lundi 10 décembre 2012

Chronique d'un redoublement : 52. Quand le cauchemar semble prendre forme

SUITE 51

En d'autres circonstances, j'aurais peut-être osé profiter que nous étions seules pour faire taire ma soeur, pour lui faire comprendre que ses moqueries pourraient se retourner un jour contre elle, et qu'une grande soeur imaginative comme je savais l'être parfois pourrait trouver moyen de se venger en douce...
Mais, là, cette fois, je ne lui en voulais pas vraiment, du moins je comprenais son attitude, à elle qui avait subi les foudres maternelles deux jours auparavant.
Cela aurait été Diane, j'aurais sûrement été davantage piquée au vif. Aline, elle, avait presque un regard de compassion tout en se moquant joyeusement, et puis il y avait aussi le fait que ce qu'elle disait et répétait était hélas une évidence, et tout sauf une surprise pour moi...



 Je me suis assise sur mon lit. Prostrée, comme abasourdie, sans ressort. La Christine combative, celle qui jouait à gagner du temps depuis 48 heures, celle qui se nourrissait d'espoir et se devait de jouer un rôle, venait de comprendre que la séquence était finie, que l'on rentrait dans la conclusion de l'épisode, et que, hormis quelques détails, j'en connaissais l'essentiel : cela se terminerait par une fessée. Bien sûr, dit ainsi, une fessée, cela semblait banal. Mais, quand c'est une fessée de Maman, et que ce sont ses propres fesses que l'on doit préparer, ce n'est plus "une fessée" simple, banale, c'est sa fessée, c'est "ma" fessée que j'attendais...



Fataliste, je ne l'étais pas souvent, tant j'essayais de jouer la moindre carte jusqu'au bout, mais là, il y avait trop d'évidence, et je ne me faisais plus d'illusion.
Restait à attendre Maman, et comme je n'avais pas la tête à réviser mes leçons, ne pensant qu'à ce qui m'était promis, je me suis assise près de la fenêtre de ma chambre, à regarder dehors, à guetter le retour maternel.

Le grincement de la porte du jardin me sortit de ma torpeur. Mais, à ma grande surprise, c'était bien Diane qui rentrait, mais c'est Tata Jacqueline qui lui tenait la main.

Je descendis lui dire bonjour, m'étonnant que Maman ne soit pas là. Tata m'embrassa et répondit : "Nous nous sommes croisées en ville quand elle sortait de chez le dentiste. Comme elle avait encore deux petites courses à faire, je lui ai proposé de ramener Diane, mais elle n'en a pas pour longtemps. Ne t'inquiète pas, elle arrive..."




Tata remarqua que je faisais la grimace, et elle esquissa un petit sourire contrit, ajoutant : "Enfin, quand je dis : ne t'inquiète pas, ce n'est peut-être pas la bonne expression, car elle semblait assez en colère contre toi... Ma pauvre Christine, il parait que tu t'es encore faite prendre à chahuter en classe. Tu sais pourtant bien que ta Maman n'aime pas du tout ça... J'ai bien essayé de lui dire que ce n'était pas grave, mais je ne l'ai pas convaincue, et j'ai bien peur que se finisse mal pour toi, ma pauvre chérie..."

J'étais au bord des larmes et Tata me serra à nouveau dans ses bras, quelques secondes qui me parurent une éternité réconfortante. Puis, elle me conseilla : "Je serais à ta place, j'irais vérifier mes devoirs, réviser mes leçons, histoire qu'elle n'ait rien d'autre à te reprocher ce soir. De toute manière, elle ne va pas tarder. Elle devait juste aller à l'épicerie, puis passer à la boulangerie".

Je suivis le conseil de Tata, la laissant avec Aline et Diane qui n'avaient rien manqué de la conversation et avaient le regard pétillant des soirs d'explication pour leur soeur ainée...

En regagnant ma chambre, je me mis à broyer du noir. J'eus un grand moment d'angoisse, me mettant à sangloter, ayant du mal à retenir mes larmes, à retrouver le calme. J'avais l'impression que je me retrouvais dans le cauchemar de l'avant-dernière nuit...

Tata Jacqueline était là, et semblait ne pas douter que j'allais recevoir la fessée. Et, oh mon Dieu, ce n'est pas possible : Maman devait, comme le disait ma tante, "passer à la boulangerie" !
Je m'étais retenue de demander "pourquoi" devait-elle "passer à la boulangerie"... Elle aurait sûrement répondu : "Mais, pour chercher du pain", mais une partie de moi craignait qu'elle réponde : "Je crois que c'est pour demander à la boulangère et à sa vendeuse de passer à la maison, ce soir".

Non, je ne pouvais pas y croire, mais aussi incroyable que cela paraisse, j'avais l'impression que mon cauchemar prenait forme. J'en revoyais les images, avec ce dédoublement d'image qui me faisait actrice et spectatrice à la fois... J'étais au milieu du salon, étalée sur les genoux maternels, la lune toute déculottée, devant mes soeurs, ma tante, et attendant que la porte s'ouvre pour laisser entrer Martine et Mme Breton...

 


 Je mis quelques minutes à chasser ces images de ma tête, essayant de trouver une contenance en déballant quelques livres et cahiers pour me donner une contenance et une apparence d'élève studieuse... Mais, les lignes se troublaient devant ma vue, et je n'avais que le retour de Maman en tête...

Quand j'entendis à nouveau la portail, je guettai et vu qu'elle rentrait avec une baguette de pain et un sachet de viennoiserie. Elle était donc bien passée chez Mme Breton, et je ne m'inquiétais même pas de savoir si mes oreilles avaient sifflé, si elle avait évoqué mes exploits et ce qui m'attendait. Même ça, je l'aurais trouvé normal, mais ma seule inquiétude était de savoir si elle avait "invité" Mme Breton...






Ne pouvant tenir en place, je descendis discrètement les escaliers et me postai près de la porte du salon. Aline et Diane étaient en train de faire leurs devoirs sur la table de la salle à manger, alors que Maman et Tata discutaient, assises sur le canapé.

Apparemment, le sujet tournait autour de mon comportement. Tata jouait les avocates en suggérant à Maman d'être compréhensive, en disant que cela pouvait arriver d'être distraite, et que l'essentiel était bien que les notes se soient améliorées depuis l'année dernière.

Maman ne voulait rien entendre et lui montrait le bulletin de colle : "On ne parle pas de distraction, mais bien de chahut. Je ne peux pas laisser passer ça, surtout dans cette année de redoublement. Pas question que Christine se remette à n'en faire qu'à sa tête. Tu sais, je connais assez ma fille pour savoir ce que je dois faire... La seule chose qui marche avec elle, c'est une bonne fessée, un point c'est tout. Et, crois moi, elle n'y coupera pas..."

Tata n'insista pas. Maman lui proposa de rester dîner, mais elle répondit qu'elle avait prévu d'aller au cinéma ce soir-là, et qu'elle préférait ne pas nous déranger, "surtout" en cette soirée où Maman avait "beaucoup à faire".

Entendant ces mots, je remontai en douce dans ma chambre, où Tata vint me dire au revoir quelques minutes plus tard. Elle me confia en deux mots qu'elle avait plaidé ma cause, mais que Maman avait l'air bien décidé à sévir. Elle me quitta, m'ayant embrassée une dernière fois en me glissant à l'oreille : "Allez, courage, ma chérie. Cela te fera peut-être réfléchir avant de chahuter à nouveau. Ta Maman t'aime, tu sais. Mais, c'est aussi son rôle de t'élever comme il faut, même parfois en donnant la fessée aux petites chahuteuses..."

Tata redescendit, échangea quelques mots que je n'entendis pas, avec Maman sur le perron, puis elle rentra chez elle.

Mon avocate était partie, et j'aurais pu m'en inquiéter, sachant combien parfois, tant qu'elle était là, elle ou Mamie, j'arrivais à gagner du temps, mais ce soir-là, le départ de Tata m'apparaissait comme une bonne nouvelle. J'en étais soulagée, avec un poids en moins... Tata pas là, c'était un signe que mon cauchemar n'allait pas se réaliser, pas comme je l'avais vu en tout cas...


A SUIVRE

samedi 24 novembre 2012

Chronique d'un redoublement : 51. Deux nuits hantées de rêves angoissants

SUITE 50

Meux valait en effet m'endormir après un baiser maternel que les fesses écarlates... Et j'ai apprécié particulièrement ce "Bonne nuit, ma chérie. Fais de beaux rêves", doublé d'un gros câlin d'une Maman qui ignorait les "exploits" de sa fille ainée...

J'avais juste une fraction de seconde pensé que j'aurais dû à ce moment précis soulagé ma conscience, et dire à Maman : "Faire de beaux rêves, j'aimerais bien, mais il y a quelque chose qui me chagrine, qui me reste sur le coeur, et que je voudrais bien te confier, à condition que tu ne te fâches pas". Mais, je savais bien que ce n'était pas possible, et je me suis abstenue, contrariée tout de même d'avoir ce problème de conscience...



Et j'ai eu du mal à m'endormir, me tournant et retournant, analysant la situation, sans pouvoir penser à autre chose que le fait que j'étais dans une impasse. Même si la petite voix tentatrice me disait qu'après la fessée d'Aline, ce n'était pas le bon jour pour provoquer un second orage dans la même soirée, et que je devais être contente d'avoir déjà gagné une journée, et qu'il ferait jour demain...

Mais, le "Fais de beaux rêves" de Maman revenait aussi et m'entraina, comme souvent en ce genre de situations, sur le chemin des cauchemars. L'un d'entre eux me fit me réveiller en pleine nuit, et je dus rallumer ma lumière, boire un verre d'eau, avant que ses images ne quittent ma tête...





Je venais de rêver que Maman était assise dans le salon, sur une chaise face au canapé et à la porte du couloir. Sur le canapé étaient assises mes soeurs et Tata Jacqueline, les yeux grand ouverts. Et moi, moi j'étais étendue en travers des genoux maternels, short et culotte baissés jusqu'aux mollets, attendant une fessée imminente...
Magie ou horreur du rêve, j'étais à la fois en position disciplinaire, tout en voyant la scène comme si j'étais juste à côté de Maman. Ce qui me donnait une vue imprenable sur mon propre dos. J'avais l'impression que ma lune était grande et rebondie, sans commune mesure avec les petites pommes d'Aline. Maman m'avait bien équilibrée et sa main droite était posée sur ma mappemonde postérieure comme pour juger de la fraicheur de mon épiderme, comme pour jauger la tâche à accomplir.
J'étais étrangement calme, résignée, ne gigotant pas le moins du monde, comme acceptant dans ce cauchemar ce que je combattrais forcément dans la réalité.
Maman semblait satisfaite, prête à laisser sa main droite entrer en scène, quand la porte du salon s'entrouvrit encore, laissant pénétrer la boulangère et sa vendeuse !
"Asseyez vous donc, Mme Breton, et toi Noémie aussi. Il reste deux chaises à côté de la commode. Vous arrivez juste à temps, je vous attendais pour commencer...", lança Maman en accueillant les visiteuses.
Personne ne semblait surpris de cette arrivée, comme si elle avait été prévue, et je ne protestais même pas, tournant la tête vers les arrivantes avec un petit sourire poli comme si je leur disais bonjour.
Noémie et Mme Breton assises, Maman redressa la position de son dos, re-vérifia que j'étais bien en équilibre, commentant pour son auditoire : "Voilà, on va pouvoir passer aux choses sérieuses. Comme je vous l'avais dit, quand elle n'est pas sage, ma grande fille reçoit de bonnes fessées bien méritées. Et bien sûr, pour que les claques fassent leur effet, je lui baisse sa culotte... Mais, assez parlé, vous n'êtes pas venues pour m'écouter donner un cours théorique. Je vais donc vous montrer ce qu'il en retourne. Comme ça, vous saurez de quoi je parle quand je menace mes filles de m'occuper de leur cas en rentrant à la maison..."
Noémie et Mme Breton acquiesçait : "Faites donc, je vous en prie. Ne faites pas trop attendre cette demoiselle", répliqua la boulangère, avec un petit sourire aux lèvres.
"Alors, puisque tout le monde est bien installé, allons y. Tu es prête, Christine ? Tu te rappelles pourquoi je vais te donner la fessée ?", interrogea Maman, et je m'entendis répondre, dans ce drôle de cauchemars : "Oh, oui Maman, je suis prête à recevoir une bonne fessée pour avoir chahuté en classe et récolté deux heures de colle". Et la main de Maman commençait à tomber, à la fois sur ma lune et sous mes yeux, où je voyais la paume maternelle rebondir et rebondir...

Mon cauchemar s'était arrêté là, je m'étais réveillée en sursaut, en gémissant, la main posée sur mes fesses comme pour me protéger...

Inutile de dire que j'avais passé une mauvaise nuit et que la journée suivante avait été pénible, ayant su dès mon arrivée au collège, que les enveloppes d'avis de colle n'étaient pas parties la veille, mais seraient postées le jour-même.

Si je tenais ma langue, cela me laissait une journée de répit, une journée pour jouer les innocentes, et surtout oublier ce cauchemar affreux et invraisemblable de par sa mise en scène, même si je savais que, concrètement, la fessée qui m'y était donnée n'était pas que de l'imaginaire, mais plutôt de l'anticipation.

Je rentrai le soir à la maison, sans crainte, hormis la possibilité que Maman ait rencontré ma prof, mais c'était peu probable.

La soirée passa sans problème, il est vrai qu'entre les cours de danse des petites, les courses de Maman à ranger, le passage rapide de Tata, je pus aisément jouer les innocentes sans être soupçonnées, sans que Maman ne subodore une entourloupe, même si, depuis la veille, il me semblait qu'elle se posait des questions à propos de ma gentillesse plus démonstrative que d'habitude... Une mère attentive a souvent de bonnes intuitions en la matière...



Cette seconde nuit depuis mon chahut en cours de maths fut un peu moins agitée, et le câlin maternel avait été autant apprécié que la veille, avec ce petit supplément d'une sensation que j'avais à nouveau gagné 24 heures, et que c'était dans ma tête une grande satisfaction.

J'essayai d'évacuer de ma tête le cauchemar de la veille, qui tentait de s'imposer à nouveau. Je me focalisai surtout sur la journée du lendemain, en me disant qu'il valait mieux que je prépare mes arguments puisque ce serait à coup sûr le jour J...

Je pensai donc moins à la boulangère et à sa vendeuse qui avaient peuplé mon cauchemar, et je pensai surtout à cette journée à venir, tentant de trouver comment je pourrais avoir une note géniale qui atténuerait la découverte de ma colle...

Peut-être en maths, essayai-je de me persuader, puisque nous avions à nouveau deux heures de cours le lendemain. J'y songeai toute la nuit, me faisant des films, des rêves moitié éveillés, où je décrochais trois 20 sur 20 dans la même journée.




Je me voyais ensuite, à la fin des cours, attendre l'enseignante de maths à la sortie de la salle des profs, près des casiers, et lui demander d'écrire un mot dans mon cahier de correspondance pour dire à Maman que j'avais eu des résultats exceptionnels. Mais, le rêve retombait dans le cauchemar, et la prof refusait, en me disant que les notes seraient dans le carnet mensuel et qu'il n'y avait pas à en parler avant.
J'insistais en vain, mais la prof n'était pas dupe : "Christine, même des bonnes notes ne rattrapent pas le fait que tu aies chahuté l'autre jour, et tant pis si ta Maman se fâche".
Puis, dans ce nouveau cauchemar, je voyais la prof regarder sa montre et me désigner la sortie : "Allez, Christine, il est temps de rentrer. Il ne faudrait pas que tu sois en retard en plus. Le facteur a dû passer chez toi, et je pense que ta Maman t'attend..." Et, toujours dans ce cauchemar demi-éveillé, la prof en m'accompagnant vers l'escalier de sortie, avait remonté l'arrière de ma jupe, tapotant furtivement à deux reprises le bas de ma lune, en disant avec un air moqueur : "Tiens, voilà deux belles joues qui vont être à la fête ce soir... Rentre donc vite à la maison, ta Maman va bien s'occuper d'elles, c'est sûr..."
Nul ne savait encore, à ce moment de la seconde nuit, qu'un bulletin de colle au courrier allait me valoir de sérieux ennuis, mais en deux nuits de cauchemar, je m'étais donc déjà vue déculottée devant famille et boulangerie réunis, et j'avais même imaginé ma prof parfaitement au courant...

Autant d'angoisses qui n'auraient pas eu lieu si j'avais avoué d'entrée, mais la sensation d'être encore les fesses blanches demeurait une sorte de consolation, voire de fierté dans ma tête de linotte...


Le matin du jour J, je me fis une fois encore transparente, gentille et serviable, pour éviter tout reproche. Lors de la récréation, je révisai mes leçons, ce que je ne faisais jamais, dans l'espoir d'une note miraculeuse. Et, à midi, en rentrant déjeuner, j'étais bien contente que le facteur ne soit pas encore passé jusque dans notre rue... Cette dernière était au milieu de sa tournée, et selon ce qu'il avait à distribuer, il passait juste avant ou peu après sa pause déjeuner. Mais, apparemment, là il n'était donc pas encore passé, ce qui était moins rassurant que s'il était passé sans rien apporter venant du collège...
Jouant encore les ainées modèles durant le déjeuner en famille, je repartis au collège, où j'appris par Martine, une camarade qui avait été collée en anglais, que l'enveloppe était arrivée chez elle, dans un quartier voisin du nôtre, à midi. Voilà qui ne faisait plus de doute : le facteur avait bien les enveloppes à distribuer, et ce serait chose faite dans notre rue aussi, comme souvent en début d'après-midi...



Cela me mit un sale coup au moral, et j'en perdis même une part de mon envie de décrocher la note miracle qui serait un bouclier ou du moins un atténuateur de fessée...
Je quittai le collège à la fin des cours, la mine défaite, la tête basse, en pensant que, cette fois, je cheminais vers mon destin, que ce qui m'angoissait depuis deux jours et deux nuits, allait sans nul doute trouver son épilogue et que, comme mon second cauchemar le faisait dire à la prof de maths, j'étais en train de ramener à la maison "deux belles joues" encore blanches, dont Maman allait sérieusement "s'occuper"...


En arrivant à la maison, Aline était dans le jardin, comme si elle m'attendait, les bras croisés, et avec un petit sourire en coin qui ressemblait à celui que j'avais imaginé sur les visages de Mme Breton et de sa vendeuse dans mon premier cauchemar...
"Maman est partie accompagner Diane chez le dentiste. Ton goûter est sur la table de la cuisine. Elle a dit que tu devrais faire tes devoirs en attendant qu'elle rentre. En tout cas, elle avait l'air en colère...", se fit un plaisir de me rapporter ma chère petite soeur, qui avait l'air aux anges.
"Elle t'a dit pourquoi ?", m'inquiétai-je, espérant qu'Aline n'en sache pas plus. Ce n'était pas le cas, hélas. Et sur un air moqueur qu'elle pouvait d'autant plus afficher que maman n'était pas là, Aline rétorqua : "Il y a une lettre du collège sur la table, à côté de ton goûter. Maman a dit que tu avais encore fait le clown en classe et que tu allais voir ce qui arrive aux chahuteuses..."
Je haussai les épaules et jouai les incrédules, tentant de cacher la trouille qui me faisait comme une boule dans le ventre. Je me hasardai à faire croire que j'étais confiante : "Pfff, c'est même pas vrai, parce que moi, je vais lui expliquer à Maman ce qui s'est passé et elle comprendra, tu verras. Et tu peux bien te moquer alors que, toi, il y a deux jours, tu as eu une bonne fessée. Moi, je vais te dire, c'est pas encore fait..."
J'ai tourné les talons pour rentrer prendre mon goûter et surtout voir la fameuse enveloppe, qui était bien là, sur la table de la cuisine. Aline était rentrée derrière moi, certainement pour voir ma tête. 
Le bulletin de colle avait été sorti de l'enveloppe et était étalé sur la table. Le motif était bien celui que j'avais vu la prof écrire :  "Bavarde au lieu de suivre le cours, et chahute derrière le dos de son professeur". J'eus plus de mal à afficher un visage ne trahissant pas mon angoisse, et je sentais que les larmes étaient prêtes à me monter aux yeux...
"Tu as vu ? Tu as vu ?" , demandait, insistante, Aline. Je rétorquai juste d'un "Pfff, c'est rien, je te dis..."
Mais quand Aline dit d'une petite voix presque rieuse : "C'est rien, c'est rien, c'est pas ce que disait Maman tout à l'heure. Je peux te dire qu'elle avait l'air fâché, et qu'elle a ajouté : j'en connais une qui peut préparer ses fesses..."
Je ne dis plus rien, et je finis mon verre de lait, avant de quitter la cuisine en prenant ma part de gâteau pour aller la finir dans ma chambre. J'aurais eu envie de gifler ma soeur, mais sachant qu'elle se plaindrait, et que ce n'était pas le moment de compliquer ma situation, je grimpai les escaliers, en entendant derrière moi la petite voix d'Aline, qui répétait en se retenant de pouffer : "Moi aussi, je sais qui c'est qui peut préparer ses fesses, c'est Christine, c'est Christine, et c'est bien fait pour elle, na, na ,na !"
J'avais, hélas, compris moi aussi que s'il y avait une lune en danger ce soir là, c'était bien la mienne...

A SUIVRE

dimanche 11 novembre 2012

Chronique d'un redoublement : 50. Quand les genoux maternels me font reculer...

SUITE 49


Maman avait achevé la fessée d'Aline par une dernière salve de claques très sonores qui avaient arraché de vrais cris à ma soeurette, toujours encline à forcer le volume sonore, mais qui, à ce moment de la tannée, n'étaient plus feints du tout.

Je reconnaissais, même jusque-là, la "patte" maternelle, sa façon de faire, ponctuée par un final tonique comme pour l'achever sur une bonne "impression", comme pour répéter une dernière fois son message, et faire comprendre qu'elle ne plaisantait pas et que l'on avait intérêt à se souvenir de sa fessée, si l'on ne voulait pas se retrouver en si fâcheuse position...


Aline s'en souviendrait certainement la prochaine fois qu'elle aurait la tentation de se montrer à nouveau dissipée en cours, et elle allait sûrement se tenir à carreau avec son institutrice, pour éviter d'autres confidences de cette dernière se plaignant à Maman.

Et l'appréciation sur la conduite d'Aline, dans le prochain bulletin, serait certainement du style : "En progrès, Aline se montre plus attentive". Une de ces formules classiques, mais qui ne manquerait pas de contenter Maman, et de lui faire songer que la fessée avait fait son effet, voire se demander si elle n'aurait pas dû sévir un peu plus tôt...

Ce que Maman ignorait, c'est que la fessée d'Aline allait rester gravée aussi dans la mémoire de son ainée...

En quittant la chambre des petites, Maman avait vérifié que j'étais bien en train de faire mes devoirs. En tout cas, j'avais prudemment ouvert un cahier et un livre devant moi, même si mon attention était moins dans la révision de mes leçons que dans l'écoute de ce qui se passait à côté.

Maman m'avertit qu'elle regarderait mon travail après le dîner, mais je savais qu'elle n'aurait rien à redire, car je ne voulais surtout pas lui donner de nouveaux griefs contre moi, et puis, signe encore de l'efficacité des méthodes maternelles, quelle que soit la punie, un soir de fessée, il était bien rare que les deux autres ne fassent pas l'impossible pour apparaitre d'une sagesse exemplaire.

Face à une mère qui avait jugé mon 13 sur 20 comme à peine suffisant pour une redoublante, et sans autre joker à jouer pour faire passer la pilule des deux heures de colle, je savais que mieux valait faire profil bas, et attendre le moment idéal, en commençant à être persuadée qu'il n'y en aurait pas...

En tout cas, même si j'avais eu encore un soupçon d'espoir, la fessée d'Aline avait "refroidi" mes ardeurs de sincérité, et "réchauffé" une imagination qui me voyait déjà déculottée et rougissante du bas du dos...

Si encore, Maman avait, comme souvent pour moi, agi au moment du coucher, j'aurais pu tenter de m'endormir quitte à cauchemarder en me repassant images et sons de la séquence d'Aline. Mais, il y avait le diner à venir, les devoirs à montrer, les douches à prendre, les rituels du coucher, tout cela avant de pouvoir se consoler en se disant que l'on a au moins gagné quelques heures avant ce qu'il fallait bien appeler l'inéluctable...

La soirée, comme il fallait s'y attendre, remit plusieurs fois la fessée d'Aline sur le tapis. Ma soeur était restée sur son lit, pleurnichant en continu, cachant ses larmes dans ses mains, et n'ayant plus la moindre envie de croiser nos regards.



Quand Maman l'appela pour diner, elle dût s'y reprendre à deux fois, mais la petite phrase qui fit bouger ma soeur ne laissait guère le choix de continuer à faire sa mauvaise tête : "Aline, je ne vais pas le répéter une troisième fois... Descends tout de suite, si tu ne veux pas que je remonte m'occuper de tes fesses..."

Diane, de son côté, se montrait obéïssante à l'excès, anticipant les demandes maternelles, cherchant les compliments, bref "fayotant" pour se faire passer pour le petit ange de la famille.



Maman n'était pas dupe, mais cela l'arrangeait tout de même qu'au moins une des trois soit tranquille. Diane ne manquait pas de relancer Maman sur ce qui s'était passé, et cette dernière, une fois que nous fûmes à table, réexpliqua la raison de ce qui l'avait fâchée : "Je veux bien comprendre parfois que vous n'ayez pas que des bonnes notes. Mais, à condition que vous ayez travaillé. Je ne supporte pas que l'on ne soit pas attentive en classe. Il y a un temps pour jouer, un pour travailler. Et, quand on confond les deux, Maman est là pour vous rappeler à l'ordre. Et rien de telle qu'une bonne fessée pour calmer les élèves dissipées, n'est-ce pas Aline ? J'espère que c'est bien compris..."

Ma soeur a piqué du nez dans son assiette, rougissant en grommelant un petit "Oui, Maman, snif, snif !" sur un ton plaintif. Ce sur quoi, Maman rajouta : "Et ce que je dis pour Aline est, bien sûr, vrai pour toutes les trois, vous vous en doutez bien, Christine et Diane... Il y a des sujets avec lesquels je ne transige pas, et vous le savez bien..."

Même si elle ne l'avait pas précisé, nous l'avions bien compris. Surtout moi, évidemment... Et ces paroles ne faisaient que confirmer mon angoisse. Je n'en étais même plus à me demander comment j'y échapperais, mais plutôt à me tirailler entre une (vague) idée qu'avouer tout de suite serait moins pire, et au moins me débarrasserait de cette peur, et une musique plus insistante encore qui conseillait de gagner du temps, mais les deux petites voix qui se faisaient écho dans ma tête avaient bien conscience qu'avec un tel raisonnement maternel, la chahuteuse collée n'avait qu'à préparer ses fesses...

Aline venait d'être punie pour avoir été "dissipée" en classe. Une grande soeur, qui plus est récidiviste en la matière, ne pouvait s'attendre à moins pour avoir "bavardé" et "chahuté" dans le dos de son professeur.
  
Et je n'avais même plus ma plutôt bonne note pour faire diversion face à une mère dont le raisonnement semblait sans faille. En tout cas, je ne me voyais pas le courage d'en parler au cours de cette soirée, sachant qu'après avoir dit et redit devant ses trois filles qu'elle ne tolérerait jamais que l'on soit indisciplinée en cours, Maman ne se déjugerait pas et aurait même eu tendance à théatraliser le second acte de sa démonstration...

Mieux valait, à mon sens, bien sûr, ne rien dire et attendre l'arrivée du bulletin de colle, vraisemblablement au courrier du surlendemain. Un instant, j'avais pensé que je pourrais avouer le lendemain, faire croire que cela venait de m'arriver, mais comme il n'y avait pas de maths le jour en question, cela n'aurait pas dupé Maman.

J'avais donc deux jours devant moi, voire trois, si par chance il y avait du retard dans le courrier, mais en même temps je n'arrivais pas à m'ôter de l'esprit que la cause était entendue, et que je ne m'en sortirais pas sans une nouvelle fessée...
 


Et comment ne plus y penser, quand les mots de Maman tournent en boucle dans votre tête ? Il allait en plus falloir donner le change, cacher mon trouble, ne pas risquer que Maman se doute de quelque chose, elle qui, si souvent, savait comme lire dans mes pensées...

Après le dîner, c'était à moi de prendre ma douche, pendant que Maman mettait les petites au lit, et vérifiait devoirs et cartables.

Je prolongeai un peu mon passage dans la salle de bain, histoire de bien me composer un visage d'innocente, voire d'enfant sage.

En revenant dans ma chambre, Maman avait déjà couché les petites, qui filaient droit en ce soir de fessée d'Aline, et elle m'attendait dans ma chambre, assise et occupée à regarder mon manuel d'histoire. Elle avait les jambes croisées, le genou dégagé par la jupe qui avait glissé légèrement, et l'image me fit sursauter. Elle se grava dans ma tête, comme si elle symbolisait ma prochaine destination... J'en pâlis...

"Il y a quelque chose qui ne va pas, Christine", demanda Maman en me voyant figée devant elle. Je marquai un temps avant de répondre, prétextant que mon pyjama me grattait au niveau du cou, et je me mis à me frotter pour que mon trouble ne soit pas démasqué.

Maman voulait me faire réciter ma leçon d'histoire. Je la savais par coeur, et j'eus même droit à des compliments : "Tu vois, que quand tu veux, ça va bien", commenta-t-elle. 

Toujours bloquée devant ses genoux, j'avais presque envie de dire : "Mais, Maman, tu sais, j'ai chahuté et la prof de maths m'a donné deux heures de colle".
Quelque part en moi, c'était près de sortir, en pensant secrètement : "C'est trop dur de devoir mentir deux jours, en sachant ce qui m'arriverait de toute façon".
Mais, ces genoux maternels m'impressionnaient trop. Et je me voyais déjà en position... "Non, non, je ne veux pas. Pas la fessée, pas ce soir. Non, je préfère un autre jour, non, je préfère attendre..." La voix tentatrice était la plus forte...


Maman venait de me faire un compliment. Elle allait me souhaiter bonne nuit avec chaleur et tendresse. Je n'allais quand même pas me priver de cela pour me jeter dans la gueule du loup, ou plutôt avouer, ce qui revenait à me jeter en travers de ses genoux, à sentir ma culotte descendre pour dévoiler une lune qu'elle aurait assurément transformé en brasier, en m'administrant une fessée à côté de laquelle, celle d'Aline n'eut été qu'un vague brouillon...

Quitte à en cauchemarder encore un jour ou deux, mieux valait m'endormir après un baiser maternel que les fesses écarlates...

A SUIVRE

samedi 27 octobre 2012

Chronique d'un redoublement : 49. Quand la fessée d'Aline ressemble à une répétition...

SUITE 48

Durant les jours qui suivirent cette fessée déclenchée par mon coup de pied donné en douce à Diane, et par l'intervention de la jeune vendeuse de la boulangerie, paradoxalement, c'est vrai que je me sentais plus libre au collège.
A la maison, ma mésaventure restait dans les mémoires. Quelques gifles étaient bien tombées pour de petits griefs reprochés à mes soeurs, mais la dernière référence en matière de "bonne fessée" demeurait celle que j'avais reçue...
Et, comme le fait d'avoir plus ou moins "maltraité" soeurette avait été un élément déclenchant, les petites en profitaient pour se plaindre dès que j'étais dans leurs parages, m'amenant à m'isoler dans ma chambre.
Même le chemin du collège au quotidien qui me faisait repasser devant la boulangerie, continuait à me faire ruminer de mauvais souvenirs.

Quelques notes plutôt correctes obtenues les jours suivants contribuaient à me faire me sentir à l'aise. Maman aurait toujours voulu mieux en raison de mon redoublement, mais du moins ces notes au dessus de la moyennene me valaient-elles pas d'engueulades maison.

Le souci, c'est qu'une Christine qui prend confiance est une Christine qui relâche son attention, qui se croit au dessus des consignes élémentaires de discipline. Ainsi, un peu plus de deux semaines après l'épisode de la boulangerie, contente d'un 13 sur 20 à une interro de maths, j'ai passé une bonne partie du cours à chuchoter avec ma voisine, à tenter d'amuser la galerie quand la prof était au tableau, puis à rêvasser, le regard vers la fenêtre au lieu de suivre une leçon, dont il est vrai, à mon corps défendant, que je l'avais déjà bien acquise l'année précédente. 

Mais ce genre d'attitude est du genre à énerver une prof, surtout si l'élève semble ne pas prendre au sérieux ses deux premières remarques sans frais.

"Christine, puisque vous aimez tant parler derrière mon dos, vous viendrez le faire pendant deux heures de colle !". La sentence tomba de la bouche de la prof de maths avec un ton très pince sans rire qui provoqua l'hilarité générale. La seule à faire la grimace était moi, et je tombai de haut, comprenant que cela allait m'attirer assurément de gros ennuis à la maison...


Je tentai, à la fin du cours, de demander à la prof de revenir sur sa décision, mais elle était déjà en train de remplir le bulletin de colle que le secrétariat du collège enverrait à la maison par la poste.
"Ecoutez, Christine, ce n'est pas la première fois que je vous demande de ne pas déranger le cours. Ca suffit, et je pense que ces deux heures de colle vous feront réfléchir...", conclut la prof suite à ma requête suppliante.
Non seulement, elle confirmait ces heures de colle, mais je la vis remplir la case motif du bulletin de colle ainsi : "Bavarde au lieu de suivre le cours, et chahute derrière le dos de son professeur". Voilà quelques mots qui n'allaient certainement pas manqué de faire réagir Maman, j'en avais bien conscience...

En tout cas, cette annonce mit un terme à ce sentiment de liberté que je ressentais en classe depuis quelques jours. C'était une tuile qui me tombait sur la tête, et mes angoisses franchissaient à nouveau le mur du collège, la peur de la fessée me rattrapait jusque-là !

J'étais sonnée, mentalement groggy, et j'eus du mal à cacher mon trouble durant les deux heures suivantes de cours.


Sur le chemin de la maison, une petite voix raisonnable me suggérait dans la tête de parler à Maman le soir-même. Il y avait ces heures de colle qui la fâcheraient, mais aussi ce 13 sur 20 dans la même matière qui pouvait, peut-être, inciter Maman à la clémence...

Mais, je connaissais la détermination maternelle et, à mesure que je me rapprochais de la maison, je me sentais moins confiante en cette tentative d'amadouer ma chère mère...

Le passage devant la boulangerie raviva mes souvenirs cuisants... Bien sûr pour l'instant, Maman n'était pas au courant, n'avait donc rien annoncé, et boulangère et vendeuse ne pouvaient se douter de rien, mais je savais que le chemin qui me restait à faire vers la maison était le même que quinze à vingt jours plus tôt et, que ce soit ce soir ou lors de l'arrivée du bulletin de colle par la Poste, j'avais bien conscience qu'il y avait de fortes probabilités pour que ce chemin soit celui qui allait m'amener sur les genoux maternels...

Ne rien dire, c'était faire passer mes chances d'échapper à la fessée de très peu à zéro, me rappelait pourtant la voix de la raison. Mais, ne rien dire, c'était aussi gagner du temps, passer une soirée calme, et ne pas se coucher la lune écarlate, répondait la voix d'une certaine prudence. D'autant qu'il peut arriver qu'une enveloppe se perde, que le téléphone soit en panne et que Maman ne rencontre personne... Certains gagnent bien au loto, non ?

J'arrivai à la maison deux minutes avant que Maman ne rentre avec mes soeurs qu'elle était allée chercher à l'école. Cela m'avait laissé le temps de poser mon cartable, de sortir mes devoirs, et la copie de maths, dont le 13 sur 20 était assorti d'un commentaire : "Notions bien assimilées, un résultat encourageant".

La petite voix de la raison reprit le dessus. Je me dis qu'il n'y avait plus à tergiverser, et je descendis les escaliers, la copie à la main, décidée à "vendre" le paquet "bonne note plus colle" avec demande de clémence et mille promesses de ne plus recommencer à la clé. Pour une fois, je prenais le risque, sachant bien que c'était maintenant ou jamais... Je me connaissais et savais que si je commençais à jouer la montre, j'aurais tendance à aller jusqu'au bout, jusqu'au moment où je serais devant le fait accompli...


J'y allais donc. Pour une fois. Pas rassurée, les jambes en compote, mais j'y allais quand, pénétrant dans la cuisine, je me retrouvai face à Maman qui sermonnait Aline...


Elle haussait le ton : "Elève dissipée, élève dissipée, ce n'est pas moi qui le dit Aline, c'est ton institutrice. Je veux bien pardonner quelques notes décevantes, si je vois que tu travailles consciencieusement, mais pas question de tolérer que tu ne sois pas attentive en classe. J'en ai assez, Aline ! Ca ne va pas se passer comme ça, tu sais".

Ma soeur baissait la tête, en pleurnichant. Maman avait, sans nul doute, croisé la maitresse d'Aline à la sortie de l'école et les nouvelles semblaient ne pas avoir été flatteuses pour ma soeur, déjà souvent à la peine au plan de l'apprentissage, et pour laquelle (comme pour toutes ses filles d'ailleurs) les manques en matière de discipline étaient jugés d'autant plus impardonnables par Maman.

Débarquant à ce moment devant elles, je commençai à douter que ce soit le moment opportun, mais j'étais à deux pas de Maman, avec ma copie à la main. "Que veux-tu, Christine ? Tu vois bien que je discute avec Aline. J'espère que tu n'as pas de mauvaises nouvelles à m'annoncer... Quand je te vois avec cet air-là, je me méfie...", me lança Maman, en s'avançant pour prendre ma copie que j'avais remise derrière mon dos, comprenant que mieux valait peut-être attendre un moment plus opportun...

Je répondis, par réflexe : "Non, non, rien de grave, Maman. Promis. Je, euh, je voulais te montrer mon interro de maths, et, euh..." Maman avait déjà la copie en main avant que je ne poursuive la phrase.

"Treize sur 20, oui, c'est bien. Mais il n'y a pas de quoi pavoiser. Pour une redoublante, dans une matière qui te réussissait plutôt l'an passé, tu devrais être parmi les meilleures, tu sais, ma grande. Bon, enfin, je préfère ça qu'un mauvaise note. J'ai assez à faire avec ta soeur aujourd'hui...", commenta Maman, d'une manière qui venait de ruiner mon espoir que ce 13 sur 20 serve à l'amadouer. Il n'en était rien  et cela n'était pas de bon augure pour mes fesses, mais pas du tout...

Je dûs me résoudre à faire demi-tour, et à remonter dans ma chambre, alors que Maman poursuivait sa "discussion" avec Aline qui, en fait, ne disait pour sa part pas grand chose, hormis quelques dénégations assorties de promesses d'être sage, histoire de ne pas énerver davantage Maman.

Je tendais l'oreille depuis le palier pour ne rien perdre de la conversation. Diane, elle, s'était mise à lire assise sur le canapé du salon, d'où elle devait aussi écouter ce qui se passait.

La cause était entendue : cela allait barder pour Aline. Maman lui demanda d'arrêter de chouiner : "Je vais te donner une bonne raison de pleurnicher. Allez, file dans ta chambre. Je range les courses et je vais venir t'apprendre ce qui arrive aux écolières dissipées..."


Aline ravala deux gros sanglots et gagna l'escalier. Je me reculai dans ma chambre, sans fermer la porte et je vis passer ma soeur, le visage défait, tête basse, dans une attitude qui devait bigrement ressembler à la mienne, le soir de l'épisode de la boulangerie. Juste avant que je sache que je serais collée, j'aurais vécu ce passage d'Aline avec un petit sentiment de revanche, une compassion amusée, et la satisfaction que ce soit son tour. Mais, dans ma situation de chahuteuse punie dont la mère n'est pas encore au courant, je ne pouvais m'empêcher de penser que la prochaine qui serait en mauvaise position, ce serait assurément moi...

Maman avait ramené un cabas de courses faites avant d'aller chercher les petites, et des bruits de placard et de réfrigérateur témoignaient du fait qu'elle devait les ranger.

Diane la curieuse rejoint Maman en prétextant une petite soif. Maman lui servit une orangeade, confirmant à sa benjamine que la cadette de ses filles allait "recevoir ce qu'elle méritait".

Maman remplit à nouveau le verre de Diane, avant de remettre la cruche dans le frigo, et de laisser ma soeur boire en disant : "Tu ferais bien de réviser ta récitation pendant que tu es tranquille. Je regarderai tes devoirs tout à l'heure. En attendant, je vais aller régler mes comptes avec Aline..."

Aline se morfondait assise sur son lit, ayant du mal à sécher ses larmes, et sursautant en entendant Maman monter...




Ce n'est pas vers moi que Maman montait, mais j'étais toute ouïe, tremblant presque à ce pas qui se rapprochait. Je me mettais à la place de ma soeur et j'en avais le coeur qui accélérait... le bas du dos qui frissonnait...

Maman n'avait pas laissé mijoter Aline comme elle le faisait avec moi, mais chacune de ces courtes minutes m'avaient rappelé la situation semblable, mêlant le souvenir de la dernière fessée reçue, à une peur déjà de la fessée prochaine...

Maman n'avait pas refermé la porte de la chambre des petites derrière elle, et j'étais, sans avoir une vue directe pour autant, aux premières loges auditives de ce qui se passait. Tout comme mes soeurs l'avaient été (et le seraient sûrement bientôt).

Les supplications vaines de ma soeur, l'ultime et court sermon maternel qui justifiait la fessée à venir par la gravité, de l'avis maternel, qu'il y a à ne pas écouter les cours, à perturber la classe, autant de griefs qui renvoyaient à ce qui allait être les motivations de mon prochain bulletin de colle, je ne manquais rien de la "discussion". Puis, il y eut les bruits de mise en position, de semi-résistance, de menaces qui font céder la punie, et, même si ce ne fut sûrement qu'une illusion, j'eus l'impression que j'entendais la culotte glisser et dévoiler deux fesses blanches...
Les images me venaient, presque comme si j'avais été témoin direct de la scène à côté de Maman.


Aline criait déjà avant que la première claque ne tombe, là où moi, sauf à être certaine que personne n'entendrait, je serrais les dents et tentais d'étouffer mes cris le plus longtemps possible.

Le "cinéma" d'Aline n'impressionnait pas Maman qui s'employa à donner à sa dissipée de cadette une "bonne fessée". J'imagine bien que la "dose" pour sa petite lune d'encore gamine, était moins longue, moins forte, moins savamment appliquée que ce la pré-adolescente à la peau plus aguerrie et à la mappemonde plus généreuse pouvait recevoir, mais vu, ou plutôt entendu, d'une oreille attentive qui pense très fort que son tour viendra, j'avoue que cette fessée marquait mon esprit, et que j'en aurais presque compté chaque claque en imaginant qu'elles me seraient bientôt destinées, et avec une tout autre énergie assurément...

Autant parfois, j'avais été témoin auditif, voire visuel, d'une fessée de mes soeurs, en le vivant comme un petit rééquilibrage, et une chose anecdotique et normale puisque c'était une gamine qui se faisait punir comme une gamine, autant là, la fessée d'Aline me semblait copieuse, presque impressionnante, du fait qu'elle prenait dans mon esprit l'image d'une anticipation. Chaque claque qui rebondissait sur la lune d'Aline s'imprimait en moi, comme si j'apprenais mon prochain rôle. Comme si j'assistais à la répétition de la pièce dont je serais la vedette. Aline devenait comme une doublure, on testait la qualité du son, on répétait une partie d'un dialogue qui serait plus long le jour J, on imaginait les positions des uns et des autres, à la manière d'un simple échauffement.

Quand Maman aurait le bulletin de colle en main, ce serait une autre histoire... Ce serait alors les vrais acteurs, avec les vrais costumes, le vrai public, et la version intégrale du prochain épisode de "Christine a mérité une bonne fessée" !



A entendre le bruit mat des la paume maternelle sur les fesses de ma soeur, je comprenais que dans cette pièce, l'autre actrice principale, à savoir Maman, elle savait déjà parfaitement son rôle, et qu'elle le jouerait comme toujours de façon magistrale, alors qu'à l'audition de cette simple répétition, le trac me prenait les tripes, en comprenant combien mon rôle à moi serait encore plus difficile à tenir, même si en la matière, j'avais nombre de "représentations" à mon actif...

J'aurais voulu prendre le rôle du metteur en scène de nos vies, entrer sur le plateau, féliciter Maman et Aline, et dire : "La scène suivante devait être jouée par Christine, mais comme Aline a bien tenu son rôle, ce sera encore elle qui jouera la prochaine fois".

Hélas, je ne suis pas metteur en scène, et ne peut changer le cours du destin. Les remarques agacées d'une institutrice venaient de valoir une déculottée de gamine à une écolière. Le bulletin de colle dénonçant l'indiscipline d'une collégienne, qui plus est récidiviste en la matière, demandait un traitement plus conséquent qu'une fessée de fillette. Le discours maternel, sa détermination, son raisonnement sans faille, et l'efficacité de sa dextre claquante, imposaient que je tienne prochainement mon rôle, pleinement !



Rien que d'y penser, j'en regrettais amèrement mon attitude en cours, et j'en frissonnais d'angoisse...

A SUIVRE

mercredi 17 octobre 2012

Chronique d'un redoublement : 48. De la difficulté de revenir sur les lieux du flagrant délit...

SUITE 47

J'avais finalement dormi plutôt bien, "calmée", il est vrai par une fessée maison appliquée dans tous les sens du terme par une mère voulant faire passer son message de la manière qu'elle savait la plus efficace à mon encontre...
Une ou deux fois dans la nuit, je m'étais réveillée avec des images cauchemardesques dans la tête, sur fond de fessée et autres peurs qui devaient hanter mes rêves, révélant mes angoisses.
Mais, la raison l'avait emporté à chaque fois et je m'étais rendormie, en prenant conscience que je pouvais oublier mes peurs, du moins cette nuit, puisque la fessée, je ne l'attendais plus, puisque je venais de la recevoir... Et je n'avais qu'à passer ma main sous les draps derrière mon dos pour en discerner encore la chaleur et la sensibilité d'un épiderme copieusement tanné de main d'experte...



Au matin, j'ai fait profil bas à nouveau. Si j'avais pu me faire invisible, ne pas croiser de regards, être oubliée quelque temps, cela n'aurait pas été pour me déplaire.... Loin de là !

Au lieu de cela, évidemment, les regards de mes soeurs se faisaient insistants, et elles avaient tendance à me coller aux basques, à rester à portée de vue ou d'oreilles, elles qui, souvent le matin, étaient plutôt du genre indépendantes, à ne pas vouloir la grande soeur dans les parages.

Maman, pour sa part, n'avait presque rien dit en nous faisant lever comme d'habitude. Elle m'avait sorti des affaires propres, dont un gilet que je rechignais souvent à mettre. J'avais esquissé un : "Maman, je préfère le vert", mais je n'avais pas insisté, lorsqu'elle avait rétorqué : "Tttt, ttttit, tu mets ce que je te demande de mettre, Christine. On ne discute pas. Je croyais te l'avoir expliqué à ma manière, hier soir..."

Inutile de dire que fifille, toute grande qu'elle voulait être, n'a pas rajouté le moindre mot, et s'est habillée comme Maman souhaitait...

Après un petit-déjeuner en famille, où les regards continuaient à converger vers moi, et où je cherchais à faire bonne figure, comme si de rien n'était, même si je ne pus m'empêcher de rougir quand Maman remarqua à haute voix que j'étais bien "calme", ce matin, je suis partie au collège comme si j'allais au cinéma. Comme si c'était le moyen d'échapper à ce climat familial pour trouver un contexte moins stressant. Ma fessée n'avait cette fois rien à voir avec les motifs scolaires, et je ne craignais pas qu'il y soit fait allusion...
Là, au moins, à l'abri des petites soeurs, je retrouvais ma condition de grande, et j'en oubliais la déculottée de la veille, me montrant assez enjouée, voire limite chahuteuse, m'attirant deux fois dans la journée des rappels à l'ordre qui me firent redescendre sur terre. Je pris conscience qu'il valait mieux être moins exubérante, car ce n'était pas le moment de récolter deux heures de colle, dont le résultat m'aurait vite faite passer de "venant d'être fessée" à "allant en recevoir une autre" à coup sûr.

Par chance et, le souvenir de la tannée de la veille faisant de l'effet, je réussis à passer cette journée sans encombre.

De retour à la maison, où cela semblait aller mal pour Aline en peine avec ses devoirs, Maman me demanda de ne pas quitter mon manteau et d'aller rechercher une baguette et un kilo de farine à la boulangerie.

Ce genre de tâche me plaisait souvent, me mettant en position de grande à qui l'on peut confier une mission. "Je n'ai pas de monnaie, Christine. Tu feras noter par Mme Breton", avait ajouté Maman, ce qui se faisait souvent. Mais, là, ce petit détail me fit faire la grimace.

Maman n'en vit rien, mais cela m'obligeait à aller à la boulangerie de la rue Pasteur, celle-là même où nous étions allées en famille la veille...

Si je n'avais pas eu cette consigne, j'aurais certainement poussé cent mètres plus loin à la boulangerie proche de la Poste, pour éviter de me retrouver face à la vendeuse à l'origine de ma déconvenue postérieure...





N'ayant pas le choix, je me rendis à la fameuse boulangerie, passant devant par deux fois en scrutant à l'intérieur, avant de me décider à pénétrer. Il semblait que ce soit la patronne qui était derrière le comptoir, et cela me rassura, même si je n'étais pas fière de retrouver ce lieu attaché à un bien mauvais souvenir...

"Bonjour Christine, tu es toute seule aujourd'hui ? Tu n'as personne à embêter alors ?", me lança la boulangère, ce qui me laissa sans voix. Je comprenais qu'elle avait eu connaissance de la scène, alors qu'elle n'était pas dans le magasin la veille, lors de notre passage.

J'entendis un petit rire à ma droite et découvris la vendeuse, qui était assise sur un tabouret et devais faire une petite pause. Je rougis en la voyant, et tentai de couper court à cette entame de conversation en demandant "une baguette pas trop cuite et un paquet de farine, s'il vous plait".




Mme Breton posa la baguette sur le comptoir en disant : "Ne fais pas cette tête étonnée. Martine m'a raconté ta mésaventure d'hier, quand tu embêtais ta soeur derrière le dos de ta Maman. J'espère que le retour à la maison n'a pas été trop difficile, ma pauvre Christine".

Je rétorquai un "Non, euh, noooon, il ne s'est rien passé", qui sonnait faux. Martine, la vendeuse, se remit à rire : "Tu es sûre ? Je demanderai à ta Maman, la prochaine fois. J'avais quand même bien l'impression qu'elle t'avait promis la fessée, non ?"

C'est Mme Breton qui vint à ma rescousse : "Allez, arrête donc de la taquiner, Martine. Si Christine a reçu la fessée, cela ne regarde qu'elle et sa Maman. Christine ne va pas le crier sur les toits. C'est déjà assez pénible d'être punie. De toute manière, je connais assez Mme Spaak pour savoir qu'elle tient ses promesses, et tu vois bien que Christine est gênée, ce qui veut tout dire..."

Je pris baguette et paquet de farine, après avoir demandé que ce soit noté sur notre compte, et je suis sortie de la boulangerie encore rougissante, sous le regard amusé de la patronne, et surtout de la vendeuse qui semblait ravie de m'avoir taquinée ainsi...

Trois jours plus tard, quand Maman me demanda de venir avec elle à la boulangerie, je prétextai un devoir à finir pour la laisser aller seule. Elle allait aussi payer sa note et j'imaginais que mon cas serait sûrement évoqué, et qu'elle ne manquerait pas, en "réglant ses comptes" de pain de dire qu'elle les avaient en effet bien réglé avec moi l'autre soir...

Je ne voulais pas être présente à ce moment-là, histoire de ne pas voir la patronne, ni surtout sa vendeuse, sourire sûrement en ayant confirmation que Maman m'avait bien donné la fessée le soir en question, voire ajouter que j'avais pris une "déculottée" maison...

Ce n'est d'ailleurs que quelques mois plus tard, lorsque l'apprentie vendeuse ayant eu son examen a changé d'employeur, que je n'ai plus eu d'appréhension en allant cherche le pain. La moqueuse n'était plus là et je pouvais respirer, d'autant qu'avec le temps, comme d'habitude, et même s'il y avait eu d'autres fessées reçues entre temps, j'avais en tête cette Martine que j'associais pleinement à ce qui m'était arrivée. J'en avais vite oublié mon manque de vigilance quand je surveillais ma soeur, j'en avais oublié le coup mis à soeurette dans le dos de Maman, j'en avais oublié mon réflexe de nier et mentir sur le champ, ainsi que les avertissements des jours précédents, bref j'avais occulté dans ma tête tous les motifs fort valables d'être punie, pour ne me souvenir que de la "dénonciation" de la vendeuse à Maman. 
Comme bien souvent, selon les méthodes de raisonnement made in Christine, je m'en voulais d'avoir été prise plus que d'avoir donné ce coup de pied, et je mettais Noémie la vendeuse comme unique responsable de ma déculottée...

A SUIVRE