Si je pouvais au début étouffer mes cris, je savais que j'allais ensuite pleurer, pleurer et pleurer encore, que j'allais supplier en vain, que j'allais par moments crier malgré la présence auditive de mes soeurs qui ne dormaient évidemment pas encore... Et c'est ainsi que la fessée suivit son cours...

Avec, en prime, bien sûr, tout le discours maternel, répété autant pour que je l'enregistre que pour s'auto-motiver, pour se donner du courage. Les "Je t'avais bien prévenue, Christine. Je ne te laisserai pas refaire les mêmes erreurs que l'an passé" succédaient aux "J'espérais que tu aurais compris après la colle, d'il y a trois semaines. Je t'avais pourtant donné une bonne fessée, ma fille. Mais, apparemment, cela n'a pas suffi... Eh bien, on recommence, Christine, et on recommencera autant qu'il le faudra..."

Chaque pause, sorte de respiration où le bras de Maman s'arrêtait, était accompagné de tels sermons, de telles menaces. Après avoir subi, pleuré, retenu mes cris, puis commençé à les exprimer quand la douleur devenait vraiment intense, je ne pouvais plus m'empêcher de supplier, de répliquer aux arguments maternels, de faire mille promesses, à demi-voix d'abord que le bruit des claques couvrait, puis de plus en plus fort, même si mes soeurs devaient tout entendre.

"Maman, arrête, oui, j'ai compris, je ne recommencerai plus, c'est promis. Non, pas la fessée, plus la fessée", répétais-je comme les seuls mots qui me venaient à l'esprit entre deux "aïe, ouille, noon !"

Mais, là encore, au moment où une interminable salve finale allait me mettre le bas du dos en feu, Maman ne faisait qu'enfoncer le clou : "J'espère bien, Christine, j'espère bien... Mais, tu me l'avais déjà promis l'autre fois quand tu étais déjà sur mes genoux, les fesses à l'air, et tu as oublié tes promesses puisque tu as encore récolté ces heures de colle... Tiens, tiens, tiens et tiens... Moi, tu vois, je n'oublie pas les miennes, et la bavarde Christine reçoit encore une bonne fessée déculottée pour la peine... Tiens, tiens et tiens... Et réfléchis bien avant de recommencer, ma fille, parce que sinon, tiens, tiens, tiens et tiens... ce sera retour sur mes genoux, Christine, tiens, tiens,, tiens et tiens..."

Quand enfin Maman arrêta, j'étais le visage ruisselant de larmes, épuisée physiquement comme mentalement, avec l'impression de sortir d'un tunnel, d'un cauchemar, mais ma lune brulante me rappelait que le mauvais rêve avait des traces tangibles...



Je roulai sur mon lit en me tenant les fesses, alors que Maman me déposant un baiser rapide sur le front sortait de ma chambre en me souhaitant "bonne nuit". Quelques chuchotements venus de la pièce voisine témoignaient de soeurettes encore éveillées et passant sûrement à la phase commentaires... Mais, cela s'arrêta vite de crainte que Maman n'intervienne...

Je n'avais plus qu'à essayer de trouver le sommeil, en tentant de ne pas trop cauchemarder, de ne pas trop repenser à mes fesses écarlates, et à ne pas commencer à m'angoisser en me disant qu'il ne serait pas aisé, quand certains profs vous ont dans le collimateur, d'éviter toute nouvelle colle, bref de ne pas, les fesses encore endolories, me mettre à imaginer qu'elles pourraient un jour, voire bientôt, se retrouver déculottées et exposées à la dextre maternelle...

A SUIVRE

samedi 9 février 2013

Chronique d'un redoublement : 56. Du retour angoissé à la stratégie maternelle de l'attente

SUITE 55

J'avais l'impression d'être une marionnette ou un engin téléguidé, voire un objet embarqué dans une sorte de grand huit, un manège avec des hauts et des bas, des accélérations et des ralentissements, des moments où le coeur s'emballait, puis d'autres où le calme revenait, mais où l'angoisse demeurait toujours présente, avec cette certitude que ce tour de manège passerait par les genoux maternels, par la case fessée...

J'aurais peut-être pu relativiser, me dire que ce n'était pas la fin du monde, que je m'en remettrais, mais on ne se refait pas, et je ne pouvais pas m'enlever le sujet de la tête. Non, tout ce que je retenais de mon expérience en la matière était que j'allais passer un sale quart d'heure, et que rien n'y ferait.

Ce système de colles, cela avait été la découverte de mon passage au collège. De la classe d'école avec enseignant unique, où le moindre faux pas valait un mot à faire signer le soir même ou une remarque directe à Maman venue me chercher à la sortie, j'étais passée aux cours avec des profs différents, et un système de punitions qui entrainait souvent un décalage de plusieurs jours entre l'incident et l'avis arrivant à la maison. D'où toutes les possibilités de jouer, de manoeuvrer, de gagner du temps, de vivre comme en décalage horaire ou de jouer les petites saintes virtuelles jusqu'à ce qu'un bulletin de colle arrive et me transforme en chahuteuse à châtier...

La Sixième m'avait vue expérimenter les différentes stratégies, de la totale franchise à la grosse manoeuvre, puis la première Cinquième avait été le point d'orgue du phénomène, avec des épisodes multiples et une culture de la cachotterie manifeste.

Alors, en cette année de redoublement, ce qui n'était que ma deuxième colle depuis la rentrée aurait pu me faire prendre la chose avec philosophie. Il n'en était rien, et j'étais nerveuse comme une pile électrique, n'ayant en effet assimilé qu'une chose : deux heures de colle, en anglais qui plus est, ce n'est pas "je risque" de recevoir la fessée, mais bien "Christine, tu le sais, Maman va te déculotter et te donner la fessée" ! Et, dans ma tête, j'avais l'impression que je m'y voyais déjà, avec cet étrange don d'ubiquité que donnent les cauchemars et l'imagination galopante d'une demoiselle angoissée. Comme si j'étais à la fois actrice et spectatrice, mon cerveau distillant des images presque palpables d'une fessée qui me mettait en scène...




Notre petit échange verbal au moment de repartir au collège n'avait fait que confirmer ce dont je ne doutais même plus, et c'est une collégienne très perturbée qui tenta, tant bien que mal, de cacher son trouble, et de passer les trois heures de cours de l'après-midi sans anicroche.

Nous avions à nouveau une heure d'anglais, et j'aurais bien été tentée de faire un croche-pied à Mlle Paule, de lui tirer les cheveux, de faire des grimaces derrière son dos, bref de me venger, mais j'avais deux ans de plus qu'à mon entrée en Sixième et j'étais plus réfléchie quand même... Au contraire donc, même si cela bouillait en moi, j'ai joué les élèves modèles, ne répondant même pas quand ma voisine, de temps à autre, essayait de bavarder ou de me faire rire. Mlle Paule me gratifia même d'un : "Eh bien, Christine, je vois que l'on est moins dissipée que l'autre jour...", et j'eus du mal à ne pas rougir, car je me doutais bien que, dans sa tête, cela voulait dire : "J'ai bien fait de vous donner deux heures de colle... C'est efficace" !
Je n'aimais pas ce genre de raisonnement qui ressemblait à ceux de Maman qui attribuait mes bonnes notes aux "bienfaits" de la fessée précédente...

Mais, c'est vrai que l'expérience aidant je savais qu'il valait mieux me tenir à carreau, pour ne jamais me retrouver dans des situations comme vécues parfois l'année précédente quand j'avais, par exemple, récolté à nouveau deux heures de colle le jour même de l'arrivée d'un bulletin de colle non encore annoncée à la maison. Et, au lieu de tenter d'avouer les deux en même temps, j'avais récolté mon "dû" pour la première en sachant que la suivante arriverait quelques jours à peine après...

Déjà taciturne en cour de récréation deux jours auparavant, j'avais été encore moins causante cet après-midi là, quitte à subir quelque moqueries de camarades intriguées, mais jamais au grand jamais, je ne leur aurais avoué ce qui causait mon tourment et... m'attendait à la maison... J'aurais trop eu peur de déclencher des fous rires, d'être la risée de la classe...








L'heure de fin des cours arriva et j'eus même l'impression pour une fois que l'horloge avait tourné plus vite que d'habitude, surtout en dernière heure, et la sonnerie que beaucoup accueillirent avec un "ouf" de soulagement, me semblait davantage comme un signe que le compte à rebours s'égrainait inexorablement. Je n'avais plus qu'une chose à faire, c'était de rentrer à la maison, de retrouver Maman, et donc de préparer mes fesses...

Ce chemin, j'en connaissais chaque pas, et j'aurais aimé qu'il soit bien plus long les jours où je craignais pour mon bas du dos... Autant je pouvais courir si j'avais une bonne note à annoncer, autant je rentrais à reculons, conscient toutefois que ma marge de manoeuvre était étroite, qu'un réel retard inquiéterait Maman et n'arrangerait pas mes affaires...

Le coeur battant, je rentrai donc, et il n'y eut pas besoin de grands discours pour que je comprenne que mes craintes étaient fondées. Maman était dans la cuisine, en train de regarder les cahiers d'Aline et Diane qui goûtaient tranquillement. Leur silence à mon arrivée, et l'étincelle qui brillait dans leurs regards, me confirmaient qu'elles savaient déjà...

Je n'osais regarder Maman en face, et mes yeux cherchaient sur la table s'il y avait une enveloppe à en-tête du collège... 



Maman devança ma demande : "Rassure-toi, Christine, le courrier ne s'est pas perdu... Tiens, regarde, voilà ton bulletin de colle... Pour "bavardage intempestif durant les cours". C'est bien ce que tu m'avais dit..."

Je murmurai : "Je, euh, je peux t'expliquer..."

Elle coupa net : "Je ne sais pas ce qu'il y a à expliquer, ma fille. Pour moi, c'est clair. De toute manière, tu sais bien ce que je t'ai promis... Alors, on en reparlera plus tard, mais tu n'échapperas pas à la fessée que tu mérites..."

J'avalai mon goûter, les yeux rivés sur la table, voulant éviter les regards des petites, et cacher mon trouble. Si j'avais eu encore la moitié d'un espoir, j'aurais certainement joué les innocentes, ou composé un visage d'étonnée, mais ce que venaient d'entendre Aline et Diane pour la première fois devant moi en cette journée, n'était que la répétition de ce que Maman m'avait annoncé lorsque j'avais quitté la maison en début d'après-midi. Chercher à protester n'aurait fait qu'envenimer les choses, et abouti à ce que Maman redise certainement que je devais "préparer mes fesses"...

Je montai donc dans ma chambre, désespérée, incapable de faire quoi que ce soit, et je me suis assise sur mon lit, broyant du noir, jusqu'à m'en ronger les ongles, ce que je ne faisais que très rarement.






Maman n'avait rien précisé sur la suite des événements, souhaitant à l'évidence me laisser mijoter un certain temps, se doutant bien que l'attente était inconfortable et devait avoir des vertus éducatives, en me donnant l'occasion de réfléchir à ce qui m'amenait dans cette position, hélas bien connue, mais cela ne lui enlevait en rien, au contraire peut-être, son aspect angoissant... Et, je n'allais surtout pas demander à Maman : "Au fait, à quelle heure souhaites-tu t'occuper de mes fesses ?". J'aurais eu trop peur qu'elle ne dise : "Eh bien, puisque tu sembles pressée, viens donc ici t'allonger sur mes genoux, ma grande..."

Fidèle à mes vieux démons, je demeurais dans cette idée que chaque minute de passée avec les fesses encore blanches était une minute de gagnée...

Mais, fidèle à sa manière de tenir sa petite troupe, Maman n'était pas pressée. A l'évidence, la perspective de devoir, une fois encore, tanner le bas du dos de son aînée ne la réjouissait pas. C'était une corvée dont elle se serait bien passée, mais il n'était pas question de minimiser l'affaire, de la bâcler, si j'ose dire...
Autant une fessée pour les petites aurait été expédiée sans autre forme de procès, autant la nécessité de bien faire passer la leçon s'imposait à mon encontre.
Pas question donc de choisir un timing où elle était susceptible d'être dérangée, ni qu'elle ait mille autres choses en tête. D'où la tentation fréquente de différer la fessée en soirée, soit après le dîner, voire au moment du coucher...

Et, il faut bien dire que, sans le savoir, sans le faire exprès, mes soeurs et moi militions, par nos actes, pour que ma fessée soit le point d'orgue de la journée. Comme le définit le dictionnaire, qui parle du point d'orgue, au figuré, comme d'un "moment intense" à la fin d'une cérémonie.
En effet, de mon côté, sachant ce qui m'attendait, je jouais les filles invisibles, je me serais cachée dans un trou de souris, je ne me montrais pas, je n'aurais pas dit un mot plus haut que l'autre, j'étais prostrée dans ma chambre, et ne réapparaissais que si Maman me le demandait, souhaitant surtout me faire oublier le plus longtemps possible.
Mes soeurs, au contraire, étaient auprès de Maman, répondaient à la moindre sollicitation, se montraient serviables, et faisaient tout leur possible pour que leurs devoirs soient bien faits, les leçons sues, cherchant les compliments, comprenant que ce n'était pas le soir à se distinguer, ni à énerver Maman.
Dupe, elle ne l'était certainement pas, mais elle n'allait pas se plaindre, ni ne pas profiter de cette accalmie avant l'orage qu'elle avait programmé... Surtout que, quelque part, elle constatait que le fait d'être dans une phase de "reprise en main" de son aînée, d'avoir annoncé qu'elle allait sévir, avait, avant même l'exécution de sa sentence, un effet général d'assagissement de ses trois filles. De quoi la conforter encore et toujours dans sa méthode...



Alors, a posteriori, la Christine broyant du noir entre les quatre murs de sa chambre, aurait pu être fataliste, comprendre que l'attente risquait de durer, s'en accommoder en appréciant le temps de gagné, mais encore aurait-il fallu que je comprenne tout cela, que je l'intègre dans mon raisonnement. Mais, ce n'était absolument pas le cas, et chaque bruit me faisait sursauter, chaque pas dans l'escalier, chaque mouvement dans la maison me faisaient me demander si mon heure était arrivée...

A SUIVRE

dimanche 27 janvier 2013

Chronique d'un redoublement : 55. Angoisse et tergiversation avant un timide aveu...

SUITE 54 

A la fin de la journée, j'avais eu du temps pour encaisser la nouvelle, pour me faire à cette idée, bref pour reprendre le dessus, en tout cas pour sauver les apparences, car si Maman m'avait surprise avec la tête que j'avais durant la récréation, il n'y aurait même pas eu besoin de mots pour qu'elle comprenne que sa grande fille avait encore une tuile à annoncer...

Mes réflexions de ces derniers jours m'amenaient à être réaliste, à comprendre qu'à l'évidence une nouvelle colle, qui plus est en anglais, pour bavardage dans le dos de Mlle Paule, ne pouvait avoir qu'une seule issue, que je connaissais trop bien...

D'où la prise de conscience que rien ne servait de monter une usine à gaz, ni de remuer ciel et terre en espérant une clémence qui tiendrait vraiment du miracle...

Cela dit, je n'en étais pas non plus à pratiquer l'excès inverse, et à courir voir Maman en claironnant mon nouvel exploit, comme si je venais lui dire : "Il va falloir que tu me donnes une bonne fessée".



La petite différence qu'il y avait dans mon appréhension de la situation, c'était de me dire que l'urgence n'était pas de trouver comment épargner mes fesses d'une prochaine claquée, mais comment faire pour que cela se passe dans les moins mauvaises conditions possibles...

L'avantage, si je peux m'exprimer ainsi, du système de colle en vigueur au collège, c'était de donner un petit délai. Autant le jour où l'on donnait le carnet mensuel à faire signer, c'était délicat de tenter de faire croire que l'on ne l'avait pas reçu, autant l'avis de colle, envoyé par la Poste, après que l'enseignant ait averti le secrétariat du collège, mettait au plus vite 48 h avant d'arriver à la maison, voire parfois jusqu'à cinq ou six jours, dans des cas extrêmes, style pont ou week-end. 
Mais la pratique, en laquelle j'avais hélas pas mal d'expérience... était l'arrivée du bulletin de colle dans la boite à lettres dans les deux ou trois jours, et plus souvent le surlendemain précisément. 

Je rentrai donc ce soir-là à la maison, certaine, sauf si Maman avait croisé Mlle Paule bien sûr, je dirai donc quasi-certaine que la nouvelle de ma colle lui était inconnue. Je pensais bien qu'un bel élan de franchise aurait peut-être plaidé en ma faveur, mais je me sentais aussi très lasse en ce soir-là pour aller au devant de nouvelles émotions...

Surtout qu'en arrivant à la maison, les petites étaient déjà là, et Diane avait amené une camarade de classe pour un travail en commun, avant que la mère de la copine en question ne vienne la rechercher avant l'heure du diner. Ce n'était donc pas du tout le moment adéquate pour annoncer mes deux heures de colle, et m'entendre dire que je devrais "préparer mes fesses"...

A Maman qui m'interrogeait comme chaque soir à mon retour à la maison, j'avais affirmé que "tout allait bien", changeant bien vite de conversation pour ne pas que ma chère mère et son flair légendaire ne se doutent de quelque chose...

J'hésitai un tout petit instant quand, le soir au coucher, Maman vint me dire bonne nuit. Le moment pouvait être propice pour une confidence, mais la perspective de voir Maman changer de ton m'amena à prendre le parti de n'en rien dire et à savourer le câlin maternel et chaleureux pour sa grande fille bien sage depuis trois semaines... 

Le lendemain, j'étais décidée de tenter ma chance dès que je pourrais me trouver seule à seule avec Maman, mais une voisine couturière venue faire faire des essayages à Maman, puis mes soeurs revenant plus tôt que prévu du cours de danse annulé pour cause de prof souffrante, firent qu'à aucun moment je ne pus, ou ne me sentis la force d'aller vider mon sac et confier mes tourments à Maman.

Toutefois, à force d'aller et venir sans raison plausible, de m'approcher puis de reculer, je commençais à éveiller les soupçons maternels m'entendant dire : "Christine, tu as un drôle d'air, ma fille... Tu as quelque chose à me dire ?".



Mais, vieux réflexe de cachotière invétérée, dès que l'on me tendait une perche, je la repoussais automatiquement, avec des dénégations forcées dont je pense, avec le recul, qu'elles ne faisaient que conforter Maman dans sa sensation de décrypter là une manoeuvre de sa grande fille...

Preuve en est qu'au coucher, Maman insista un peu pour me faire dire que quelque chose n'allait pas, mais une fois de plus, comme lorsque j'avais justement déjà nié l'évidence à plusieurs reprises dans la même journée, je me sentais prisonnière de cette attitude et je restais sur mes positions. 

Le lendemain midi, en rentrant à la maison, je savais qu'il y avait de bonnes (l'adjectif est mal adapté...) chances (ce mot-là aussi), disons de fortes probabilités que le facteur soit passé et que je me retrouve à n'avoir rien dit avant...

Je rentrai donc avec l'impression qu'une fessée m'attendait...

Heureusement, il n'y avait pas de lettre du collège d'arrivée... Mais, la nouvelle n'était pas aussi bonne que cela, car le facteur n'était pas encore passé, et ne viendrait donc qu'une fois que je serais retournée en cours...

Cela me donnait cependant une ultime possibilité de prévenir Maman...

A l'issue du déjeuner, Aline et Diane étaient pressées de repartir à l'école retrouver leurs copines, et Maman les laissa filer avec quelques minutes d'avance sur l'horaire habituel. Je préparais mon cartable dans ma chambre et, entendant la porte se refermer sur mes soeurs qui partaient, je descendis à mon tour titillée par une envie de "préparer" Maman à la mauvaise surprise...

Elle était en train de prendre son café dans le salon, en lisant une revue. Je la rejoins, mais restai figée à l'entrée du salon, n'osant pas articuler les deux ou trois phrases que j'avais pourtant répétées dans ma tête depuis deux jours.

Je demandai simplement : "Euh, dis, euh... Le facteur n'est pas passé, euh ?"
 Maman comprit vite : "Pourquoi donc, Christine ? Tu attends quelque chose ?"
Il ne restait plus que trois minutes avant que je doive filer et je me lançai en donnant toutefois une version au conditionnel du genre : "Bah, peut-être qu'il se pourrait qu'il y ait, euh, une enveloppe du collège. Euh, peut-être, euh, un bulletin de colle ?"
Maman fronça les sourcils : "Une colle, encore ? Mais, en quelle matière, et pourquoi donc ?"
Je balbutiai : "Bah, euh, en anglais, euh, parce que, euh, on parlait avec ma voisine. Mais, euh, c'est pas sûr, euh..."..
Maman me coupa dans mes explications oiseuses : "Mais, je rêve, Christine. En anglais, en plus ! Mais, tu cherches vraiment les ennuis. Et tu prétends que ce n'est pas sûr... Mais connaissant Mlle Paule, si elle l'a dit, elle ne changera pas d'avis... Et puis, pour que tu m'en parles, c'est bien que tu sais que tu seras collée... Ah, ce n'est pas possible, je sentais bien que quelque chose n'allait pas, que tu me cachais quelque chose..."

Je tentai d'objecter : "Mais, tu vois, M'man, je te le dis maintenant. Et, depuis, on a fait une interro en anglais ce matin, et tu verras, je suis sûre que j'aurai la moyenne..."

Maman fulmina : "N'aggrave pas ton cas, Christine. La moyenne, la moyenne, j'espère bien qu'une redoublante comme toi l'aura toute l'année la moyenne et bien plus encore quand même. Ce n'est pas de cela qu'on parle, c'est de discipline. J'en ai assez, moi ! Quand Mademoiselle ne chahute pas, elle bavarde... Ah, je comprends que tu hésites à m'en parler, Christine. Parce que tu sais très bien ce que tu vas récolter en plus de ces heures de colle... Ah, tu peux préparer tes fesses, ma fille..."

Je sanglotai en demandant pardon, mais Maman regardant l'heure coupa court à la conversation : "Allez, file au collège. Je ne voudrais pas que tu sois en retard, et que tu récoltes d'autres heures de colle... Je vais attendre le facteur pour voir ce qu'a bien pu mettre Mlle Paule comme motif de sa sanction... En tout cas, crois moi ma fille, nous en reparlerons ce soir toutes les deux, et je te préviens déjà que cela va barder..."



Sa main, la paume largement ouverte, avait accompagné d'un geste bien caractéristique cette menace qui était plus qu'une menace, qui était une annonce claire et sans le moindre conditionnel. Ce soir, le bulletin de colle alimenterait une de ces "discussions" dont Maman avait le secret, et toute grande fille que j'étais, moi, Christine, j'allais "récolter" ce que je "savais", je pouvais "préparer mes fesses" et cela allait "barder". 



Les mots résonnaient dans ma tête sur le chemin du collège, et j'eus bien du mal à cacher les larmes qui coulaient sur mes joues durant le parcours. Et ce n'était là que le trajet aller... Celui du retour ferait à coup sûr, encore plus battre mon coeur...

A SUIVRE

mercredi 23 janvier 2013

Chronique d'un redoublement : 54. La prise de conscience et une accalmie (hélas) passagère

SUITE 53 

Je m'étais reculottée à la hâte, alors que Maman quittait ma chambre, de peur qu'une ou deux paires d'yeux n'aient été derrière la porte au moment où notre mère la rouvrait. Mais, les petites n'avaient pas été jusque-là dans leur curiosité, ne prenant pas à la légère les menaces maternelles lors de leurs deux intrusions sur cette sorte de scène où je tenais à mon corps défendant la vedette, une fois encore.
En refermant la porte derrière elle, Maman avait ajouté : "On dîne dans un petit quart d'heure. Mets-toi en pyjama en attendant".
Cela me laissait peu de temps pour me redonner une figure présentable, mais je ne m'exécutai pas dans l'instant. Encore sous l'emprise de gros sanglots, je me couchai sur mon lit, me mettant en boule, et pleurant un long moment, le temps d'évacuer un tant soit peu mon chagrin.



Je ressentais mon bas du dos comme une sorte de radiateur, une source de chaleur que ma culotte et ma jupe remises en place semblaient contenir ou conserver.
Je sentais aussi comme une grande lassitude, comme un épuisement après un long combat. Et puis, après deux journées d'angoisse, de peur me mettant sur les nerfs, une fois la fessée reçue, ces mêmes nerfs se relâchaient. Je n'avais effectivement plus à avoir peur. La fessée, ma fessée, je venais de la prendre, et de belle manière... Et, le mauvais moment passé, je me sentais presque soulagée, en tout cas moins tendue.

Je n'avais pas bougé quand Maman nous appela à table, et je sursautai, me relevant à la hâte et me dépêchant de me mettre en pyjama. J'aperçus fugacement dans la glace de l'armoire l'image de ma lune écarlate, encore bien rouge à mon goût, même si Maman aurait sûrement jugé qu'elle avait déjà pâli...



Aline et Diane étaient à table lorsque je pénétrai dans la cuisine, au moment où Maman apportait la tourte. Mais, les trois paires d'yeux semblaient ne regarder que moi. J'avais l'impression que j'étais l'attraction, et que, plus que la tourte juste sortie du four, l'on observait la grande Christine juste sortie des genoux maternels...

Inutile de dire que je n'avais guère d'appétit et que j'ai dû à bien des reprises au cours de ce repas, baisser les yeux, mettre le nez dans mon assiette, cacher ma honte et mon envie de rougir lorsque fusèrent diverses allusions à ce qui m'était arrivé... On eut droit au couplet sur le fait que grande soeur avait eu "une bonne fessée", qu'elle était "méritée", et que "Maman tient toujours ses promesses". Sans oublier les avertissements lancées à Aline et Diane, leur rappelant qu'elles "aussi" pourraient bientôt se faire "déculotter", ce qui toujours ramenait ma fessée comme référence. 
D'autant que Maman pouvait, en faisant allusion à l'incursion des petites dans ma chambre, ajouter : "Et vous avez bien vu comment je me suis occupée de Christine..."  Ce qu'Aline et Diane, j'en étais sûre, devaient traduire par : "Vous avez bien vu comment ses fesses étaient toutes rouges".



 J'avais l'impression en regardant mes soeurettes que se reflétait encore dans leurs yeux l'image de la grande soeur étalée sur les genoux maternels, la culotte baissée, la lune rougissant sous la claquée d'une main ferme et experte.

C'est donc sans m'attarder que je filai dans ma chambre la dernière bouchée avalée, ayant encore à subir l'inévitable petit sermon de Maman venant me dire bonne nuit, moitié consolante, moitié sur le mode du rappel de ce que je voulais surtout oublier.

Mais, c'est vrai qu'au fond de moi, j'arrivais à relativiser, et quelque part j'avais l'impression de m'en être sortie plutôt bien, ayant toujours en tête les visions du cauchemar qui avait hanté les deux nuits précédentes. Toute mémorable qu'elle ait été, la fessée reçue était plus supportable que l'idée d'une tannée mise en scène devant un public invité.
A ce propos, j'ai encore eu un moment de frayeur lorsque, le lendemain soir, Maman me demanda d'aller à la boulangerie chercher une baguette de plus, Tata s'étant invitée à dîner. Comme je me souvenais que Maman y était passée la veille, je craignais qu'elle ait fait une quelconque allusion à ce qu'elle s'apprêtait à faire en rentrant... 
Martine, la vendeuse, n'était pas là, mais c'est Mme Breton qui me servit, en me demandant comment cela allait, et glissant : "J'espère que tu n'as pas fait de bêtises aujourd'hui", ce qui me fit rougir comme une pivoine...
Je balbutiai un : "Oh, non Madame, j'ai été très sage aujourd'hui", ce qui, en y repensant, m'a semblé idiot, car ce "aujourd'hui" pouvait faire penser que cela n'avait pas été le cas "hier". C'est donc, assez troublée et encore presque rougissante que j'ai ramené la baguette à la maison, où Tata Jacqueline était arrivée, et où son regard compatissant et son "Ma pauvre chérie" en guise d'accueil me firent comprendre qu'elle avait déjà eu droit à un résumé de l'épisode de la veille. Mais, comme cela s'était fait avant que je revienne, j'avais au moins évité une séance de honte de plus. 

Le surlendemain, je rentrai avec un large sourire pour annoncer un 16 en maths. J'étais ravie, c'était pour moi une manière de dire à Maman : "Tu vois que je ne suis pas une cancre, tu vois que je peux avoir de bons résultats". C'était comme une revanche, alors que, ce dont je n'avais pas conscience, c'était bien que je donnais là à Maman des arguments, que je ne faisais que renforcer sa conviction de bien faire. Comme si ma bonne note était la conséquence de la bonne fessée...


J'étais toute contente, mais Maman doucha mon bel optimisme en me regardant avec un air autosatisfait, et en commentant : "C'est bien, Christine. C'est bien... C'est juste dommage qu'il ait encore fallu une bonne fessée pour que tu te remettes à bien travailler..." J'en regrettais presque d'avoir fanfaronné trop vite...

Et cela aura été le dilemme de bien des situations de conflit entre Maman et moi. J'avais l'impression qu'en rapportant des bonnes notes je faisais la démonstration qu'elle avait tort de me prendre pour une mauvaise élève, que je lui démontrais que ce n'était pas la peine d'employer des méthodes appropriées aux gamines. Alors, qu'à l'inverse, Maman se félicitait d'avoir sévi, pensant que mes bons résultats montraient qu'elle avait eu raison, et que la fessée était encore et toujours la seule méthode, en tout cas la plus efficace, pour ramener sa grande fille dans le droit chemin...


D'un autre côté, l'épisode de cette fessée magistrale, mais loin du scénario catastrophe que mes cauchemars avaient imaginé, m'amenait à comprendre que cette année de redoublement allait bel et bien suivre les mêmes grands principes que les années précédentes. On ne change pas une équipe qui gagne, dit-on dans le milieu sportif. Une Maman consciencieuse ne change pas une méthode qui porte ses fruits, même si ce n'est pas une méthode miracle, et même si elle demande de la persévérance et une application régulière...


J'avais grandi depuis l'année précédente, mais la règle demeurait la même. Ma crainte subliminale que Maman passe à la vitesse supérieure n'était pas fondée. D'autant qu'elle n'avait pas lieu d'être. Evidemment, si j'avais eu la même attitude que douze mois auparavant, si mes notes étaient restées aussi en dents de scie, si les heures de colle s'étaient accumulées, les fessées auraient peut-être pris une autre tournure.


Mais, j'étais une gamine, une pré-ado intelligente, sans vouloir me vanter, et qui avait bien compris que poursuivre sur la mauvaise pente aurait hypothéqué mon avenir. Je n'allais pas non plus passer d'un extrême à l'autre, devenir la petite (grande) fille modèle, la première de la classe sage comme une image. Simplement, l'année de redoublement était l'occasion de me replacer parmi le peloton de tête de la classe, et d'être moins en conflit avec certains profs, donc moins à même à m'attirer des ennuis à la maison...


Je savais, et la récente fessée en était un bel exemple, que Maman attendait de moi mieux qu'une simple petite moyenne, et qu'elle serait derrière moi, plus encore que l'année passée, où elle s'en voulait un peu de ne pas avoir pu empêcher finalement mon redoublement.

Sans être totalement fataliste, car j'étais persuadée de pouvoir encore réussir à ruser, de savoir gagner du temps quand il le faudrait, j'avais bien conscience que Maman était encore moins disposée que l'année précédente à tolérer un zéro, une indiscipline, ou à recevoir un bulletin de colle, sans réagir de la manière que chacun imagine... D'ailleurs, lorsque parfois, sans aller jusqu'à menacer explicitement, avec des mots, elle levait la main de manière d'avertissement, ou montrait sa paume tout en faisant une mimique l'amenant à pincer ses lèvres, je savais bien que je n'étais pas à l'abri de nouvelles déconvenues, et j'avais presque l'impression de sentir mes fesses déjà dégagées et offerte à sa colère imminente...




De fait, ce début d'année, nous en étions à la moitié d'un trimestre de passé, donnait déjà l'esprit général. Christine n'avait plutôt pas trop mal commencé. Elle avait des résultats encourageants, mais aussi encore quelques rechutes qu'il convenait de ne pas laisser passer... La chahuteuse de l'an dernier n'était pas devenue un ange muet. Sa propension à jouer parfois les amuseuses de galerie, à jouer les intéressantes derrière le dos des profs, n'avait pas complètement disparu, mais était devenue plus rare. Raison de plus pour Maman de ne pas laisser sa grande fille mettre le doigt dans un engrenage dont l'année précédente avait démontré qu'il pouvait finir mal. Et, comme la seule méthode efficace gardait à n'en pas douter de bons résultats, la détermination de Maman n'en était que plus forte.


Et la Christine que j'étais ne pouvait qu'en prendre conscience. L'heure n'était plus aux faux espoirs, ni à se bercer d'illusions. J'avais passé l'année précédente à essayer d'échapper à ce qui m'était promis, j'avais toujours cru jusqu'au dernier moment au miracle, en vain. Bien sûr que si, cette année, je pouvais encore garder un tant soit peu la main sur mon destin, je le tenterais, mais globalement, je n'avais plus guère de doute, et savais que, le prochain zéro, la prochaine convocation de Maman par une prof, la prochaine mention d'une mauvaise conduite, d'un chahut, ou la récolte de deux heures de colle, tout cela était à éviter totalement, ou à retarder le plus longtemps, car le résultat était connu d'avance. Je n'aurais qu'à préparer mes fesses...

Cette prise de conscience m'amenait à être réaliste, à ne pas me bercer d'illusions, et donc à jouer plus finement. Cela ne voulait pas dire devenir fataliste totalement, tout subir et ne rien tenter. Mais, cela voulait dire comprendre que dans certains cas l'échappatoire était impensable, et qu'au lieu de nier l'évidence, au lieu d'aggraver son cas en ajoutant des mensonges ou manoeuvres grossières et invraisemblables, mieux vaudrait reconnaitre tout ou partie de ses torts, bref avoir une défense plus intelligente, moins gamine, en espérant au moins ne pas accroitre la colère maternelle, et peut-être faire qu'elle soit moins démonstrative au moment de l'incontournable explication, au moment, car il faut bien appeler un chat un chat, de l'inévitable fessée...

L'angoisse baissa d'un ton pendant quelques jours. Une fessée reçue par Aline la semaine suivante ôta même à la mienne le statut de dernière référence...

Je ramenais des résultats assez satisfaisants, et Maman avait même eu un compliment de la part de la prof de maths qu'elle avait croisée au marché.
De quoi peut-être faire baisser la garde de la Christine décidément bien sage depuis trois semaines déjà, et qui n'avait, cette année encore, pas une grande passion pour les cours soporifiques de la prof d'anglais. Et, même si je me méfiais de celle qui me valut moult problèmes l'année précédente, la tentation de bavarder et de faire rire mon entourage commençait à me titiller. 
Ayant des choses à raconter à ma voisine de classe, je chuchotai discrètement, n'imaginant pas me faire prendre. La première remarque de Mlle Paule aurait dû me faire taire, mais comme elle avait l'habitude d'en faire une autre, en précisant : "Dernier avertissement", je crus encore disposer d'un joker, et repris mon chuchotement le plus bas possible.
"Christine, pouvez-vous répéter la phrase que je viens de dire ?", lança sans crier gare Mlle Paule. Je balbutiai et bredouillai deux ou trois mots du début de la leçon, sans rapport avec ce qu'elle venait de dire. Ce qui provoqua le rire de la classe. Que Mlle Paule coupa d'un ton sec : "Taisez-vous. Cela n'a rien de drôle. Quant à vous, Christine, vous connaissez le tarif ? Ce sera deux heures de colle..."
Patatras ! Moi qui me tenais à carreau depuis une vingtaine de jours, je me retrouvais dans une situation dont j'imaginais déjà l'issue...



 
La fin du cours sonna quelques minutes plus tard. Je ne tentai même pas d'aller plaider ma cause auprès de Mlle Paule, je savais que cela ne ferait que la monter encore contre moi. Je passai le quart d'heure de récréation dans un coin. Prostrée, au bord des larmes. Ma voisine de classe vint pour essayer de me consoler, me disant que ce n'était pas grave, etc., etc. Mais, je lui demandai de me laisser seule. Je ne pouvais pas lui dire ce à quoi je pensais, ce qui déjà défilait dans ma tête...


A SUIVRE