SUITE 20
Deux semaines étaient passées sans encombre, mais mes pressentiments n'étaient pas bons du tout. Sans avoir de menaces directes, j'avais senti par deux fois déjà que je m'approchais de la ligne rouge, celle à ne pas dépasser.
Les premières notes arrivaient une par une, et les réactions maternelles me montraient bien que la barre était placée haut et que, si je n'y prenais garde, j'allais bientôt en faire les frais...
Même le 12 de ma première rédaction de l'année avait été trouvé "très moyen". C'est vrai que c'était là ma meilleure matière (avec les maths) et que j'avais l'habitude de me situer plus haut.
Idem avec un 10,5 en sciences naturelles, assorti du commentaire : "Leçon sue mais sans plus", qui avait amené Maman à me rappeler ses attentes : "Christine, puisque tu redoubles, tu ne peux pas te contenter de notes aussi moyennes, surtout en ce début d'année sur un programme que tu as déjà vu l'an passé".
Les premières notes arrivaient une par une, et les réactions maternelles me montraient bien que la barre était placée haut et que, si je n'y prenais garde, j'allais bientôt en faire les frais...
Même le 12 de ma première rédaction de l'année avait été trouvé "très moyen". C'est vrai que c'était là ma meilleure matière (avec les maths) et que j'avais l'habitude de me situer plus haut.
Idem avec un 10,5 en sciences naturelles, assorti du commentaire : "Leçon sue mais sans plus", qui avait amené Maman à me rappeler ses attentes : "Christine, puisque tu redoubles, tu ne peux pas te contenter de notes aussi moyennes, surtout en ce début d'année sur un programme que tu as déjà vu l'an passé".
Et, le lendemain, à Tata qui demandait des nouvelles, Maman avait confié : "Pour l'instant, ça va, mais je ne suis pas sûre que Christine ait compris qu'il allait falloir faire des efforts, et non pas se laisser porter par la facilité".
Mais, ce lundi soir, premier jour de la troisième semaine de cours, la première tuile est arrivée. "The" tuile, comme on dirait en anglais, avec cette interrogation surprise sur les acquis de la Sixième...
Evidemment, je savais différentes choses, mais certaines notions et mots de vocabulaires, que je n'avais pas revus l'an passé, était partis dans les oubliettes de ma mémoire.
Pour Mlle Paule, c'était un bon moyen de vérifier ce qu'avaient retenu les anciens Sixième. Sauf que, vu ma fainéantise et mon manque de motivation en anglais depuis deux ans, c'était encore moins frais dans ma tête...
Résultat : pas catastrophique, mais un 6 sur 20 très limite, et surtout une appréciation de la prof plutôt vacharde : "Des lacunes manifestes. Dommage que Christine n'ait pas révisé davantage ses bases durant les vacances".
6 sur 20 en anglais, ce n'était pas aussi dramatique que ça. L'an passé, ma moyenne dans la langue de Shakespeare était plus faible encore. Mais, c'était le premier faux-pas de l'année, qui plus est dans une matière où j'étais attendue au tournant....
J'avais donc conscience que cela allait être un test grandeur nature de la réalité ou non de la détermination maternelle...
Ce qui d'ailleurs me gênait le plus, n'était pas la note, qu'avec beaucoup de persuasion, un peu de chance et une plaidoirie efficace, j'aurais pu faire passer...
C'était plutôt l'annotation de la copie, où je me doutais bien que Maman prendrait presque pour elle le reproche que je n'ai pas assez révisé durant les vacances. C'était comme si Mlle Paule disait que Maman avait été trop laxiste...
Je ne savais pas comment annoncer cette "bad news", cette mauvaise nouvelle et j'étais dans mes petits souliers, le regard fuyant en rentrant à la maison.
Maman qui semblait lire dans mes pensées, m'interpella : "Tu n'as pas l'air dans ton assiette, Christine. Tu as des choses à me dire ?"
J'ai hésité, baissé la tête, et été tenté de mentir, de gagner du temps, le prochain cours d'anglais n'étant que dans 48 heures. Mais, Maman insista avant que j'ai balbutié le "Oh, non, Maman, non, non, ça va", qui me brulait les lèvres et qui m'aurait amené à entrer dans une de ces spirales de mensonges dont je m'étais faite la spécialité.
Heureusement, je n'en fis rien, et répondis à Maman qui réitérait la question : "Euh, bah, j'ai eu une note pas terrible terrible. Euh, euh, en anglais".
Mon hésitation à dire la matière montrait bien mon angoisse particulière à ce sujet...
"Ce n'est pas possible. Pas déjà une mauvaise note en anglais. Et en plus sur le programme de la Sixième. Je rêve...", avait de suite réagi Maman en découvrant la copie que je lui avais tendue du bout des doigts, en me reculant vite de deux pas, comme si je craignais une paire de gifles immédiate.
Aline et Diane qui venaient de rentrer durant le début de notre échange, nous regardaient les yeux écarquillés, comprenant qu'il y avait de l'orage dans l'air.
Il allait falloir leur donner leur goûter et Maman les envoya vers la cuisine, tout en poursuivant son explication : "Et toi, Christine, tu files dans ta chambre faire tes devoirs. On réglera nos comptes plus tard. Mais, tu ne perds rien pour attendre, ma fille. Je t'ai assez prévenue de ce que j'attendais de toi cette année. Mais, puisque Mademoiselle ne comprend pas les menaces, il va falloir passer aux actes. Ah, tu peux préparer tes fesses, Christine..."
Je suis partie me réfugier dans ma chambre. Allongée sur le lit, j'ai éclaté en sanglots. Je retombais dans mes pires cauchemars, ceux que j'avais imaginés et revus défiler dans ma tête dès que Mlle Paule m'avait remis ma copie... La trêve était finie. Que le "plus tard" soit maintenant dès que les petites auraient eu leur goûter, ou tout à l'heure avant le diner, ou ensuite à l'heure du coucher, qu'importe, j'allais de nouveau recevoir la fessée...
La petite phrase que Maman avait mise dans ma tête le jour où elle avait raccommodé mon bloomer jaune décousu, devenait une réalité : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée...", elle avait eu raison de l'employer au futur et non au conditionnel. La preuve allait en être faite. "La prochaine fois que je te donnerai la fessée", c'est donc ce lundi soir.
Au vu des menaces maternelles depuis l'annonce de mon redoublement, de celles aussi réitérées depuis la dernière tannée reçue, je pourrais presque m'estimer chanceuse, me dire que j'ai été "tranquille" bien longtemps.
Mais, qui penserait à ça ? Qui aurait cette attitude fataliste ? Qui réussirait à positiver en pareille circonstance ?
Non, j'étais là à attendre "ma" fessée... Et assurément, elle allait venir...
Mais, ce lundi soir, premier jour de la troisième semaine de cours, la première tuile est arrivée. "The" tuile, comme on dirait en anglais, avec cette interrogation surprise sur les acquis de la Sixième...
Evidemment, je savais différentes choses, mais certaines notions et mots de vocabulaires, que je n'avais pas revus l'an passé, était partis dans les oubliettes de ma mémoire.
Pour Mlle Paule, c'était un bon moyen de vérifier ce qu'avaient retenu les anciens Sixième. Sauf que, vu ma fainéantise et mon manque de motivation en anglais depuis deux ans, c'était encore moins frais dans ma tête...
Résultat : pas catastrophique, mais un 6 sur 20 très limite, et surtout une appréciation de la prof plutôt vacharde : "Des lacunes manifestes. Dommage que Christine n'ait pas révisé davantage ses bases durant les vacances".

6 sur 20 en anglais, ce n'était pas aussi dramatique que ça. L'an passé, ma moyenne dans la langue de Shakespeare était plus faible encore. Mais, c'était le premier faux-pas de l'année, qui plus est dans une matière où j'étais attendue au tournant....
J'avais donc conscience que cela allait être un test grandeur nature de la réalité ou non de la détermination maternelle...
Ce qui d'ailleurs me gênait le plus, n'était pas la note, qu'avec beaucoup de persuasion, un peu de chance et une plaidoirie efficace, j'aurais pu faire passer...
C'était plutôt l'annotation de la copie, où je me doutais bien que Maman prendrait presque pour elle le reproche que je n'ai pas assez révisé durant les vacances. C'était comme si Mlle Paule disait que Maman avait été trop laxiste...
Je ne savais pas comment annoncer cette "bad news", cette mauvaise nouvelle et j'étais dans mes petits souliers, le regard fuyant en rentrant à la maison.
Maman qui semblait lire dans mes pensées, m'interpella : "Tu n'as pas l'air dans ton assiette, Christine. Tu as des choses à me dire ?"
J'ai hésité, baissé la tête, et été tenté de mentir, de gagner du temps, le prochain cours d'anglais n'étant que dans 48 heures. Mais, Maman insista avant que j'ai balbutié le "Oh, non, Maman, non, non, ça va", qui me brulait les lèvres et qui m'aurait amené à entrer dans une de ces spirales de mensonges dont je m'étais faite la spécialité.
Heureusement, je n'en fis rien, et répondis à Maman qui réitérait la question : "Euh, bah, j'ai eu une note pas terrible terrible. Euh, euh, en anglais".
Mon hésitation à dire la matière montrait bien mon angoisse particulière à ce sujet...
"Ce n'est pas possible. Pas déjà une mauvaise note en anglais. Et en plus sur le programme de la Sixième. Je rêve...", avait de suite réagi Maman en découvrant la copie que je lui avais tendue du bout des doigts, en me reculant vite de deux pas, comme si je craignais une paire de gifles immédiate.
Aline et Diane qui venaient de rentrer durant le début de notre échange, nous regardaient les yeux écarquillés, comprenant qu'il y avait de l'orage dans l'air.
Il allait falloir leur donner leur goûter et Maman les envoya vers la cuisine, tout en poursuivant son explication : "Et toi, Christine, tu files dans ta chambre faire tes devoirs. On réglera nos comptes plus tard. Mais, tu ne perds rien pour attendre, ma fille. Je t'ai assez prévenue de ce que j'attendais de toi cette année. Mais, puisque Mademoiselle ne comprend pas les menaces, il va falloir passer aux actes. Ah, tu peux préparer tes fesses, Christine..."
Je suis partie me réfugier dans ma chambre. Allongée sur le lit, j'ai éclaté en sanglots. Je retombais dans mes pires cauchemars, ceux que j'avais imaginés et revus défiler dans ma tête dès que Mlle Paule m'avait remis ma copie... La trêve était finie. Que le "plus tard" soit maintenant dès que les petites auraient eu leur goûter, ou tout à l'heure avant le diner, ou ensuite à l'heure du coucher, qu'importe, j'allais de nouveau recevoir la fessée...
La petite phrase que Maman avait mise dans ma tête le jour où elle avait raccommodé mon bloomer jaune décousu, devenait une réalité : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée...", elle avait eu raison de l'employer au futur et non au conditionnel. La preuve allait en être faite. "La prochaine fois que je te donnerai la fessée", c'est donc ce lundi soir.
Au vu des menaces maternelles depuis l'annonce de mon redoublement, de celles aussi réitérées depuis la dernière tannée reçue, je pourrais presque m'estimer chanceuse, me dire que j'ai été "tranquille" bien longtemps.
Mais, qui penserait à ça ? Qui aurait cette attitude fataliste ? Qui réussirait à positiver en pareille circonstance ?
Non, j'étais là à attendre "ma" fessée... Et assurément, elle allait venir...
A SUIVRE




















