jeudi 5 janvier 2012

Chronique d'un redoublement : 17. Histoires de mères et de bord de mer...

SUITE 16

Il était temps de partir enfin en vacances. Cette première partie de l'été avec des devoirs au quotidien et un redoublement à digérer en quelque sorte, avait été pénible, même si je m'en sortais finalement mieux qu'Aline.
Mais je savais que la rentrée ne serait pas drôle, et que ces deux semaines à la mer étaient une pause bien venue...En tout cas, à force d'angoisser certaines nuits et de réfléchir, je m'étais bien promise de me tenir à carreau, de tenter de reconquérir une image de grande fille sage, histoire aussi de "gagner des points", d'arriver à la rentrée avec un préjugé favorable.
J'avais toujours en tête la petite phrase de Maman le jour de la séance de couture de ma culotte décousue : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée, Christine..."  Oui, je pensais bien que ce futur serait un jour une réalité, mais c'était à moi d'en retarder le terme au maximum.



Nous avions retrouvé l'appartement que nous louait à prix d'ami un lointain parent, un logement pas très grand mais situé à deux pas du bord de mer (et dont nous avons profité trois ou quatre fois en cinq ou six ans) . C'était idéal, car près de la plage, et de quelques commerces, et avec de quoi cuisiner pour un séjour à prix abordable donc.
Le seul inconvénient à mon goût était que nous dormions les trois filles dans la même chambre et que je devais m'adapter aux horaires des petites. Mais, je n'étais pas en situation de me plaindre et j'avais le droit de lire au lit avec une petite veilleuse discrète quand les frangines dormaient.
Sinon, les journées avec plage matin et après-midi (après une petite sieste obligatoire) et balade à pied avant ou après le diner, étaient agréables et conçues pour que chacun se détende, se dépense et soit calme.
Moi, en tout cas, j'appréciais, et j'ai été cet été-là tranquille comme jamais. L'essentiel était de ne pas risquer de fessée. Et chaque jour de plus me semblait une victoire.
Toutefois, si les menaces ne planaient plus au dessus de ma tête, le sujet n'était pas totalement écarté, et la moindre allusion ravivait mes craintes ou ma honte rétrospective.
Ainsi, je n'aimais guère le moment où Maman deux fois par jour, à l'arrivée à la plage vérifiait l'application de la crème solaire, et nous en mettait dans le dos, tout près du maillot. Cela se terminait le plus souvent par une tape sur le fond du slip de bain, pour nous signifier que nous pouvions aller jouer. C'était un geste qui me faisait grimacer et me nouait le ventre, mais je cachais mon trouble.



Deux semaines de plage avec Maman, c'était de nouvelles connaissances assurées. On revient souvent sur le même coin de sable, et les familles sympathisent.  J'ai donc assisté cet été-là à plusieurs de ces prises de contact, où les mères papotent, échangent leurs expériences, s'invitent éventuellement à boire un thé, se rendent service en jetant un coup d'oeil sur leurs enfants respectifs lorsque l'une va faire une course, un plongeon, ou un petit besoin.
Et, comme je jouais les sages, lisant beaucoup, allongée près de Maman pendant que les petites s'égayaient dans le sable, j'entendais les confidences et j'eus plusieurs fois à rougir quand Maman évoquait mon redoublement et s'en donnait une part de responsabilité parce qu'elle n'avait pas su réagir suffisamment quand c'était encore jouable.
Les nouvelles connaissances de Maman avaient droit à des phrases comme : "Mais, vous savez, à la rentrée, je vais serrer la vis. Christine le sait : si elle ne fait pas les efforts nécessaires, ça bardera pour ses fesses..."
Et les échanges tournaient parfois longtemps sur le sujet de l'éducation des enfants, Maman tenant à justifier sa méthode, et aussi à montrer qu'elle avait quand même déjà fait ce qu'elle avait pu : "Et pourtant, ma chère fille sait qu'il ne faut pas me chercher. Chaque punition donnée en classe ou chaque zéro ramené sur une copie, et cela ne rigolait plus à la maison. Christine savait bien qu'une bonne fessée l'attendait. Hélas, cela n'a semble-t-il fait de l'effet que quelques jours à chaque fois. L'an prochain, comme elle redouble, plus question de me ramener des notes en dessous de la moyenne. Je ne veux pas qu'elle gâche ses capacités. Les professeurs le disent : si elle voulait, elle serait toujours dans les premières... Je ferai ce qu'il faut pour que les résultats soient là..."


Comme Maman ne cachait pas grand chose de notre éducation à nos voisines de plage, je restais souvent solitaire, n'ayant pas envie de me lier avec des filles de mon âge. Pour éviter les moqueries, pour ne pas avoir de sentiment de honte, et me passer des questions que la curiosité naturelle des unes et des autres n'auraient pas manqué de me poser...


Ah, ce regard d'autres mamans sur moi, avec un petit sourire en coin, c'était difficile à vivre...
J'avais l'impression qu'elles me disaient : "Ne t'éloigne pas trop, n'embête pas tes soeurs, ne fâche pas ta maman, parce que, tu sais bien, elle me l'a dit, cela pourrait finir mal pour ton bas du dos..."


Aline qui n'avait plus qu'un programme allégé de devoirs de vacances durant ces deux semaines, juste une leçon à relire et réciter avant le diner, était elle aussi dans le registre calme, et finalement la plus remuante était Diane, sur laquelle plusieurs menaces de fessées planèrent durant la première semaine.
Petite soeur dépassa les bornes quand, alors qu'elle ne devait jamais entrer dans l'eau sans ses flotteurs de bras, elle chuta dans l'eau et se mit à crier comme si elle allait se noyer. Une des nouvelles amies de Maman la rattrapa et ramena une Diane ruisselante et pleurnichante jusqu'à nos serviettes de bain.
L'intrépide se prit une gifle maternelle avant que Maman ne l'essore. Diane pleurait et Maman sermonnait. Avec de l'eau salée dans les yeux, cela piquait d'autant plus Diane qui se frottait les mirettes en reniflant, ses mains rajoutant du sable.
Il fallait passer la zone sous l'eau et Maman ordonna à sa plus jeune fille de filer aux cabines de douche près des toilettes de la plage : "Je vais t'y apprendre à désobéir", lança Maman à haute voix en suivant Diane.



J'étais allongée à côté d'Aline quand l'incident s'est produit. En entendant la phrase maternelle, on s'est regardées toutes les deux, en cachant mal notre envie de rire : "Je crois que ça va barder pour Diane", commenta Aline. "C'est bien fait pour elle", ajoutai-je.


Pour une fois, nous étions complices, nous les grandes en quelque sorte, et nous vimes en effet revenir cinq minutes plus tard une Diane en pleurs, qui se cacha dans sa serviette de bain, alors que Maman lui ordonnait de ne plus bouger de là jusqu'à ce que nous repartions...


Maman retrouva la voisine de plage qui avait "sauvé" notre petite soeur. Elle la remercia et précisa : "Je viens de lui donner une bonne fessée qui devrait la calmer pour un moment".



Diane était vexée et n'osa plus nous regarder durant l'heure qui suivit. Quand nous sommes rentrées à l'appartement, Aline et moi primes notre douche les premières, puis Maman demanda à Diane de se laver à son tour. Elle qui ne s'était pas re-baignée depuis la douche de dessalage sur la plage, et la fessée qui s'en était suivie, rechigna à prendre son tour.
Maman lui redit une fois en haussant le ton. Il n'y eut pas de deuxième rappel, Maman se précipitant sur soeurette et l'amenant de force dans la salle de bain où Aline et moi nous finissions de nous sécher. 
Elle débarrassa Diane de son tee-shirt et lui enleva short et slip de bain. Nue comme un ver, Diane piétina et protesta, mais Maman excédée, lança : "Je vois, Diane, que tu n'as pas bien compris la leçon. Je vais te réexpliquer à ma manière". Et, soulevant notre soeur et la plaçant sous le bras comme un fêtu de paille, Maman lui flanqua une volée de claques sur sa petite lune toute dévoilée... Ca claquait fort, Diane s'époumonnait : "C'est ça, ameute les voisins. Ils sauront que Diane reçoit une bonne fessée..."
Ce fut bref mais sous nos yeux et la détermination maternelle était explicite et semblait dire : "Attention Aline et Christine, car je pourrais bien continuer avec vous si nécessaire d'ici la fin des vacances".
 

Maman raconta le lendemain à sa voisine de plage la seconde suite claquante de son sauvetage. A coup sûr, même si ce n'était que des fessées rapides, les déculottées de Diane calmèrent encore plus l'atmosphère.
J'étais soulagée que la tension soit retombée, et je passai les derniers jours à me montrer serviable et à jouer les ainées de la plus belle des manières.
Maman était ravie de voir sa grande aussi gentille. Elle devait se dire que son tour de vis du début d'été était la bonne voie. Moi, je trouvais que c'était agréable d'être considérée comme une grande. J'en jouais avec délice.
J'eus même droit à aller m'acheter un nouveau maillot de bain avec Maman. Il m'en fallait un de rechange, et l'on en prit aussi un pour les séances de piscine du collège, mais celui-là était un maillot de sport, une pièce.
J'étais assez fière de faire les boutiques du remblai avec Maman, qui avait demandé à une voisine de garder mes soeurs pendant ce temps-là.
C'était un moment de bonheur, Maman acceptant de choisir le modèle que je voulais. En sortant de la boutique, nous rentrâmes main dans la main. Je remerciai Maman qui m'expliqua : "Mais, c'est naturel de faire plaisir à sa fille quand elle est sage, tu sais... J'espère surtout que cela va durer... Tu grandis, il va falloir le montrer..."
Je promis monts et merveilles, marchant comme sur un petit nuage. Maman modéra un peu mon enthousiasme : "Ne promets pas trop, Christine. Je préfère que tu le prouves par des actes... Je me méfie toujours des belles paroles qui ne durent pas... Tu as vu ce que cela a donné comme résultat à la fin de l'année scolaire..."
L'évocation me refroidit un peu mais je prolongeai : "T'inquiète pas Maman, ça ira. Je serai sage, comme pendant ces vacances."
Maman me serrait la main quand elle parlait. C'était sa main droite et cela me troublait. Elle ajouta : "De toute manière, la balle est dans ton camp, Christine... Si tu es sage et bonne élève, il n'y aura pas de problème et tu seras récompensée. Sinon, ma chérie, je n'ai pas besoin de te faire un dessin, tu sais très bien ce que je t'ai promis. Tu pourras préparer tes fesses..."
Le message était clair, et je n'en rajoutai pas achevant la promenade vers l'appartement sans lâcher la main de Maman, cette main qui savait me gâter, mais cette main aussi avec laquelle je me doutais bien que j'aurais rendez-vous, celle qui me faisait angoisser en me remémorant la petite phrase d'avant le départ à la mer :  "La prochaine fois que je te donnerai la fessée, Christine..." 
A SUIVRE

mercredi 21 décembre 2011

Chronique d'un redoublement : 16. Quand le futur n'est pas conditionnel...

SUITE 15 

Effectivement, comme le suppose justement Dominique, dans son commentaire au précédent texte, les jours suivants furent l'occasion d'évocations de mes malheurs postérieurs, notamment à Tata qui passa le lendemain. La culotte jaune qui trônait dans le salon attirait l'oeil et, même entre nous, que ce soit mes soeurs, Maman ou moi, les regards que nous y posions ramenaient automatiquement à la scène de ma fessée. Il n'y avait même pas besoin de mots : un petit regard en douce de Diane, ou un petit geste du doigt pour désigner le vêtement décousu, et j'avais l'impression que toute la scène re-défilait dans nos têtes.
Ce n'est donc que trois jours plus tard que Maman se mit à faire de la couture. C'était un soir où nous étions tous au salon, et elle raccommoda avec patience et application la couture qui avait lâché, pendant que nous regardions avec mes soeurs un film à la télévision.
Quand l'émission fut terminée, elle donna à Aline les deux chemisiers dont elle avait dû recoudre un bouton, et lui demanda de les ranger dans le placard de leur chambre.
Elle fit de même pour moi avec la culotte jaune, en disant : "Tiens, Christine, j'ai recousu ta culotte. Tu peux la ranger dans le tiroir de ta commode. Et j'espère que cela ne se reproduira pas. La prochaine fois que je te donnerai la fessée, je ne te conseille pas d'essayer de m'empêcher de baisser ta culotte, sinon tes fesses le regretteront, tu peux me croire..."
Je suis remontée ranger la culotte et me mettre au lit avec un sentiment de honte et en même temps des images angoissantes dans la tête...


Maman avait bien dit : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée", avec une forme affirmative, sans le moindre conditionnel... Et cela me perturbait profondément. Ce n'était pas : "Si tu n'es pas sage", ce n'était pas : "J'espère que tu ne recommenceras pas", ni une phrase comme : "Et que je ne t'y reprenne pas, sinon..."
Il n'y avait pas le moindre "sinon", pas d'hypothèse, pas même de "si", au contraire, la phrase était affirmative, édictée comme une évidence. C'était "la prochaine fois que je te donnerai la fessée", et donc une évidence, comme si cela tombait sous le sens. Je venais, trois jours avant, de recevoir une bonne volée, et déjà le langage maternel n'en retenait plus que le petit incident technique d'une couture qui avait lâché, pour se projeter dans l'avenir.
J'avais l'impression que Maman me disait : "Ma chérie, tu as reçu une bonne fessée, mais c'est dommage qu'il y ait eu cet incident. Tu verras, la prochaine sera encore plus réussie..."
Alors que, paradoxalement, trois jours auparavant, je m'étais endormie plutôt aisément et j'avais fait une nuit pleine, ce soir-là, je me suis tournée et retournée dans mon lit, en faisant de drôles de cauchemars éveillés.
Les phrases de Maman me revenaient sans cesse, me ramenant à mon triste sort d'ainée jouant les demoiselles, quand tout allait bien, mais pas encore assez grande, ni raisonnable pour imaginer ne plus encourir de punitions enfantines.
En réfléchissant calmement, j'arrivais à comprendre, je me doutais bien que j'y passerais encore, mais la formule maternelle affirmative avait été un choc. Elle semblait déjà tracer mon destin et me faisait prendre conscience que prochainement m'attendait une fessée, ma fessée, la prochaine, et qu'elle serait déculottée... 



Le lendemain matin, à côté de mon lit, quand je suis remontée du petit-déjeuner, Maman avait préparé les affaires à mettre, comme chaque jour. Elle avait sorti un chemisier, une petite robe d'été, et la culotte jaune, certainement parce que c'était la première sur la pile où je l'avais rangée la veille au soir. 
Il n'y avait certainement pas malice en la matière, mais en la voyant, j'ai frissonné. A contre coeur, je l'ai enfilée. Je me sentais toute chose. Je me suis mise devant ma glace et j'ai remonté ma robe, vérifiant que la couture sur le côté était bien recousue. Le miroir me renvoyait l'image d'une culotte bien protectrice, mais elle était associée à ma dernière fessée, celle où je n'avais pas réussi à la faire garder en place...





J'aimais ces culottes bien couvrantes, je m'y sentais comme à l'abri, mais elle, cette jaune raccommodée me faisait revivre la sensation de son glissement vers le bas, avant la dégelée maternelle magistrale...
Et puis, c'est à cause de cette culotte recousue que Maman m'avait plongée dans l'angoisse, me parlant déjà de ma prochaine fessée...
Oui, c'est idiot peut-être de réagir ainsi. Il est évident qu'une gamine ayant le défaut de mentir à tout bout de champ, et qui va être obligée de redoubler malgré une année déjà riche en fessées maternelles, ne peut croire qu'elle n'aura plus à venir sur les genoux de sa mère.
Mais, lorsque l'on vient, trois jours avant, de prendre une tannée mémorable, c'est dur d'accepter que la suivante, et combien d'autres, vous attendent...

J'avais envie de changer de culotte, d'en mettre une autre, d'aller cacher celle-là comme si elle était un objet porte-malheur, mais je craignais que Maman ne s'en aperçoive et devine mon trouble.
Je l'ai donc gardée, tout en y pensant tout au long de la journée. Je me suis même tenue à carreau, beaucoup plus que d'habitude, ne voulant pas risquer, ne serait-ce qu'une menace, qu'une allusion. Maman a dû penser que décidément sa bonne fessée m'avait bien calmée.
C'est vrai que nous partions le surlendemain pour deux semaines à la mer, et que j'avais envie que ces vacances soient le plus calme possible, du moins pour mon bas du dos, qui s'inquiétait surtout pour la rentrée de septembre.
Et effectivement, Christine fut exemplaire, pour le plus grand plaisir de Maman, dont sans le savoir, je justifiais le bien-fondé des méthodes. J'avais toujours en tête la phrase qui m'angoissait : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée, Christine..." 
Mais j'avais l'ambition d'en retarder l'inéluctable échéance...

A SUIVRE

mardi 20 décembre 2011

Chronique d'un redoublement : 15. Une honte difficile à... "raccommoder" !

SUITE 14
Je pleurais à chaudes larmes alors que Maman avait enfin achevé son "oeuvre" correctrice. Assurément, elle avait tenu à s'appliquer, à donner une fessée exemplaire, bien pensée, si j'ose dire, réfléchie, comme mitonnée longuement, au contraire de certaines fessées plus désordonnées où la colère et les nerfs jouent.



En ce milieu d'été, après plusieurs semaines de trêve, voire d'indulgence, cette fessée avait pour but de remettre les pendules à l'heure, en quelque sorte, de recadrer l'ainée que j'étais, de passer de la parole aux actes...
J'avais serré les dents et fermé les yeux durant les dernières salves de claques tombant sur ma lune écarlate. Je ne voulais pas ameuter davantage la maisonnée, ni revoir s'il y avait des ombres dans le couloir, si comme je le craignais la scène était espionnée...
De toute manière, cette fessée m'était donnée au salon, donc de façon ouverte, comme semi-publique, et je n'aurais pas été étonnée qu'une ou deux soeurs ne trouvent un prétexte pour y venir comme par hasard...
Si elles n'étaient qu'observatrices de loin, c'était déjà comme quelque chose de gagné pour ma propre honte.


"File dans ta chambre", avait demandé Maman au bout de quelques minutes. "Va sécher tes larmes là-haut. Et ne te plains pas, tu l'as bien cherchée cette fessée..."
Je suis repartie en reniflant, une main rajustant ma culotte, et le regard baissé, toute bouleversée par un ensemble de sensations que je n'avais plus ressenties depuis près d'un mois...

Je n'ai pu éviter le regard presque hilare de mes soeurs en me voyant passer, mais je savais que j'allais pouvoir refermer ma porte et que je ne les reverrais plus avant le lendemain.
Maman ne l'avait pas précisé, mais cela tombait sous le sens : la soirée avançant, elle viendrait bientôt nous dire bonsoir et éteindre les lumières. Je me suis donc mise en pyjama, apercevant un instant mes fesses rouges, que je cachai vite fait sous le pantalon de pyjama en étouffant un gros sanglot d'émotion.



Je me suis ensuite mise au lit, restant longtemps la tête dans les mains, chignant et sanglotant par période, ayant du mal à retrouver des pensées autres que celles me ramenant à ce que je venais de subir...
Maman ne monta que près d'une heure plus tard. En cette longue soirée d'été, rien ne pressait, d'autant que la maisonnée était d'un calme, mais d'un calme qui devait conforter notre mère et lui faire penser qu'elle avait bien agi, et que la bonne fessée de Christine faisait même se tenir à carreau les petites. C'était donc tout bonus...



Je n'ai même pas cherché à écouter à travers la cloison ce qu'Aline et Diane disaient à Maman, ni surtout ce qu'elle répondait lorsqu'elle est venue les coucher. Mes oreilles ont dû siffler une fois de plus, et je ne doute pas que mes soeurs ont eu la confirmation de ce qui m'était arrivée...
J'étais un tant soit peu apaisée quand même, la douleur étant passée, et mes larmes séchées, lorsque Maman est rentrée dans ma chambre et s'est assise au bord du lit.
"Ca y est, tu es calmée, Christine, tu vas pouvoir dormir ?", me demanda Maman qui était visiblement en mode d'apaisement. J'ai eu comme un gros sanglot remontant dans la gorge, mais elle me posa la main dans mes cheveux, me caressant un instant : "Allez, c'est fini, Christine. N'en rajoute pas. Tu as eu ce que tu méritais, voilà tout. Et c'est à toi qu'il faut t'en prendre, ma chérie. Ce n'est pas Maman qui a triché ou menti, ce n'est pas Maman non plus qui cherche les ennuis depuis plusieurs jours."
Je posai ma tête sur ses genoux, et elle me serra dans ses bras. "Pardon, Maman, je serai sage", murmurai-je.
"Je l'espère bien, ma fille, je l'espère bien. C'est dommage qu'il ait fallu encore une fois une bonne fessée pour que tu comprennes, mais tu l'as bien cherchée... A toi de faire en sorte que je n'ai plus à sévir, sinon tu sais ce qui t'attendra encore...", commentait Maman avec une voix calme, si calme...
Elle me souhaita bonne nuit, en me bordant et au passage tapotant mon bas du dos. Puis, elle me laissa non sans récupérer mes affaires du jour pour les mettre au sale, voire faire une tournée de machine à laver avant d'aller se coucher, comme elle le faisait souvent, la machine ne chômant pas dans une maisonnée avec trois enfants.




J'ai craint d'avoir du mal à m'endormir, d'autant que la conversation avec Maman s'était achevée sur l'évocation de nouveaux ennuis pour mon bas du dos. Sur ce qui "m'attendrait" si je recommençais, et cela réveillait mes souvenirs de la soirée...
Mais, le bonsoir apaisé de Maman, l'échange de tendresse, et mes nerfs épuisés par la tannée reçue, je m'endormis vite et ne fis qu'un somme jusqu'à 9 h le lendemain.
Je descendis à la cuisine découvrant Maman devant la porte-fenêtre en train d'étendre du linge sur le fil près de la terrasse. Il y avait nos affaires de la veille, dont ma culotte jaune, le petit bloomer que j'avais tenté d'empêcher  Maman de descendre...
Je le regardai et j'étais gênée de le voir, de le savoir déjà lavé, bientôt sec, comme s'il allait pouvoir resservir...
Maman interrompit mes pensées. "Tu sais qu'il y a une couture qui a craqué, Christine. Tu as de la chance que je ne m'en sois pas aperçue dans le feu de l'action, sinon cela aurait été encore plus mal..."
Je m'approchai du sous-vêtement et constatai en effet une fente de quelques centimètres sur la couture du côté droit. Maman n'avait pas remarqué sur le champ, mais je me souvenais qu'en agrippant ce dernier rempart au moment de la déculottée, j'avais perçu un craquement sous mes doigts. C'est en partie cela qui m'avait fait renoncer à m'accrocher encore pour inverser le cours d'un destin qui n'était pas inversable...
Je déjeunai en regardant songeuse le fil à linge qui me rappelait ma fessée de la veille. Plus tard, avant le repas de midi, mes soeurs durent mettre la table, et moi Maman me demanda de ramasser le linge qui était sec.
Je le fis, en mettant bien en dessous du tas le bloomer jaune. Mais, Maman me reprit : "Christine, va poser la pile près de la table à repasser. Mais, tu n'as qu'à mettre ta culotte décousue sur ma boite à couture qui est dans le salon. Je raccommoderai peut-être ce soir".
 

Diane qui avait compris que j'étais gênée en écoutant Maman parler de cette culotte, joua les naïves : "Et pourquoi qu'elle s'est décousue la culotte à Christine ?"
Maman répliqua : "On dit la culotte de Christine, ma chérie, pas la culotte à Christine. Et, elle ne s'est pas décousue toute seule, tu sais... C'est Christine qui a tiré trop fort dessus, quand Maman voulait lui baisser sa culotte, hier soir... Résultat : une couture a craqué. Mais, cela n'a servi à rien, car Maman a quand même baissé la culotte de Christine, et ta grande soeur a reçu une fessée magistrale..."
Je baissai les yeux, et j'avais l'impression de me retrouver à nouveau sur les genoux maternels... 
Maman finalement ne raccommoda ma culotte que trois jours plus tard, quand il y eut deux autres vêtements sur lesquels il y avait des boutons à recoudre. Durant ce temps, dans le salon, à côté du canapé, sur un petit guéridon, la boite à couture trônait, avec une culotte jaune bien voyante posée dessus. Là à deux mètres de l'endroit où j'avais été déculottée... Trois jours durant, en l'apercevant, j'en ressentais presque des frissons dans le bas du dos, comme si elle glissait pour dévoiler ma lune à nouveau...

A SUIVRE

lundi 12 décembre 2011

Chronique d'un redoublement : 14. Et, mémorable, elle fut...

SUITE 13

 Je suis retournée bouder au fond du jardin, regrettant d'avoir joué les curieuses et d'avoir écouté la conversation entre Diane et Maman. Je me doutais bien de quoi elles parlaient et cela ne faisait qu'amplifier mon mal-être dans ma position de future punie...
Depuis cette annonce devant Tata dans le jardin public en milieu d'après-midi, je savais que je devais préparer mes fesses, et chaque rappel, chaque évocation, chaque pensée qui me traversait l'esprit aggravait mon angoisse...


Je pleurnichais toute seule dans mon coin, en sachant qu'il faudrait encore affronter la famille au diner et attendre sans savoir précisément quand le moment fatidique viendrait...

"Maman, Maman, on a faim, on mange quand ?", vinrent un moment demander mes soeurs, comme si elles avaient hâte de passer à table. Je n'étais pas dupe de leur motivation réelle, curieuses qu'elles étaient de ce qui se tramerait après.
Mais, Maman n'était pas pressée, profitant comme souvent de ce calme qu'amenait à la maison une promesse d'orage...



 Vingt minutes plus tard, quand elle nous appela pour le dîner, les petites arrivèrent à toute vitesse. Moi, il fallut que Maman réitère par deux fois son appel pour que j'apparaisse. Je trainais plus les pieds, et marchais avec le regard bas, la mine déconfite.
"Je comprends que tu n'aies pas très faim ce soir, Christine, mais quand je t'appelle, j'aimerais ne pas avoir à le répéter trois fois...", me lança Maman en me toisant de haut.
"Euh, j'arrive, Maman, j'arrive", répliquai-je, non sans qu'elle n'ajoute avec un air excédé : "Ah, il est vraiment temps que je te réapprenne les bonnes manières, ma fille. Tu en as bien besoin... Tu peux compter sur moi, je te le dis..."
Nous avons dîné sans trop d'autres commentaires. Mes craintes furent pour une fois démenties. Maman n'en rajouta pas, évoquant plus le programme du lendemain, où il y avait des courses à faire en prévision du départ à la mer la semaine suivante, et des rendez-vous chez le dentiste pour Diane et chez le coiffeur pour Maman.

A l'issue du repas, Maman demanda à mes soeurs d'aller dans leur chambre. "Vous pouvez jouer tranquillement, mais je ne veux rien entendre, si vous ne voulez pas d'ennuis vous aussi..." Chacun avait compris à qui elle faisait allusion...
Quant à moi, elle m'ordonna de débarrasser la table, "avant qu'on discute toutes les deux", avait-elle ajouté, en me laissant seule dans la cuisine.
J'exécutai les ordres, en prenant tout mon temps. Je n'avais pas envie de casser de la vaisselle, mais surtout j'avais envie de gagner du temps...
Maman était dans le salon, et j'ai bien évité d'aller la retrouver quand j'ai fini de ranger. Je suis au contraire remontée dans ma chambre, en croisant les doigts pour que la "discussion" se déroule là...

"Christine, où es-tu ? Je ne t'ai pas demandé de monter. Peux-tu redescendre, s'il te plait ?", lança Maman du bas, au bout de quelques minutes.
J'eus la tentation de jouer l'innocente et de demander : "Euh, pourquoi, Maman ?"
Mais, la présence de mes soeurs dans la pièce d'à côté m'en dissuada. Je craignais d'entendre une voix de stentor crier : "Mais, pour ta fessée, Christine, tu le sais bien... Pour ta fessée..."
 Je repris donc ma respiration à deux fois et quittai ma chambre à une allure d'escargot....
 


Mes soeurs étaient dans leur chambre, en train de se dire des messes basses, dont je ne doutais pas que je devais être la vedette. En passant devant leur porte, je ne pus m'empêcher de voir leurs yeux qui me guettaient et leur visage franchement rieur...
"Maman t'attend Christine, Maman t'attend... Dépêche-toi... Tu sais pourquoi... Dépêche-toi...", ricanait Diane à mi-voix...
Je fermai la porte de leur chambre en poursuivant mon chemin, mais j'étais à peine dans les escaliers, que j'entendis qu'elles la rouvraient en grand...

 Je ne fis pas de bruit en descendant les marches à pas de loup. J'arrivai dans le couloir du bas et passai un oeil, découvrant Maman qui lisait assise dans le salon. Elle avait une revue sur les genoux, j'imaginais que c'est là que je serais bientôt... Je n'osais plus bouger, quitte à provoquer un nouvel appel de sa part, mais après quasiment un mois sans fessée, je tremblais de m'avancer vers la prochaine...


Je restai ainsi deux à trois minutes, immobile à regarder Maman, qui me semblait tellement calme que cela paraissait irréel...
"Christine...", au moment où elle m'appela à nouveau,elle m'aperçut l'épiant depuis la porte. "Allez, viens ici. Ne reste pas plantée là. Je ne vais pas te courir après. Tu sais bien ce qui t'attend... Allez, viens ici..." Ses ordres étaient prononcés sans cri, avec une voix normale, et je m'avançai comme une automate...
"Maman, Maman, je t'en prie, je ne recommencerai plus. J'ai compris. Je serai sage.", suppliai-je alors qu'elle avait déjà empoigné mon avant-bras et m'attirais vers elle.


"C'est trop tard, Christine, trop tard. Il fallait y réfléchir avant de tricher derrière mon dos...", répliqua Maman, alors que je résistais un instant, mais je lâchai prise et elle me bascula en travers de ses cuisses.

Elle remonta soigneusement ma jupe dans mon dos, dégageant ma large culotte jaune, alors que je suppliais à voix chuchotée pour ne pas être trop entendue du premier étage : "Maman, non, pas la fessée, je voulais juste aider Aline."
Elle répondit : "Moi, j'appelle cela tricher, ma fille, comme quand tu copies en classe, et ça mérite la même fessée, tu le sais bien, Christine... Et encore s'il n'y avait que cela..."
Comprenant qu'avec ses gestes calmes et précis, j'allais me retrouver culotte baissée avant d'avoir dit mon désarroi, je fis une tentative de bloquer la manoeuvre en agrippant ma culotte, et en tenant bon alors que Maman commençait à dégager ma lune. Je psalmodiais : "Non, non, Maman, non, je t'en prie..."
Au lieu de choisir l'épreuve de force, Maman ne perdit pas son énergie dans une vaine bagarre que j'avais perdue d'avance. Elle ne lâcha pas pour autant ma culotte, mais me demanda de céder : "Christine, lâche ça tout de suite. Tu ne fais qu'aggraver ton cas, ma fille. Je t'ai promis une bonne fessée et tu vas l'avoir... Parce que cela fait des jours et des jours qu'elle te pend au nez, et qu'elle va tomber cette fois... Parce que tu as triché avec les devoirs d'Aline, mais aussi que tu as commencé à mentir quand j'en ai parlé devant Tata, et tu sais combien je déteste les mensonges... Et je ne parle pas de toutes les remarques de ces derniers jours... Tu as de la chance que ce soit les vacances, car il y a belle lurette que je t'aurais déjà flanqué quelques bonnes fessées, ma fille... Alors, lâche ça, si tu ne veux pas que j'appelle tes soeurs pour qu'elles voient qui est la plus forte ici, et ce qui arrive à celles qui me résistent..."


 L'argument était imparable, et la peur qu'elle rameute les petites a eu raison de ma résistance... J'ai lâché ma culotte, qu'elle a immédiatement descendue largement, dévoilant une lune blanche qu'elle n'avait pas claquée depuis une mémorable soirée d'annonce de mon redoublement...


"Ah, je vois que tu deviens raisonnable, Christine", jubilait Maman qui semblait jauger mon bas du dos, avant de le rougir comme elle le souhaitait...
Je m'attendais à une grêle brulante, mais les premières claques furent au contraire appliquées comme avec méthode. Comme une reprise en main, comme une démonstration de fessée exemplaire...  
 "Je vais t'apprendre, moi, à tricher et à mentir. Tu l'as assez fait toute cette année, et je te prie de croire, ma chérie, qu'il n'en sera pas de même cette fois. Je t'ai prévenue, Christine, les mensonges éhontés, c'est fini, et si tu ne le comprends pas dans ta tête, c'est par les fesses que tu le comprendras... Tiens, tiens, tiens...", et petit à petit ma lune devenait écarlate sous une pluie claquante, sonore en diable, mais aussi calme que déterminée...



Je pleurais à chaudes larmes, je retenais mes cris pour ne pas qu'ils résonnent dans la maison, et Maman poursuivait son oeuvre correctrice. Et de rappeler mes bêtises, ses avertissements, comme pour relancer son bras : "Ah, tu l'as bien cherchée, celle-là, Christine. Ah, c'est vrai que tu y as échappé depuis le début des vacances. Mais, je vais me rattraper. A croire que cela te manquait... Tiens, tiens, tiens..."


Maman avait promis une fessée mémorable, et j'étais servie comme il se doit. La tannée me cuisait le bas du dos qui retrouvait des sensations hélas trop souvent connues. L'issue semblait proche à plusieurs reprises, mais Maman après avoir respiré une ou deux fois, le bras arrêté, reprenait sa valse claquante. Mon épiderme arrivait à ébullition et j'avais de plus en plus de mal à contenir mes gestes, et mes cris. Gigotant et suppliant désormais à haute voix, je ne pensais même plus à mes soeurs. Alors que la main maternelle parachevait son oeuvre, en relevant la tête, il m'a semblé apercevoir une ombre, voire deux dans le couloir.
Peut-être, sûrement, celles de Diane et Aline jouant les espionnes. L'impression ne fut que fugace, et j'avais trop peur qu'en les sachant là, Maman ne les fasse rentrer pour un final en famille.
Je serrai donc les dents de toutes mes forces pour retenir mes cris. Ce qui incita Maman à accentuer encore la dernière salve, la claquée ultime, en s'aidant de la voix : "Tiens, tiens, tu t'en souviendras de celle-là... Tiens, tiens, et dis-toi bien, que, vacances ou pas, tiens, tiens, le prochain mensonge, ce sera pareil. Une fessée, Christine, tiens, tiens, une bonne fessée, tiens, tiens, une bonne fessée..."
C'est une Christine épuisée, la lune écarlate, le visage inondé de larmes qui tomba à genoux quand Maman arrêta enfin son bras. Cette fessée-là, je m'en souviendrais, c'est sûr...

A SUIVRE

vendredi 2 décembre 2011

Chronique d'un redoublement : 13. Une ambiance de plus en plus électrique

SUITE 12

 Il n'était guère plus de 18 h 15, quand nous sommes arrivées à la maison. Vacances obligent, sans jour de classe le lendemain, devoirs faits, rien ne pressait comme en temps scolaire où le retour au bercail déclenche des séquences précises, presque chronométrées entre douches à prendre, affaires à préparer, table à mettre, devoirs à vérifier, diner à servir, mises en pyjama, montée de Maman pour éteindre et autre extinction des feux à une heure précise.
Mais, là, en cette fin juillet, avec des journées encore parmi les plus longues de l'année, rien ne pressait. A un détail près... Cela aurait pu, aurait dû être une journée d'été ordinaire, sans rien de mémorable, mais il y avait ce détail et il était de taille : Christine allait recevoir la fessée...

Maman n'avait rien précisé si ce n'est : "Nous allons régler nos comptes à la maison, et ça va barder, je te le promets..."
Cela ne me disait pas si ces fameux "comptes" seraient réglés sur le champ, en arrivant ou pas... La seule autre précision avait été dite à Tata :  "Christine a amplement mérité une bonne fessée. Elle a déjà eu de la chance d'y échapper ces derniers jours. Et celle-là, elle l'a bien cherchée et elle n'y coupera pas, crois moi..."

Je me doutais bien que je n'aurais pas à discuter et que rien n'arrêterait la détermination maternelle... Je n'avais plus qu'à préparer mes fesses...

Les petites sont restées dans le jardin quand nous sommes parvenues à la maison, Maman rentrant ranger les affaires du goûter et vaquer à diverses occupations. Elle avait laissé la porte fenêtre de la cuisine qui donnait sur la terrasse grande ouverte, ainsi que les fenêtres du salon. Aline et Diane s'étaient mises à jouer juste à côté. En d'autres moments, elles seraient sûrement parties au fond du jardin, mais elles avaient plutôt les oreilles aux aguets, ne souhaitant pas s'éloigner en prévision d'une scène attendue...

Sans rien demander, je suis montée dans ma chambre. J'avais trop peur que Maman me voyant rentrer ne me dise : "Hop, Christine, où vas-tu ? Viens ici tout de suite... Nous avons à discuter, toi et moi..."
Quitte à devoir recevoir ma fessée tout de suite, mieux valait que je me trouve à l'abri des quatre murs de ma chambre... Et, dans mon for intérieur, je priais surtout pour cela. Même pas pour ne pas être fessée, mais simplement pour ne pas l'être devant mes soeurs...




Je m'étais assise sur mon lit, laissant la porte un peu entrouverte, afin d'entendre les bruits de la maison et un éventuel appel de Maman.
J'imaginais qu'une fois les affaires rangées, elle monterait me rejoindre... Mais les minutes passaient, lentement mais sûrement. C'était déjà un rien de répit de gagné, certes. En même temps, cela n'arrangeait pas mon angoisse, mes idées noires...
Les bruits venant du bas témoignaient d'une activité maternelle dans la cuisine. Puis, je l'entendis se diriger vers la terrasse et dire : "Ca va, les filles ? Vous vous amusez bien ? Je vous appellerai pour prendre votre douche. Histoire d'être toutes propres avant le dîner. Il y aura une bonne tarte au dessert". Mes soeurs ont crié "Youpi", et Maman a demandé : "Christine n'est pas avec vous ?"
Puis, elle rentra et j'entendis son pas dans l'escalier... Mon coeur se remit à battre très fort. Je sentais que mon heure était venue.
"Christine, tu es là ? Qu'est-ce que tu fais donc ? Tu serais mieux dehors par ce beau temps", dit-elle en arrivant sur le palier. Elle me découvrit toujours assise sur le bord de mon lit. Je n'avais pas bougé d'un poil, j'étais comme pétrifiée, comme résignée...
"Tu en fais une tête ! commenta Maman. "Euh, bah, euh, je t'attendais, M'man... Bah, euh, enfin, tu sais, euh, pour, euh... ce que tu avais dit, euh..."
Maman haussa les épaules, et eut un petit sourire sarcastique : "Eh bien, si ce n'est que cela, je veux bien te faire plaisir, Christine, puisque tu attends si sagement ta fessée... Mais, on n'est pas à la minute, ma fille. Il faut que je surveille la tarte qui est au four, et la soirée ne fait que commencer. Mais, ne t'inquiète pas, cela viendra en temps et en heure. Tu sais bien que Maman tient toujours ses promesses... "

Elle traversa le couloir pour aller à la salle de bain et en ressortit avec un panier à linge pour aller mettre en route une tournée de lave-linge.
Je n'avais toujours pas bougé, restant assise, les yeux embués, la mine défaite.
"Allez, ne reste pas plantée là, Christine. Va plutôt prendre l'air. On reparlera de notre petite affaire après le dîner. Ne sois pas si pressée, ma grande. Nous aurons tout le temps de discuter, enfin, tu vois ce que je veux dire..."
Je me levai et passai devant Maman pour aller dans le jardin. La perspective de devoir attendre le soir, le risque que ce ne soit pas dans ma chambre, avaient démultiplié mon angoisse, et je ne pus me retenir de sangloter en passant devant mes soeurs, avant d'aller me planter sous un arbre du fond du jardin.  


Diane avait remarqué mes larmes naissantes et vint de suite interroger Maman : "Dis, M'man, pourquoi Christine pleure ? Elle a été punie ?"
Maman rétorqua : "Non, pas encore, Diane, pas encore ?"
Soeurette chercha à savoir : "Dis, elle va avoir la fessée, hein ? Comme tu l'as dit à Tata, c'est vrai ?"
Maman tempéra l'enthousiasme visible de sa cadette : "D'abord, cela ne te regarde pas, Diane. Toi aussi, il n'y a pas si longtemps, tu as eu aussi la fessée, ma chérie..."
Diane rougit, mais elle obtint ce qu'elle voulait, car Maman ne put s'empêcher de confirmer le programme annoncé : "Quand on fait des bêtises, on en subit les conséquences, que l'on s'appelle Diane, Aline ou Christine, vous le savez bien. Alors, oui, comme je l'ai dit à Tata, aujourd'hui je suis très fâchée après Christine, et je lui donnerai ce soir la bonne fessée qu'elle a méritée... Christine le sait bien et c'est pour cela qu'elle chigne, mais cela n'y changera rien..."
Diane aurait aimé en savoir toujours plus, sur quand, comment, à quelle heure... Mais, Maman lui fit comprendre que la curiosité est un vilain défaut et qu'elle n'avait pas intérêt à insister, au risque d'être aussi dans le collimateur. Mais, Diane comprenait bien que la menace n'avait pas la même intensité que ce qui pendait au dessus de la tête, et plus précisément du bas du dos de sa soeur...


Entendant que Maman et Diane discutait, j'avais quitté mon fond de jardin pour m'avancer doucement et tendre l'oreille, saisissant ainsi toute la conversation. En se retournant, Maman vit que je m'étais rapprochée et que j'écoutais leur échange.
"Maman, arrête, pourquoi tu racontes ça ?" grognai-je d'un air plaintif. Elle me coupa : "Je raconte ce que je veux, Christine. Et ce n'est pas un secret de dire que tu seras punie comme promis, ce soir..."
"C'est pas gentil. Après, elle se moque de moi", pleurnichai-je avant de m'entendre dire : "Christine, celle qui n'a pas été gentille, c'est toi. Et ta soeur ne pourrait pas se moquer si tu n'avais pas mérité encore une bonne déculottée, ma fille..."
Je vis Diane écarquiller les yeux, la précision (de la déculottée) n'ayant pas encore été donnée, même si elle tombait sous le sens...
Je jetai un regard noir à ma soeur et un autre à Maman, plus discret, mais bien visible. Cela fit monter son agacement : "Et, ne me regarde pas comme ça, Christine. Ou je vais te donner sur le champ un avant-goût de ce qui t'attend..."
Je baissai les yeux, comprenant qu'il valait mieux ne pas tenter le diable... "Bon, c'est mieux, allez, retourne bouder au fond du jardin. Tu ne perds rien pour attendre, Christine". Elle avait la main droite, levée et paume ouverte, me la montrant avec insistance : "Tu la vois, celle-là, Christine. Regarde-la bien, parce que tout à l'heure, tu vas la sentir quand je vais m'occuper de tes fesses, moi. Je te promets une fessée dont tu te souviendras longtemps, Christine, longtemps..."

A SUIVRE