SUITE 16
Il était temps de partir enfin en vacances. Cette première partie de l'été avec des devoirs au quotidien et un redoublement à digérer en quelque sorte, avait été pénible, même si je m'en sortais finalement mieux qu'Aline.
Mais je savais que la rentrée ne serait pas drôle, et que ces deux semaines à la mer étaient une pause bien venue...En tout cas, à force d'angoisser certaines nuits et de réfléchir, je m'étais bien promise de me tenir à carreau, de tenter de reconquérir une image de grande fille sage, histoire aussi de "gagner des points", d'arriver à la rentrée avec un préjugé favorable.
J'avais toujours en tête la petite phrase de Maman le jour de la séance de couture de ma culotte décousue : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée, Christine..." Oui, je pensais bien que ce futur serait un jour une réalité, mais c'était à moi d'en retarder le terme au maximum.
Nous avions retrouvé l'appartement que nous louait à prix d'ami un lointain parent, un logement pas très grand mais situé à deux pas du bord de mer (et dont nous avons profité trois ou quatre fois en cinq ou six ans) . C'était idéal, car près de la plage, et de quelques commerces, et avec de quoi cuisiner pour un séjour à prix abordable donc.
Le seul inconvénient à mon goût était que nous dormions les trois filles dans la même chambre et que je devais m'adapter aux horaires des petites. Mais, je n'étais pas en situation de me plaindre et j'avais le droit de lire au lit avec une petite veilleuse discrète quand les frangines dormaient.
Sinon, les journées avec plage matin et après-midi (après une petite sieste obligatoire) et balade à pied avant ou après le diner, étaient agréables et conçues pour que chacun se détende, se dépense et soit calme.
Moi, en tout cas, j'appréciais, et j'ai été cet été-là tranquille comme jamais. L'essentiel était de ne pas risquer de fessée. Et chaque jour de plus me semblait une victoire.
Toutefois, si les menaces ne planaient plus au dessus de ma tête, le sujet n'était pas totalement écarté, et la moindre allusion ravivait mes craintes ou ma honte rétrospective.
Ainsi, je n'aimais guère le moment où Maman deux fois par jour, à l'arrivée à la plage vérifiait l'application de la crème solaire, et nous en mettait dans le dos, tout près du maillot. Cela se terminait le plus souvent par une tape sur le fond du slip de bain, pour nous signifier que nous pouvions aller jouer. C'était un geste qui me faisait grimacer et me nouait le ventre, mais je cachais mon trouble.
Deux semaines de plage avec Maman, c'était de nouvelles connaissances assurées. On revient souvent sur le même coin de sable, et les familles sympathisent. J'ai donc assisté cet été-là à plusieurs de ces prises de contact, où les mères papotent, échangent leurs expériences, s'invitent éventuellement à boire un thé, se rendent service en jetant un coup d'oeil sur leurs enfants respectifs lorsque l'une va faire une course, un plongeon, ou un petit besoin.
Et, comme je jouais les sages, lisant beaucoup, allongée près de Maman pendant que les petites s'égayaient dans le sable, j'entendais les confidences et j'eus plusieurs fois à rougir quand Maman évoquait mon redoublement et s'en donnait une part de responsabilité parce qu'elle n'avait pas su réagir suffisamment quand c'était encore jouable.
Les nouvelles connaissances de Maman avaient droit à des phrases comme : "Mais, vous savez, à la rentrée, je vais serrer la vis. Christine le sait : si elle ne fait pas les efforts nécessaires, ça bardera pour ses fesses..."
Et les échanges tournaient parfois longtemps sur le sujet de l'éducation des enfants, Maman tenant à justifier sa méthode, et aussi à montrer qu'elle avait quand même déjà fait ce qu'elle avait pu : "Et pourtant, ma chère fille sait qu'il ne faut pas me chercher. Chaque punition donnée en classe ou chaque zéro ramené sur une copie, et cela ne rigolait plus à la maison. Christine savait bien qu'une bonne fessée l'attendait. Hélas, cela n'a semble-t-il fait de l'effet que quelques jours à chaque fois. L'an prochain, comme elle redouble, plus question de me ramener des notes en dessous de la moyenne. Je ne veux pas qu'elle gâche ses capacités. Les professeurs le disent : si elle voulait, elle serait toujours dans les premières... Je ferai ce qu'il faut pour que les résultats soient là..."
Comme Maman ne cachait pas grand chose de notre éducation à nos voisines de plage, je restais souvent solitaire, n'ayant pas envie de me lier avec des filles de mon âge. Pour éviter les moqueries, pour ne pas avoir de sentiment de honte, et me passer des questions que la curiosité naturelle des unes et des autres n'auraient pas manqué de me poser...
Ah, ce regard d'autres mamans sur moi, avec un petit sourire en coin, c'était difficile à vivre...
J'avais l'impression qu'elles me disaient : "Ne t'éloigne pas trop, n'embête pas tes soeurs, ne fâche pas ta maman, parce que, tu sais bien, elle me l'a dit, cela pourrait finir mal pour ton bas du dos..."
Aline qui n'avait plus qu'un programme allégé de devoirs de vacances durant ces deux semaines, juste une leçon à relire et réciter avant le diner, était elle aussi dans le registre calme, et finalement la plus remuante était Diane, sur laquelle plusieurs menaces de fessées planèrent durant la première semaine.
Petite soeur dépassa les bornes quand, alors qu'elle ne devait jamais entrer dans l'eau sans ses flotteurs de bras, elle chuta dans l'eau et se mit à crier comme si elle allait se noyer. Une des nouvelles amies de Maman la rattrapa et ramena une Diane ruisselante et pleurnichante jusqu'à nos serviettes de bain.
L'intrépide se prit une gifle maternelle avant que Maman ne l'essore. Diane pleurait et Maman sermonnait. Avec de l'eau salée dans les yeux, cela piquait d'autant plus Diane qui se frottait les mirettes en reniflant, ses mains rajoutant du sable.
Il fallait passer la zone sous l'eau et Maman ordonna à sa plus jeune fille de filer aux cabines de douche près des toilettes de la plage : "Je vais t'y apprendre à désobéir", lança Maman à haute voix en suivant Diane.
J'étais allongée à côté d'Aline quand l'incident s'est produit. En entendant la phrase maternelle, on s'est regardées toutes les deux, en cachant mal notre envie de rire : "Je crois que ça va barder pour Diane", commenta Aline. "C'est bien fait pour elle", ajoutai-je.
Pour une fois, nous étions complices, nous les grandes en quelque sorte, et nous vimes en effet revenir cinq minutes plus tard une Diane en pleurs, qui se cacha dans sa serviette de bain, alors que Maman lui ordonnait de ne plus bouger de là jusqu'à ce que nous repartions...
Maman retrouva la voisine de plage qui avait "sauvé" notre petite soeur. Elle la remercia et précisa : "Je viens de lui donner une bonne fessée qui devrait la calmer pour un moment".
Diane était vexée et n'osa plus nous regarder durant l'heure qui suivit. Quand nous sommes rentrées à l'appartement, Aline et moi primes notre douche les premières, puis Maman demanda à Diane de se laver à son tour. Elle qui ne s'était pas re-baignée depuis la douche de dessalage sur la plage, et la fessée qui s'en était suivie, rechigna à prendre son tour.
Maman lui redit une fois en haussant le ton. Il n'y eut pas de deuxième rappel, Maman se précipitant sur soeurette et l'amenant de force dans la salle de bain où Aline et moi nous finissions de nous sécher.
Elle débarrassa Diane de son tee-shirt et lui enleva short et slip de bain. Nue comme un ver, Diane piétina et protesta, mais Maman excédée, lança : "Je vois, Diane, que tu n'as pas bien compris la leçon. Je vais te réexpliquer à ma manière". Et, soulevant notre soeur et la plaçant sous le bras comme un fêtu de paille, Maman lui flanqua une volée de claques sur sa petite lune toute dévoilée... Ca claquait fort, Diane s'époumonnait : "C'est ça, ameute les voisins. Ils sauront que Diane reçoit une bonne fessée..."
Ce fut bref mais sous nos yeux et la détermination maternelle était explicite et semblait dire : "Attention Aline et Christine, car je pourrais bien continuer avec vous si nécessaire d'ici la fin des vacances".
Maman raconta le lendemain à sa voisine de plage la seconde suite claquante de son sauvetage. A coup sûr, même si ce n'était que des fessées rapides, les déculottées de Diane calmèrent encore plus l'atmosphère.
J'étais soulagée que la tension soit retombée, et je passai les derniers jours à me montrer serviable et à jouer les ainées de la plus belle des manières.
Maman était ravie de voir sa grande aussi gentille. Elle devait se dire que son tour de vis du début d'été était la bonne voie. Moi, je trouvais que c'était agréable d'être considérée comme une grande. J'en jouais avec délice.
J'eus même droit à aller m'acheter un nouveau maillot de bain avec Maman. Il m'en fallait un de rechange, et l'on en prit aussi un pour les séances de piscine du collège, mais celui-là était un maillot de sport, une pièce.
J'étais assez fière de faire les boutiques du remblai avec Maman, qui avait demandé à une voisine de garder mes soeurs pendant ce temps-là.
C'était un moment de bonheur, Maman acceptant de choisir le modèle que je voulais. En sortant de la boutique, nous rentrâmes main dans la main. Je remerciai Maman qui m'expliqua : "Mais, c'est naturel de faire plaisir à sa fille quand elle est sage, tu sais... J'espère surtout que cela va durer... Tu grandis, il va falloir le montrer..."
Je promis monts et merveilles, marchant comme sur un petit nuage. Maman modéra un peu mon enthousiasme : "Ne promets pas trop, Christine. Je préfère que tu le prouves par des actes... Je me méfie toujours des belles paroles qui ne durent pas... Tu as vu ce que cela a donné comme résultat à la fin de l'année scolaire..."
L'évocation me refroidit un peu mais je prolongeai : "T'inquiète pas Maman, ça ira. Je serai sage, comme pendant ces vacances."
Maman me serrait la main quand elle parlait. C'était sa main droite et cela me troublait. Elle ajouta : "De toute manière, la balle est dans ton camp, Christine... Si tu es sage et bonne élève, il n'y aura pas de problème et tu seras récompensée. Sinon, ma chérie, je n'ai pas besoin de te faire un dessin, tu sais très bien ce que je t'ai promis. Tu pourras préparer tes fesses..."
Le message était clair, et je n'en rajoutai pas achevant la promenade vers l'appartement sans lâcher la main de Maman, cette main qui savait me gâter, mais cette main aussi avec laquelle je me doutais bien que j'aurais rendez-vous, celle qui me faisait angoisser en me remémorant la petite phrase d'avant le départ à la mer : "La prochaine fois que je te donnerai la fessée, Christine..."
A SUIVRE

































