mardi 22 mars 2011

Ces moments où le coeur bat fort : la tuile en maths (ET APRES SUITE 6) !

 SUITE 6

Il restait près de deux heures avant le retour de Maman, et Tata Jacqueline faisait des aller retour entre la cuisine où elle préparait une tarte aux pommes et le salon où je faisais mes devoirs. J'avais plusieurs leçons à réviser, un petit exercice de maths que j'ai vite fait, et trois chapitres d'un livre à lire avant de répondre à des questions.
Tata venait voir à intervalle régulier ce que je faisais. Mais, autant j'avais expédié sans problème l'exercice de maths, autant je n'arrivais pas à me mettre dans la préparation d'explication de texte.
J'avais du mal à me concentrer et le livre me tombait des mains, alors que mes pensées étaient ailleurs...

Je ne pensais qu'au retour de Maman...



"Christine, arrête de bayer aux corneilles. Concentre toi, s'il te plait", avait lancé Tata en me surprenant le nez en l'air, le regard dans le vague.
J'avais replongé dans le livre, mais cela n'avait pas duré... Dix minutes plus tard, Tata me retrouvait le livre posé sur mes genoux, et le regard à l'horizontal, dans le vague... Je ne pensais plus à mes leçons, mais à ce que j'allais devoir dire. Je me voyais déjà devant m'expliquer face à Maman...
Tata n'était pas contente : "Christine, tu crois que c'est le moment de négliger tes devoirs ? Tu ne veux pas que je dise à ta mère que tu as passé ton temps à rêvasser ?"
Ma chère tante faisait en effet le compte rendu de ce que nous avions fait, lorsqu'elle nous gardait ainsi, mes soeurs et moi. Mais, elle était en général très gentille, minimisant les petits problèmes éventuels, ayant tendance à toujours dire que nous avions été des anges, surtout moi, sa nièce préférée...
L'avertissement de Tata prenait donc un tour particulier, apte à me faire réagir...
"Non, non, Tata, je travaille, je travaille, promis. Je m'y remets. Tu vas voir, je saurai ma leçon et tu pourras le dire à Maman..." m'étais-je empressée de répondre.
Tata avait souri : "Ce serait bien, Christine, en effet... Ce n'est sûrement pas le jour pour te rajouter des problèmes... Si tu vois ce que je veux dire..."
Oh oui, je voyais bien, et je ne pensais même qu'à cela, à cette peur qui commençait à m'angoisser fort, à cette fessée que je savais inévitable...
La remarque de Tata m'a touchée. J'ai eu deux gros soupirs et j'ai étouffé un sanglot, cherchant à cacher mon trouble.
Tata le vit bien et vint s'asseoir un instant à côté de moi, m'enlaçant et me serrant dans ses bras. "Ne pleure pas, Christine. Je ne dirai rien à ta Maman. Je lui dirai que tu as bien travaillé, mais s'il te plait fais un petit effort. Concentre toi un peu et tu vas y arriver.", me glissa-t-elle pour me rassurer.
Je retrouvai un début de sourire et me blottis dans ses bras en lui disant : "Merci Tata, oui, je me remets aux leçons. Promis. Mais, c'est pas facile. Je pense trop à ma colle..."
Tata se releva afin que je me remette à travailler. Elle me regardait avec un petit air contrit, plein de compassion : "Ma pauvre chérie, je te comprends, mais ce n'est pas la faute de Tata si tu as été punie en classe. Fais déjà bien tes devoirs pour ne pas fâcher davantage ta Maman. Sinon, je ne donne pas cher de tes fesses, ma puce."
J'entendais bien ce discours, je comprenais qu'il était en partie fondé, que mieux valait ne pas rajouter des griefs à mon encontre, mais je savais aussi que cela ne changerait pas fondamentalement la donne...
J'avais été collée, non pas de deux, comme hélas souvent, mais de quatre heures, et je n'avais aucune illusion sur les conséquences de ce nouveau faux pas. Je savais ce qui m'attendait... Même Tata ne doutait guère que sa nièce était bonne pour une fessée.
Et, dans cette situation, paradoxalement, il n'y avait que Maman qui l'ignorait encore. Maman que j'attendais, que nous attendions, et à qui il allait falloir avouer mon inconduite...
Elle ne savait encore rien, elle devait vaquer tranquillement à ses occupations, sans imaginer qu'à la maison sa fille ainée préparait ses fesses...

A SUIVRE

mardi 8 mars 2011

Ces moments où le coeur bat fort : la tuile en maths (ET APRES SUITE 5) !

SUITE

Tata voyait à l'évidence que je n'allais pas bien. Sur le chemin du collège à la maison, j'avais réussi à ne rien dire, éludant ses questions. Mais, une fois arrivées, nous nous sommes installées au salon, où Tata a regardé dans mon cartable pour voir le cahier de textes et les devoirs à faire, ainsi que le carnet de correspondance, au cas où il y aurait un mot d'un prof.
Ce n'était pas le cas, puisque les bulletins de colle arrivaient par la Poste et que le mien ne seraient pas là avant le lendemain, voire le surlendemain.
Tata était rassurée : "Ah, tu m'as fait peur. Je croyais que tu avais encore fait des tiennes en classe. Si ce n'est pas ça, c'est moins grave, tu sais. Tu t'es disputée avec une copine ou je ne sais quoi ? Allez, dis-le à Tata. Tu sais, tant que ce n'est pas un problème scolaire, c'est rien du tout..."

La remarque de Tata tomba à pic. C'était hélas bien un problème scolaire et, elle qui se voulait rassurante, venait a contrario de me confirmer que j'avais raison de m'inquiéter...
Maman m'aurait dit cela, j'aurais continué à nier, en jouant la montre jusqu'à l'arrivée du bulletin de colle. Là, c'était Tata, nous étions toutes seules à la maison, elle avait une attitude pleine de compassion et de bienveillance et j'ai craqué...

J'ai avoué en pleurant sur l'épaule de Tata


Il fallait que cela sorte, j'étais trop angoissée et je me suis mise à pleurer, éclatant en gros sanglots sur l'épaule de ma tante, et sortant des phrases hachées par l'émotion : "Oh, Tata, snif, snif, j'ai, euh, snif, j'ai été punie en classe, snif, snif, pas fait exprès, snif, Corinne grimace, et bouhouhou, prof, snif, snif, a doublé les, bouhouhou, heures de colle, snif, bouhouhou..." 
Tata n'avait pas compris ce qu'il en retournait vraiment, mais que sa nièce en avait gros sur le coeur.
Elle est allée me chercher un verre de limonade, m'a demandé de le boire calmement, alors qu'elle tamponnait mon visage avec son mouchoir pour sécher mes larmes.
"Allez, ne pleure plus, Christine. Redis moi ça tranquillement. Tu as été punie en classe, c'est ça ? La prof t'a donné deux heures de colle, c'est ça ?"
J'acquiesçais entre deux sanglots, avant de repartir à pleurer : "Non, pas deux heures, non, quatre heures, bouhouhouhou..."
Tata réussit à me calmer à nouveau :  "Ne pleure pas comme ça, Christine. Ce n'est pas grave, mais si la prof a cru que tu te moquais d'elle, on peut la comprendre. Tant pis, quatre heures de colle, c'est dur, mais tu feras plus attention en cours, ma pauvre chérie. Ce n'est pas la fin du monde".
La vision positive et un rien fataliste de Tata me fit arrêter de pleurer. Je restais blottie dans ses bras, et cela faisait du bien. J'étais comme sur un nuage déconnecté de mon cauchemar quand Tata ajouta : "J'en connais une qui ne sera pas très contente, mais ce sont des choses qui arrivent".
L'allusion à Maman me fit à nouveau éclater en sanglots. "Oh, Tata, non, ne le dis pas à Maman, non, s'il te plait..."
Elle tomba des nues. "Comment veux-tu que je cache cela à ta mère ? C'est toi qui va lui dire d'ailleurs. Il va bien falloir qu'elle signe le bulletin de colle, non ?"
Je grommelai : "Je, euh, j'l'ai pas le bulletin, il arrivera par la Poste."
Tata comprit : "Et tu voudrais le cacher à ta mère jusque là ? Tu crois que c'est malin d'ajouter un mensonge à ta bêtise en classe ? Je ne suis pas sûre que cela soit le bon calcul, tu sais... Il faut lui dire ce soir, tu sais ?"
Je ne me faisais pas à cette idée : "Non, Tata, non, si je lui dis, elle va, euh, euh, se fâcher..."
Tata de rétorquer : "Et si tu ne lui dis pas, tu crois qu'elle se fâchera moins quand elle comprendra tes cachotteries ?"   
L'argument était imparable et me laissa sans voix.
 "Tu sais, ta Maman sera peut-être compréhensive si tu lui expliques bien. Tu as déjà eu des heures de colle cette année et alors que s'est-il passé ? Tu as été punie aussi à la maison, à chaque fois ?", demanda Tata. Entre deux soupirs renifleurs, je répondis : "Voui, toujours. Et c'était que deux heures, pas quatre..."
 Tata me regarda désolée : "Ta mère a dû penser que c'était sûrement mérité, si elle t'a punie. Tu verras bien cette fois. Sois franche d'abord et elle en tiendra compte. Mais je comprends que ce ne soit pas drôle. Surtout qu'elle n'y va pas de main morte, ma pauvre chérie, j'ai pu le constater l'autre fois, tu te souviens ?"
Quelle question : bien sûr que je me souvenais. Et j'avais surtout l'intention de chasser ces images de ma tête...
Mais Tata, elle, se remémorait la scène : "Ah, pour une fessée, c'était une sacrée fessée, ma pauvre Christine. J'en avais mal pour toi. Mais quelle idée tu avais eu de défier ta mère du regard alors que tu avais déjà un beau zéro à te faire pardonner ? Quand je l'ai vue t'attraper, je savais que tu allais passer un sale quart d'heure. Tes pauvres petites fesses ne sont pas restées blanches longtemps. Ma chère soeur a vraiment le chic pour flanquer une bonne fessée... Faut dire qu'avec trois filles de votre acabit, c'est souvent le seul moyen de se faire comprendre..."
J'écoutais Tata et je sanglotais doucement. "Arrête Tata, je t'en prie, j'ai pas envie d'en reparler..."
Tata l'admit : "Je comprends que tu ne sois pas fière de toi, ma chérie. Je crois que tu l'avais un peu cherchée. Et, d'ailleurs, est-ce que tu as été punie depuis ?"
Si je l'avais été, j'aurais hésité à répondre, trouvé sa question gênante, mais là, comme si j'étais toute fière de moi, j'ai rétorquai : "Ah, non Tata, je n'ai pas été punie, je n'ai pas reçu de fessée depuis, promis". C'était comme un titre de gloire, il est vrai que l'épisode du bulletin trimestriel où j'y avais échappé était toujours dans ma mémoire.
Tata se fit moraliste en se voulant rassurante : "Tu vois, Christine, la fessée de l'autre jour aura été utile, si tu as été suffisamment sage pour y avoir échappé depuis... Je ne garantis rien pour tes histoires de colle cette fois...  Mais, quand une bêtise est faite, il faut savoir assumer... En tout cas, crois moi, la cacher ne ferait qu'aggraver la situation. Tu n'es pas d'accord "
Je dis que oui, mais je pensais non. Tata demanda : "Tu penses vraiment que tu vas recevoir la fessée ?"
J'ai dit le fond de ma pensée entre deux spasmes : "Snif, oh, oui, snif. C'est, euh, c'est sûr..."
Tata me regardait avec un air compatissant : "Alors, réfléchis, Christine. De toute manière, ta mère saura que tu as été collée, et si elle sait que tu l'as caché, elle sera encore plus en colère... Maintenant que c'est fait, le mieux c'est de lui dire tout simplement. Même si tu dois préparer tes fesses, ma pauvre. Allez, tu n'en mourras pas, et depuis l'autre jour elles ont eu le temps de redevenir toutes blanches.... C'est vrai que cela ne va peut-être pas durer..."
Tata avait quand même un petit sourire en coin en finissant cette phrase. Je lui en voulais un peu, car pour moi c'était déjà comme si je me sentais plonger en travers des cuisses maternelles...
Mais, il n'était que 15 h 30, et nous avions près de deux heures pour que je fasse mes devoirs, et que Maman revienne...

A SUIVRE

lundi 7 mars 2011

Ces moments où le coeur bat fort : la tuile en maths (ET APRES SUITE 4) !

SUITE

En ce début de troisième trimestre, je savais que j'avais intérêt à me tenir à carreau. Les vacances s'étaient finalement passées sans incident majeur, du moins pour mon postérieur, ce qui n'avait pas été le cas pour Aline, que Maman avait à nouveau corrigé deux fois en quinze jours, du fait de devoirs mal faits.
Je n'en avais eu que l'écho à travers la cloison de ma chambre, mais cela suffisait à me motiver pour bien vérifier mes propres exercices.
Ce trimestre commençait avec deux enseignants absents : le prof de gym et la prof d'histoire-géo, et cela me donnait des heures de permanence avec des devoirs à faire. Maman qui préférait que je travaille à la maison avait signé des autorisations de sortie, s'arrangeant pour être à la maison à ces moments là, ou pour demander à Tata de venir me garder à sa place, lorsqu'elle devait effectuer des gardes à la bibliothèque municipale, où elle avait des fonctions bénévoles au sein de l'association.
Tata se prenait au jeu de me garder ainsi une paire d'heures, secondant Maman pour l'occasion, et m'aidant même pour mes devoirs avec une philosophie plus cool que sa chère soeur, on s'en doute.
J'aimais ces moments de complicité entre nous et je travaillais plus détendue. D'autant que Tata parfois voyait une erreur, comprenait qu'une leçon avait été pal apprise ou incomprise et nous y revenions.
Elle m'en taquinait un peu me disant, non sans raison : "Eh bien, ma chérie, heureusement que Maman n'a pas vu cette grosse faute... Je pense qu'elle n'aurait pas été contente... Cela aurait pu chauffer pour ton matricule, tu ne penses pas ?"
Je rosissais, gênée, mais reconnaissante sachant qu'elle n'avait pas tort...

"Dis donc, Christine, Maman n'aurait pas été contente...", lançait Tata




Après l'amnistie surprise du jour du carnet, puis deux semaines de vacances sans incident, et une dizaine de jours de cours en bénéficiant de l'assistance bienveillante d'une Tata qui disait à chaque fois à Maman que j'avais bien travaillé, un mois s'était donc passé depuis la fessée reçue devant Tata.
J'en arrivais à me considérer comme protégée des dieux et le fait d'avoir Tata en paratonnerre pour mes devoirs deux à trois fois par semaine m'amenait à être un peu moins vigilante, et à me laisser aller un tant soit peu en cours. Une vieille tendance à me relâcher dès que je sentais moins la pression qui m'avait déjà valu bien des désagréments...
Et cela ne manqua pas de se reproduire...


"Christine, si cela vous fait rire, ce sera le double"



On était en cours de Français, une de mes rares disciplines fétiches et la prof rabâchait des explications de grammaire à une des cancres de la classe. Je bayais aux corneilles et j'étais ailleurs quand la prof me demanda de répéter ce qu'elle venait de dire. Je ne pouvais pas et je balbutiai n'importe quoi, m'attirant la réaction de la prof qui m'avait déjà rappelée à l'ordre deux fois dans l'heure précédente : "Eh bien, Christine, vous me ferez deux heures de colle pour vous apprendre à suivre en cours".
Je bégayai un "Euh, n.. nooon, no, Mad' Madame". C'est alors que derrière la prof, Corinne, l'une des délurées de la classe, fit une horrible grimace en tirant la langue. Je ne pus me retenir de pouffer, cachant ma bouche derrière mes mains.
La réaction de la prof fut immédiate : "Puisque cela vous fait rire, Mlle Spaak, ce sera le double. Quatre heures de colle, cela vous calmera peut-être".
Il n'y avait rien à négocier. J'échappais au mot dans le cahier de correspondance, mais ce n'était que reculer pour mieux sauter. Deux heures de colle, je savais que Maman ne le pardonnait jamais sans ce qui allait avec... Alors, quatre d'un coup, c'était la catastrophe annoncée...

Je restais sur le banc, détournant le regard...


C'est Tata qui venait me chercher au collège à 15 h, ayant permanence à la place des deux heures de sport.
Au lieu de l'attendre enjouée et heureuse de quitter le collège, j'étais restée assise sur un banc de la cour, où elle me retrouva. "Ca n'a pas l'air d'aller, Christine", demanda-t-elle.
Je dis machinalement "Si, si, ça va", mais en détournant le regard pour cacher des yeux qui s'embuaient.
De retour à la maison, Tata avait bien compris que j'avais quelque chose sur le coeur, que sa nièce n'était pas dans son assiette.
Dans ma petite tête, je me faisais des films, et je cherchais à gagner du temps... L'avis du collège annonçant mes heures de colle n'arriverait par la poste, au plus tôt que le lendemain, et plus vraisemblablement le surlendemain. Ce qui laissait place à un jour ou deux de possibles manoeuvres et mensonges par omission avant de devoir reconnaître l'évidence...
Si Maman avait été là, par réflexe de défense, j'aurais opté à coup sûr pour cette solution de retarder l'échéance de l'inévitable explication...
Mais, devant Tata qui semblait lire en moi, j'avais du mal à nier l'évidence, à ne pas reconnaître qu'une tuile m'était tombée sur la tête...
Toutefois, autant j'avais une part de complicité avec Tata pour des petites choses, pour m'aider à un exercice, pour taire un petit grief qu'elle aurait pu rapporter à Maman, autant là, pour quatre heures de colle, je n'arrivais pas à aborder le sujet, ne voyant pas de quelle utilité Tata pourrait être. J'aurais presque eu envie de lui demander de rentrer chez elle pour éviter le scénario de sa présence lors de l'explication avec Maman...
Car, si j'avais échappé à ce que méritait mon bulletin trimestriel, ces quatre heures de colle m'annonçaient, à n'en pas douter, le retour à la case fessée...

A SUIVRE

Ces moments où le coeur bat fort : la tuile en maths (ET APRES SUITE 3) !

SUITE

  Comme je le disais dans le message précédent : C'était en partie "grâce" à la déculottée devant Tata que j'échappais à celle que je "méritais" ce soir là. Le cauchemar de lundi en devenait presque un souvenir positif le vendredi soir en ramenant ce carnet dont j'étais peu fière...
 Pour faire écho aux commentaires d'Agnès sur le message précédent, c'est vrai que ce verbe "mériter" avait de l'importance dans ma tête comme dans celle de Maman. Autant parfois une médaille, un passage en classe supérieure, une récompense se "mérite", autant l'idée qu'il y a aussi des fessées qui se "méritent" entrait dans nos raisonnements familiaux.
Et, là, justement de par le fait que j'avais en début de semaine reçu une fessée mémorable et sous les yeux de Tata, autant je pensais dans ma petite tête que ce carnet plutôt décevant, avec quelques commentaires ravageurs de certains profs, me dirigeait tout droit vers les genoux maternels...
J'aurais évidemment protesté, supplié, mais la notion de la "mériter" s'imposait dans mon esprit. Voire dans mon corps, en faisant écho à l'expression maternelle bien connue elle aussi qui invite à "préparer ses fesses".
Bref, j'avais été dans la peau de l'élève au mauvais carnet qui revient angoissée à la maison, dans la situation d'attendre tremblante le verdict d'une mère qui fronçait les sourcils et dont le ton montait, dans la sensation physique où je pensais à mon bas du dos que j'allais me faire rougir peut-être même là devant Diane.
Alors, cette clémence que je n'imaginais pas possible était ressentie comme un don du ciel, une chance miraculeuse, et mon "Merci, oui Maman, merci..." venait du fond du coeur. Même si il allait dans le sens de la rhétorique maternelle puisque ce merci était un véritable aveu que j'avais conscience de "mériter" une bonne fessée...

J'ai été une vacancière studieuse comme jamais


J'échappais à la déculottée dans une maison où l'on devinait encore les pleurnichements d'une Aline qui n'avait pas eu ma "chance" et je considérais les devoirs de vacances prescrits à la place de "ma fessée" (si j'ose dire comme quelque chose que je m'étais persuadée d'avoir), me semblaient un traitement de faveur.
Je dois avouer que travailler deux heures par jour, et même le samedi (le dimanche étant jour sacré), n'a pas été drôle. Je rechignais un peu, mais très vite me revenait ce à quoi j'avais échappé et je me remettais à la tâche comme soulagée.
D'ailleurs, Aline aussi, même ayant été fessée, avait droit à des séances de devoirs pour rattraper ses faiblesses. C'était moins régulier que les miens, mais je n'étais pas la seule à bûcher chaque matin.
On parle souvent de l'effet d'une fessée sur le comportement. Je testais en quelque sorte pour une fois l'effet d'une "non-fessée !
Christine la dilettante en classe, souvent distraite et chahuteuse, se retrouvait muée en élève appliquée, faisant ses devoirs avec un sérieux plutôt rare. Il faut dire aussi que Maman veillait au grain, surveillait et corrigeait mes exercices, et que chaque début de commencement de léger laisser-aller me valait quelques menaces non équivoques...
"Christine, ce n'est pas parce que tu as échappé à une fessée l'autre jour que je ne peux pas changer d'avis...", lançait-elle parfois. Ou "Christine, refais moi tout de suite cet exercice et sans faute, sinon on a un vieux compte à régler toutes les deux et j'ai le moyen de te rafraîchir la mémoire..."
Paradoxalement, puisque je m'appliquais vraiment, le résultat me valait quelques félicitations maternelles, mais elles étaient souvent remises dans le contexte... Du genre : "C'est bien, Christine, tu vois que tu y arrives facilement quand tu veux bien t'en donner la peine. Quand Mademoiselle a peur pour ses fesses, elle fait un effort... Dommage que cela ne dure pas aussi longtemps qu'on le souhaiterait..."
 

Diane bichait à juste titre...



Dans cet environnement studieux pour deux des trois filles, c'est Diane qui s'en sortait le mieux. Elle bichait à juste titre, mais son carnet excellent cette fois lui évitait les devoirs de vacances, Maman ayant déjà bien du travail avec deux "élèves" à suivre durant ces deux semaines.
Je passe sur les petites moqueries de la petite de mes soeurs, je les acceptais plus volontiers que j'imaginais qu'elles auraient été pires si Maman avait décidé de me donner la fessée au retour du carnet quand Diane était dans le salon aussi.
Diane a eu en revanche la chance d'aller plusieurs fois chez Tata pendant qu'Aline et moi travaillons, ce dont j'étais un peu jalouse du fait de ma position de nièce préférée habituellement.
Tata Jacqueline avait eu droit à un tableau de la situation le lendemain de l'arrivée des carnets. C'était le samedi et elle voulait nous emmener à la piscine, mais n'y est allée qu'avec Diane. Maman lui avait parlé des bons résultats de Diane et du carnet désastreux d'Aline, lui expliquant qu'elle avait reçu une fessée bien méritée.
C'est Tata qui avait relancé la conversation sur mon cas, en demandant si j'avais eu de bonnes notes, Maman lui répondant en soupirant : "Christine, ah, Christine, ne m'en parle pas. C'est encore une fois en dent de scie, avec une ou deux matières où elle travaille, et le reste où Mademoiselle se fiche du monde... A croire qu'elle cherche vraiment les ennuis..."
Et Tata connaissant bien sa soeur et ses méthodes de demander, inquiète pour moi : "Tu ne l'as quand même pas encore punie, comme, euh, comme l'autre jour ?"
Je sentais Tata à la fois curieuse et gênée, en hésitant à qualifier ladite "punition".
Maman avait alors rétorqué : "Non, ta chère nièce a eu bien de la chance quand j'y repense. Je pense qu'elle mériterait encore une bonne fessée, elle aussi. Mais, comme Mademoiselle a déjà reçu une déculottée maison devant toi l'autre jour pour ses mauvaises notes, je lui ai laissé une chance, et elle va devoir travailler durant ces vacances. Tous les matins ! Et elle a intérêt à bien le faire, sinon elle peut préparer ses fesses... Je ne te fais pas un dessin, Jacqueline, tu as bien vu lundi soir que je ne plaisante pas en la matière..."
 
Le message avait bien été reçu, et dans la tête de Tata qui me regardait avec un air compatissant dans lequel j'imaginais qu'elle se remémorait ma volée sous ses yeux. Et par moi qui ait donc été studieuse tout au long des vacances. Voire aussi une bonne dizaine de jours après la rentrée...

A SUIVRE


mercredi 2 mars 2011

Ces moments où le coeur bat fort : la tuile en maths (ET APRES SUITE 2) !

SUITE 2

"Mais, ce n'est pas possible, Christine. Tu appelles ça un bulletin en progression ? Franchement, en dehors du français, c'est même pire que la dernière fois. Je le sentais bien, que ce serait encore décevant. On dirait que tu cherches vraiment les ennuis, ma fille. Alors, ne t'étonne pas quand ils arrivent..." Le ton de Maman montait, montait, comme une mayonnaise qui prenait corps...
Je voyais la scène comme si je l'avais écrite. Je n'avais pas le moindre doute de comment elle allait finir...

 J'étais figée, le regard ailleurs, déjà dans la peur...



Maman était dans le monologue, je n'arrivais pas à dire trois mots sensés pour lui répondre. Je sentais bien ma cause difficilement défendable. Je me contentais d'acquiescer, de réagir timidement, de faire des promesses à mi-voix, d'essayer surtout de faire profil bas, de ne pas l'énerver davantage...
Même la présence de Diane qui assistait à l'engueulade maison me semblait faire partie du décor. J'avais reçu une fessée magistrale quatre jours auparavant devant Tata. Je voyais arriver une déculottée devant ma soeur, et j'en étais presque à penser que c'était dans la logique des choses, que tel était mon destin...
J'étais figée, le regard ailleurs, déjà dans la peur, dans l'angoisse d'un sale quart d'heure à passer...
Je connaissais ces moments, je savais que le sermon allait passer aux choses concrètes, que Maman allait rappeler ses promesses faites lors du dernier bulletin, de ce qui m'arriverait si la moyenne n'augmentait pas...
Je guettais ses gestes hélas trop connus, ses mots et ses placements de main qui étaient autant de signes avant-coureurs d'un orage imminent...
Je voyais ses genoux, je me disais que j'y serais bientôt exposée et longuement fessée...

 Maman tapota sa cuisse de sa main droite...



"Ah, Christine, tu m'en auras fait voir cette année. Ce n'est pas la peine de faire cette tête. Tu imaginais bien que je n'allais pas te féliciter en découvrant un bulletin pareil... Je t'ai pourtant assez prévenue... C'est la fessée, ma fille... C'est encore une bonne fessée, Christine, que tu mériterais...", dit Maman en tapotant sa cuisse de sa main droite... 
Ces mots entrèrent dans ma tête, un par un, et j'éclatai en sanglots... "C'est la fessée, ma fille...". Mes peurs étaient concrétisées et mes nerfs se lâchaient par de grosses larmes.
"C'est encore une bonne fessée, Christine...", je regardai Diane qui avait les yeux pétillants, Maman qui semblait désigner ses genoux, et je fis un petit mouvement vers l'avant, comme pour aller m'allonger et recevoir cette fessée que j'imaginais depuis que j'avais découvert mon carnet....
"C'est encore une bonne fessée, Christine..." j'avais anticipé dans ma tête, quand je pris conscience des trois mots suivants :  "que tu mériterais..." !!!
Que je "mériterais", ce n'était pas que "tu vas recevoir". Non, "mériterais", deuxième personne du conditionnel présent, se souvint la forte en français que j'étais. Cela voulait dire que je n'aurai pas ou du moins pas maintenant, pas tout de suite, voire jamais...
Mon visage noyé de larmes s'illumina... Je ne comprenais pas, mais j'avais pourtant bien entendu, Maman le confirma...
"Tu as de la chance, Christine, que je n'ai pas que cela à faire. Je viens déjà de flanquer une déculottée maison à Aline et toi, tu as eu ta part, lundi soir. Je t'ai montré ce que méritaient tes mauvaises notes et tu n'étais pas fière de te faire rougir les fesses devant Tata...", rappela Maman, provoquant de nouveaux sanglots de ma part.
"Je vais être compréhensive pour une fois, même si j'ai bien envie de t'en donner une autre. Disons que celle de lundi soir était une sorte d'avance, mais ne t'imagine pas quitte pour autant. Il y a deux semaines de vacances de Pâques, et nous allons en profiter pour travailler les matières faibles. Je te préviens : ce sera deux heures de devoirs tous les jours, et si tu ne travailles pas bien, il n'y aura pas à discuter : la fessée que tu mérites ce soir, tu la recevras sur le champ. Allez, file dans ta chambre, et estime-toi vraiment heureuse d'avoir échappé à une nouvelle déculottée...", conclut Maman.
Je fis demi-tour dans l'instant, bien heureuse de la tournure des événements. Je murmurai un "Oui, Maman, oui, merci". Et je montai, n'en croyant pas encore mes oreilles, presque tremblante d'émotion.
 En reprenant mes esprits, j'analysai à ma manière la situation. J'avais eu de la chance qu'Aline rentre avant moi et que Maman s'occupe de ses fesses la première... Il y avait aussi la proximité et le caractère mémorable de ma déculottée devant Tata Jacqueline quatre jours auparavant. Celle que j'aurais reçu ce soir aurait été forcément moins marquante, avec une mère ayant déjà dû passer ses nerfs sur soeurette. Donc, l'idée de se montrer compréhensive tout en laissant la menace au dessus de mes fesses qui allait me pousser à vraiment travailler durant ses vacances n'était donc pas un mauvais choix tactique de Maman.
Mais, c'est vrai que je n'en croyais pas mes oreilles, m'étant persuadée en rentrant que mon heure était à nouveau venue... Cherchant à positiver, j'en tirais les conclusions que la chance existait, et je ne voyais plus la tannée de lundi soir du même oeil. C'était en partie "grâce" à la déculottée devant Tata que j'échappais à celle que je méritais ce soir. Le cauchemar de lundi en devenait presque un souvenir positif.

A SUIVRE