Aline faisait moins la crâneuse...
Trois fessées en deux jours, dont je n'étais pas destinataire, et que j'avais même pu entrapercevoir... C'était Byzance. Comme un juste retour des choses. Rien que de plus normal, direz-vous, car des gamines de fin de primaire sont censées faire plus de bêtise qu'une pré-ado du début de collège...
Mais, comme je l'ai déjà dit, mon privilège d'aînée était aussi d'être naturellement l'exemple et celle que l'on devait de faire aller droit pour que cela suive derrière...
En tout cas, mes chipies de frangines faisaient moins les intéressantes le lendemain et les jours suivants. Surtout Aline, qui avait eu droit à un traitement que je qualifierais presque de "christinien", tellement il illustrait la détermination maternelle dont j'étais la cible parfois, et plus qu'à mon tour...
Fessée pour une colère et de l'effronterie la veille, elle n'avait pas adopté le profil bas qui s'imposait, et ses caprices renouvelés du lendemain ajoutés aux chamailleries avec Diane avaient poussé Maman à remettre les pendules à l'heure de façon plus claire encore...
Aline depuis évitait mes regards, sachant pertinemment car Diane avait cafté, que j'étais aux premières loges de sa déconvenue...
Je n'en abusais pas pour autant, car je ne voulais pas provoqué quelques coups en douce de mes soeurettes...
Tata m'a même félicitée
Comme souvent, les épisodes du genre n'ont pas manqué d'être commentés dans les jours suivants. L'avantage, c'est que les menaces maternelles avaient cette fois pour références ce qui était arrivé à Aline, et non à moi. Aline eut droit à un : "Dépêche-toi de ranger. Tu ne veux quand même pas que je m'occupe à nouveau de toi, Aline... La semaine a déjà été bien agitée, mais attention, on dit souvent jamais deux sans trois..."
De quoi faire rougir soeurette et la voir se mettre à ranger au plus vite ses affaires...
Tante Jacqueline venu le lendemain de la deuxième scène pour prendre un petit café avec Maman, comme elle le faisait deux à trois fois par semaine, eut droit aux confidences de sa soeur quand elle demanda si les filles allaient bien. Et Maman d'expliquer : "J'ai du mal avec les petites cette semaine. Aline devient effrontée et coléreuse, et même Diane n'arrête pas de se chamailler avec elle".
Tata commenta : " Ca, les colères, il ne faut pas les laisser en faire, sinon on ne les tient plus..."
Maman acquiesça : "Tu me connais, ce n'est pas mon genre. Aline s'est récoltée une déculottée maison lundi soir. Et, pas plus tard qu'hier, je les ai retrouvées se battant comme des chiffonnières, et il a fallu que je remette ça. Diane a pris sa fessée à son tour, et Aline a eu droit à nouveau à une volée qui l'a enfin calmée..."
J'écoutais en révisant mes leçons sur le divan du salon
Tata et Maman devisaient tout naturellement sans ignorer que je ne perdais pas une miette de la conversation... J'étais allongée sur le divan du salon, en train de réviser mes verbes irréguliers. Et inutile de dire que depuis le début de la semaine, je m'appliquais à travailler consciencieusement. Je n'avais aucune envie de rejoindre mes soeurs sur la liste des anecdotes à raconter à Tata Jacqueline...
J'écoutais toutefois les paroles de Maman, avec la satisfaction d'entendre raconter les scènes que j'avais encore dans la tête, et malgré tout un peu de gêne en imaginant que, lorsque c'était mon tour, Maman ne cachait rien non plus à sa soeur...
"Et avec Christine, ça va mieux ? Elle m'a l'air bien sage, non ?", dit ma tante, ce qui me fit relever la tête de mon livre et lui faire un sourire gentil.
Maman concéda que oui : "Heureusement, ma grande est moins turbulente que les petites en ce moment. J'espère que cela va durer..."
Tata chercha à me flatter : "Il n'y a pas de raison que ma nièce préférée ne s'assagisse pas... Elle grandit, tu sais. Elle est plus à même de comprendre. C'est comme tous les enfants, ça traverse des périodes plus difficiles que d'autres et puis ça change..."
Maman n'était pas aussi convaincue : "J'aimerais bien te croire. Je pense que cela viendra un jour, mais ce ne sont pas quelques jours de calme qui suffisent pour faire un ange d'un numéro comme Christine. Tu sais, il faut se méfier de l'eau qui dort... Les petits travers reviennent vite... Et ce n'est pas faute d'avoir fait ce qu'il fallait pour la remettre dans le droit chemin..." En disant ces mots, Maman avait levé la main, paume ouverte, en faisant le signe caractéristique d'une claque.
J'en rougis et replongeai mon nez dans mon bouquin d'anglais, alors que Tata riait de bon coeur : "Ah, c'est vrai que ma nièce n'a pas manqué de fessées..."
J'adore ma tante, mais j'aurais eu envie de la griffer en l'entendant prononcer cette phrase un rien moqueuse...
Surtout que Maman renchérit : "On ne peut pas dire non plus qu'elles n'étaient pas toutes méritées... Et je voudrais bien te croire, mais je crois que nous ne sommes pas encore sorties de l'auberge...Ta nièce préférée, comme tu dis, aura encore bien souvent besoin que je m'occupe de ses fesses..."
J'avais presque les larmes aux yeux quand j'entendis ces mots, mais je continuai à faire le dos rond, à ne pas protester, cela n'aurait servi à rien... Surtout qu'au fond de moi, je pensais bien qu'elle n'avait pas totalement tort...
La conversation changea de sujet entre les deux femmes, puis Tata prit congé un quart d'heure plus tard. En partant, elle embrassa mes petites soeurs en leur disant : "Et soyez sages, j'espère. Je vous souhaite une fin de semaine plus calme qu'elle n'a commencé..."
Puis, elle vint vers moi. Je me levai et elle me serra un instant dans ses bras. Une marque d'affection pour sa nièce adorée et qui me faisait plaisir. Mais, en m'embrassant, sa main se posa au bas de mon dos : "Allez, Christine, continue à bien travailler, pour que ta Tata soit fière de toi. Et obéis à ta mère, ne la fâche pas à nouveau, ma chérie. Hein tu as bien compris... Sinon, sinon..."
Et, en finissant sa phrase, Tata m'a tapoté tout doucement le fond du short... J'avais évidemment compris l'allusion. La conversation qui m'avait ravie en parlant des exploits de mes soeurs, s'achevait hélas avec un goût amer, en évoquant la probabilité que bientôt ce soit la nièce préférée de Tata qui reçoive une bonne fessée...
(A SUIVRE)







